26 mars 2017 : Ciné-club Jean Gabin / Marcel Carné : Le Quai des brumes (1938) – Le Jour se lève (1939)

LE QUAI DES BRUMES

– 19h : Le Quai des brumes (Marcel Carné – 1938 – 92 minutes)

avec Jean Gabin, Michel Simon, Michèle Morgan, Pierre Brasseur, Jenny Burnay, René Génin, Marcel Pérès, Martial Rèbe, Edouard Delmont, Aimos, Robert Le Vigan

Jean, un déserteur, arrive au Havre pour quitter la France. Il s’arrête dans un bar fréquenté par des marginaux et rencontre Nelly, terrorisée par son tuteur.

Jean Gabin a été très impressionné par Drôle de drame, le second film de Marcel Carné, sur un scénario et dialogues de Jacques Prévert, et insiste pour faire un film avec eux. Comme la star était sous contrat avec une société de production allemande, Le Quai des brumes devait être tourné en Allemagne. Mais Goebbels, ministre de la propagande, s’opposa au tournage, et les droits du film sont revendus à un producteur juif ayant fui l’Allemagne nazie. En France, le ministère de la guerre interdit l’usage du mot « déserteur », ou que l’uniforme militaire de Gabin soit jeté à terre. Le Quai des brumes appartient au réalisme poétique, avec un script et une atmosphère d’une grande noirceur, reflet autant de l’intériorité des personnages que des sombres années trente à la veille de la guerre. Mais au-delà-de son pessimisme, c’est avant tout une bouleversante histoire d’amour, jouée par des acteurs inoubliables, immortalisée par une des plus célèbres répliques du cinéma, le « t’as de beaux yeux tu sais » de Gabin à la jeune Morgan (d’ailleurs amants à la ville). Le film est un immense succès public et critique (Prix Louis-Delluc, Grand Prix national du cinéma français, Prix Méliès de l’Académie du film, recommandation spéciale pour la réalisation à la Mostra de Venise), mais est attaqué par l’extrême gauche et l’extrême droite. Il sera interdit sous l’Occupation, avant de devenir un des grands classiques nationaux. Couple mythique du cinéma français, Gabin et Morgan retourneront ensemble dans Le Récif de corail (1938), Remorques (1941) et La Minute de vérité (1952).

LE JOUR SE LEVE

– 21h : Le Jour se lève (Marcel Carné – 1939 – 92 minutes)

avec Jean Gabin, Jules Berry, Arletty, Jacqueline Laurent, Mady Berry, René Génin, Arthur Devère, Bergeron, Bernard Blier, Perès, Germaine Lix, Gabrielle Fontan, Jacques Baumer

François, un ouvrier, vient de tuer quelqu’un. Il se remémore les événements qui l’y ont conduit, notamment sa rencontre avec Françoise.

Après le triomphe de Quai des brumes, Jean Gabin collabore à nouveau avec Marcel Carné et Jacques Prévert, sur une idée de scénario de Jacques Viot. Le Jour se lève est un drame social faisant preuve d’une très grande modernité narrative, avec son histoire racontée en longs flashbacks – et ce, deux ans avant Citizen Kane. Le film a été entièrement tourné en studio – le décor de la chambre du héros est d’ailleurs visible par ses quatre côtés, et non trois comme traditionnellement, afin d’effectuer des plans circulaires pour montrer son enfermement et la fatalité de son sort. Le jeu de Gabin n’a jamais été aussi intense, passionné et désespéré, dans une nouvelle histoire d’amour déchirante. Jacqueline Laurent rayonne de sa pureté et de fraîcheur, tandis qu’Arletty retrouve Carné après Hôtel du Nord – une scène la montrant nue (probablement la première du cinéma français !) à la sortie de la douche fut longtemps censurée. La photographie du film est sublime, constituant un chaînon déterminant entre l’esthétique de l’expressionnisme allemand et celle des films noirs américains. Le Jour se lève est un chef d’œuvre sur tous les plans, mais a été évidemment interdit sous Vichy, car jugé trop défaitiste. Il donnera lieu à un remake américain avec Henry Fonda et Vincent Price, The Long Night (1947). Enfin, Carné et Prévert réaliseront encore trois autres classiques ensembles : Les Visiteurs du soir, Les Enfants du Paradis (tous deux avec Arletty) et Les Portes de la nuit.

19 mars 2017 : Ciné-club Poisson avec John Cleese & Michael Palin : Monty Python : Le Sens de la vie (1983) – Un Poisson nommé Wanda (1988)

MONTY PYTHON LE SENS DE LA VIE

– 19h : Monty Python : Le sens de la vie (Terry Jones – 1983 – 106 minutes)

avec Graham Chapman, John Cleese, Terry Gilliam, Terry Jones, Eric Idle, Michael Palin

Des poisons dans un aquarium s’interrogent sur le sens de la vie.

La troupe britannique des Monty Python se forme en 1969 avec leur cultissime série télévisée Flying Circus, qui durera quatre ans et marquera à jamais la culture populaire par son insurpassable absurdité humoristique. Ils entrent au cinéma en 1971 en retournant certains des meilleurs sketchs de la série sous le nom de La Première folie des Monty Python. Si leurs deux films suivants ont une histoire cohérente, Sacré Graal en 1975 et La Vie de Brian en 1979, Le Sens de la vie revient au format des sketchs libres, malgré un vague fil conducteur autour du… sens de la vie ! Le film est découpé en sept parties, de la naissance à la mort, dégommant les codes de la société anglaise (notamment la sexualité, la religion ou l’armée), entrecoupé de quatre chansons (dont l’imposant « Every Sperm Is Sacred ») et de nombreux passages cultes (un énorme client qui mange toute la carte d’un restaurant). Le film est précédé d’un court-métrage de seize minutes de Terry Gilliam, sur des vieux employés d’une compagnie d’assurance qui se rebellent contre leurs nouveaux propriétaires, des financiers américains. Le Sens de la vie a été récompensé du Grand Prix du Festival de Cannes. Quand Universal Studios leur a proposé de faire un film, ils leur ont dit qu’ils n’auront plus besoin de travailler le reste de leur vie. Cela expliquerait ainsi qu’il s’agisse de leur dernier film ! La troupe s’est finalement reformée pour dix représentations sur scène à Londres en 2014 – les vint milles places pour le premier soir se sont écoulés en quarante-cinq secondes.

UN POISSON NOMME WANDA

– 21h : Un Poisson nommé Wanda (Charles Crichton – 1988 – 108 minutes)

avec John Cleese, Jamie Lee Curtis, Kevin Kline, Michael Palin

Un avocat anglais coincé tombe amoureux d’une voleuse de bijoux, alors que son complice et amant est un psychopathe se prenant pour un intellectuel.

Les membres de Monty Python ont bien sûr continué séparément leurs carrières au cinéma, avec des succès divers. Ils se sont d’ailleurs souvent croisé individuellement, ne serait-ce que dans des films de leur acolyte Terry Gilliam (Jabberwocky, Bandits bandits, Brazil ou Les Aventures du baron du Münchhausen). John Cleese et Michael Palin se retrouvent ainsi dans Un Poisson nommé Wanda, une comédie anglaise à petit budget écrite et produite par Cleese, qui va connaître un triomphe international aux cent quatre-vingt-dix millions de dollars de recette. Autour d’une histoire de diamants volés à récupérer, les quatre acteurs principaux forment une équipe aussi improbable qu’hilarante : Cleese en avocat coincé à la vie de famille ennuyeuse, Jamie Lee Curtis en voleuse séductrice, Kevin Kline en amateur d’arts martiaux et de Nietzsche (récompensé par l’Oscar du meilleur second rôle), et Michael Palin en bègue amoureux des animaux. Nommé à l’Oscar du meilleur réalisateur et du meilleur scénario original, Un Poisson nommé Wanda est une comédie culte typiquement british remplie de situations loufoques. Un film à mourir de rire, et littéralement : un orthophoniste danois est réellement mort d’arrêt cardiaque à force de rire pendant une projection ! Les quatre acteurs récidiveront en 1997 dans Créatures féroces, sans retrouver un succès aussi exceptionnel.

12 mars 2017 : Ciné-club Mal avec Orson Welles : Le Génie du mal (1959) – La Soif du mal (1958)

LE GENIE DU MAL

– 19h : Le Génie du mal (Richard Fleischer – 1959 – 103 minutes)

avec Orson Welles, Dean Stockwell, Bradford Dillman, Diane Varsi, E. G. Marshall, Martin Milner

Deux jeunes étudiants, supérieurement riches et intelligents, se prétendent au-dessus des lois et commettent un meurtre, par pure expérience et excitation du crime parfait.

En 1948, Alfred Hitchcock réalisait l’excellent La Corde, tiré d’une pièce de théâtre basée sur l’affaire Leopold et Loeb qui avait scandalisé l’Amérique en 1924. Comment de jeunes garçons aisés à qui la vie offrait tout avaient-ils pu basculer dans le pur mal en commettant un assassinat gratuit et froidement prémédité ? Richard Fleischer s’y penche à son tour en 1959, mais beaucoup plus fidèlement. Le réalisateur a beau avoir une filmographie des plus éclectiques, allant de la science-fiction (Soleil Vert, Le Voyage fantastique) à la guerre (Tora ! Tora ! Tora !) en passant par l’heroic fantasy (Conan le destructeur, Kalidor), il a tout de même réalisé beaucoup de films noirs et policiers (Les Inconnus dans la ville) ou des adaptations de faits divers (L’Etrangleur de Boston), dont Le Génie du mal fait partie. Ancien étudiant en psychiatrie, il présente régulièrement des études psychologiques poussées de ses personnages pour analyser leurs actions, ici l’exploration du mal et sur surhomme nietzschéen. Excellemment photographié et mis en scène, le film se concentre dans sa deuxième partie sur le procès, avec humanisme. Dean Stockwell (Paris Texas, Code Quantum) et Bradford Dillman (Les Evadés de la planète des singes, Piranhas, Le Retour de l’Inspecteur Harry) sont parfaits dans leurs interprétations hautaines et glaçantes, tandis qu’Orson Welles, qui ne concédait à jouer que pour financer ses propres films, livre comme d’habitude une performance charismatique, portant pendant quinze minutes le plus vibrant plaidoyer contre la peine de mort – en réalité, l’avocat avait plaidé douze heures ! Les trois acteurs remportèrent ainsi le prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes.

LA SOIF DU MAL

– 21h : La Soif du mal (Orson Welles – 1958 – 111 minutes)

avec Charlton Heston, Janet Leigh, Orson Welles, Akim Tamiroff, Joseph Calleia, Valentin De Vargas, Dennis Weaver, Marlene Dietrich, Joseph Cotton, Zsa Zsa Gabor, Mercedes McCambridge

A la frontière américano-mexicaine, un policier américain corrompu enquête sur la mort d’un couple dans l’explosion d’une voiture. Un enquêteur mexicain en voyage de noces s’oppose à ses méthodes et va fouiller son passé.

Si Citizen Kane a été un triomphe commercial, les films suivants d’Orson Welles furent des gouffres financiers, ce qui lui valut une épouvantable réputation auprès des studios et limita énormément sa liberté artistique pour le reste de sa carrière. Mais c’est en apprenant que ce dernier serait acteur dans La Soif du mal que Charlton Heston fit pression pour qu’il le réalise. Welles tourne ainsi le premier jour l’équivalent de quatre journées de planning, ce qui rassura Universal Studios et lui permit de travailler sans interférences. Mais le premier montage ne les satisfait pas, et ils font tourner de nouvelles séquences et remonter le film par d’autres. Cependant Welles avait laissé une note de 58 pages détaillant ses instructions pour un director’s cut, qui fut réalisé en 1998 après sa mort. Il s’ouvre sur le plus long plan-séquence de l’époque, une scène époustouflante plantant le décor et l’atmosphère pesante et louche propre aux villes frontières et aux films noirs. La distribution est parfaite : Welles interprête prodigieusement une ordure physique et morale, Charlton Heston est impeccable, Janet Leigh tient déjà le rôle d’une femme en danger dans un motel deux ans avant Psychose, et des légendes comme Marlene Dietrich, Zsa Zsa Gabor et Joseph Cotten y font des apparitions. Dernier film Hollywoodien de Welles, La Soif du mal est un miracle de mise en scène, avec des cadrages en contre-plongée sublimes et audacieux, sur un tempo endiablé et fiévreux d’Henry Mancini, reconnu comme un des grands films du réalisateur et de l’époque, d’une modernité esthétique et narrative renversante et sans équivalent. Malheureusement, Welles ne réussira ensuite à financer que quelques autres films en Europe (notamment Le Procès ou Falstaff), en laissant plusieurs inachevés.

5 mars 2017 : Ciné-club XIXème siècle : Raison et sentiments (1995) – Le Temps de l’innocence (1993)

RAISON ET SENTIMENTS

– 19h : Raison et sentiments (Ang Lee – 1995 – 136 minutes)

avec Emma Thompson, Alan Rickman, Kate Winslet, Hugh Grant, Gemma Jones, Hugh Laurie

A la mort de leur père, madame Dashwood et ses trois filles sont déshéritées et doivent déménager dans le Devonshire. Les deux ainées, aux tempéraments opposés, vont tenter de trouver l’homme de leur vie.

Publié anonymement à compte d’auteur en 1811, Raison et sentiments est le premier roman de Jane Austen, qui deviendra un classique de la littérature britannique et mondiale. S’il a déjà été adapté trois fois à la télévision, il s’agit de sa première adaptation cinématographique (et le second d’un roman d’Austen, après Orgueil et préjugés en 1940). La productrice a confié l’écriture du scénario à l’actrice Emma Thompson (Retour à Howards End, Au nom du père) après être tombée sur ses sketchs à la télévision – un travail de quatre ans qui sera récompensé par l’Oscar du meilleur scénario adapté. L’histoire tourne autour des histoires d’amour de deux sœurs, Elinor (Emma Thompson) et Marianne (Kate Winslet), dont les prétendants leur réservent des surprises, contrariétés et révélations. La première est raisonnable et résignée, là où la seconde est romantique et passionnée, au milieu d’une haute société anglaise codifiée et feutrée où les sentiments ne peuvent s’exprimer directement mais au mieux se deviner. La reconstitution est remarquable, tant au niveau des costumes fidèles que des magnifiques décors anglais, que ce soient les maisons à la campagne, la nature verte ou les intérieurs londoniens. Après le triomphe de Quatre mariages et un enterrement en 1994, Hugh Grant accentue son image de comédien romantique, avant Coup de foudre à Notting Hill ou Love Actually (où il retrouvera justement Emma Thompson et Alan Rickman). Raison et sentiments a été couronné de l’Ours d’or du meilleur film à Berlin, de sept nominations aux Oscars (dont meilleur film), de multiples BAFTA et Golden Globes et autres récompenses internationales. Son succès engendrera bien d’autres adaptations d’Austen au cinéma et à la télévision, comme Orgueil et préjugés, Persuasion ou Emma.

LE TEMPS DE L'INNOCENCE

– 21h15 : Le Temps de l’innocence (Martin Scorsese – 1993 – 139 minutes)

avec Daniel Day-Lewis, Michelle Pfeiffer, Winona Ryder

Dans la haute société new-yorkaise de 1870, Newland Archer est fiancé à la douce May, mais est troublé par l’arrivée d’Europe de la cousine de cette dernière, la comtesse Olenska, qui souhaite divorcer, ce qui est mal vu par la famille.

Publié en 1920, le roman d’Edith Wharton avait gagné le prix Pulitzer (le premier pour une écrivaine). Après deux premières adaptations cinématographiques (en 1924 et 1934), Martin Scorsese s’y attaque à son tour pour son quatorzième film, deux ans après son remake des Nerfs à vif. Si cela apparaît pour le réalisateur des Affranchis (1990) comme une curieuse incursion dans le mélodrame de la haute société du XIXème siècle, on décèle rapidement un de ses thèmes de prédilection : la description minutieuse des mœurs et du fonctionnement d’un clan codifié, à travers son style rigoureusement soigné (décors, costumes, accessoires), ses rituels (fastueux dîners, bals privés, sorties à l’opéra ou au théâtre) et ses protocoles. Le Temps de l’innocence est l’histoire d’un homme hésitant entre la sécurité bourgeoise et la coûteuse liberté punie socialement, d’un désir étouffé par les étiquettes, d’un amour impossible broyé par les conventions rigides et impitoyables de son milieu. Scorsese s’oriente ainsi vers le raffinement et l’analyse socio-historique des films de Visconti, du tandem Powell/Pressburger ou même du Docteur Jivago (où Geraldine Chaplin jouait déjà d’ailleurs). Habitué à préparer ses rôles intensivement, Daniel Day-Lewis se promena pendant deux mois dans les rues de New York habillé en costume du XIXème siècle, et s’isola des semaines dans un hôtel dans le style de l’époque (il retrouvera Scorsese dans Gangs of New York en 2002). Michelle Pfeiffer est comme toujours envoutante, mais la lisse et mièvre Winona Ryder révèle bien plus de subtilités que prévues (Golden Globes du meilleur second rôle, nomination à l’Oscar). Le film a remporté l’Oscar des meilleurs costumes, a été nommé à quatre autres (dont scénario adapté, direction artistique, musique). Scorsese reviendra ensuite en 1995 à la mafia avec son magnum opus, Casino.

26 février 2017 : Ciné-club Godzilla : Godzilla (1954) – Le Retour de Godzilla (1955)

GODZILLA (1955)

– 19h : Godzilla (Ishiro Honda – 1954 – 96 minutes)

avec Akira Takarada, Momoko Kochi, Akihiko Hirata, Takashi Shimura

Un monstre préhistorique est réveillé par des essais nucléaires terrorise le Japon.

Le mythique King Kong avait révolutionné le cinéma en 1933, tant du point de vue technique que du spectaculaire. Sa ressortie mondiale en 1952 n’est pas passée inaperçue. Le français Eugène Lourié réalise ainsi Le Monstre des temps perdus, avec des effets spéciaux du génial Ray Harryhausen. Dans le Japon encore meurtri par les bombardements nucléaires d’Hiroshima et de Nagasaki de 1945, un producteur a l’idée d’un film de monstre japonais, qui deviendra Godzilla – en japonais Gojira, contraction de gorira (gorille) et kujira (baleine). L’innovation réside dans l’utilisation non pas de maquettes animées comme jusqu’à maintenant, mais dans celle d’un acteur déguisé dans un costume de montre, avançant au ralenti pour plus d’effet de lourdeur et détruisant des maquettes d’immeubles – ainsi que ne voyant rien et parfois s’évanouissant sous la chaleur du costume de 91 kilos. Cependant il ne s’agit absolument pas d’un film de monstres de série B, mi-commercial mi kitsch comme les américains en produisaient les yeux fermés, mais d’un film tout ce qu’il y a de plus sérieux et dramatique, montrant la désolation la terreur du monstre sur la population. La seconde partie est un sévère cas de conscience sur le danger de créer et d’utiliser une technologie qui pourrait nuire à l’humanité. Entre Hiroshima et Fukushima, Godzilla est tout simplement une incarnation culturelle incontournable des traumatismes de la psyché japonaise, pour longtemps encore d’actualité.

LE RETOUR DE GODZILLA (1955)

– 21h : Le Retour de Godzilla (Motoyoshi Oda – 1955 – 81 minutes)

avec Hiroshi Koizumi, Setsuko Wakayama, Minoru Chiaki, Takashi Shimura

Un Godzilla réapparait sur les côtes japonaises, affrontant un autre monstre gigantesque, Anguirus !

L’énorme succès commercial de Godzilla au Japon a créé le genre des kaiju eiga, films de monstres géants. Rapidement l’industrie cinématographie s’en empare, et va faire déferler des dizaines de films au cours des décennies suivantes, à commencer par Le Retour de Godzilla, introduisant son premier ennemi, Anguirus. Bientôt d’autres monstres vont apparaître d’abord dans leur propre film, comme l’oiseau préhistorique supersonique Rodan, le lézard volant Baran ou le papillon géant Mothra, qui s’intègreront ensuite dans la longue filmographie de Godzilla, d’abord comme adversaires puis comme alliés – souvent contre son ennemi suprême, King Ghidorah, terrible dragon à trois têtes. Au cours de la trentaine de ses suites, Godzilla affrontera même King Kong ou Mecha Godzilla, aura un fils ou ira dans l’espace. Si le monstre était initialement un symbole effrayant de destruction, son rôle va s’adoucir, passant de menace absolue à défenseur du Japon et de la Terre contre d’autres assaillants, devenant progressivement une mascotte nationale et même l’idole des enfants ! Produit par un studio concurrent, Gamera sera aussi très populaire dans les années 60, avec une touche plus légère et commerciale. Mais à force d’être surexploité, le genre se tarit en 1975, hiberne quasiment toutes les années 80 et ne réapparait que dans les années 90, à grand renfort d’effets spéciaux plus modernes et impressionnants. Godzilla a connu un remake américain désastreux en 1998 par Roland Emmerich qui fit hurler les fans du monde entier, et un autre beaucoup plus fidèle en 2014, pour lequel deux suites sont prévues en 2019 et 2020 (dont Godzilla VS Kong !). Alors que la franchise était éteinte au Japon depuis 2004, elle s’est réveillée en 2016 avec Shin Godzilla, et un autre sortira en 2017.