Archives mensuelles : mars 2014

Ciné-club scandales italiens : Le Dernier Tango à Paris (1972) – Salò ou les 120 journées de Sodome (1976)

Dimanche 30 mars 2014 :

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– 19h : Le Dernier Tango à Paris (Bernardo Bertolucci – 1972 – 125 minutes)

avec Marlon Brando, Maria Schneider, Jean-Pierre Léaud, Catherine Allégret, Catherine Breillat

A Paris dans un appartement quasiment vide, un américain d’âge mûr et une jeune parisienne, qui ignorent chacun le prénom de l’autre, entament une liaison passionnelle et destructrice.

Né d’un fantasme que Bertolucci a eu en rêve, Le Dernier Tango à Paris a été tourné dans des conditions intenses et difficiles (douze semaines à raison de 14h par jour). Après les refus de Jean-Louis Trintignant, Jean-Paul Belmondo et Alain Delon, Marlon Brando, dont la carrière a redémarré avec Le Parrain (1972), accepte le rôle de Paul, américain traumatisé par le suicide de sa femme qui tente de redécouvrir l’amour – l’acteur improvisera beaucoup ses répliques, n’appréciant pas celles écrites. La réalisation porte la marque de la Nouvelle Vague, que la présence de Jean-Pierre Léaud, acteur fétiche de François Truffaut, confirme. Bertolucci filme avec beaucoup d’audace visuelle le nihilisme de ce couple primitif où pulsions de vie et pulsions de mort se confondent dans une danse érotique extrême. Reflet de la libération sexuelles et des mœurs, Le Dernier Tango à Paris connut à sa sortie en salles le succès et le scandale retentissants : certaines critiques et associations y virent de la pornographie, plusieurs pays européens le classèrent X, la France l’interdit aux moins de 18 ans, l’Italie l’interdit complètement et déchut Bertolucci de ses droits civiques. En cause notamment la légendaire scène où Marlon Brando utilise du beurre pour lubrifier Maria Schneider et simuler une sodomie, qu’elle prit comme une humiliation et un viol puisqu’elle n’avait pas été tenue au courant par l’acteur et le réalisateur du déroulement de la scène. Mais le scandale n’a pas empêché Brando et Bertolucci d’être nommés aux Oscars de meilleur acteur et meilleur réalisateur. Marlon Brando renia pourtant le film de peur de briser son image, Maria Schneider fut marquée à vie et vit sa prometteuse carrière détruite malgré quelques fulgurances (Profession : reporter d’Antonioni en 1975), et Bertolucci regretta de n’avoir pas eu le temps de s’excuser auprès d’elle lorsqu’elle disparut en 2011.

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– 21h : Salò ou les 120 journées de Sodome (Pier Paolo Pasolini – 1976 – 117 minutes)

avec Paolo Bonacelli, Giorgio Cataldi, Umberto P. Quintavalle, Aldo Valletti

En Italie, durant la république fasciste de Salò, quatre notables kidnappent des enfants dans un château et leur font subir les pires supplices.

Ultime film de Pasolini, retrouvé assassiné quelques semaines avant sa sortie, Salò ou les 120 journées de Sodome n’était pourtant pas pensé comme un testament, contrairement à qu’on voit en lui depuis. Après sa Trilogie de la vie, Pasolini initiait en effet une Trilogie de la mort avec Salò, qui restera sans suite. Pasolini adapte ici Les cent vingt journées de Sodome du Marquis de Sade, en l’actualisant dans le contexte de l’Italie fasciste durant la Seconde Guerre mondiale. Salò est fameusement divisé en quatre cruelles parties (vestibule de l’enfer, cercle des passions, cercle de la merde, cercle du sang), durant lesquels d’innocents adolescents sont enlevés, emprisonnés, humiliés, violés, torturés et mutilés par des bourreaux libertins et sadiques qui récitent des citations littéraires à l’envie. Loin d’être gratuite, l’œuvre dantesque de Pasolini – communiste notoire – critique les relations de pouvoir bourgeois, le capitalisme déshumanisant, la marchandisation des corps objetisés, la déshumanisation des victimes, l’hypocrisie de la libération sexuelle et le voyeurisme généralisé, et n’a non seulement pas perdu son actualité, mais l’a vu renforcée par la culture ambiante de la société de consommation. Cette descente en enfer radicale a bien évidemment profondément choqué l’Italie et l’Europe, et provoqué censures et interdictions, au point d’être rangé parmi les films maudits et insoutenables. Mais plus que tout, Salò demeure une véritable expérience cinématographique, esthétique et personnelle sans équivalent, particulièrement éprouvante et intime, comme bien peu de films de l’histoire du cinéma sont en mesure d’en provoquer.

Ciné-club polars par Richard Fleischer : Les Inconnus dans la ville (1955) – L’Etrangleur de Boston (1968)

Fils d’un pionnier de l’animation, Max Fleischer (Popeye, Betty Boop), Richard Fleischer (1916 – 2006) ne semble malheureusement pas avoir gravé son nom auprès du grand public français, contrairement à des John Ford, Elia Kazan ou John Huston. C’est pourtant une véritable légende hollywoodienne, qui a tourné avec les plus grands (Kirk Douglas, Robert Mitchum, Orson Welles, Anthony Quinn, Charlton Heston, Omar Sharif, etc.), auteur de plus de quarante films, et s’étant attaqué à tous les genres : guerre, science-fiction, comédie, péplum, western. Il excellait, entre autres, dans les polars, dont le Festin Nu diffuse deux classiques de haute volée.

 Dimanche 23 mars 2014 :

LES INCONNUS DANS LA VILLE

– 19h : Les Inconnus dans la ville (Richard Fleischer – 1955 – 90 minutes)

avec Victor Mature, Richard Egan, Lee Marvin, Ernest Borgnine

Dans une petite ville provinciale où les histoires et secrets de plusieurs habitants se croisent, trois gangsters viennent y préparer le cambriolage d’une banque.

Premier film de Richard Fleischer pour la Twentieth Century Fox, Les Inconnus dans la ville est un prodigieux et unique mélange de film policier et de mélodrame, sur un remarquable scénario de Sidney Boehm (Règlements de compte de Fritz Lang, 1953). C’est en effet bien plus qu’un classique film de hold-up, Fleischer y incorporant l’analyse des travers de divers habitants d’une petite ville américaine tout ce qu’il y a de plus tranquille. Derrière de paisibles apparences se cachent une mosaïque de secrets et vices qui les renvoient dos à dos avec les gangsters, loin de tout manichéisme entre criminels et innocents. Frustrations, jalousie, désir, alcoolisme, voyeurisme, vol, honte, revanche ; la tension de tout ce réseau pulsionnel et conflictuel est subtilement maîtrisée, jusqu’à ce que le cambriolage et la violence servent de catalyseur collectif et précipitent chacun vers son destin (le titre original est d’ailleurs Violent Saturday). Tourné en Arizona en format large Cinemascope, le film brille d’une palette chromatique riche et tout à fait ravissante, qui l’inscrit dans la tradition de la peinture américaine du XXème siècle. Enfin le film dispose d’une belle distribution, avec Victor Mature (Samsom et Dalila), Lee Marvin (L’Homme qui tua Liberty Valance, Les Douze Salopards) ou Ernest Borgnine (La Horde sauvage – on se souvient particulièrement de lui pour son rôle dans la série Supercopter !).

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– 21h : L’Etrangleur de Boston (Richard Fleischer – 1968 – 116 minutes)

avec Tony Curtis, Henry Fonda, George Kennedy

En 1962, une série de meurtres sordides sèment la panique à Boston, et mobilise tous les efforts de la police pour retrouver son auteur.

Adapté d’un fait divers réel sur un célèbre serial killer, L’Etrangleur de Boston est rien de moins qu’un des plus grands films criminels, tout à fait novateur et palpitant. C’est le premier film à utiliser la technique du split screen, où l’écran est divisé en plusieurs vignettes, chacune montrant une image distincte, aussi bien différentes perspectives d’une même scène que différentes scènes indépendantes. L’effet dramatique en est démultiplié, et sert spectaculairement l’action, le malaise de la population qui commente les crimes de l’étrangleur et cherche à s’en protéger, tout comme l’enquête policière qui suit à tâtons d’innombrables pistes et suspects, pendant que les meurtres s’accumulent. La distribution est de haute volée, à commencer par Tony Curtis, qui retrouve Richard Fleischer dix ans après le mythique Les Vikings (1958), et qui offre une performance dramatique absolument phénoménale et intense, sans doute la meilleure de sa carrière. Comme Marlon Brando pour Le Parrain, Curtis a d’ailleurs dû se déguiser pour passer outre le refus des producteurs qui ne voulait pas de son image de playboy de comédies. Henry Fonda (Les Raisins de la Colère, Il était une fois dans l’Ouest) et George Kennedy (Luke la main froide) sont eux aussi excellents. Si le sujet est particulièrement dérangeant, son traitement n’a rien de voyeur ni de sensationnel, puisque les crimes ne sont jamais montrés, le récit se focalisant de manière réaliste et sobre sur l’enquête et le profil psychologique du meurtrier. L’Etrangleur de Boston, avec son long final à couper le souffle, reste d’une très grande modernité, et un des sommets des riches carrières de Richard Fleischer et de Tony Curtis.

Cin-club Clint Eastwood, cowboy-réalisateur : Pale Rider, le cavalier solitaire (1985) – Josey Wales hors-la-loi (1976)

Avec John Wayne, Clint Eastwood est le cowboy par excellence. Remarqué dans une série de western (Rawhide, 1959-1965), révélé en Italie par Sergio Leone dans sa légendaire trilogie du dollar (1964-1966) avant de revenir aux Etats-Unis en tourner d’autres, la carrière d’acteur de Clint Eastwood est intimement liée aux westerns, avant de se diversifier dans des films policiers, de guerre, et autres drames. Dès 1971 il passe derrière la caméra, et a réalisé plus de 80 films à ce jour, récompensés par de multiples Oscars. Acteur pilier de l’histoire du western, Clint Eastwood en a aussi réalisé certains des plus inventifs et modernes.

 Dimanche 16 mars 2014 :

PALE RIDER LE CAVALIER SOLITAIRE

– 19h : Pale Rider, le cavalier solitaire (Clint Eastwood – 1985 – 115 minutes)

avec Clint Eastwood, Michael Moriarty, Carrie Snodgress, Chris Penn, Richard A. Dysart

En Californie, un mystérieux pasteur vient en aide à un groupe de chercheurs d’or harcelés par la bande d’un entrepreneur local tyrannique, qui a engagé des tueurs pour les expulser.

Neuf après son dernier western en date (Josey Wales), Clint Eastwood se remet en selle devant et derrière la caméra avec Pale Rider, un remake de L’Homme des vallées perdues, un grand classique du western réalisé par George Stevens en 1953. Eastwood en a cependant modifié le contexte, en transformant les fermiers en mineurs et en lui donnant un aspect écologique, pour dénoncer l’exploitation et la destruction de la nature à des fins pécuniaires. Le film a plusieurs références bibliques, notamment le rejet de l’argent. Pale Rider a d’ailleurs une forte connotation mystique, quasi-surnaturelle : le cavalier solitaire, pasteur, apparaît suite à la prière d’une adolescente ; l’un des quatre cavaliers de l’Apocalypse selon Saint Jean chevauche un cheval pâle (qui donne son titre au film) et représente la mort. Le cavalier est encore un homme sans nom, solitaire, silencieux, itinérant, invincible, incapable de se fixer dans une communauté, comme dans les classiques de Sergio Leone. Eastwood perpétue la tradition du héros flamboyant et mythique de western, tout en lui donnant la modernité du héros crépusculaire au sein d’un environnement réaliste, pauvre, violent et besogneux. En compétition au Festival de Cannes, en plein dans les années 80, loin de son âge d’or, Pale Rider fait figure de résurrection du western, que seul le passeur Clint Eastwood pouvait accomplir.

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– 21h : Josey Wales hors-la-loi (Clint Eastwood – 1976 – 135 minutes)

avec Clint Eastwood, Chief Dan George, Sondra Locke, Bill McKinney, John Vernon, Will Sampson

Pendant la guerre de Sécession, après le massacre de sa femme et de son fils par l’armée nordiste, un fermier s’engage chez les sudistes pour se venger. A la fin de la guerre, il est poursuivi par des assassins et des chasseurs de primes.

Pour sa cinquième réalisation (et deuxième western, après L’Homme des hautes plaines en 1973), Clint Eastwood réalise la synthèse des deux grands visages du western, américain et italien, entre John Ford et Sergio Leone. S’il incarne encore un cavalier stoïque, peu bavard et redoutable, Eastwood l’inscrit cette fois-ci dans la réalité, l’Histoire et la géographie, avec un nom, une famille, une galerie de personnages picaresques qu’il rencontrera en chemin et avec qui il finira par s’attacher, une communauté dans laquelle il finira par s’installer. Ces rencontres successives et souvent humoristiques ne sont pas sans rappeler le voyage initiatique de Dead man de Jim Jarmusch (1995). La beauté des plans naturels américains est impressionnante, la photographie et les couleurs atteignent une qualité tout à fait picturale qui ravit à chaque instant. Alors que l’heure de gloire du western faiblissait d’années en années, Clint Eastwood (qui reprend en main la réalisation au départ assurée par le scénariste, qui ne lui plaisait pas), fort de son expérience chez les plus grands des deux côtés de l’Atlantique, recrée une synthèse de l’Ouest mythique avec tous ses éléments typiques et classiques (indiens, chasseurs de primes, pionniers, bandits, soldats, etc.), et est parvenu à renouveler le genre avec un film marquant, riche et superbe.

Ciné-club films muets oscarisés : The Artist (2011) – L’Heure Suprême (1927)

Pour certains, le film muet est la pré-histoire du cinéma. Pour les cinéphiles, c’est plutôt l’âge d’or mythologique où un nouveau langage, artistique et révolutionnaire, utilisait des images en mouvements avec quelques dialogues écrits sur des panneaux pour délivrer des émotions cinématographiques. Comme d’habitude, les contraintes techniques étaient le meilleur moteur de l’inventivité, ici dans la narration sans dialogues parlés. L’invention du cinéma parlant, s’il a rapproché le 7ème art de la réalité, l’a en même temps éloigné d’une certaine idéalité parallèle, et a incontestablement tué une forme d’expression symbolique de haute valeur esthétique. Synonyme d’obsolète pour beaucoup, le film muet n’est pourtant pas plus dérangeant qu’un film en noir et blanc ou en version originale sous-titrée pour qui a su prendre l’habitude de ses codes pour l’apprécier.

Le Festin Nu propose ce soir deux films muets emblématiques, l’un de son heure de gloire, l’autre de son hommage récent, salué par le public et la critique internationales. Il est amusant de remarquer que l’un est un film américain se passant en France, et l’autre un français se passant aux Etats-Unis !

 Dimanche 9 mars 2014 :

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– 19h : The Artist (Michel Hazanavicius – 2011 – 100 minutes)

avec Jean Dujardin, Bérénice Bejo, James Cromwell, John Goodman, Uggie

Une star du cinéma muet voit sa carrière bouleversée par l’apparition du cinéma parlant.

The Artist est un pari fou : tourner au XXIème siècle un film muet en noir et blanc ! Et français qui plus ! A Los Angeles ! Ce qui peut passer pour un exercice de style de pur performance ou pour du fétichisme totalement rétrograde s’avère être en réalité un bijou de cinéma, truffé de références, revisitant son histoire avec intelligence et brio. La dualité cinéma muet/parlant est justement au cœur du film, qui se propose d’être le pont, plus rétrospectif que nostalgique, entre deux époques cruciales du cinéma, à l’instar de Boulevard du crépuscule de Billy Wilder (1950). Michel Hazanavicius, qu’on a connu plus absurde et trublion (La Classe Américaine, les deux OSS 117), recrée avec beauté et minutie toute l’esthétique du parlant d’une part, et du noir et blanc d’époque d’autre part. Les acteurs, fidèles d’Hazanavicius (Jean Dujardin jouait déjà OSS 117, Bérénice Bejo est la compagne du réalisateur) sont grandioses. Le reste appartient à l’histoire comme on dit : Dujardin prix d’interprétation du Festival de Cannes, 5 Oscars remportés (meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur acteur – une première pour un français -, meilleur musique, meilleurs costumes) sur 10 nominations, 6 Césars (dont meilleure actrice) sur 10 nominations, une pluie de récompenses internationales (105 sur 183 nominations !), un succès critique et public sans faille, qui en font un des films les plus reconnus et acclamés du cinéma français.

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– 21h : L’Heure Suprême (Frank Borzage – 1927 – 120 minutes)

avec Janet Gaynor, Charles Farrell, Ben Bard

A Montmartre en 1914, un égoutier qui rêve de devenir nettoyeur de rue aide une femme chassée de chez elle par sa sœur, et se retrouve à l’héberger chez lui pour échapper à la police.

Frank Borzage a trente-trois ans lors qu’il réalise en 1927 son trente-septième long-métrage, L’Heure suprême (sans compter ses vingt-cinq courts métrages). Adapté d’une pièce de Broadway, le film est un sommet du mélodrame hollywoodien, particulièrement stylisé et lyrique, comparable à l’autre classique du muet, L’Aurore de Murnau (tourné au même moment avec la même actrice, Janet Gaynor). Grande référence d’André Breton (qui y voit les prémices de L’Amour fou), L’Heure suprême est l’histoire d’une ascension, sociale et symbolique (le titre original est Seventh Heaven, septième ciel) : d’un travailleur des égouts vers la surface de Paris, d’une femme vers le septième étage de l’appartement de son sauveur, de deux solitaires vers l’amour pur, de deux athées vers le salut divin qui couronne le dernier plan. D’autre part, l’histoire mélodramatique se confond avec l’Histoire, puisque l’entrée en guerre de la France brise la fraiche idylle amoureuse ; à noter que Borzage étant hostile à la guerre, les séquences de la Première Guerre mondiale ont été réalisées par nul autre que John Ford ! Lors de la toute première cérémonie des Oscars, Borzage reçoit celui du meilleur réalisateur, Janet Gaynor celui de la meilleure actrice (à la fois pour L’Heure suprême, mais aussi pour L’Ange de la rue, également de Borzage, et pour L’Aurore), et Benjamin Glazer celui du meilleur scénario adapté. Le film est un succès mondial, qui donnera lieu à un remake par Hendry King en 1937 avec James Stewart et Simone Simon, ainsi qu’à quatre en Chine et deux à Hong Kong.

En bonus sera diffusé un court métrage de Borzage de 1955, Day is done (25 minutes) se passant durant la guerre de Corée.

Ciné-club James Dean : A l’est d’Eden (1955) – La Fureur de vivre (1955)

Acteur météorique, c’est en seulement en seize mois de carrière cinématographique et trois films que James Dean (1931-1955) est rentré dans la légende du cinéma, avant de trouver la mort dans un accident de voiture.

 Dimanche 2 mars 2014 :

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– 19h : A l’est d’Eden (Elia Kazan – 1955 – 115 minutes)

avec James Dean, Raymond Massey, Julie Harris, Burt Ives, Richard Davalos, Jo Van Fleet

En 1917, en Californie, le turbulent Cal n’a jamais connu sa mère et souffre que son père puritain lui préfère son frère.

Tiré du roman de John Steinbeck de 1952, inspiré du mythe biblique des frères Abel et Caïn, A l’est d’Eden est le premier film de James Dean, qu’Elia Kazan avait découvert sur les planches de Broadway jouant l’Immoraliste d’André Gide. Il a été préféré au jeune Paul Newman (alors inconnu) pour ce rôle. Et c’est d’emblée une révélation : son jeu d’acteur est explosif, tourmenté et novateur. Ancien élève de l’Actors Studio de Lee Strasberg, il improvise, marmonne, surprend les acteurs, se gonfle d’émotions qui débordent, d’affects qui peuvent s’exprimer brutalement. Raymond Massey (qui joue son père) ne le supporte pas, et cette tension lors du tournage n’a fait qu’enrichir le conflit dramatique à l’écran. Il faut dire aussi que le rôle de James Dean n’était pas vraiment de composition, puisque sa mère est morte quand il avait neuf ans, qu’il a été élevé ensuite par sa grand-mère, et que ses rapports avec son père remarié sont restés difficiles. C’est aussi le premier film de Richard Davalos et Jo Van Fleet, qui se retrouveront pour Luke la main froide (1967). Elia Kazan (Un Tramway nommé désir, avec un autre acteur culte de l’Actors Studio, Marlon Brando) est au sommet de son art pour ce nouveau drame qui restera comme un de ses meilleurs films, dont il s’agit du premier en couleurs (en Cinemascope). Kazan et Dean ont été nominés aux Oscars (non seulement c’est l’un des cinq acteurs du cinéma à l’avoir été pour un premier film, mais de plus à titre posthume), mais c’est Jo Van Fleet qui remporte l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle. Cependant, A l’est d’Eden a été récompensé comme meilleur film dramatique aux Golden Globes et au Festival de Cannes. Enfin, c’est le seul film qui sortit sur les écrans du vivant de James Dean.

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– 21h : La Fureur de vivre (Nicholas Ray – 1955 – 111 minutes)

avec James Dean, Nathalie Wood, Sal Mineo, Jim Backus, Ann Doran, Corey Allen, Dennis Hopper, Edward Platt

Le bagarreur Jim Stark vient d’arriver dans une nouvelle ville, et rencontre une bande d’adolescents rebelles.

Si James Dean incarnait dans A l’est d’Eden les troubles de l’adolescence au sein d’un contexte familial particulier et complexe, La Fureur de vivre (Rebel without a cause en VO, rebelle sans cause) le consacre comme symbole d’un malaise générationnel, en montrant des adolescents révoltés qui flirtent avec la délinquance. Nicholas Ray (Les Amants de la nuit, 1949), qui a engagé Dean sur les conseils de Kazan, brosse un portrait novateur de la jeunesse américaine en crise, avide de sorties nocturnes, de bagarres au couteau, de courses de voiture, d’incompréhension parentale, de preuves d’honneur, de vitesse et de risques mortels. Le film est d’ailleurs tragiquement prémonitoire, puisque Dean mourra en accident de voiture un mois avant la sortie en salle ; Sal Mineo sera assassiné en 1976 et Nathalie Wood mourra noyée en 1981 (les deux ont été nominés aux Oscars des meilleurs seconds rôles). Le film préfigure d’ailleurs en bien des points West Side Story (1961), mythique comédie musicale multi-oscarisée avec Nathalie Wood et ses duels de bandes de jeunes. A noter que Dennis Hopper (Easy Rider) y joue son premier véritable rôle. La réalisation entre classicisme et modernité de Nicholas Ray lui a valu une nomination à l’Oscar du meilleur réalisateur. Avec son jean, son T-shirt blanc moulant et sa veste d’un rouge éclatant, c’est cette image de jeunesse fougueuse et éternelle que James Dean ancrera dans les mémoires, et La Fureur de vivre restera comme un des films cultes des adolescents et sur l’adolescence.