Archives mensuelles : septembre 2013

29 septembre : Ciné-club Humphrey Bogart / John Huston : Le Faucon Maltais (1941) – Le Trésor de la Sierra Madre (1948)

Amis et compagnons de beuverie, Humphrey Bogart (soixante-quinze films, plus grande star masculine de tous les temps par l’American Film Institute en 1999) et John Huston (une quarantaine de films) représentent une des plus fameuses collaborations du cinéma américain. Ayant tourné six films ensembles, ils se doivent respectivement d’avoir contribué à leur gloire respective : Le Faucon Maltais est le premier film de John Huston, et il marque la seconde partie de la carrière d’Humphrey Bogart, acquérant une stature de premier plan (un an avant Casablanca). A la mort de ce dernier en 1957, John Huston prononça son éloge funèbre en ces termes : « Il avait reçu le plus beau de tous les dons, le talent. Le monde entier l’a reconnu, la vie lui a donné tout ce dont il rêvait et même plus ; nous ne devons pas être désolés pour lui mais plutôt pour nous qui l’avons perdu. Il est irremplaçable. Il n’y aura jamais personne comme lui…»

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– 19h : Le Faucon Maltais (John Huston – 1941 – 101 minutes)

avec Humphrey Bogart, Mary Astor, Peter Lorre, Sydney Greenstreet, Gladys George

 Suite au meurtre de son partenaire qui effectuait une simple filature pour le compte d’une cliente, le détective Spade apprend l’existence d’un inestimable bijou, le faucon maltais, dont beaucoup sont prêt à tout pour mettre la main dessus.

On ne devinerait pas que l’un des plus grands classiques du cinéma est le premier film de son réalisateur, John Huston (auparavant scénariste). C’est tout bonnement l’archétype du film noir : scénario poisseux qui commence comme un banal fait divers dont les enjeux véritables se complexifient rapidement, ambiance sombre et cynique, meurtres en série, une liaison ambiguë entre une femme mystérieuse et un détective misogyne. Adapté fidèlement du roman éponyme (parmi trois autres adaptations) de Dashiell Hammett (ancien détective devenu fondateur du roman noir), tourné rapidement avec un budget limité dans une poignée de décors majoritairement en intérieur, le film ne repose pas que sur sa fameuse intrigue, mais aussi sur la brillante interprétation de ses acteurs : Humphrey Bogart (qui n’était que le second choix du réalisateur), habitué aux seconds rôles de malfrats, trouve son style inimitable et désabusé, et devient un des mythes du cinéma américain ; Peter Lorre est toujours aussi maniéré et terriblement glaçant, et son acolyte avec qui se tisse des sous-entendus homosexuels Sydney Greenstreet (nominé à l’Oscar du meilleur second rôle) est tout aussi captivant. Les excellents dialogues ont donné lieu à de nombreuses citations cultes. A l’instar d’Orson Welles avec son Citizen Kane, pour un coup d’essai, c’est un coup de maître !

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– 21h : Le Trésor de la Sierra Madre (John Huston – 1948 – 126 minutes)

 avec Humphrey Bogart, Tim Holt, Walter Huston, Bruce Bennett

Dans les années 20, deux aventuriers américains sans le sou coincés au Mexique s’associent avec un vieil explorateur pour chercher de l’or dans la Sierra Madre.Un des premiers films hollywoodiens a être tourné (quasi-entièrement) en dehors des Etats-Unis,

Le Trésor de la Sierra Madre a pour cadre le turbulent Mexique d’après la révolution de 1910, où les étrangers risquaient leur vie dans les zones terrorisées par des groupes de bandits pourchassés par les federales, la brutale police fédérale. Film de spectacle et d’aventure, ironique et tragique, l’histoire montre trois motivations distinctes dans leur quête, et narre à merveille comment l’or fascine, attire, rend fou et prêt à tous les risques et trahisons – la transformation de Bogart est saisissante. Le film a remporté l’Oscar du meilleur réalisateur, du meilleur scénario, ainsi que celui de meilleur second rôle pour Walter Huston (père de John !), et est une référence absolue pour de nombreux réalisateurs : c’est le film préféré de Sam Raimi, le quatrième du top ten de Stanley Kubrick, et était le film de chevet de Paul Thomas Anderson pour l’écriture de There Will Be Blood.

22 septembre : Ciné-club Frères Coen : Fargo (1996) – The Big Lebowski (1998)

Joel et Ethan Coen ont tissé une rare collaboration fraternelle dans le monde du cinéma, le premier réalisant, le second produisant, les deux s’occupant de l’écriture et du montage (ils partageront par la suite l’ensemble des crédits de leurs films). A travers une mise en scène et un scénario régulièrement impeccables, leur filmographie offre deux facettes principales : comédies absurdes (souvent cruelles), et thrillers sanglants. Fargo et The Big Lebowski, deux films consécutifs (1966 et 1998) parmi leurs plus fameux, présentent à merveille ces deux visages indissociables de leur œuvre.

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– 19h : Fargo (Joel Coen – 1996 – 98 minutes)
avec William H. Macy, Frances McDormand, Steve Buscemi, Peter Stormare, Harve Presnell

Un vendeur de voiture engage deux bandits minables pour kidnapper sa femme, afin de récupérer la rançon payée par son riche beau-père.

Tourné dans les décors enneigés du Minnesota (dont sont originaires les frères Coen), du Dakota et du Canada, Fargo s’annonce comme une histoire vraie – alors qu’en réalité, ce film noir s’inspire de plusieurs faits divers sordides, mais est présenté ainsi pour augmenter l’implication du public. Qu’importe, la trame policière est parfaitement bien menée, montrant des gens ordinaires de la middle class du nord américain hivernal (tout le casting est remarquable) confrontés à une cascade d’évènements que plus personne ne contrôle, oscillant sans surprise entre la violence sanglante et l’humour noir. Fargo a remporté de nombreuses distinctions, telles que le Prix de la mise en scène au Festival de Cannes, l’Oscar du meilleur scénario et celui de la meilleure actrice pour Frances McDormand (d’ailleurs mariée à Joel Coen).

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– 21h : The Big Lebowski (Joel Coen – 1998 – 117 minutes)
avec Jeff Bridges, John Goodman, Julianne Moore, Steve Buscemi

Le Dude, paresseux joueur de bowling, se fait passer à tabac par des malfrats qui l’ont confondu avec son homonyme millionnaire. Il entreprend donc d’aller lui demander réparation.

Avec son scénario labyrinthique et embrouillé, The Big Lebowski a l’apparence d’un film noir inspiré par le classique Grand Sommeil (roman de Raymond Chandler, adapté par Howard Hawks en 1946 avec Humphrey Bogart). Mais c’est en réalité un pastiche délirant, qui a rapidement gagné son statut de film culte. Avec une riche bande originale résolument 60s-70s (Bob Dylan, Captain Beefheart, Creedence Clearwater Revival, Nina Simone, Elvis Costello, Santana, Eagles, …), ce film dévoile une avalanches de gags, de dialogues et de situations burlesques, des séquences oniriques hallucinantes et surtout une galerie de personnages hors-normes, à commencer par le légendaire Dude, antihéros icône d’une vie à la cool, à base de nonchalance, bowling et russes blancs. Son aura est telle que des fans ont créé le dudeisme, parodie de religion portant aux nues sa philosophie et son style de vie, comptant plus de 150 000 prêtres ! On pourrait aussi parler des rôles hilarants de John Goodman, John Turturro ou Steve Buscemi, mais soit on les connait déjà par cœur, soit il faut voir de toute urgence ce film tellement culte qu’il donne lieu à plusieurs festivals annuels aux Etats-Unis et à Londres qui lui sont exclusivement consacrés !

15 septembre : Ciné-club Soucoupes volantes : Les Soucoupes Volantes Attaquent (1956) – Planète Interdite (1956)

La science-fiction, les extra-terrestres et les soucoupes volantes sont une obsession américaine qui a engendré une production cinématographique imposante dès les années 50, pour la plus grande joie du public. C’est l’occasion de projeter quelques classiques du genre qui en ont jeté les bases bien avant nos blockbusters contemporains.

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– 19h : Les Soucoupes Volantes Attaquent (Fred F. Frears – 1956 – 83 minutes)

avec Hugh Marlowe, Joan Taylor

Les soucoupes volantes se multiplient dans le ciel terrestre, et un éminent scientifique capte le message de l’une d’elles, indiquant l’invasion imminente de la Terre. Il dispose alors de très peu de temps pour prévenir ses supérieurs et trouver une solution afin de percer l’apparente invulnérabilité des soucoupes volantes.

Gros succès commercial à sa sortie, car jouant sur un thème sensationnel très à la mode (les créateurs avaient d’ailleurs consulté des spécialistes des OVNI), Les Soucoupes Volantes Attaquent a marqué son époque pour ses effets spéciaux novateurs en stop motion (animation image par image), que l’on doit au génial Ray Harryhausen (qui officia sur autant de classiques du cinéma de genre tels que Le monstre vient de la mer, A des millions de kilomètres de la Terre, Jason et les Argonautes ou Le Choc des Titans). Le film est une des références principales du Mars Attack de Tim Burton, tant pour son thème que pour ses effets spéciaux qui ont défini la représentation du genre pendant longtemps.

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– 20h30 : Planète Interdite (Fred M. Wilcox -1956 – 98 minutes)

avec Walter Pidgeon, Anne Fancis, Leslie Nielsen

En 2257, une expédition se rend sur la planète Altair 4 pour secourir le vaisseau Bellérophon, dont l’équipage ne donne plus de signe de vie depuis 19 ans…

Une des plus grandes références de la science-fiction jusqu’à 2001 l’Odyssée de l’espace, Planète Interdite en est un des premiers films de science fiction à bénéficier de la couleur et du format Cinemascope, et constitue même le premier film à la bande-son entièrement électronique ! Ses inspirations tirées de La Tempête de Shakespeare, de la mythologie grecque et de la psychanalyse en font un des premiers et des plus riches représentants du genre space opera (science-fiction épique ou dramatique), bien avant Star Trek. On s’amuse au passage de la présence de Leslie Nielsen au casting, surtout connus pour ses rôles parodiques dans Y a-t-il un pilote dans l’avion ? ou Y a-t-il un flic pour sauver la reine ? Enfin, le film est resté dans les mémoires pour son iconique robot qui en vola la vedette, Robby The Robot (dont la conception a coûté 125.000 dollars), capable de parler 187 langues, de porter d’immenses poids, de synthétiser n’importe quel objet, ainsi que de faire la cuisine et le ménage !

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– Bonus : 22h : The Invisible Boy (Herman Hoffman – 1957 – 90 minutes)

 avec Richard Eyer, Philip Abbott, Diane Brewster, Harold J. Stone

La popularité de Robby The Robot fut telle qu’il réapparut dans de nombreuses séries et films, de La Quatrième Dimension à Perdus dans l’espace, en passant par La Famille Adams, Wonder Woman, Columbo ou La Croisière s’amuse ! Dès l’année suivant la sortie de Planète Interdite, Robby devint le héros d’un autre film de science-fiction sensée en être la suite indirecte, The Invisible Boy. Certes plus enfantin et moins marquant, son scénario n’en est pas moins précurseur de tout un pan de la science-fiction moderne, puisque l’ennemi du film n’est autre qu’un superordinateur se rebellant contre ses créateurs et tentant d’asservir l’humanité… Terminator commence là !

8 septembre : Ciné-club James Stewart / Alfred Hitchcock : Fenêtre sur cour (1954) – Sueurs Froides (1958)

Soirée spéciale consacrée au maître du suspens, Alfred Hitchcock, avec à l’écran un de ses acteurs les plus emblématiques, James Stewart. A l’égal de Cary Grant, il a contribué à certains des films les plus marquants du réalisateur et du cinéma américain.

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– 19h : Fenêtre sur cour (Alfred Hitchcock – 1954 – 112 minutes)
avec James Stewart, Grace Kelly, Thelma Ritter, Wendell Corey, Raymond Burr

Un photographe, en chaise roulante à la suite d’un accident, passe son temps à observer ses voisins, et commence à soupçonner l’un d’eux de meurtre.

Un des scénarios les plus fameux d’Hitchcock, Fenêtre sur cour réalise le tour de force de situer l’intégralité du film dans un huis clos, entre la chambre de James Stewart et en face un immeuble de 31 appartements (construit en studio !), à l’aide d’incessants champs/contre-champs en guise de caméra subjective. Qui plus est, James Stewart est totalement immobilisé sur sa chaise roulante, mais le film n’en est pas moins palpitant avec son flot d’observations, suspicions et déductions. Son voyeurisme nous questionne d’ailleurs sur le nôtre, aussi bien en tant que citoyen qu’en tant que spectateur cinématographique. Hitchcock trouva lui-même le slogan du film : « Si vous n’éprouvez pas ce sentiment de douce frayeur en voyant ce film, pincez-vous – vous êtes très probablement mort ». Enfin, ironie de l’histoire, l’acteur jouant le voisin suspect, Raymond Burr, a connu son plus grand succès dans la série L’homme de fer, en tant que policier sur chaise roulante ! La fin de sa vie est moins amusante, car son cancer du colon l’y contraindra réellement.

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– 21h : Sueurs Froides (Alfred Hitchcock – 1958 – 128 minutes)
avec James Stewart, Kim Novak, Barbara Bel Geddes

Un ancien policier, ayant abandonné son métier à cause de son vertige, est chargé de suivre la femme d’un ami, semblant avoir une double personnalité.

Adapté d’un roman français (de Pierre Boileau et Thomas Narcejac), Sueurs Froides (Vertigo en VO) caracole régulièrement dans le peloton de tête des classements de plus grands films de l’histoire du cinéma. On ne compte plus les faits d’armes qui l’ont fait passer à la postérité et citer dans d’innombrables œuvres ultérieures (Brian De Palma, David Lynch, Terry Gilliam, etc.), comme son légendaire générique d’introduction animé. Pour restituer l’impression subjective de vertige, Hitchcock invente le célèbre et saisissant effet de travelling compensé (consistant simultanément en un zoom avant et un travelling arrière), où l’image semble déformée, comme si la profondeur s’allongeait. Doté d’un des scénarios les plus déroutants et les plus marquants qui soient, Sueurs Froides est surtout le récit une passion amoureuse inouïe, sans équivalent et profondément troublante. Le film est d’ailleurs truffé d’une subtile symbolique sexuelle, dont le vertige est le pendant manifeste de l’impuissance au sein des chastes années 50 américaines. C’est enfin un des plus beaux films d’Hitchcock, dans le fond comme dans la forme, où tout n’est pas qu’un prétexte aux surprises scénaristiques et aux pièges pour le public comme trop souvent chez lui ; la musique de Bernard Herrmann et la photographie en Technicolor sont à tomber par terre, et Kim Novak, bien sûr, est inoubliable.

1er septembre : Ciné-club Robert De Niro / Martin Scorsese : Taxi Driver (1976) – Les Affranchis (1990)

Collaboration mythique acteur/réalisateur du cinéma américain, Robert De Niro et Martin Scorsese sont tous deux new-yorkais d’origine italienne du même âge. C’est donc sans surprise que la plupart de leurs huit films en commun tournent autour de la mafia et de New York.

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– 19h : Taxi Driver (Martin Scorsese – 1976 – 113 minutes)
avec Robert De Niro, Cybill Shepherd, Harvey Keitel, Jodie Foster

Taxi Driver est sans doute le rôle le plus célèbre de De Niro (révélé par le film précédent de Scorsese, Mean Streets), et il y décoche une des répliques les plus fameuses de l’histoire du cinéma, souvent citée ou parodiée. Histoire d’un chauffeur de taxi de nuit (De Niro a travaillé comme taxi pendant un mois pour préparer son personnage avant le tournage) progressivement contaminé par la violence et la perversion new-yorkaise, c’est aussi l’un des premiers films à traiter des séquelles psychologiques de la guerre du Vietnam sur ses vétérans. Avec une entêtante bande-son jazz soulignant l’atmosphère d’errance et de solitude, on finirait presque par oublier que les autres acteurs sont excellents, dont le fidèle Harvey Keitel ou la jeune Jodie Foster de douze ans dans le rôle d’une prostitué. Le film remporta la palme d’or du Festival de Cannes en 1976.

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– 21h : Les Affranchis (Martin Scorsese – 1990 – 146 minutes)
avec Ray Liotta, Robert De Niro, Joe Pesci, Lorraine Bracco, Paul Sorvino

Quand on pense à un film de mafia de Scorsese avec De Niro, il ne faut pas chercher plus loin que Les Affranchis (Goodfellas en VO). Scorsese y atteint l’apogée de son style nerveux, à la narration ample, aux innombrables chansons des Rolling Stones, de soul ou de blues pour retranscrire l’ambiance d’une époque. Cette saga d’irrésistible ascension et chute d’un mafieux sur vingt-cinq années est inspirée de l’histoire vraie de Henry Hill. Nommé six fois aux Oscars, il remporte celui du meilleur second rôle pour Joe Pesci (amplement mérité), et sera une influence majeure pour Casino (autre chef d’œuvre mafieux de Scorsese avec le même scénariste et une partie des acteurs) ou la série Les Soprano (où l’on dénombre pas moins de vingt-sept acteurs en commun !).