Archives mensuelles : février 2014

Ciné-club Inde : Le Fleuve (1951) – Gandhi (1982)

Dimanche 23 février 2014 :

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– 19h : Le Fleuve (Jean Renoir – 1951 – 99 minutes)

avec Nora Swinburne, Esmond Knight, Arthur Shields, Thomas E. Breen, Adrienne Corri, Suprova Mukerjee

En Inde, deux jeunes anglaises expatriées avec leurs familles et une indienne tombent amoureuses d’un jeune officier anglais blessé à la guerre.

Le Fleuve est le premier film tourné en couleur de Jean Renoir. Le tournage a duré quatre mois en Inde dans la région de Calcutta sur les bords du Gange, et la première chose qui frappe est à quel point les couleurs sont belles ! Le Technicolor nous restitue la splendeur visuelle et picturale de l’Inde, sa végétation, sa faune, sa vie locale, artisanale et culturelle. Car Le Fleuve a un aspect quasi-documentaire dans de multiples séquences contemplatives et rêveuses, où la caméra d’un occidental filme la poésie et l’exotisme si singuliers de l’Inde. C’est aussi un film mélodramatique adapté d’un livre semi-autobiographique de Rumer Godden (auteur du Narcisse noir) sur le premier amour, rite de passage inévitablement douloureux dans l’âge adulte, et dont le cadre indien apporte un supplément de spiritualité et de sagesse sur la vie et la mort. Renoir a choisi certains acteurs non-professionnels, comme Thomas E. Breen qui était vraiment unijambiste comme son personnage. Quant à Esmond Knight, il avait réellement perdu son œil à la guerre, et était marié avec Nora Swinburne, comme à l’écran. Enfin, Adrienne Corri jouera vingt plus tard la femme violée de l’écrivain dans Orange Mécanique. Le Fleuve a reçu le prix international de la Mostra de Venise, et continue d’exercer sa fascination depuis plusieurs générations : c’est un des films préférés de Martin Scorsese, ainsi qu’une influence immédiate de Wes Anderson pour A bord du Darjeeling Limited (2007).

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– 21h : Gandhi (Richard Attenborough – 1982 – 191 minutes)

avec Ben Kingsley, Candice Bergen, Edward Fox, John Gielgud, Trevor Howard, John Mills, Martin Sheen

Le film retrace la vie de Gandhi, depuis ses années d’avocat en Afrique du Sud vers la longue et tumultueuse route de l‘indépendance indienne.

Gandhi est un monumental biopic de trois heures comme on n’en fait plus, c’est-à-dire avant que cela n’en devienne un genre commercial à la mode qui pollue chaque mois les salles de cinéma au sujet d’à peu près n’importe quelle célébrité. Le projet a mis vingt ans à se concrétiser, et Richard Attenborough (également acteur, comme dans La Grande Evasion ou Jurassic Park) a même pu rencontrer et obtenir le soutien de Nehru et de sa fille Indira Gandhi, premiers ministres indiens historiques. Tourné quasi-entièrement en Inde pendant vingt-quatre semaines, le film nécessita la construction de 87 décors pour 189 scènes, dont l’ashram de Gandhi sur un terrain de plusieurs milliers de mètres carrés ; la colossale séquence des funérailles, organisée à New Dehli le jour anniversaire de la mort de Gandhi, a accueilli plus de 400.000 figurants. Ben Kingsley, grand acteur du théâtre anglais à moitié indien par son père, joue le rôle de sa vie, avec retenue et vérité. Gandhi est filmé avec sobriété et dignité, sans sur-dramatiser une fresque historique, politique et morale tellement riche et complexe que ses enjeux se suffisent à eux-mêmes. Outre une personnalité charismatique et un destin hors du commun, c’est surtout le discours de non-violence et de liberté qui ressort au final du film. Il a récolté huit Oscars : meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur acteur, meilleur scénario, meilleur montage, meilleure direction artistique, meilleure photographie et meilleurs costumes – la musique du maître Ravi Shankar n’a été que nominée.

Ciné-club effets spéciaux par Ray Harryhausen : Le 7ème Voyage de Sinbad (1958) – Le Choc des Titans (1981)

Ray Harryhausen (1920-2013) est un génie des effets spéciaux très respecté dans le milieu du cinéma (les nombreux squelettes animés d’Evil Dead III de Sam Raimi sont un hommage parmi bien d’autres). Il s’est donc logiquement spécialisé dans les films de science-fiction (Les Soucoupes volantes attaquent, 1956) ou fantastique (Jason et les Argonautes, 1963). L’originalité et la qualité de son travail en ont souvent fait le véritable réalisateur officieux des films sur lesquels il a travaillé, tant leur scénario et leur mise en scène sont construits autour de ses séquences d’animation de monstres sans équivalents.

 Dimanche 16 février 2014 :

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– 19h : Le 7ème Voyage de Sinbad (Nathan Juran – 1958 – 88 minutes)

avec Kerwin Mathews, Torin Thatcher, Kathryn Grant, Richard Eyer, Alec Mango

Sinbad part sur une île aux cyclopes pour tenter de sauver sa fiancée dont un magicien a réduit la taille à quelques centimètres.

Tourné en Espagne, Le 7ème voyage de Sinbad est une féérie comme on n’en fait plus. Il doit en effet sa postérité aux effets spéciaux révolutionnaires de Ray Harryhausen, qui ont enchanté et marqué à vie plusieurs générations de spectateurs, réalisateurs et techniciens. Bien avant l’apparition d’images de synthèse au cinéma, Harryhausen (également producteur de ses films) a permis de donner vie aux monstres les plus divers tels que cyclopes, squelettes, dragons, femme-serpent et oiseaux à deux têtes grâce à la technique stop-motion, animation image par image, popularisée depuis Le Monde perdu (1925) et King Kong (1933) et plus récemment dans les films en pâte à modeler du studio Aardman (Wallace et Gromit, Chicken Run) ou L’Etrange Noël de Monsieur Jack (écrit par Tim Burton). Les monstres sont filmés séparément image par image, puis un autre calque de pellicule avec les acteurs est ajouté par-dessus pour donner l’illusion que monstres et acteurs se font face. L’esthétique de conte oriental très colorée est ouvertement inspirée du Voleur de Bagdad (1940), autre grand classique tiré des Mille et une nuits. A noter que la magnifique et épique bande-son est signée Bernard Herrmann, compositeur habituel d’Alfred Hitchcock. Après l’énorme succès du film, le producteur Edward Small réutilisa les mêmes réalisateur, héros et méchant dans Jack le tueur de géants (1962), en copiant honteusement le travail d’Harryhausen qui n’a pas été engagé. Enfin, Le 7ème voyage de Sinbad connaitra deux suites : Le Voyage fantastique de Sinbad en 1974 et Sinbad et l’œil du tigre en 1977, avec Harryhausen aux effets spéciaux et à la production.

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– 21h : Le Choc des Titans (Desmond Davis – 1981 – 118 minutes)

avec Harry Hamlin, Judi Bowker, Laurence Olivier, Burgess Meredith, Maggie Smith, Ursula Andress

Persée, fils de Zeus avec une mortelle, part sauver Andromède de la menace du Kraken qui doit la dévorer.

Le Choc des Titans est le seizième et dernier film de Ray Harryhausen. Comme d’habitude co-producteur, il anime pour la dernière fois des monstres mythiques tels que la Méduse, Pégase, l’immense Kraken, un chien à deux tête, des scorpions géants et d’autres qui nécessiteront en tout dix-huit mois de travail. Tourné en extérieur en Espagne, Italie et Malte, et en studio en Angleterre, le film est un chant du cygne pour un pan du cinéma fantastique qui appartient désormais au passé, dont la mode est désormais remplacée par un renouveau du space opera depuis Star Wars. Cependant le budget est très important pour l’époque, et le scénario adapte cette fois-ci le mythe grec de Persée en faisant la part belle à son fameux bestiaire (l’affrontement de Persée contre la Méduse dans son sombre sanctuaire est particulièrement remarquable). Le casting compte des acteurs de choix tels que Laurence Olivier en Zeus, Ursula Andress en Aphrodite (qui avait d’ailleurs à ce moment une liaison et un enfant avec Harry Hamlin, l’acteur de Persée) ou Burgess Meredith (plus connu dans le rôle du Pingouin dans la série Batman et le film de 1966, ou comme l’entraineur de Rocky). Le film est un grand succès au box-office et a contribué à populariser la mythologie grecque pour une génération d’américains. Un remake du même nom a été réalisé en 2010 (avec Liam Neeson, Ralph Fiennes, Mads Mikkelsen), blockbuster en 3D rempli d’images de synthèse, bien loin de l’orfèvrerie artisanale d’Harryhausen, et dont le succès a généré une suite en 2012 (La Colère des Titans).

Ciné-club prison : Luke la main froide (1967) – Midnight Express (1978)

Le Festin Nu profite de la tournée internationale des Pussy Riot pour dénoncer avec elles les horreurs du système carcéral, en projetant deux films emblématiques se déroulant en prison.

 Dimanche 9 février 2014 :

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19h : Luke la main froide (Stuart Rosenberg – 1967 – 126 minutes)

avec Paul Newman, George Kennedy, Strother Martin, J. D. Cannon, Jo Van Fleet, Dean Stanton, Dennis Hopper

 Pour avoir détérioré des parcmètres lors d’une ivresse, Luke est condamné à deux ans d’emprisonnement dans un camp de travail.

Adapté d’un roman de Donn Pearce, Luke la main froide est un des rôles les plus emblématiques de la riche carrière de Paul Newman. Il joue un anti-conformiste charismatique que les honneurs militaires n’ont pas suffi à lui trouver un rôle dans la société, où c’est justement l’autorité qui pousse à la rébellion et non l’inverse. La disproportion des peines, l’injustice des punitions, la violence et le sadisme des gardiens sont le lot commun de cet univers carcéral. Tourné en Californie dans un camp spécialement construit pour l’occasion, le film est rempli de scènes mémorables, de bravoure ou de dégoût. La bande hétéroclite de prisonniers regorge de talents, tels que George Kennedy (L’Etrangleur de Boston), Dean Stanton (le rôle principal de Paris, Texas) ou Dennis Hopper (acteur et réalisateur de Easy Rider) ; Jo Van Fleet joue la mère de Luke (A l’Est d’Eden). La performance de Paul Newman vaudra au film d’être nominé à l’Oscar du meilleur acteur, avec ceux du meilleur scénario et de meilleure musique, et son acolyte George Kennedy remporte celui du meilleur second rôle. A noter que le chef de la prison déclame une citation célèbre du cinéma : « c’est que nous avons ici, c’est un manque de communication », qui sera reprise en introduction de la chanson Civil War de Guns N’ Roses. Enfin le groupe français Luke tire son nom en hommage à ce film.

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– 21h : Midnight Express (Alan Parker – 1978 – 121 minutes)

avec Brad Davis, John Hurt, Randy Quaid, Irene Miracle, Paolo Bonacelli

Un jeune touriste américain est arrêté à la frontière turque avec deux kilos de haschich, pour lesquels il se retrouve condamné à quatre ans de prison dans des conditions effroyables.

C’est le débutant Oliver Stone qui écrit le scénario de Midnight Express, adapté de l’autobiographie de William Hayes. La violence et l’horreur des prisons turques commencent là où celle du camp américain de Luke la main froide s’arrêtait. Les conditions de détention sont en-dessous de tout, la brutalité inouïe, la justice turque un simulacre et l’impasse des relations diplomatiques entre les Etats-Unis et la Turquie achèvent tout espoir. Tourné à Malte en 53 jours, le film a connu un énorme succès mondial, rapportant 35 millions de dollars pour un budget de seulement 2,3 millions de dollars. Sur cinq nominations aux Oscars, il remporte ceux du meilleur scénario et de meilleure musique. C’est d’ailleurs la première fois qu’un Oscar récompense une musique entièrement électronique, signée par le prestigieux Giorgio Moroder (outre la BO de Scarface, il a produits des dizaines de stars comme Donna Summers, ou plus récemment une partie du dernier Daft Punk) et qui sera un grand succès dans les charts. Enfin, le film n’a pas fait que dénoncer les conditions carcérales, il les a aussi amélioré, puisque moins de deux mois après sa présentation au Festival de Cannes les Etats-Unis et la Turquie entamaient des négociations sur l’échange de prisonniers.

Ciné-club science-fiction par Arthur C. Clarke : 2001, L’Odyssée de l’espace (1968) – 2010 : L’année du premier contact (1984)

Dimanche 2 février 2014 :

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– 19h : 2001, L’Odyssée de l’espace (Stanley Kubrick – 1968 – 148 minutes)

avec Keir Dullea, Gary Lockwood, William Sylvester, Douglas Rain, Daniel Richter, Leonard Rossiter

Un mystérieux monolithe noir apparaît à différents âges de l’humanité pour la faire évoluer.

Stanley Kubrick et Arthur C. Clarke collaborent à l’écriture d’un scénario d’un film de science-fiction, basé sur la nouvelle La Sentinelle de Clarke. Suite à des désaccords, Clarke écrit de son côté sa propre vision de l’histoire, plus explicite, dans le livre 2001 : l’Odyssée de l’espace (1968), tandis que Kubrick poursuit la sienne dans le film du même nom. Métaphysique et esthétique, 2001 est tout simplement la pierre angulaire de la science-fiction, et un des piliers de l’histoire du cinéma. D’une ambition colossale, il retrace l’évolution de l’humanité sur plusieurs millions d’années, avec une première partie préhistorique d’une demi-heure sans dialogues, où la découverte de la technique apparaît comme l’acte de naissance meurtrier de l’Homme, qui sera bien plus tard confronté à son aboutissement suprême, l’intelligence artificielle (représenté par l’iconique ordinateur HAL 900), qui tente à son tour de se débarrasser de son créateur. Dans l’espace, loin de tout spectaculaire habituel au genre avant ou après la sortie du film, les décors et maquettes reproduisent avec une authenticité scientifique (grâce à l’assistance de la NASA) et une virtuosité technique minutieuses les voyages, les vaisseaux, les appareils, la gravité, l’intelligence artificielle, au point de n’avoir pas vieilli plus de quarante ans après sa sortie – et ce un an avant le premier voyage de l‘homme sur la Lune. Outre les plans à couper le souffle (comme d’habitude avec Kubrick, photographe professionnel avant de devenir cinéaste) et une célébrissime bande-son (Richard Strauss, Johan Strauss fils, György Ligeti), c’est surtout l’inépuisable discours métaphysique, dialectique et cryptique qui fascine autant les générations de cinéphiles, justement parce qu’il n’en donne pas de réponses et qu’il laisse les interprétations ouvertes (contrairement à Clarke). Plus qu’un chef d’œuvre du cinéma, 2001 est une œuvre culturelle maîtresse du XXème siècle à la profondeur philosophique intacte.

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– 21h30 : 2010 : L’année du premier contact (Peter Hyams – 1984 – 116 minutes)

avec Roy Scheider, John Lithgow, Helen Mirren, Bob Balaban, Keir Dullea, Douglas Rain

Neuf ans après l’incident de HAL 900 sur le vaisseau Discovery, un vaisseau constitué d’américains et de soviétiques part pour le ramener sur Terre et tenter de comprendre ce qu’il s’est passé.

Donner une suite à 2001 était impensable, et bien peu sont d’ailleurs au courant de l’existence de 2010, laissé dans l’ombre cinématographique de son imposant ainé. En 1982, Arthur C. Clarke écrit une suite à 2001, 2010 : Odysée deux. Peter Hyams en réalise l’adaptation cinématographique en 1984, avec l’accord de Kubrick. Mais ce dernier avait détruit à la fin du tournage de 2001 les décors, maquettes et costumes, qui ont tous dû être recréés pour cette suite, et plutôt brillamment puisque 2010 a été nominé aux Oscars de la meilleur direction artistique, meilleurs costumes, meilleurs effets visuels, meilleurs maquillages et meilleur son. Autant le dire tout de suite, 2010 ne rivalise pas en beauté, profondeur et innovation technique ; mais pour autant c’est tout sauf un mauvais film. Moins métaphysique et plus concret, sur un scénario et un suspens bien ficelés, il suit la vision de Clarke, en expliquant certains mystères de 2001 tout en abordant d’autres thèmes liés à l’humanité et la coopération humaine, sur fond de guerre froide. En somme, un bon film de science-fiction, cette fois-ci bien plus clarkien que kubrickien. Enfin, Clarke écrira encore deux suites : 2061 : Odyssée trois (1988) et 3001 : l’Odyssée finale (1997).