Archives mensuelles : novembre 2013

Ciné-club Paul Newman arnaqueur ! L’Arnaqueur (1961) – L’Arnaque (1973)

Paul Newman, parmi sa très longue et prestigieuse filmographie, a tourné deux de ses films les plus connus comme arnaqueur. Nous ne pouvions pas résister au plaisir de les regrouper pour une séance de ciné-club, puisqu’ils sont très différents et tout aussi excellents.

Dimanche 24 novembre :

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– 19h : L’Arnaqueur (Robert Rossen – 1961 – 134 minutes)

avec Paul Newman, Piper Laurie, George C. Scott, Jackie Gleason

 Eddie Felson est un arnaqueur professionnel au billard. Il fait semblant d’être mauvais pour pouvoir faire parier à ses adversaires de grosses sommes. Il rêve de se confronter au champion Minnesota Fats.

 Enorme succès critique, L’Arnaqueur est rapidement devenu un classique grâce à sa tragique histoire sur la victoire et l’échec (c’est un des rares films américains où le héros se dépasse en renonçant à son idéal pour accepter la froide réalité), des interprétations excellentes (mention spéciale au trop peu reconnu George C. Scott), la mise en scène remarquable de Robert Rossen, une superbe photographie en noir et blanc, et ses nombreuses scènes marquantes (pas seulement celles de billard). Les acteurs n’ont pas été doublés pour les scènes de billards (à l’exception d’un coup) – alors que Newman n’y avait jamais joué avant le tournage ! On raconte d’ailleurs que le film remit le billard à la mode. Nominé à neuf Oscars (dont meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario adapté, Paul Newman et Piper Laurie pour meilleurs acteurs, George C. Scott et Jackie Gleason pour meilleurs seconds rôles), il ne remporta que ceux de meilleure direction artistique et de meilleure photographie, le rival West Side Story raflant la mise cette année-là. Mais Paul Newman le gagna en reprenant son rôle pour la suite du film, La Couleur de l’Argent, réalisé par Martin Scorsese en 1986 avec Tom Cruise.

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– 21h : L’Arnaque (George Roy Hill – 1973 – 124 minutes)

avec Paul Newman, Robert Redford, Robert Shaw

 Pour venger un ami, deux escrocs du Chicago des années 30 mettent au point une gigantesque arnaque de paris sportifs visant un puissant gangster.

 Quatre ans après le succès de Butch Cassidy et le Kid, Paul Newman et Robert Redford reforment leur duo savoureux devant la caméra de l’exigeant George Roy Hill pour une nouvelle comédie palpitante, cette fois-ci dans le tumultueux Chicago des années 30, où les escroqueries et règlements de compte étaient de rigueur. Le maire de Chicago refusa d’ailleurs d’autoriser le tournage dans sa ville par peur que le film n’en donne une mauvaise réputation. Les costumes et décors sont remarquablement restitués, et la bande-son re-popularisa le ragtime (bien qu’anachronique, le ragtime ayant décliner dans les années 20, remplacé par le jazz). Même si son scénario est plus sérieux et plus complexe que Butch Cassidy et le Kid, les acteurs (avec toute une charmante troupe de seconds rôles) insufflent une douce fantaisie au film, que l’impeccable réalisation rend très prenant. Quinzième plus grand succès commercial de l‘histoire du cinéma, le film fit une razzia aux Oscars, avec sept statuettes : meilleur film, meilleur second rôle, meilleur scénario original, meilleure direction artistique, meilleurs costumes et meilleur montage. Il connaîtra une suite sans grand intérêt en 1982, L’Arnaque 2, avec un autre réalisateur et personne du casting d’origine.

Ciné-club Alain Dleon : Plein Soleil (1960) – Le Cercle Rouge (1970)

Grand mythe du cinéma français jusqu’à la caricature, Alain Delon n’en a pas moins une filmographie irréprochable pendant sa décennie des années 60, triomphant autant pour sa beauté insurpassable qui contribua à son succès que pour sa recherche de rôles à contre-emploi pour casser son image. Il a travaillé avec les plus grands réalisateurs (Visconti, Antonioni), et il brille ici devant la caméra des rares stylistes français, à l’esthétique méticuleuse et sublime, René Clément et Jean-Pierre Melville, avec qui il tourna plusieurs films, parmi ses meilleurs.

 Dimanche 17 novembre 2013 :

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– 19h : Plein Soleil (René Clément – 1960 – 115 minutes)

avec Alain Delon, Marie Laforêt,  Maurice Ronet

 Tom Ripley est chargé par un milliardaire de ramener son fils aux Etats-Unis. Ripley suit donc Philippe Greenleaf et sa fiancée Marge dans ses vacances en Italie, et une complicité malsaine se tisse entre eux.

 Adapté du roman Monsieur Ripley de Patricia Highsmith (qui connaîtra quatre suites, dont plusieurs adaptées au cinéma), Plein Soleil est pour Alain Delon, irradiant de beauté, son premier grand rôle, qui fera de lui une vedette et lancera sa longue carrière cinématographique. D’autre part, René Clément signe un véritable bijou, un thriller sur la convoitise et les faux-semblants, dont la mise en scène est magistrale et subtile, aussi moderne que poétique. Chromatiquement superbe, débordant de scènes inoubliables, le film est rempli de métaphores visuelles tout en restant réaliste – la déambulation estivale des personnages dans les superbes décors naturels et urbains d’Italie est une irrésistible invitation à prendre l’avion ! Nino Rota signe quant à lui une bande originale à la hauteur des richesses visuelles. Plein Soleil donnera lieu à un remake sans intérêt avec Matt Damon et Jude Law en 1999 – on voit mal comment on pourrait égaler une œuvre aussi parfaite.

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– 21h : Le Cercle Rouge (Jean-Pierre Melville – 1970 – 140 minutes)

avec Alain Delon, André Bourvil, Gian Maria Volonte, Yves Montand, François Perrier

 Un malfrat libéré de prison s’associe avec un détenu en fuite recherché par la police et un ancien flic alcoolique pour réaliser un hold-up de bijoux.

 Le Cercle Rouge est le deuxième des trois films d’Alain Delon réalisé par Jean-Pierre Melville, trois ans après Le Samourai et deux ans avant Un Flic, toujours dans une posture d’antihéros – pour l’occasion il arbore même une inhabituelle moustache ! Avec un casting de luxe (Bourvil, Montand, Volonte, Perrier), c’est un sombre et palpitant film d’hommes, sans aucun personnage féminin, à l’instar du Deuxième souffle de Melville. Il s’agit d’ailleurs d’un des rares rôles dramatiques de Bourvil, ici crédité au générique avec son prénom pour la première fois, et qui décèdera quelques mois après la fin du tournage. Melville continue son entreprise de fondation d’une nouvelle mythologie criminelle, à la symbolique existentialiste, avec ses personnages prisonniers de leur destin, ses codes d’honneur et gestes méticuleux, sans aucun objet ou détail laissé au hasard mais en même temps terriblement esthétiques. Le Cercle Rouge partage avec Le Samourai une citation orientale ouvrant le récit (ici du Bouddha), deux acteurs à l’interprétation glaçante (Delon et Perrier), des personnages solitaires et mélancoliques, des policiers cyniques, un club de jazz délicieusement pop, et un goût pour le mutisme (le premier dialogue apparaît au bout de sept minutes, la scène du casse dure vingt-cinq minutes sans dialogues). Un des grands films noirs français, à ranger dans la liste des inspirations de Tarantino ou du cinéma hongkongais.

Ciné-club hôpital psychiatrique : Vol au-dessus d’un Nid de coucou (1975) – Shutter Island (2010)

Dimanche 10 novembre 2013 :

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– 19h : Vol Au-dessus d’un Nid de Coucou (Milos Forman – 1975 – 133 minutes)

avec Jack Nicholson, Louise Fletcher, Will Sampson, Danny DeVito, Christopher Lloyd

 Randall McMurphy se fait interner dans un hôpital psychiatrique. Il est soupçonné de simuler la folie pour échapper à la prison. Il se heurte aux règles rigides de l’infirmière en chef de l’établissement, tandis qu’à son contact les autres internés vont prendre conscience de la liberté qu’on leur refuse.

 Vol au-dessus d’un Nid de Coucou est adapté d’un roman de Ken Kesey – qui cependant détestera les choix d’adaptation scénaristique au point d’attaquer en justice la production et de refuser de voir le film ! Kirk Douglas joua le rôle principal au théâtre à Broadway en 1963, en acheta les droits d’adaptation cinématographique et les donna à son fils Michael pour qu’il produise le film. Il a été tourné dans un véritable hôpital psychiatrique dans l’Oregon – avec d’authentiques patients pour figurants ! Ce drame autour de l’aliénation propre au fonctionnement du système médico-psychiatrique est un des classiques du cinéma américain, et est porté par un excellent casting de seconds rôles dont la carrière débute ici : Danny DeVito (qui interprétera comme Nicholson un ennemi de Batman pour Tim Burton), Christohper Lloyd, Brad Dourif, Will Sampson, Dean R. Brooks, Scatman Crothers (que Nicholson retrouvera sur Shinning). Jack Nicholson quant à lui y interprète le rôle le plus iconique de sa longue filmographie (avec Shinning), qui lui valut l’Oscar du meilleur acteur, tout comme Louise Fletcher pour celui de meilleure actrice. Le film remporte aussi ceux de meilleur film, meilleur réalisateur pour Milos Forman et meilleur scénario adapté, ce qui en fait un des rares films avec New York-Miami (de Frank Capra) et Le Silence des Agneaux à obtenir au palmarès les cinq principaux Oscars. A noter enfin que Bernard Tapie exerça un de ses nombreux talents en jouant le rôle principal au théâtre en 2000 !

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– 21h : Shutter Island (Martin Scorsese – 2010 – 138 minutes)

avec Leonardo DiCaprio, Mark Ruffalo, Ben Kinsgley, Max von Sydow, Michelle Williams

 En 1954, le marshal Teddy Daniels est envoyé sur Shutter Island dans un hôpital psychiatrique réservés aux criminels dangereux, pour enquêter sur la disparition mystérieuse d’une patiente.

 Adapté du roman de Dennis Lehane (dont deux autres romans ont aussi été adaptés au cinéma : Gone Baby Gone par Ben Affleck, et Mystic River par Clint Eastwood), ce thriller psychologique, tourné dans un hôpital psychiatrique désaffecté du Massachussetts, se situe dans les années 50 avec pour toile de fond à la fois l’horreur des camps nazis ainsi que le conflit du milieu psychiatrique entre les soins médicamenteux et les interventions chirurgicales (lobotomie…) pour soigner les malades mentaux. Sans rien dévoiler de l’intrigue à rebondissement, on dira simplement que c’est le genre de film à plusieurs niveaux de lecture qui gagne à être revu pour changer de perspective narrative. C’est la quatrième collaboration de Martin Scorsese avec son nouvel acteur fétiche Leonardo DiCaprio, entouré d’autres excellents acteurs tels que Ben Kingsley (Gandhi, La Liste de Schindler) ou Max von Sydow (Le Septième Sceau, L’Exorciste). A noter que la BO n’est constituée que d’anciens morceaux de différents compositeurs sélectionnés son ami Robbie Robertson, ancien leader de The Band, dont Martin Scorsese avait filmé le dernier concert en 1976 (The Last Waltz, sorti au cinéma en 1978).

Ciné-club Halloween : Evil Dead (1981) – L’Exorciste (1973)

Halloween oblige, le ciné-club du Festin Nu projette deux classiques de l’horreur qui passent chacun pour le film le plus effrayant jamais réalisé !

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– 19h : Evil Dead (Sam Raimi – 1981 – 85 minutes)
avec Bruce Campbell, Ellen Sandweiss, Betsy Baker, Hal Delrich, Theresa Tilly

Cinq amis vont dans une cabane dans la forêt. Au sous-sol, ils découvrent un mystérieux livre.

Premier film de Sam Raimi (qui réalisera dans les années 2000 trois Spiderman), basé sur un de ses courts-métrages, tourné à 20 ans en indépendant pour 350.000 dollars en douze semaines avec des acteurs et une équipe constitués quasiment que de proches du réalisateur (dont Joel Coen), Evil Dead s’impose d’entrée pour sa maîtrise et sa réussite artistiques. Sam Raimi y invente un cadrage, la shaky camera, où la caméra est constamment en mouvement, qui accroit le réalisme et l’angoisse. Avec ses effets spéciaux époustouflants et terriblement sanglants, le film a réinventé le film d’horreur, et a connu un immense succès en cassette vidéo. Premier d’une franchise culte qui compte deux suites et un remake (les fans attendant avec impatience un quatrième épisode), il a même connu une adaptation en comédie musicale à Broadway !

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– 21h : L’Exorciste (William Friedkin – 1973 – 133 minutes)
avec Ellen Burstyn, Max von Sydow, Linda Blair

Une jeune adolescente semble montrer des signes de possession de plus en plus inquiétants.

Adapté du roman de William Peter Blatty basé un fait divers d’exorcisme aux Etats-Unis, L’Exorciste est un des piliers du film d’horreur. Tourné pour 15 millions de dollars, il en a rapporté 400 millions ! A l’opposé des thrillers gore, le film ne mise pas sur l’avalanche de sang et de scènes chocs, mais au contraire fait lentement monter son intensité dramatique, grâce à une photographie et une réalisation particulièrement excellentes. C’est d’ailleurs le seul film d’horreur qui ait gagné ses lettres de noblesse artistiques en étant nominé pour dix Oscars et en en remportant deux (meilleur scénario adapté et meilleur son) – cela tend à en faire plus qu’un film de genre, mais plutôt un thriller théologique posant la question de la foi et de la croyance en des forces maléfiques. Sa popularité est telle qu’elle justifia sa réédition au cinéma en 2000, restaurant une dizaine de minutes supplémentaires au montage qui avaient été coupé avant sa sortie. A noter la présence dans la bande originale du célèbre extrait de Tubular Bells de Mike Oldfield, qui devint un énorme tube à l’époque et lança la longue carrière du musicien, et influença d’autres musiques de film d’horreur (notamment ceux de John Carpenter).