4 décembre : Ciné-club Comédie avec Marilyn Monroe / Billy Wilder : Sept ans de réflexion (1955) – Certains l’aiment chaud ! (1959)

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– 19h : Sept ans de réflexion (Billy Wilder – 1955 – 104 minutes)

avec Marilyn Monroe, Tom Ewell, Evelyn Keyes, Sonny Tufts, Robert Strauss, Oscar Homolka, Marguerite Chapman, Victor Moore

Un homme marié voit sa femme et son fils partir pour les vacances d’été pendant qu’il reste à New York. Une jeune femme superbe et sympathique emménage juste au-dessus de chez lui, et va lui retourner la tête dans tous les sens.

Billy Wilder a réalisé de grands classiques de noirceur (Assurance sur la mort, Boulevard du crépuscule, Le Gouffre aux chimères) mais commençait à se réorienter vers des films plus légers et comiques (La Scandaleuse de Berlin, Stalag 17, Sabrina). A l’inverse, Marilyn Monroe, star la mieux payé de 20th Century Fox mais insatisfaite de ses rôles de femmes superficielles, souhaitait jouer des personnages plus sérieux et dramatiques (comme dans Niagara). Le maître et la star se retrouvent donc à la croisée des chemins et de leurs carrières au sommet. Adaptant une pièce de Broadway à succès pendant plus de trois ans, Sept ans de réflexion est une comédie sur un sujet hautement politiquement incorrect : l’adultère. Pour calmer l’austère code Hays qui régit le cinéma américain de l’époque, Wilder est obligé d’adoucir notablement le scénario et le script, mais ce sont justement ces contraintes qui enrichiront d’autant plus subtilement les sous-entendus et la tension sexuelle, dans un duel entre le vice et la vertu où l’on assiste régulièrement aux fantasmes du héros prendre la forme de rêves visuels. Tom Ewell maîtrise parfaitement un rôle qu’il a joué sept cent fois au théâtre et qui lui a valu un Tony Award, tandis que Monroe, au-delà de son excellent sens comique, irradie l’écran de sa charge sexuelle, que son innocence rend encore plus irrésistible. Le film comporte d’ailleurs la scène la plus légendaire d’Hollywood : sa robe est soulevée par l’aération d’une bouche de métro, dénudant ses jambes (censure oblige, le film est d’ailleurs bien moins explicite que les photos promotionnelles ou de presse). Le film est un triomphe, mais en devenant déesse du cinéma, Monroe scelle par la même occasion son mariage de quelques mois avec le baseballer Joe DiMaggio, furieux de l’impudeur de sa femme lors de ce tournage dans une rue de New York rempli de curieux et de photographes, et plongera dans les affres des échecs sentimentaux perpétuels, de la dépression et des barbituriques dont elle ne survivra pas.

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– 21h : Certains l’aiment chaud ! (Billy Wilder – 1959 – 121 minutes)

avec Marilyn Monroe, Tony Curtis, Jack Lemmon, George Raft, Pat O’Brien, Joe E. Brown

Deux musiciens de jazz sont témoins par accident d’un règlement de compte de la mafia. Pour lui échapper, ils se retrouvent obliger d’intégrer une troupe musicale féminine, et donc de se travestir en femmes !

Quatre ans après Sept ans de réflexion, Billy Wilder retrouve Marilyn Monroe pour leur second et dernier film ensemble. L’actrice a cependant pris l’habitude d’arriver tous les jours en retard de plusieurs heures, se rappelle difficilement de son texte et oblige parfois à tourner plusieurs dizaines de prises par scène. Tony Curtis est l’autre grande star du film, célèbre pour Trapèze, Le Grand chantage ou Les Vikings. Wilder tourne par ailleurs pour la première fois avec Jack Lemmon, qui deviendra son acteur fétiche dans six autres films (dont La Garçonnière ou Irma la douce). Sur le sujet scabreux du travestissement sexuel, Billy Wilder, inspiré d’un film allemand (mais aussi de Scarface et d’Al Capone pour le début du film à Chicago), déploie un trésor d’inventivité, de gags, de sous-entendus, de situations extravagantes, grâce à des dialogues d’orfèvre, le tout dans un rythme effréné. Le trio comique est excellent dans nombre de scènes cultes, de la chanson de Marilyn Monroe « I wanna be loved by you, pooh pooh pee dooh » à la légendaire réplique finale « nobody’s perfect ». Nommé à six Oscars (dont meilleur film, meilleur réalisateur et meilleur acteur pour Jack Lemmon) et remportant celui des meilleurs costumes, Certains l’aiment chaud ! a été classé par American Film Institute rien de moi que la meilleure comédie du cinéma américain. Le film suivant de Wilder (La Garçonnière) sera un nouveau triomphe multi-oscarisé, mais Monroe ne tournera plus que deux films, ne sera pas capable d’en terminer un troisième et sera retrouvée morte en 1962.

27 novembre : Ciné-club Addiction : Le Pari (1997) – Trainspotting (1996)

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– 19h : Le Pari (Didier Bourdon & Bernard Campan – 1997 – 98 minutes)

avec Didier Bourdon, Bernard Campan, Régis Laspalès, Philippe Chevalier, François Berléand, Isabelle Ferron, Isabel Otéro, Hélène Surgère, Roger Ibáñez, Kelly Lawnson, Jean-Roger Milo

Deux beaux-frères socialement opposés qui se détestent font le pari d’arrêter de fumer.

Le succès de leurs émissions comiques La Télé des Inconnus et de leurs spectacles a conduit le trio au cinéma, où ils triomphèrent en 1995 avec Les Trois frères. Mais leur producteur Paul Lederman détenant les droits du nom « Les Inconnus » et leur interdisant de se produire tous les trois sans son implication, Didier Bourdon et Bernard Campan se lancèrent à deux dans Le Pari, qu’ils ont écrit, réalisé et interprété. Pascal Légitimus y fait tout de même un caméo de deux secondes, tandis que son père Théo y tient un rôle secondaire. A partir de deux personnages stéréotypés (un pharmacien de droite et un professeur de gauche qui ne se supportent pas), ils parviennent à insuffler tout le comique extravagant qu’on leur connait, captant et exagérant les travers de la société française avec toujours autant d’acuité et de mordant,  dans des interprétations aussi complices que jubilatoires. Ils sont d’ailleurs rejoints par le tandem Chevallier-Laspalès. Le film fut un grand succès populaire (quatre millions d’entrées en salle), et le duo continua en 2000 avec L’Extra-terrestre, moins bien accueilli. Mais un accord avec Lederman leur permit finalement de rejouer à trois, ce qu’ils firent dans Les Rois mages en 2001 et Les Trois frères : le retour en 2014.

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– 21h : Trainspotting (Danny Boyle – 1996 – 94 minutes)

avec Ewan McGregor, Ewen Bremmer, Jonny Lee Miller, Kevin McKidd, Robert Carlyle, Kelly McDonald, Peter Mullan, James Cosmo

A Edimbourg, Mark Renton nous raconte sa vie d’héroïnomane, entouré de ses amis à moitié ratés et excentriques.

Le best-seller d’Irvine Welsh, paru en 1993, avait rapidement été transposé au théâtre (avec déjà Ewen Bremmer). Là où le roman enchaînait les chapitres avec des narrateurs différents, l’adaptation cinématographique se concentre sur le personnage de Mark Renton, autour duquel son microcosme loufoque gravite. Pour l’interpréter, Danny Boyle retrouve le jeune Ewan McGregor, qu’il avait déjà dirigé dans son précédent et premier film, Petits meurtres entre amis (1994). Trainspotting n’est absolument pas un drame glauque sur la toxicomanie, mais plutôt une fable souvent comique et déjantée qui encapsule ingénieusement son époque par sa réalisation stylisée et surtout sa bande-son remplie de classiques du rock des années 70 à 90 (Iggy Pop, Lou Reed, Pulp, Underworld, Primal Scream, New Order, etc.). Il n’hésite pas à montrer avec réalisme les prises de drogue, leurs effets et sa dépendance, au milieu de situations surréalistes ou foireuses et de réflexions sur une société de consommation qui manque de sens et d’espoir. Outre Ewan McGregor, qui travaillera avec George Lucas, Roman Polanski, Ridley Scott ou Tim Burton, l’autre grande révélation du casting est Robert Carlyle, savoureux psychopathe imprévisible, qui enchaînera sur The Full Monty et Le Monde ne suffit pas. Présenté hors compétition au Festival de Cannes, Trainspotting a connu un énorme succès surprise, tant critique que public (deuxième meilleur box-office du cinéma anglais), et est rapidement devenu un film culte générationnel. Une suite avec le même réalisateur et casting est annoncée pour début 2017.

20 novembre : Ciné-club Afrique : Johnny Mad Dog (2008) – Hatari ! (1962)

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– 19h : Johnny Mad Dog (Jean-Stéphane Sauvaire – 2008 – 100 minutes)

avec Christopher Minie, Daisy Victoria Vandy, Dagbeh Tweh, Barry Chernoh, Mohammed Sesay, Leo Boyeneh Kote, Prince Kotie, Nathaniel, J. Kapeyou, Eric Cole, Joseph Duo

En Afrique, des adolescents sont enrôlés de force dans un commando d’enfants soldats pour combattre dans une guerre civile.

L’écrivain Emmanuel Dongala décrivait en 2002 l’enfer des enfants soldats de son pays en guerre dans son roman Johnny Chien Méchant. Le documentariste Jean-Stéphane Sauvaire, aidé à la production par Mathieu Kassovitz, souhaitait l’adapter pour son premier long-métrage, et ils ont du mal à trouver un pays africain où le tourner. Choisissant finalement le Liberia, ils n’ont engagé que d’authentiques anciens soldats (parfois très jeunes) de ses deux guerres civiles (1989-1997 et 1999-2003). Ces derniers ont travaillé pendant un an pour répéter, improviser, apprendre les techniques d’acteurs, influençant même le scénario et les dialogues quand leurs propres expériences du conflit étaient bien plus réalistes que le script. Johnny Mad Dog est ainsi un film on ne peut plus cru et authentique sur l’enfer de la guerre dans un pays africain – non précisé à l’écran. Ces adolescents, aux surnoms et déguisements extravagants, tuent, pillent, violent, ivres de drogues, de violence et de superstitions, manipulés par les maîtres de guerre aux idéologies arbitraires et lointaines. Le film est magnifiquement tourné (pendant six semaines) et photographié dans de longs plans séquences à la steady cam, tandis que les acteurs, revivant par catharsis leurs exactions passées, jouent admirablement et intensément. Le tournage du film a contribué à réconcilier les anciennes factions ennemies du pays, et la Fondation Johnny Mad Dog a par ailleurs été créée pour aider aussi bien les acteurs que les anciens enfants soldats, scolarisés pour la première fois. Johnny Mad Dog reste une expérience forte sur un sujet et une région peu documentée au cinéma, et a été récompensé du Prix de l’espoir dans la catégorie Un Certain Regard du Festival de Cannes.

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– 21h : Hatari ! (Howard Hawks – 1962 – 158 minutes)

avec John Wayne, Hardy Krüger, Elsa Martinelli, Red Buttons, Gérard Blain, Michèle Girardon, Bruce Cabot, Valentin De Vargas, Eduard Franz

Au Tanganyika, une bande de chasseurs d’animaux sauvages pour zoos voit son joyeux équilibre chamboulé par l’arrivée d’un français et d’une photographe italienne.

Howard Hawks excelle dans les genres les plus différents : comédie (L’Impossible Monsieur Bébé), gangster (Scarface), science-fiction (La Chose d’un autre monde, dont Carpenter tirera un remake avec The Thing), film noir (Le Grand sommeil), ou western (La Captive aux yeux clairs). Il souhaitait depuis longtemps réaliser un film de chasse en Afrique, mais les studios lui refusaient le budget, trop élevé. Mais le succès colossal de Rio Bravo, grand classique du western avec John Wayne (avec qui il avait déjà tourné La Rivière Rouge), lui permet de décrocher le budget nécessaire à son projet. Il part donc tourner en Tanganyika (aujourd’hui Tanzanie) pendant cinq mois avec sa vedette John Wayne, ainsi que Hardy Krüger (Un Taxi pour Toubrouk), la gracieuse Elsa Martinelli (La Rivière de nos amours d’André De Toth) ou le comique de télévision Red Buttons. Deux français sont au casting, mais leurs rôles furent considérablement réécrits et réduits en cours de route – Gérard Blain (Le Beau Serge et Les Cousins de Chabrol) ayant des querelles politiques avec Wayne, et Michèle Girardon (La Mort en ce jardin de Buñuel) refusant les avances de Hawks… A noter qu’aucun acteur n’est doublé pendant les scènes de chasse ou de ligotage d’animaux, Wayne et Krüger devenant même de véritables chasseurs ! Hatari ! (qui signifie « danger » en swahili) n’est pourtant pas un film d’aventure comme le souhaitait les studios Paramount, car il n’a pas de tension dramatique ni d’ennemi – si ce n’est les dangereux animaux à capturer, mais que les chasseurs n’essaient pas de tuer. C’est bien plutôt un film de personnages, alternant légèreté, exotisme, romance, comédie, séquences spectaculaires de chasses motorisées, animaux attachants et beaux paysages en Technicolor – le tout sur une partition du grand Henry Mancini (La Panthère rose). Une déconstruction et modernité de la narration qui vaudra à Hawks l’admiration de la Nouvelle Vague française.

13 novembre : Ciné-club Cowboy solitaire : L’Homme des hautes plaines (1972) – L’Homme des vallées perdues (1953)

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– 19h : L’Homme des hautes plaines (Clint Eastwood – 1972 – 105 minutes)

avec Clint Eastwood, Verna Bloom, Mariana Hill, Billy Curtis, Mitch Ryan, Ted Hartley, Geoffrey Lewis, Stefan Gierasch

Un étranger débarque dans une petite ville martyrisée par des bandits, mais elle cache de lourds secrets…

Clint Eastwood était passé à la réalisation avec le brillant thriller Un Frisson dans la nuit (1971). Deux ans plus tard, il signe son premier western, après avoir été sous la direction de Sergio Leone un des cowboys les plus iconiques depuis John Wayne et Gary Cooper. L’Homme des hautes plaines se révèle d’ailleurs sous haute influence de son maître italien (la « trilogie du dollar »), mais aussi Don Siegel (Un Shérif à New York, Sierra torride, Les Proies, L’Inspecteur Harry) et Brian G. Hutton (Quand les aigles attaquent, De l’or pour les braves) avec qui Eastwood a aussi construit sa carrière et en même temps observé et appris le métier de réalisateur – il mettra d’ailleurs leurs trois noms sur des pierres tombales dans un cimetière, autant pour leur rendre hommage que pour prendre ses distances. Il incarne donc un drifter, cowboy mutique et minéral, sans nom et imbattable, mais le cinéaste ajoute une atmosphère presque fantastique, nocturne et d’outre-tombe. Comme dans les futurs westerns qu’il réalisera (Josey Wales hors-la-loi, Pale Rider et Impitoyable), le film est marqué par la vengeance, où le cowboy mystérieux en profite pour donner une leçon à un village rempli de lâches e de médiocres, allant jusqu’à le faire repeindre en rouge et rebaptisé « Hell », dans une vision des plus surréalistes pour un western. L’Homme des hautes plaines est ainsi un western crépusculaire où l’élève s’affranchit de ses maîtres, et augure une longue et fructueuse carrière, qui ne reviendra qu’occasionnellement au genre qui l’a révélé.

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– 21h : L’Homme des vallées perdues (George Stevens – 1953 – 118 minutes)

avec Alan Ladd, Jean Arthur, Van Heflin, Brandon De Wilde, Jack Palence, Ben Johnson, Edgar Buchanan

En 1889, Shane, un cowboy solitaire, arrive dans une vallée du Wyoming. Il sympathise avec une famille de fermiers qui est menacée par un gang d’éleveurs pionniers qui veulent les expulser.

Peu connu en France, L’Homme des vallées perdues est un grand classique du western aux Etats-Unis – c’était même le plus grand succès commercial du genre au cours de la décennie. Loin des batailles stéréotypée et patriotiques entre shérifs et brigands ou indiens, George Stevens (Une Place au soleil, Géant) signe un superbe western au sens le plus noble, c’est-à-dire une histoire d’individus se confrontant à leur destin dans une société qui se construit dans l’adversité, à un moment de l’histoire politique des Etats-Unis où les gens se défendaient eux-mêmes avec des revolvers quand le shérif le plus proche était à plusieurs jours de trajet en cheval. Il marquera les codes du genre, à commencer par Jack Palence, méchant iconique et menaçant vêtu de noir, et bien sûr Alan Ladd, héros au lourd passé, romantique et amer, influençant Sergio Leone avec ses hommes itinérants et mystérieux, ou Clint Eastwood dans ses propres réalisations – ce dernier allant jusqu’à faire un remake de ce film avec Pale Rider en 1985. Remportant l’Oscar de la meilleure photographie et nommé à cinq autres (meilleurs film, réalisateur, scénario, et seconds rôles pour Jack Palence et Brandon De Wilde), ce western symbolique, tendre et profond, admirablement réalisé et mis en images, annonce le genre crépusculaire des années 60 avec Sam Peckinpah (La Horde Sauvage).

6 novembre : Ciné-club Famille : Complot de famille (1976) – Voyage à Tokyo (1953)

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– 19h : Complot de famille (Alfred Hitchcock – 1976 – 120 minutes)

avec Karen Black, Bruce Dern, William Devane, Barabara Harris, Ed Lauter, Cathleen Nesbitt, Katherine Helmond

Une riche vieille dame engage une jeune voyante pour retrouver son héritier disparu.

Complot de famille est le tout dernier film de la longue carrière cinématographique – cinquante-trois films – d’Alfred Htichock, qui décèdera quatre ans plus tard alors qu’il préparait un autre film. Prix Edgar Poe du meilleur scénario, Complot de famille est un thriller avec des touches d’humour intercalant les péripéties de deux couples. Après avoir mis des scènes de nu dans Frenzy, Hitchcock continue de coller aux années 70 en insérant de nombreuses allusions sexuelles dans les dialogues. Comme dans son précédent film, il n’emploie plus de grandes stars, comme au temps de Cary Grant, James Stewart ou Grace Kelly. Néanmoins les acteurs ne sont pas secondaires, puisque Karen Black a tourné dans presque deux cent films dont Easy Rider ou Nashville (avec d’ailleurs aussi Barbara Harris), Bruce Dern (père de Laura Dern) travaillera avec Walter Hill, Francis Ford Coppola ou Joe Dante, et William Devane jouera dans des classiques comme Marathon Man ou Rolling Thunder (et bien sûr la série Côte Ouest !). A noter enfin qu’Hitchcock ne travaille plus avec son mythique compositeur habituel, Bernard Herrmann, avec lequel il s’était brouillé, mais avec John Williams (Les Dents de la mer, Star Wars, Superman, Indiana Jones). Complot de famille se révélera être le second plus grand succès commercial du maître du suspense.

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– 21h : Voyage à Tokyo (Yasujiro Ozu – 1953 – 137 minutes)

avec Chishu Ryu, Chieko Higashiyama, Setsuko Hara, Haruko Sugimura, So Yamamura, Kuniko Miyake, Kyoko Kagawa, Eijiro Tono, Nobuo Nakamura, Shira Osaka

Un couple de retraités vient rendre visite à leurs enfants et petits-enfants à Tokyo. Mais ces derniers ne sont pas si chaleureux que prévus…

Moins international que Kurosawa, Yasujiro Ozu est un des grands maîtres du cinéma japonais. Le thème majeur de ses cinquante-quatre films est la famille, dont les relations sont triturées dans tous les sens d’un film à l’autre, mais sans ficelles spectaculaires, avec une sobriété exemplaire. Voyage à Tokyo constitue la quintessence de son œuvre, en cristallisant l’ensemble de ses préoccupations et de ses codes stylistiques. A travers le désintérêt que les enfants adultes portent à la visite de leurs parents, qui trouveront paradoxalement le plus de proximité avec leur belle-fille, Ozu expose la désintégration du système familial traditionnel japonais, en pleine reconstruction du pays et occidentalisation de la société. A travers un rythme lent mais réel et la rigueur géométrique de cadres construits à la perfection, Ozu ne porte pas de jugement mais montre les relations telles qu’elles sont, donnant un sentiment d’existence et même de zen bouddhiste : le phénomène de la vie et du temps qui passe, entre éphémère et éternité, s’exprime de lui-même à travers Voyage à Tokyo. On retrouve l’actrice fétiche d’Ozu, Setsuko Hara, et probable maîtresse – elle arrêta brutalement sa riche carrière cinématographique à la mort du maître et partir se retirer à proximité du lieu où ses cendres reposent. Inconnu en France de son vivant, le réalisateur ne vit son œuvre arriver sur les écrans qu’en 1978 à travers ce film, aux côtés du Goût du saké et Fin d’automne. Il est régulièrement classé dans le peloton de tête des meilleurs films de tous les temps.