15 janvier 2017 : Ciné-club colonisation de l’Amérique : Mission (1986) – 1492 : Christophe Colomb (1992)

Mission

– 19h : Mission (Roland Joffé – 1986 – 125 minutes)

avec Robert De Niro, Jeremy Irons, Ray McAnally, Aidan Quinn, Cherie Lunghi, Liam Neeson, Daniel Berrigan

Au XVIIIème en Amérique Latine, un missionnaire jésuite et un ancien mercenaire prennent parti pour la tribu des Guaranis que les puissances coloniales espagnoles et portugaises veulent chasser de leurs terres.

Deux ans après La Déchirure sur la dictature khmère rouge au Cambodge (trois Oscars), Roland Joffé retrouve son producteur (David Puttnam) et son directeur de la photographie (Chris Menges) pour un autre drame historique et exotique politiquement engagé : l’évangélisation de la tribu des Guaranis et l’expropriation de leurs terres. L’hypocrisie des puissances espagnoles et portugaises, se comportant en barbares impérialistes après avoir apporté la révélation chrétienne, sera l’occasion d’un cas de conscience opposant Jeremy Irons, missionnaire jésuite résigné à la prière et la non-violence, et Robert De Niro, ancien mercenaire repenti en prêtre et prêt à prendre les armes pour les défendre. Le tournage en Argentine est l’occasion de superbes prises de vue dans la jungle, et notamment les spectaculaire chutes d’Iguazú – ce qui vaudra au passage à presque toute l’équipe du film (sauf De Niro) d’attraper la dysenterie… Ennio Morricone signe ici une de ses partitions les plus fameuses, combinant musique religieuse et instruments amérindiens, qui lui permet d’exprimer sa spiritualité. Mission a reçu la Palme d’Or du Festival de Cannes (au prix des sifflements de ceux qui lui préféraient Le Sacrifice de Tarkovski), le César du meilleur film étranger et l’Oscar de la meilleure photographie (ainsi que six autres nominations, dont meilleur film, meilleur réalisateur et meilleure musique). Joffé continuera à défendre des grandes causes dans ses films, notamment la vie dans le bidonville de Calcuta avec La Cité de la joie (1992).

1492 CHRISTOPHE COLOMB

– 21h : 1492 : Christophe Colomb (Ridley Scott – 1992 – 150 minutes)

avec Gérard Depardieu, Armand Assante, Sigourney Weaver, Tcheky Karyo, Angela Molina, Fernando Rey

Le navigateur Christophe Colomb est convaincu que l’on peut rejoindre les Indes orientales en passant par l’océan Atlantique, et tente de convaincre la reine d’Espagne d’en financer l’expédition maritime.

Pour le cinq-centième anniversaire de la découverte du Nouveau Monde, une grande co-production franco-britannico-espagnole entreprend un biopic sur son découvreur. Des réalisateurs prestigieux tels que Francis Ford Coppola, Roland Joffé ou Oliver Stone furent approchés, mais c’est finalement Ridley Scott qui décrocha le poste, exigeant pour donner son accord que le rôle principal soit tenu par  Gérard Depardieu. Il retrouve l’actrice culte de son film Alien, Sigourney Weaver, qui venait de terminer Alien 3 (par David Fincher) – pour lequel elle a dû se raser les cheveux, ce qui l’obligea à porter une perruque pour jouer la reine d’Espagne. Le film a été tourné en seize semaines, entre l’Espagne et le Costa Rica, et deux répliques des caravelles de l’époque refirent le même voyage en mer. 1492 : Christophe Colomb restitue ainsi le rêve fou et inédit d’un aventurier qui allait changer la vision du monde, son obstination, ses contradictions et le désastre colonial et civilisationnel qui s’annonce, au milieu des moments de doutes, de révoltes d’une partie de ses troupes et d’intrigues de cour. Pour la bande-son, Scott refait appel à Vangelis (qui avait déjà signé celle de son Blade Runner), dont le thème à base de synthétiseur et de chœurs deviendra son plus grand succès commercial (quatre millions d’exemplaires dans le monde). Grosse production européenne (quarante millions de dollars), le film est sorti mondialement le 12 octobre 1492, le jour de l’arrivée de Colomb en Amérique. A ne pas confondre cependant avec Christophe Colomb : la découverte, sorti la même année, qui malgré son casting prestigieux (Marlon Brando, Tom Selleck, Catherine Zeta-Jones, Benicio del Toro) a reçu une pluie de nominations aux Razzie Awards…

8 janvier 2017 : Ciné-club Course : Torque, la route s’enflamme (2004) – Les Chariots de feu (1981)

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– 19h : Torque, la route s’enflamme (Joseph Kahn – 2004 – 84 minutes)

avec Martin Henderson, Ice Cube, Monet Mazur, Adam Scott, Matt Schulze, Jaime Pressly, Jay Hernandez

Accusé par un gang de motards d’un meurtre qu’il n’a pas commis, Cary Ford doit fuir et retrouver le coupable pour sauver sa peau.

De la part du producteur de Fast and Furious, S.W.A.T. et xXx, on sait que l’on ne risque pas de tomber sur un film d’auteur, mais plutôt sur des grosses cylindrées. Après sa série de films de bagnoles, voici un film de bécanes, avec pas moins de soixante-dix motos différentes pour le tournage (dont la plus rapide du monde, n’existant qu’en dix exemplaires). Sous une fausse histoire d’amour, Torque est un authentique film de brute, de vitesse, d’adrénaline, de carrosserie, d’asphalte et de grabuges pyrotechniques, soutenu pour une BO affreusement MTVesque. Après plus de deux cent clips musicaux pour Britney Spears, Eminem, Christina Aguilera, U2, Ricky Martin ou Ice Cube (qui joue dans le film, ou plutôt grimace, puisque c’est la seule chose dont il soit ici capable), Joseph Kahn met enfin son génie dans son premier long métrage. Il déploie une audace visuelle improbable dont on se serait bien passé tant il est fier de lui. Il va tellement loin qu’il franchit allégrement le mur du çon, ivre de surenchères de mouvements de caméra impossibles– mention spéciale à une course-poursuite en moto sur le toit d’un train, et pour la scène finale dans Los Angeles qui fait exploser le compteur de bêtise et fait rentrer Torque au panthéon des plus grands nanars, mention mâchoire par terre. Le film est un échec critique et commercial complet, qui vaudra au réalisateur de ne pouvoir tourner à nouveau pour le cinéma qu’en 2011. D’un très grand professionnalisme technique, Torque est un des films les plus singuliers et hilarants qu’il est donné de voir dans sa vie par sa nullité et sa crétinerie, bien plus marquant que la plupart des sorties annuelles. En un mot : culte !

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– 21h : Les Chariots de feu (Hugh Hudson – 1981 – 123 minutes)

avec Ben Cross, Ian Charleson, Nigel Havers, Cheryl Campbell, Alice Krige, Lindsay Anderson, Dennis Christopher, Nigel Davenport, Brad Davis, Peter Egan, Sir John Gielgud, Ian Holm, Patrick Magee

Deux coureurs britanniques que tout oppose se préparent pour les Jeux Olympiques de Paris en 1924.

Ce film d’époque commence dans les belles universités anglaises de la classe supérieure et adapte l’histoire vraie de deux champions britanniques d’athlétisme, pourtant si différent : Eric Liddell, chrétien qui court pour Dieu et ainsi refusant les courses le dimanche (y compris durant les Jeux Olympiques), et Harold Abrahams, juif arrogant qui souhaite prendre sa revanche sur l’antisémitisme ambiant. Autour de cette dualité, Les Chariots de feu constitue une sublime mise en forme esthétique, tempéraments, motivations et visions du monde respectives à travers l’effort athlétique, comme pendant et expression de leur foi et de leur force intérieure. Le casting masculin a d’ailleurs dû suivre un titanesque entraînement professionnel pendant trois mois pour passer pour des athlètes crédibles. La séquence où ils courent avec une vingtaine d’hommes en blanc au ralenti est un grand classique de l’histoire du cinéma, transcendée par la célèbre musique au synthétiseur de Vangelis Papathanassiou (dit Vangelis) – une des premières du genre du cinéma, et qui sera une des bandes originales les plus vendues dans le monde, lançant une mode de BO au synthé. Malgré son petit budget, Hugh Hudson réalise pour son premier film (après tout de même plus de mille cinq cent publicités et documentaires !) un classique quasi mystique sur l’esprit sportif et les conflits de classe, remportant quatre Oscars (meilleur film, meilleur scénario original, meilleure musique et meilleurs costumes) sur sept nominations.

18 décembre : Ciné-club Ciné-Bazar / Science-fiction par Paul Verhoeven : Robocop (1987) – Starship Troopers (1997)

Soirée spéciale à l’occasion de la sortie du quatrième numéro de la revue Ciné-Bazar, qui consacre un dossier à Paul Verhoeven. Des exemplaires seront en vente, en présence du rédacteur en chef Thomas Revay.

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– 19h : Robocop (Paul Verhoeven – 1987 – 102 minutes)

avec Peter Weller, Nancy Allen, Daniel O’Herlihy, Ronny Cox, Kurtwood Smith, Miguel Ferrer, Paul McCrane, Ray Wise, Robert DoQui

A Detroit, face à une criminalité explosive, la sécurité civile est en train d’être privatisée à l’entreprise OCP. Elle met au point Robocop, un policier mort au service transformé en puissant robot.

Steven Spielberg conseillait depuis longtemps au néerlandais Paul Verhoeven d’émigrer aux Etats-Unis, pour sa plus grande facilité de financement de films. C’est ainsi que la femme du cinéaste lui suggère de réaliser Robocop, beaucoup refusé dans le milieu à cause de son apparence simpliste et commerciale, à commencer par le titre. Mais le fourbe Verhoeven a plus d’une idée en tête pour le détourner et ajouter des niveaux de lecture plus subtils, critiques et subversifs. Le film est en réalité une féroce satire sociale et politique des années Reagan comme seul un européen pouvait la faire : vulgaires, superficielles et proto-fascistes où règnent l’argent, le pouvoir et la corruption, constamment tournée en dérision. Il donne une vision cynique et objective de la violence, explosive et sanglante, exagérée jusqu’au grotesque pour à la fois faire passer la pilule tout en réveillant les consciences endormies par les blockbusters d’action. Inspirée autant par Metropolis que par Le Jour où la Terre s’arrêta, le personnage de Robocop – à l’évidente symbolique christique de mort et résurrection pour sauver son prochain – est devenu un des grands héros de la pop culture, dont le design et l’armure ont été élaborés par le fameux prothésiste et maquilleur Rob Bottin (Fog, Hurlements, The Thing, Total Recall). Peter Weller (Le Festin Nu) a su lui donner une présence et une démarche si caractéristiques, en dépit de la pénibilité de son costume (si lourd et si chaud qu’il en a perdu des kilos !). Le tournage fut désastreux, difficile et conflictuel, dépassant son budget son planning, mais cela n’a pas empêché Robocop de devenir un des grands succès des années 80, qui sera décliné en deux suites, deux dessins animés, une série télévisée, quatre téléfilms et un remake. Verhoeven considère encore qu’il s’agit de son meilleur film américain.

– 21h : Starship Troopers (Paul Verhoeven – 1997 – 129 minutes)

avec Casper Van Dien, Dina Meyer, Denise Richards, Jake Busey, Neil Patrick Harris, Patrick Muldoon, Michael Ironside, Clancy Brown, Seth Gilliam

Des jeunes diplômés s’engagent dans un service militaire de deux ans, donnant droit au statut de Citoyen, alors que la Terre mène une guerre intergalactique contre des insectes extra-terrestres géants. Johnny Rico le fait pour plaire à sa petite amie et se retrouve dans l’infanterie, tandis que celle-ci s’est engagée dans la marine spatiale avec le rival de Rico.

Au bout de dix ans de carrière à Hollywood (Totall Recall, Basic Instinct, Showgirls), Paul Verhoeven se lance dans une nouvelle farce politique d’une ampleur et d’une violence inégalées, en adaptant librement un livre de science-fiction de 1959 (il en prend d’ailleurs le contre-pied). Rarement Hollywood n’aura accouché d’un film aussi subversif, qui plus est à ses dépens ! Car Starship Troopers se révèle être en fait une parodie de blockbuster, une satire contre le militarisme, le patriotisme aveugle et la propagande manipulatrice du Bien. Mais avec son budget d’une centaine de millions de dollars, ses effets spéciaux saisissants (nommés à l’Oscar), ses acteurs beaux et niais comme dans des sitcoms (Casper Van Dien et Dina Meyer viennent de Beverley Hills 90210, Denise Richards et Patrick Muldoon de Melrose Place, et Neil Patrick Harris de Docteur Doogie, des années avant How I met you mother !) et ses séquences spectaculaires de navigation spatiale et de guerres sanglantes, les critiques de l’époque l’ont pris au premier degré et l’a descendu comme un film fasciste – ce qu’il entendait précisément dénoncer… Ce n’est pourtant pas faute de Verhoeven d’avoir oublié son humour burlesque dans les dialogues, les explosions de têtes et ses flashs d’informations grotesques (dans la droite lignée de ceux de Robocop). Mais le temps a fini par réparer son erreur et a réévalué Starship Troopers comme un chef d’œuvre titanesque et complexe, entre Star Wars et Full Metal Jacket. Trois suites sortiront directement en vidéo, preuve de leur intérêt négligeable, ainsi qu’une série télévisée en images de synthèse.

11 décembre : Ciné-club Chine impériale par Tsui Hark : Détective Dee : le mystère de la flamme fantôme (2010) – Détective Dee 2 : la légende du dragon des mers (2014)

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– 19h : Détective Dee : le mystère de la flamme fantôme (Tsui Hark – 2010 – 123 minutes)

avec Andy Lau, Carina Lau, Li Bingbing, Tony Leung Ka-fai, Deng Chao, Richard Ng, Teddy Robin, Yao Lu, Liu Jinshan

En 690, alors que Wu Zetian s’apprête à devenir la première impératrice de Chine, des morts mystérieuses par combustion spontanée compromettent sa cérémonie de couronnement. Elle libère alors le juge Dee de prison pour le charger de l’enquête.

Le juge Di Renjie est un personnage historique (deux fois chancelier de l’impératrice), devenu héros de romans policiers chinois, et réapparu au dans les années 1950 sous la plume du diplomate et orientaliste néerlandais Robert van Gulik pendant seize romans. Au bout de dix ans de travail sur le scénario original (n’adaptant aucun livre), sa transposition au cinéma est réalisée par le maître Tsui Hark (Il était une fois en Chine qui révéla Jet Li), spécialiste hongkongais des films d’arts martiaux et de sabres sous la Chine impériale (genre appelé « wu xia pian ») aussi incontournable dans son pays que John Woo ou Wong Kar-wai. Il nous gratifie comme à son habitude des chorégraphies spectaculaires et irréalistes comme le veut le genre, avec des acteurs reliés par câbles. Détective Dee : le mystère de la flamme fantôme est une superproduction qui ne se refuse rien, et ça se voit : dix mois de travail sur les croquis du bouddha géant, deux ans de tournage, six mille figurants, cinq mille costumes créés par John Galiano et Alexander McQueen, des milliers de litres d’eau pour le décor du marché fantôme et un budget effet spéciaux visuels musclé. Il mélange les genres à foison, passant du suspense au polar, du film d’horreur au film catastrophe, avec beaucoup d’action sophistiquée au milieu, dans une atmosphère oscillant entre le réalisme et le fantastique. De Sherlock Holmes au kung-fu, Detective Dee dépoussière le film historique avec ses personnages fouillés et ses intrigues folkloriques et politiques, et donne un nouvel essor au wu xia pian.

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– 21h : Détective Dee 2 : la légende du dragon des mers (Tsui Hark – 2014 – 134 minutes)

avec Mark Chao, Feng Shaofeng, Lin Gengxin, Bum Kim, Angelababy, Carina Lau, Chen Kun, Dong Hu

Des navires allant aider un allié de la Chine sont attaqués par un mystérieux monstre marin.  Le jeune juge Dee va se retrouver à mener l’enquête sur ce qui ressemble à un complot.

Après l’immense succès de Détective Dee, la décision est prise de lui offrir non plus une suite mais une préquelle. Du coup le budget se trouve multiplié, ce qui permet de construire encore plus de décors somptueux (une soixantaine !) et des effets spéciaux numériques encore plus marqués (trop ?), rendant le film encore plus spectaculaire et vertigineux comme les plus imposants blockbusters américains, en plus exotique et décomplexé. Les acteurs manient de véritables armes, et les combats acrobatiques et virevoltants aux chorégraphies virtuoses sont marqués du sceau des quatre éléments, terre, mer (sur navire ou sous l’eau), air (contre une paroi) et feu. Détective Dee 2 : la légende du dragon des mers est plus porté sur l’aventure avec  son scénarios à tiroirs, ses rebondissements gargantuesques et ses changements de lieux variés, mais les intrigues policières, politiques, historiques et folkloriques frôlant le fantastique font toujours partie de la signature de la saga, avec moins de réalisme mais un peu d’humour.

4 décembre : Ciné-club Comédie avec Marilyn Monroe / Billy Wilder : Sept ans de réflexion (1955) – Certains l’aiment chaud ! (1959)

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– 19h : Sept ans de réflexion (Billy Wilder – 1955 – 104 minutes)

avec Marilyn Monroe, Tom Ewell, Evelyn Keyes, Sonny Tufts, Robert Strauss, Oscar Homolka, Marguerite Chapman, Victor Moore

Un homme marié voit sa femme et son fils partir pour les vacances d’été pendant qu’il reste à New York. Une jeune femme superbe et sympathique emménage juste au-dessus de chez lui, et va lui retourner la tête dans tous les sens.

Billy Wilder a réalisé de grands classiques de noirceur (Assurance sur la mort, Boulevard du crépuscule, Le Gouffre aux chimères) mais commençait à se réorienter vers des films plus légers et comiques (La Scandaleuse de Berlin, Stalag 17, Sabrina). A l’inverse, Marilyn Monroe, star la mieux payé de 20th Century Fox mais insatisfaite de ses rôles de femmes superficielles, souhaitait jouer des personnages plus sérieux et dramatiques (comme dans Niagara). Le maître et la star se retrouvent donc à la croisée des chemins et de leurs carrières au sommet. Adaptant une pièce de Broadway à succès pendant plus de trois ans, Sept ans de réflexion est une comédie sur un sujet hautement politiquement incorrect : l’adultère. Pour calmer l’austère code Hays qui régit le cinéma américain de l’époque, Wilder est obligé d’adoucir notablement le scénario et le script, mais ce sont justement ces contraintes qui enrichiront d’autant plus subtilement les sous-entendus et la tension sexuelle, dans un duel entre le vice et la vertu où l’on assiste régulièrement aux fantasmes du héros prendre la forme de rêves visuels. Tom Ewell maîtrise parfaitement un rôle qu’il a joué sept cent fois au théâtre et qui lui a valu un Tony Award, tandis que Monroe, au-delà de son excellent sens comique, irradie l’écran de sa charge sexuelle, que son innocence rend encore plus irrésistible. Le film comporte d’ailleurs la scène la plus légendaire d’Hollywood : sa robe est soulevée par l’aération d’une bouche de métro, dénudant ses jambes (censure oblige, le film est d’ailleurs bien moins explicite que les photos promotionnelles ou de presse). Le film est un triomphe, mais en devenant déesse du cinéma, Monroe scelle par la même occasion son mariage de quelques mois avec le baseballer Joe DiMaggio, furieux de l’impudeur de sa femme lors de ce tournage dans une rue de New York rempli de curieux et de photographes, et plongera dans les affres des échecs sentimentaux perpétuels, de la dépression et des barbituriques dont elle ne survivra pas.

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– 21h : Certains l’aiment chaud ! (Billy Wilder – 1959 – 121 minutes)

avec Marilyn Monroe, Tony Curtis, Jack Lemmon, George Raft, Pat O’Brien, Joe E. Brown

Deux musiciens de jazz sont témoins par accident d’un règlement de compte de la mafia. Pour lui échapper, ils se retrouvent obliger d’intégrer une troupe musicale féminine, et donc de se travestir en femmes !

Quatre ans après Sept ans de réflexion, Billy Wilder retrouve Marilyn Monroe pour leur second et dernier film ensemble. L’actrice a cependant pris l’habitude d’arriver tous les jours en retard de plusieurs heures, se rappelle difficilement de son texte et oblige parfois à tourner plusieurs dizaines de prises par scène. Tony Curtis est l’autre grande star du film, célèbre pour Trapèze, Le Grand chantage ou Les Vikings. Wilder tourne par ailleurs pour la première fois avec Jack Lemmon, qui deviendra son acteur fétiche dans six autres films (dont La Garçonnière ou Irma la douce). Sur le sujet scabreux du travestissement sexuel, Billy Wilder, inspiré d’un film allemand (mais aussi de Scarface et d’Al Capone pour le début du film à Chicago), déploie un trésor d’inventivité, de gags, de sous-entendus, de situations extravagantes, grâce à des dialogues d’orfèvre, le tout dans un rythme effréné. Le trio comique est excellent dans nombre de scènes cultes, de la chanson de Marilyn Monroe « I wanna be loved by you, pooh pooh pee dooh » à la légendaire réplique finale « nobody’s perfect ». Nommé à six Oscars (dont meilleur film, meilleur réalisateur et meilleur acteur pour Jack Lemmon) et remportant celui des meilleurs costumes, Certains l’aiment chaud ! a été classé par American Film Institute rien de moi que la meilleure comédie du cinéma américain. Le film suivant de Wilder (La Garçonnière) sera un nouveau triomphe multi-oscarisé, mais Monroe ne tournera plus que deux films, ne sera pas capable d’en terminer un troisième et sera retrouvée morte en 1962.