Archives mensuelles : avril 2014

Ciné-club science-fiction kitsch : Barbarella (1968) – Flash Gordon (1980)

Les points communs de Barbarella et Flash Gordon ? Tous deux sont des films adaptés de bande-dessinée, dans un univers de science-fiction. Et ils ont le même producteur, Dino De Laurentiis. Est-ce une coïncidence s’ils se savourent bien mieux au second degré qu’au premier ?

 Dimanche 27 avril 2014 :

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– 19h : Barbarella (Roger Vadim – 1968 – 98 minutes)

avec Jane Fonda, John Phillip Law, Anita Pallenberg, Milo O’Shea, Ugo Tognazzi, David Hemmings

En l’an 40.000, alors que l’univers a oublié le concept de guerre, Barbarella doit retrouver le savant Durand Durand, qui vient de mettre au point une arme redoutable qui pourrait bouleverser la paix et l’équilibre de l’univers.

Barbarella est à l’origine une bande-dessinée française de Jean-Claude Forest, publiée à partir de 1962. Inspirée de Brigitte Bardot, l’héroïne est un archétype de guerrière amazone, évoluant dans un univers de science-fiction et sexy. Roger Vadim (Et Dieu… créa la femme, avec Brigitte Bardot) l’adapte en 1968 et donne le rôle-titre à son épouse de l’époque, Jane Fonda (fille d’Henry Fonda et sœur de Peter Fonda). Produit par Dino de Laurentiis (un italien habité des films de genre et de série B), tourné à Rome, le scénario (bourré d’humour) et la mise en scène de Barbarella ne soutiennent évidemment pas la comparaison avec les standards futurs de la science-fiction, mais son charme et son importance culturelle sont ailleurs. En effet, le film se révèle être un formidable musée de l’esthétique pop et psychédélique de l’époque : chaque scène est un prétexte à une prolifération de décors, costumes et objets inhabituels, colorés et extravagants, un régal permanent pour les yeux. Avec ses multiples tenues légères (signées Paco Rabanne), le personnage de Jane Fonda devient un des sex-symbols des années 60. Ce n’est d’ailleurs pas la seule star du casting : on croise Ugo Tognazzi (La Grande Bouffe, La Cage aux folles), David Hemmings (Blow Up), et Anita Pallenberg (compagne pendant dix ans de Keith Richards des Rolling Stones, qui tournera d’ailleurs avec Mick Jagger Performance en 1970). La bande-son est un mélange délicieux et discret de rock et de psychédélisme, à laquelle participe David Gilmour (guitariste de Pink Floyd). A noter aussi que le nom du méchant, Durand Durand, a inspiré le nom du groupe de new wave Duran Duran. L’irrésistible esthétique kitsch, sexy et psychédélique de Barbarella en a fait une icône pop des sixties, et ce n’est pas une surprise que des réalisateurs comme Robert Rodriguez (Machete) ou plus récemment Nicolas Winding Refn (Drive) ont annoncé travailler à la réalisation d’un remake.

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– 21h : Flash Gordon (Mike Hodges – 1980 – 112 minutes)

avec Sam J. Jones, Max von Sydow, Melody Anderson, Timothy Dalton, Topol, Ornella Muti

Pour sauver la Terre, le joueur de football Flash Gordon va combattre l’empereur Ming sur sa planète.

Flash Gordon est un comic américain créé par Alexander Gillepsie Raymond en 1934 – à qui l’on doit aussi Buck Rogers ou Dick Tracy (adapté au cinéma par et avec Warren Beatty en 1990). Immensément populaire aux Etats-Unis (traduit par Guy L’Eclair en France !), il a connu trois adaptations en serials (séries dont on allait voir au cinéma les épisodes, en première partie d’un film, avant l’apparition de la télévision) dans les années 30. Dans les années 70, George Lucas essaie de l’adapter au cinéma, mais comme les droits étaient déjà détenus par Dino De Laurentiis, il réalisera finalement Star Wars – l’histoire de la science-fiction a bien failli être bouleversée ! De son côté, De Laurentiis n’a pas réussi à convaincre Fellini de réaliser Flash Gordon, on se demande encore pourquoi… Tourné en Angleterre, cette adaptation de 1980 à gros budget mit le paquet dans les décors, costumes et effets spéciaux. Mais, ironie du sort, le film a beaucoup vieilli aujourd’hui, est devenu un classique du kitsch. Comme acteur principal on engagea un ancien des pages centrales de Playgirl (version féminine de Playboy pour ceux qui n’auraient pas compris), tandis que l’immense Max von Sydow joue le grand méchant, l’empereur Ming. Comme sa filmographie avec Ingmar Bergman (Le Septième Sceau, Les Fraises sauvages, La Source, etc.) semble loin ! Son costume pesant d’ailleurs plus de 30 kg, il ne pouvait le porter que quelques minutes, le temps de faire une prise à chaque fois ! Timothy Dalton parachève ce prestigieux casting, des années avant de jouer James Bond. Enfin la bande-son est signée Queen, qui ne dépareille pas avec l’esthétique du film, et dont sera issue leur single « Flash ». Si la surprise et la consternation accompagnent régulièrement le visionnage du film, elles sont toujours rapidement accompagnées d’hilarité et d’indulgence, comme pour toute série Z sympathique. Film culte, cette adaptation de Flash Gordon a été souvent citée dans d’autres films, série ou chansons, en faisant une icône pop involontaire. Le point culminant étant sans doute la fascination que les héros de Ted (2012) ont pour le film et l’acteur principal, au point que ce dernier y apparaisse et joue son propre rôle ! Ce regain de popularité ne doit pas être étranger à la décision de la Fox d’en faire un remake pour 2015. Mais deviendra-t-il aussi culte ?

Ciné-club Jean-Paul Belmondo : A bout de souffle (1960) – Le Magnifique (1973)

Dimanche 20 avril 2014 :

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– 19h : A bout de souffle (Jean-Luc Godard – 1960 – 90 minutes)

avec Jean-Paul Belmondo, Jean Seberg, Daniel Boulanger, Jean-Pierre Melville, Roger Hanin

Un petit voyou tue un policier et se réfugie à Paris. Il cherche à redevenir l’amant de son amie américaine pour fuir ensemble en Italie.

Après des articles aux Cahiers du Cinéma et cinq courts-métrages, Jean-Luc Godard réalise son premier long-métrage historique, A bout de souffle. S’il n’est pas chronologiquement le premier film de ce qu’on appellera la Nouvelle Vague (Le Beau Serge de Chabrol et Les Quatre Cent Coups de Truffaut sont sortis plus tôt), il en constitue le manifeste esthétique le plus audacieux, révolutionnaire et marquant. Sous ses dehors d’hommage aux films de gangsters américains, c’est en réalité une explosion de la grammaire cinématographique, un vent de liberté formelle sans équivalent, à base d’improvisations et digressions, tournage inédit en décors réels (Paris est filmé en style quasi-documentaire), script tenant sur trois pages, acteurs en roue libre, montage hasardeux, ruptures de ton permanentes. Sur une idée de scénario de François Truffaut et un conseil technique de Claude Chabrol, le film déborde de clins d’œil et de citations : une affiche de Humphrey Bogart qui impressionne Belmondo, Jean-Pierre Melville qui joue un romancier, des exemplaires et journalistes des Cahiers du Cinéma, des scènes au cinéma, des références à Rilke, Faulkner, Picasso, Renoir, etc. Jean-Paul Belmondo et Jean Seberg forment un couple inoubliable et si profondément moderne, le premier débutant avec fulgurance la carrière que l’on sait, la seconde belle pour l’éternité (sans laisser présager sa future descente aux enfers). A bout de souffle annonce un bouleversement formel qui secouera le cinéma français et mondial pendant au moins une décennie. C’est enfin un des films de Godard les plus libres, innocents et attachants, qualités que l’on ne retrouvera pas si souvent que ça dans sa longue et laborieuse filmographie, avant qu’il ne se systématise, intellectualise et politise jusqu’à l’outrance.

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– 21h : Le Magnifique (Philippe de Broca – 1973 – 94 minutes)

avec Jean-Paul Belmondo, Jacqueline Bisset, Vittorio Caprioli, Jean Lefebvre

Un auteur de livre d’espionnage s’inspire des péripéties de sa vie privée pour écrire les aventures de son héros, l’espion Bob Saint-Clar.

Après les immenses succès de L’Homme de Rio (1964) et Les Tribulations d’un Chinois en Chine (1965), Philippe de Broca retrouve son ami Jean-Paul Belmondo pour une nouvelle comédie d’aventure. Le Magnifique regroupe en réalité deux films en un : une parodie exotique des séries B et romans de gare d’espions indestructibles et séducteurs, ainsi qu’une comédie sentimentale autour de l’auteur des livres d’espionnage, en panne d’inspiration, amoureux de sa voisine amatrice de son héros. Un des charmes irrésistibles du film est, outre son humour dévastateur et imparable, le va-et-vient constant entre la réalité et la fiction, entre François Merlin l’auteur et Bob Saint-Clar son héros (qui inspirera d’ailleurs le pseudonyme du DJ Bob Sinclar), la grisaille parisienne et le Brésil coloré, les deux s’influençant réciproquement dans une ambiance imprévisible et onirique. Jacqueline Bisset rappelle quel sex-symbol injustement sous-estimée elle a toujours été, et Jean-Paul Belmondo est survolté comme jamais. A vrai dire, on croit reconnaître l’exact point de bascule entre le Belmondo des cinéphiles des années 60 et le Bebel auto-caricaturé des années 80 ; ici, il cabotine comme un diable, mais encore avec l’énergie et la subtilité du grand acteur. Avec son imaginaire inspiré et hilarant, Le Magnifique reste une des grandes dates des riches carrières de De Broca et Belmondo.

Ciné-club Thrillers par Brian De Palma : Pulsions (1980) – Blow Out (1981)

Dimanche 13 avril 2014 :

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– 19h : Pulsions (Brian De Palma – 1980 – 105 minutes)

avec Michael Caine, Angie Dickinson, Nancy Allen, Keith Gordon, Dennis Franz

Une femme mûre insatisfaite sexuellement de son mari suit une psychothérapie. Lors d’une visite dans un musée elle rencontre un bel inconnu.

Pulsions est un thriller sanglant, sexuel et psychanalytique, qui reflète à plus d’un titre les diverses obsessions de Brian De Palma. Tout d’abord, adolescent, il avait espionné et démasqué son père soupçonné d’adultère. En outre il a suivi une psychothérapie. D’autre part, il cherchait à réaliser un thriller se passant dans la communauté gay basé sur un livre dont il ne put obtenir les droits –mais que William Friedkin (French Connection, L’Exorciste) achètera et réalisera dans La Chasse (1980) avec Al Pacino. De Palma en réutilisera tout de même certains éléments pour Pulsions. Enfin il est une fois de plus hanté par le cinéma de son maître, Alfred Hitchcock, et Pulsions revisite quelques-uns de ses scènes cultes, comme celle de la douche dans Psychose (1960) ou celle du musée dans Sueurs froides (1958). Les acteurs sont parfaits: le rôle de psychiatre froid de Michael Caine (L’Homme qui voulut être roi) relancera sa carrière à l’époque en creux ; Angie Dickinson (Rio Bravo, L’Inconnu de Las Vegas) considère que ce rôle de femme mûre en proie à ses fantasmes est le meilleur de sa carrière ; quant à Nancy Allen (Golden Globes de la révélation féminine de l’année), il s’agit de son troisième film avec De Palma (après Carrie au bal du diable et Home Movies), avec qui elle était mariée à l’époque. Avec ses plans particulièrement sophistiqués qui sont sa marque de fabrique, et sa violence qui lui valut quelques censures à l’époque mais qui parait bien banale selon les standards actuels, De Palma signe un thriller mémorable.

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– 21h : Blow Out (Brian De Palma – 1981 – 108 minutes)

avec John Travolta, Nancy Allen, Johhn Lithgow, Dennis Franz

Un preneur de son enregistre par hasard l’accident de voiture qui coûte la vie à un gouverneur, favori à la présidentielle. Mais la bande-son révèle que l’on a tiré sur la voiture.

Après Hitchcock, cette fois-ci les inspirations de Brian De Palma se trouvent dans Conversation secrète (1974) de Francis Ford Coppola et surtout Blow-Up (1967) de Michelangelo Antonioni, où un photographe capture par accident la preuve d’un meurtre ;  ici l’image suspecte est remplacée par la bande-son. Outre l’hommage astucieux, Blow Out s’attache à montrer dans le détail le travail de preneur de son, essentiel au cinéma mais méconnu – c’est durant le mixage son de Pulsions que De Palma eut l’idée du film. D’autre part, le film a un contexte politique plus marqué, s’inscrivant dans l’assassinat de John F. Kennedy, l’accident de voiture de Ted Kennedy qui brisa ses ambitions présidentielles ou le scandale des écoutes du Watergate. John Travolta retrouve De Palma après Carrie au bal du diable (1976), tandis que Nancy Allen tourne son quatrième et dernier film avec son mari réalisateur (ils divorceront en 1984). Malgré une enquête passionnante, un suspens constant et de bonnes critiques, le bouche à oreille sur la fin frustrante du film cassa ses performances au box-office. Mais Blow Out est depuis devenu un film culte, un des meilleurs thrillers des années 80 et un incontournable de la carrière de De Palma – c’est d’ailleurs le préféré de Tarantino, et cela le poussa à engager Travolta pour Pulp Fiction (1994).

Ciné-club Cary Grant : Elle et lui (1957) – La Mort aux trousses (1959)

Dimanche 6 avril 2014 :

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– 19h : Elle et lui (Leo McCarey – 1957 – 114 minutes)

Avec Cary Grant, Deborah Kerr, Richard Denning

Un playboy mondialement connu et une chanteuse de cabaret, chacun en couple, se rencontrent sur un luxueux paquebot de croisière. Ils se donnent rendez-vous au sommet de l’Empire State Building dans six mois.

Comme Hitchcock l’a fait pour L’Homme qui en savait trop (1934 et 1956), Elle et lui fait partie des rares cas où un réalisateur réalise lui-même un remake d’un de ses précédents films, en l’occurrence Love Affair (1939). Mais la couleur et le format Cinemascope donne une toute autre envergure à cette nouvelle version, visuellement superbe et aux cadrages impeccables. S’il est considéré comme un des plus grands films d’amour selon l’American Film Institute, il ne s’agit en aucun cas d’un mièvre mélodrame, mais d’une comédie romantique très piquante, drôle et rythmée, porté par deux immenses stars de l’époque, Cary Grant et Deborah Kerr. Ils ont formé quatre fois ensemble un couple hautement glamour, et ils apportent au film toute sa grâce, sa légèreté et son humour par leur jeu subtil. Cary Grant tourne d’ailleurs pour la troisième (et dernière fois) fois avec Leo McCarey (réalisateur des Laurel et Hardy et Marx Brothers), après le classique Cette Sacrée vérité (1937) et Lune de miel mouvementée (1942). Ici, son image de séducteur et d’élégance fait comme d’habitude mouche à chaque scène, chaque réplique. Nominé quatre fois aux Oscars (meilleure photographie, costumes, musique et chanson originale), Elle et lui reste une des grandes réussites des carrières de Leo McCarey et Cary Grant, souvent citées dans l’histoire du cinéma (Nuits blanches à Seattle, Au plus près du paradis, MANN).

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– 21h : La Mort aux trousses (Alfred Hitchcock – 1959 – 131 minutes)

Avec Cary Grant, Eva Marie Saint, James Mason, Jessie Royce Landis, Martin Landau, Edward Platt

Un publicitaire est confondu avec un espion et est enlevé à New York. Il tente de fuir ses kidnappeurs et de s’innocenter en recherchant l’espion pour lequel on le prend.

Cary Grant était réticent à tourner son quatrième film avec Hitchcock, pensant avoir pris sa retraite et être trop vieux pour ce film d’aventure et de course-poursuites. Mais après l’insistance du réalisateur, puis le succès du film, Grant se prosterna devant lui en public à la cafeteria de la MGM pour le remercier de lui avoir le plus grand rôle de sa vie. Car La Mort aux trousses est un monument absolu de l’histoire du cinéma. Vaguement inspiré de l’affaire Galindez (un professeur enlevé en plein New York), le scénario est époustouflant de suspens et de surprises. Hitchcock réalise une fois encore un film sur un homme ordinaire pris dans un engrenage extraordinaire (Les 39 Marches, L’Homme qui en savait trop, etc.), mais La Mort aux trousses en est l’apothéose, l’identification avec le personnage principal est totale. De plus il regorge de scènes d’anthologie qui font partie des plus célèbres d’Hitchcock et du cinéma américain, comme la course-poursuite avec un avion dans le Midwest ou sur le mont Rushmore. La distribution est parfaite : la sensuelle Eva Marie Saint (Sur les quais), James Mason (Lolita), Martin Landau (Mission Impossible, Ed Wood). Bref, un classique d’entre les classiques (au programme du baccalauréat), que l’on pense ranger négligemment parmi les nombreux bons films de ses souvenirs, mais qui à chaque visionnage laisse le souffle coupé par tant de maîtrise et d’efficacité.