Archives mensuelles : octobre 2013

27 octobre : Ciné-club courses-poursuites avec Steve McQueen : Bullitt (1968) – Le Mans (1971)

Steve McQueen était un passionné de voiture et de course automobile. Il insistera toujours pour mettre ses talents à l’œuvre sur ses films. Voici donc l’occasion d’assister à ses deux plus mémorables courses-poursuites !

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– 19h : Bullitt (Peter Yates – 1968 – 113 minutes)
avec Steve McQueen, Robert Vaughn, Jacqueline Bisset, James Hagan

Le lieutenant de police Bullitt est chargé par un politicien ambitieux de protéger un mafieux qui doit témoigner au cours d’un procès.

Adapté d’un roman de Robert L. Pike et produit par Steve McQueen, Bullitt fait entrer le polar dans la modernité cinématographique. Tourné principalement en décors naturels et en extérieur à San Francisco, le film est nerveux, nocturne, poisseux, étonnamment réaliste, tant sur le milieu policier que médical. Malgré son scénario complexe, l’action est centrée sur le personnage de Bullitt, dont la sombre psychologie est exprimée avec une économie de dialogues et deviendra un archétype du cinéma policier. Le film est entré dans la légende pour son extraordinaire scène de course-poursuite d’une dizaine de minutes entre une Ford Mustang et une Dodge Chargers dans les rues de San Francisco, qui nécessita deux semaines de tournage et pour laquelle Steve McQueen refusa d’être doublé, et qui marqua un tournant dans le cinéma d’action. Récompensé par l’Oscar du meilleur montage, ce film au succès colossal est devenu une icône de la carrière de Steve McQueen et du thriller américain. Ford édita même en 2001 et 2008 en série limitée une Mustang Bullitt !

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– 21h : Le Mans (Lee H. Katzin – 1971 – 106 minutes)
avec Steve McQueen, Siegfried Rauch, Elga Andersen, Luc Merenda

Michael Delaney se prépare à courir la course des 24h du Mans, sa première après un terrible accident qui a par ailleurs coûté la vie à son ancien co-équipier.

Steve McQueen, arrivé deuxième à la course des 12h de Sebring en 1970, s’est énormément investi dans ce projet sur sa passion automobile, et voulait le tourner pendant une véritable course des 24h du Mans, mais les assurances refusèrent de le prendre en charge. Le circuit fut alors loué pendant trois mois avec vingt-cinq voitures de course, ainsi que des pilotes professionnels, mécaniciens et conseillers techniques, et il tourna lui-même une partie des prises de vue en Porsche 917 à une moyenne de 320 km/h. Le tournage fut pourtant difficile, avec un budget explosé et de multiples accidents : un coureur brulé au visage et aux mains, un autre amputé de la jambe, et enfin Steve McQueen évita de peu un camion en pleine course. En partie dramatique et en partie documentaire, magnifié par la bande-son de Michel Legrand, Le Mans reste un des meilleurs films et des plus réalistes sur la course automobile, étant le premier à installer des caméras sur les voitures.

20 octobre : Ciné-club Katsuhiro Otomo : Roujin Z (1991) – Akira (1988)

Non content d’être un des plus grands dessinateurs de manga, Katsuhiro Otomo est aussi, chose peu courante dans le milieu, une figure importante de l’animation japonaise, en tant que réalisateur (Akira, Steamboy) ou scénariste (Roujin Z, Metropolis).

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– 19h : Roujin Z (Hiroyuki Kitakubo – 1991 – 80 minutes)

Pour lutter contre les problèmes liés au vieillissement démographique, le ministère de la santé expérimente une assistance robotisée et automatisée des personnes âgées. Mais la machine test qui s’occupe du premier cobaye devient peu à peu incontrôlable.

Katsuhiro Otomo a conçu le scénario et le mecha design (design des robots et engins mécaniques) de ce long métrage d’animation original réalisé par Hiroyuki Kitakubo, un collaborateur d’Otomo (Robot Carnival, Akira) ou de Mamoru Oshii (L’œuf de l’Ange, Blood: The Last Vampire). L’histoire s’attaque à un sujet atypique, rarement traité et pourtant crucial dans la société japonaise, le vieillissement de la population et sa prise en charge. Dans la grande tradition technologique et SF qui habite la culture japonaise, ce sont les robots qui pourraient en être la solution ! Mais une fois de plus le progrès se révèle aussi prometteur que dangereux, et le film plaide pour des rapports plus humains et une société moins corrompue. Enfin, bien plus qu’une ambiance de catastrophe, c’est surtout l’humour japonais qui irrigue l’ensemble du film !

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– 21h : Akira (Katsuhiro Otomo – 1988 – 125 minutes)

En 2019 à Neo-Tokyo, après la Troisième Guerre mondiale, un mystérieux enfant cause un accident à un membre d’une bande de motards. Ce dernier est enlevé par l’armée pour détecter de possibles séquelles psychiques et mener des expériences sur lui. Les autres membres de sa bande vont tenter de le récupérer.

Akira est à la base un manga culte de Katsuhiro Otomo publié de 1982 à 1990, d’une richesse graphique et d’une complexité scénaristique telle qu’il a beaucoup contribué à la diffusion des manga aux Etats-Unis et en Europe, à l’époque où très peu étaient traduits en langue étrangère. Son adaptation animée en 1988, réalisée par Otomo lui-même, eut autant d’impact sur le plan cinématographique, et demeure un des longs-métrages les plus ambitieux de l’animation japonaise. Pour d’évidentes raisons de durée, l’histoire de fond, les protagonistes et les enjeux sont les mêmes, mais le déroulement des évènements est plus ou moins accéléré, certains personnages moins approfondis ou occultés, et certains pans entiers de l’histoire ne purent être abordés à cause d’une modification de la chronologie. Il faut donc voir le scénario du film comme une reconstruction cohérente qui tient en deux heures plutôt que comme une adaptation qui trahirait un long manga de plus de deux mille pages. Quoi qu’il en soit le film, doté d’un budget exceptionnel de plus d’un milliard de yens, est d’une puissance visuelle et scénaristique intacte, avec une animation spectaculaire, une mise en scène hors-norme et une bande-sonore marquante. Explorant les traumatismes d’Hiroshima, la menace de nouvelles catastrophes et la corruption politique, le propos d’Akira n’a pas vieilli à l’heure de Fukushima, et ses qualités esthétiques en font un des grands films de l’histoire du cinéma japonais, entre Kurosawa et Godzilla.

13 octobre : Ciné-club Libertins : Les Liaisons Dangereuses (1988) – Le Casanova de Fellini (1976)

Le Festin Nu s’honore d’accueillir régulièrement des libertins dont l’anonymat est scrupuleusement respecté. Il était temps de leur consacrer une soirée cinématographique, avec deux adaptations des écrits les plus représentatifs du libertinage français du XVIIIème siècle.

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– 19h : Les Liaisons Dangereuses (Stephen Frears – 1988 – 119 minutes)
avec Glenn Close, John Malkovich, Michelle Pfeiffer, Keanu Reeves, Uma Thurman

Deux aristocrates, anciens amants et manipulateurs, complotent par défi de pervertir deux jeunes femmes vertueuses de la noblesse afin de les déshonorer publiquement.

Le classique et scandaleux roman libertin (paru en 1782) de Pierre Choderlos de Laclos a été adapté pas moins de six fois au cinéma. Malgré des concurrents de poids (Roger Vadim en 1959 ou Milos Forman en 1989), cette version de Stephen Frears passe pour la plus fidèle et la plus réussie. Mais l’adaptation fut loin d’être facile, puisque le roman original n’était constitué que de lettres entre les deux protagonistes principaux. C’est pourquoi Stephen Frears s’est aussi basé sur la pièce de théâtre que Christopher Hampton en avait tirée. C’est la seule version (avec celle de Forman réalisée au même moment) à situer l’histoire dans son XVIIIème siècle d’origine. Outre son scénario adapté, ses décors et ses costumes (qui reçurent tous trois un Oscar), le film brille pour son casting et son interprétation au sommet – au tout premier plan Glenn Close et John Malkovich, monstres qui mènent la cruelle mascarade, la première maniant l’hypocrisie et le venin à merveille, le second la sensualité et le sadisme. A noter l’un des tout premiers rôles de Uma Thurman en jeune ingénue qui ne le restera pas longtemps.

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– 21h : Le Casanova de Fellini (Federico Fellini – 1976 – 154 minutes)
avec Donald Sutherland, Tina Aumont, Cicely Brown

Le film narre la vie de Giacomo Casanova à travers plusieurs épisodes clefs, depuis son emprisonnement à la prison des Plombs à Venise jusqu’à ses voyages européens et ses conquêtes en Italie, France, Angleterre ou Allemagne.

Tourné en anglais intégralement dans les studios Cinecitta à Rome, cette production fastueuse nécessita une équipe d’une centaine de personnes, mille costumes, six cent perruques, cent quatre-vingt six interprètes, deux mille cinq cent figurants et un budget de six milliards de livres. On pourrait s’attendre à ce qu’une adaptation grandiloquente des mémoires de Casanova par le maestro italien renforce la légende du séducteur aventurier – pourtant Fellini s’est ennuyé à la lecture de sa vie, et entreprend de déconstruire le mythe ! Le titre du film indique donc clairement qu’il s’agit d’une vision très personnelle : à contre-courant des récits merveilleux qui lui sont d’ordinaire consacrés, Fellini montre sa futilité et sa déchéance pathétique au sein d’une époque vulgaire. Il ne faut pas non plus espérer se délecter de scènes de séductions glamours ou érotiques, car ses ébats sont chastement montrés comme mécaniques et répétitifs. Cependant le film n’en est pas pour autant négatif ou décourageant, il est au contraire conforme à l’esthétique fellinienne : baroque jusqu’au grotesque, d’une théâtralité poétique ou onirique, avec une musique ensorcelante et inoubliable du fidèle Nino Rota, au milieu de costumes scintillants de mille feux (couronnés par un Oscar) et de décors colossaux et féériques (qui en auraient mérité un aussi). Même si Fellini, pour qui les fantasmes sexuelles ont pourtant toujours été au cœur de son œuvre, semble régler ses comptes avec le mythe du sur-mâle, sa mise en image hallucinée et désenchantée de Casanova demeure une danse macabre tout à fait sublime.

6 octobre : Ciné-club Hippies : Easy Rider (1969) – Hair (1979)

Au programme, deux films cultes de l’époque colorée, lysergique et mouvementée du flower power :

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– 19h : Easy Rider (Dennis Hopper – 1969 – 94 minutes)
avec Peter Fonda, Dennis Hopper, Jack Nicholson

Deux motards sillonnent l’Amérique et font toute sorte de rencontres, notamment d’un avocat défenseur des droit civiques, d’une communauté hippie ou d’américains réactionnaires.

Avec Bonnie & Clyde et Le Lauréat, Easy Rider marque la naissance du nouvel Hollywood, rompant avec le système de production classique et s’inspirant du néoréalisme italien, de la Nouvelle Vague française et de la contre-culture américaine psychédélique, où les réalisateurs reprennent le contrôle de la création sur les producteurs. Le film est un symbole de liberté, autant celle du réalisateur et de ses amis (Dennis Hopper et Peter Fonda l’ont co-écrit, jouent dedans, le premier le réalise et le second le produit) qui tournent avec très peu de moyen dans des décors naturels, que celle de ses personnages marginaux qui à travers un road movie découvrent la face noire et rétrograde des Etats-Unis, le conservatisme, l’hostilité, l’incompréhension, la violence, la prison et bien pire encore. Il rencontra un succès immense et inattendu, reçut le prix de la meilleure première œuvre au Festival de Cannes, et devint une des œuvres culturelles les plus marquantes des années 60 en annonçant ses désillusions concernant ses valeurs utopistes et révolutionnaires. Enfin sa bande-son eut autant de succès, avec bien sûr Steppenwolf et son iconique « Born to Be Wild », mais aussi The Jimi Hendrix Experience, The Electric Prunes, The Byrds ou Electric Flag – à noter que le légendaire producteur Phil Spector fait une petite apparition au début du film !

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– 21h : Hair (Milos Forman – 1979 – 121 minutes)
avec John Savage, Treat Williams, Beverly d’Angelo, Nicholas Ray

Un jeune campagnard enrôlé pour le Vietnam désire visiter New York avant de partir au front. Il rencontre des hippies à Central Park qui vont l’initier à leur mode de vie.

Cinq ans avant son Amadeus, Milos Forman s’immisce dans le domaine musical avec l’adaptation qu’il voulait réaliser depuis longtemps de la pièce culte de Broadway de Gerome Ragni et James Rado (aux paroles) et Galt MacDermot (pour la musique). Succès colossal aux Etats-Unis en 1968 (où elle reste à l’affiche pour 1750 représentations pendant quatre ans), elle engendra des productions locales dans pas moins de 19 pays tels qu’en Angleterre, France (première traduction française d’une pièce musicale américaine, elle fit scandale pour sa nudité, provoquant une manifestation de l’Armée du Salut, et révéla nul autre que Julien Clerc !), Allemagne (avec Donna Summer !), Yougoslavie (alors communiste), Australie, Mexique ou Japon. Pur produit de la contreculture hippie et de la révolution sexuelle, ses chansons utopiques et militantes traitent de thèmes sociaux comme l’amour libre, la guerre du Vietnam, le pacifisme, le racisme, les drogues, la vie de bohème ou le conservatisme de la société. Le film fut entièrement tourné à New York pendant un an, majoritairement en extérieur, avec pas moins de 20.000 figurants. Plusieurs chansons ne furent pas reprises pour le film, et le scénario a été modifié à quelques endroits (notamment la fin), ce qui fit dire aux auteurs de la pièce que son esprit ne fut pas respecté, mais le film eut un énorme succès et reste à la fois l’une des comédies musicales les plus fameuses et un des films emblématiques du flower power.