Archives mensuelles : juin 2014

Ciné-club monstres marins : Le Monstre vient de la mer (1955) – L’Etrange Créature du lac noir (1954) – Crocodile Fury (1988)

Les vacances d’été approchent, et pour beaucoup elles sont synonymes de plages et baignades. Mais méfiez-vous à côté de quoi vous nagez !

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   – 19h : Le Monstre vient de la mer (Robert Gordon – 1955 – 79 minutes)

avec Kenneth Tobey, Faith Domergue, Donald Curtis, Ian Keith

Des scientifiques et militaires combattent une pieuvre géante qui menace San Francisco.

Après l’immense succès du Monstre des temps perdus (1954), la mode des films à grand spectacle se porte sur les monstres géants, souvent marins. L’énergie radioactive étant aussi en vogue, c’est un parfait prétexte pour expliquer la taille des monstres, et y mêler des considérations scientifiques et militaires. C’est ainsi que Godzilla voit le jour dans la foulée au Japon. Déjà auteur des effets spéciaux du Monstre des temps perdus, Ray Harryhausen rempile pour Le Monstre vient de la mer. Le film repose sur les épaules de ce technicien de génie, très respecté dans le métier et qui a donné sa vocation à beaucoup de futurs professionnels du cinéma. Il donne ainsi l’occasion d’admirer une fois de plus ses prouesses en stop motion, animations image par image, intégrées ensuite en post-production à des scènes avec de véritables acteurs. C’est d’ailleurs avec ce film qu’il commence une longue collaboration avec le producteur Charles H. Schneer, qui se poursuivra jusqu’à la fin de sa carrière, et générera des classiques du cinéma fantastique ou de science-fiction tels que Les Soucoupes volantes attaquent (1956), Le Septième Voyage de Sinbad (1958) ou Le Choc des Titans (1981).

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– 20h30 : L’Etrange Créature du lac noir (Jack Arnold – 1954 – 80 minutes)

avec Richard Carlson, Julie Adams, Richard Denning, Antonio Moreno, Ricou Browning

En Amazonie, une étrange créature amphibie attaque une équipe de scientifique, et s’éprend d’une assistante.

Dernier avatar des mythiques Universal Monsters (films de monstres produits par Universal Studios), L’Etrange Créature du lac noir marque la fin d’une époque. Après les immenses succès, à partir des années 30, de Dracula, Frankenstein, la Momie ou le Loup-Garou (et leurs multiples suites), la mode est passée aux monstres géants et aux périls extra-terrestres, bien plus spectaculaires. Pour rivaliser, Universal mit donc le paquet et tourna le film en 3D ! Le monstre est un chaînon manquant entre l’homme et le poisson (il n’aura pas dépareillé dans une nouvelle de Lovecraft), et fait preuve d’une psychologie réaliste et presque touchante. Le costume et le maquillage sont impressionnants, la créature étant interprétée par deux acteurs (un pour les scènes sur terre, et un nageur olympique pour les scènes sous l’eau), tandis que les séquences aquatiques sont remarquables et poétiques – et inspireront directement Steven Spielberg pour Les Dents de la mer (1975). Le film est un très grand succès, qui donnera lieu à deux suites : La Revanche de la créature (1955, avec une des toutes premières apparitions de Clint Eastwood !) et La Créature est parmi nous (1956). Au-delà du succès de l’époque, le monstre est entré dans la culture populaire américaine, aux côtés des autres Universal Monsters (qui seront tous réunis dans The Monster Squad en 1987), tandis que le film est ressorti au cinéma en 3D en 2012. A noter que la légendaire séquence de Sept ans de réflexion (1955) où la robe de Marilyn Monroe est soulevée par l’air expulsé d’une grille de métro prend place au cours d’une discussion sur L’Etrange Créature du lac noir qu’elle vient de voir au cinéma ! Enfin un animal amphibie dont le fossile de 338 millions d’années a été découvert en 1998 lui doit son nom.

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– 22h : Crocodile Fury (Ted Kingsbrook – 1988 – 87 minutes)

avec Kent Wills, Sorapong Chatree, Ernest Mauser, Trudy Calder, Lucas Byrne

Un crocodile maléfique terrorise un village de Thaïlande.

Attention, chef d’œuvre ! Nous sommes en présence d’un film hors-norme. Tout simplement du nanar le mieux noté par la rédaction du site Nanarland.com ! Avec une moyenne de 4,545/5, Crocodile Fury dépasse même Turkish Star Wars d’une courte tête. Il s’agit d’un « deux en un », pratique courante de la firme hongkongaise Filmark, où Tomas Tang, producteur peu scrupuleux des droits d’auteur, récupère purement et simplement des scènes d’un autre film (ici Krai Thong 2, honnête film thaïlandais des années 80, avec la star Sorapong Chatree, pour les attaques du crocodile) pour y ajouter des scènes tournées à la va-vite avec comme acteurs des occidentaux sans expérience expatriés à Hong Kong (avec des histoires de mercenaires, de conquête du monde, de zombies, on n’a pas tout compris). Le tout est redoublé pour relier les différentes scènes autour d’un même « scénario », et le résultat est un nouveau film réalisé à peu de frais, totalement incohérent et absurde, prêt à inonder les cinémas et vidéoclubs d’Occident (ce qui justifie sans doute que tous les personnages asiatiques aient des noms américains…). Le doublage français est plus que foireux, il totalement délirant – il pourrait presque faire à lui tout seul la saveur de ce nanar qui, forcément, plus d’un tour dans son sac. Le réalisateur n’a même pas osé signer de son nom véritable, c’est dire, mais quel nanar bouleversant et sublime ! Un sommet absolu et jouissif du genre !

Ciné-club compositeurs : Ludwig van B. (1994) – Amadeus (1984)

Le lendemain de la Fête de la Musique, rien de tels que deux biopics sur les plus grands compositeurs de tous les temps !

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– 19h : Ludwig van B. (Bernard Rose – 1994 – 120 minutes)

avec Gary Oldman, Jeroen Krabbé, Isabella Rossellini, Johanna Ter Steege, Valeria Golino

Beethoven meurt en léguant ses biens à son « éternel bien aimée ». Son secrétaire va se mettre en quête de cette mystérieuse inconnue, et ce faisant revisiter sa vie amoureuse et musicale.

Avec Mozart, Beethoven est sans conteste le compositeur le plus universel et le plus cité dans la culture populaire. Dix ans après Amadeus, il lui fallait donc un biopic. Après le film d’horreur Candyman (1992), et avant un autre film à costumes (Anna Karénine, 1997), Bernard Rose le réalise, non pas de manière chronologique, mais sous forme d’enquête à la Citizen Kane : en commençant par sa mort, ce sont ceux qui l’ont connu qui vont raconter les événements marquants de sa vie. Ici le Rosebud est son énigmatique « immortal beloved » (titre original du film), qui a tracassé tant de biographes. Les flash-backs se concentrent donc sur sa vie amoureuse avec certaines maîtresses, mais aussi sur ses créations et interprétations musicales, son caractère tumultueux et colérique, ses rapports avec son neveu qu’il a arraché à sa belle-sœur, et surtout sa fameuse surdité, si déchirante pour un tel génie musical, et qui obligeait son entourage à communiquer par écrit avec une ardoise. Elle est astucieusement bien rendue par un bourdonnement étouffé de la musique et de son environnement, restituant ce qu’aurait été sa perception auditive. C’est l’acteur caméléon Gary Oldman qui interprète le compositeur, après avoir incarné Sid Vicious (Sid et Nancy) et Lee Harvey Oswald (JFK), tandis qu’Isabella Rossellini est superbe et magnétique. Filmé à Prague, les décors et les costumes du film sont tout à fait soignés et resplendissants. Inutile enfin de préciser que la bande-son, interprétée par la London Symphony Orchestra, est de haute volée.

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– 21h : Amadeus (Miloš Forman – 1984 – 180 minutes)

avec F. Murray Abraham, Tom Hulce, Elizabeth Berridge, Simon Callow, Roy Dotrice, Christine Ebersole, Jeffrey Jones, Charles Kay, Kenneth McMillan

A Vienne, le compositeur de la Cour Antonio Salieri raconte la rivalité et l’admiration qu’il a eues pour Mozart, doté du génie musical qu’il souhaitait avoir pour lui-même.

Adapté de la pièce de Peter Shaffer (qui écrit le scénario du film), elle-même inspirée d’une nouvelle de Pouchkine (Mozart et Salieri), Amadeus (« aimé de Dieu ») dépeint la rivalité de Wolfgang Amadeus Mozart, au génie insolent et au comportement fantasque et vulgaire, et du jaloux et machiavélique Antonio Salieri, qui usera de son influence auprès de l’empereur pour nuire en secret à sa carrière et sa vie, sans pour autant s’empêcher d’être son premier admirateur. Quelques libertés sont prises avec la vérité historique (surtout sur sa fin), mais qu’importe : non seulement le destin de Mozart n’en est que plus exact, mais surtout Amadeus est bien plus qu’un simple biopic, c’est un film total, ambitieux, complexe, spectaculaire et magistral. A travers la personnalité de Mozart et les déboires de sa carrière musicale, ce sont une époque, une société, une cour, des classes sociales, les rapports des musiciens et courtisans avec le pouvoir, la loi et l’argent, ainsi que le génie de la création qui sont dépeints avec finesse et brio, aisance et profondeur – à l’instar des partitions mozartiennes. Le tournage eut lieu derrière le Rideau de fer dans la Tchécoslovaquie natale de Forman, au sein de décors pragois magnifiques (et parfois historiquement authentiques), éclairés en lumière naturelle (comme Barry Lyndon de Kubrick). La distribution est parfaite – F. Murray a remporté l’Oscar du meilleur acteur, tandis que Tom Hulce s’entraînait quatre heures par jour au piano pour son rôle de Mozart. Le film est un triomphe mondial critique et public, raflant huit Oscars sur onze nominations (meilleurs film, réalisateur, scénario, acteur, direction artistique, costumes, maquillage et son), et plus globalement quarante prix sur cinquante-trois nominations dans le monde (dont César du meilleur film étranger). Enfin, le chef d’œuvre est ressorti en 2002 en director’s cut avec vingt minutes de splendeurs supplémentaires.

Ciné-club football : Shaolin Soccer (2001) – Match France / Honduras

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– 19h : Shaolin Soccer (Stephen Chow – 2001 – 107 minutes)

avec Stephen Chow, Zhao Wei, Ng Man-tat, Patrick Tse Yin, Wong Yat-Fei, Karen Mok, Cecilia Cheung, Vincent Kok

Une ancienne star du football monte une équipe professionnelle constituée de moines Shaolin, utilisant leur art du kung-fu !

Star comique à Hong Kong, l’acteur-réalisateur Stephen Chow est habitué aux parodies (Bons baisers de Pékin, 1994). Malgré l’engouement moindre du football en Asie qu’en Occident, après la Coupe du Monde de 1998 il décide de s’attaquer à ce sport, et d’écrire, interpréter, produire et réaliser l’impensable : un film qui restituerait l’invraisemblance du dessin animé Olive et Tom (Captain Tsubasa) avec des acteurs réels. Pour ceux qui n’auraient pas passé leur jeunesse devant la télévision dans les années 80-90, rappelons que cet anime japonais, diffusé dans le Club Dorothée aux côtés de Dragon Ball ou Les Chevaliers du Zodiaque, montre des matchs de football sur des terrains aux dimensions kilométriques, avec sauts de plusieurs mètres, acrobaties et retournés aériens sans difficulté, ou shoots si puissants qu’ils transpercent les filets et fissurent le mur derrière – le tout par des collégiens amateurs, évidement ! Chow engage le fameux chorégraphe Ching Siu-tung (Histoires de fantômes chinois, Hero) pour allier esthétiquement football et kung-fu, à l’aide d’effets spéciaux en images de synthèse, assurés par le studio hongkongais Centro Digital (Stormriders). Délirant, hilarant et jubilatoire, Shaolin Soccer devient le plus gros succès commercial à Hong Kong depuis son rattachement à la Chine, ce qui pousse les américains de Miramax à en racheter les droits pour une distribution internationale. A noter que la version internationale, sortie au cinéma en France, a été raccourcie d’une vingtaine de minutes, et que ce sera donc la version longue originale inédite qui sera projetée au ciné-club. Dommage que les matchs de football ne se déroulent pas comme ça !

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– 21h : France – Honduras (Match de la Coupe du Monde de Football – Brésil – 90 minutes)

Avec aux commentaires maison notre ami Philippe Cotonnec !

Ciné-club Dustin Hoffman / John Schlesinger : Macadam Cowboy (1969) – Marathon Man (1976)

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– 19h : Macadam Cowboy (John Schlesinger – 1969 – 113 minutes)

avec Dustin Hoffman, Jon Voight, Sylvia Miles, John McGyver, Brenda Vaccaro, Bob Balaban, Paul Morrissey

Un jeune texan habillé en cowboy, mignon et naïf, débarque à New York pour devenir gigolo, et rencontre un petit escroc minable et boiteux.

Réalisateur anglais emblématique de la nouvelle vague britannique, John Schlesinger vient tourner son premier film américain à New York, dont le décalage culturel sera particulièrement précieux, et qui sera paradoxalement un des étendards du Nouvel Hollywood (plus cru, réaliste et moderne). Il adapte un livre sulfureux de James Leo Herlihy, Midnight Cowboy. La prostitution masculine fait scandale et parachève la peinture de la saleté urbaine, la pauvreté et la déchéance des personnages. Le film est à peu près raccord avec l’esthétique new-yorkaise du Velvet Underground : le sujet est d’ailleurs proche des films précurseurs de Paul Morrissey (Flesh, Trash, Heat), un collaborateur d’Andy Warhol faisant même une apparition dans la fantastique scène de fête psychédélique restituant l’ambiance underground de la Factory (allant jusqu’à engager les superstars warholiennes de pacotille telles que Viva, Ultra Violet ou International Velvet). Néanmoins derrière cette décadence se cache en réalité un film tragi-comique et touchant sur la candeur, les illusions de la jeunesse sur la grande ville, les rêves enfantins de l’image du cowboy d’une époque passée, où une émouvante amitié fait office de moyen de survie dans une machine américaine où l’on ne trouve pas sa place. Le tout est souligné par une bande-son ensoleillée folk-pop du grand John Barry (compositeur des James Bond jusque dans les années 80), ainsi que par le tube Everybody’s Talkin’ de Harry Nilsson (repris de Fred Neil). Dustin Hoffman casse immédiatement son image de garçon modèle suite à sa révélation dans Le Lauréat (1967), Jon Voight décroche son premier grand rôle, et les deux sont authentiques et renversants, au point d’être nominés à l’Oscar du meilleur acteur, remporté par… le cowboy John Wayne ! Le film a été classé X (interdit aux moins de 17 ans) à sa sortie aux Etats-Unis, alors qu’il n’est pas moins chaste que la plupart des films ou séries télévisées grand public actuels. Cela ne l’a pas empêché de gagner l’Oscar du meilleur film (une première inégalée pour un film classé X), ainsi que ceux de meilleur réalisateur et meilleur scénario, et de devenir un des grands classiques du cinéma américain.

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– 21h : Marathon Man (John Schlesinger – 1976 – 125 minutes)

avec Dustin Hoffman, Laurence Olivier, Roy Scheider, William Devane, Marthe Keller

Un étudiant en histoire, coureur amateur, se retrouve impliqué via son frère dans un mystérieux complet international.

Sept ans après Macadam Cowboy, John Schlesinger retrouve Dustin Hoffman (qui joue un étudiant malgré ses trente-huit ans !) pour un des grands thrillers politiques américains des années 70, adapté du best-seller de William Goldman. Il confronte deux acteurs de légende, emblématiques de deux époques cinématographiques et de deux écoles de jeu d’acteur. Alors qu’Hoffman est un ancien élève de la fameuse Actor’s Studio de Lee Strasberg, qui exigeait de vivre réellement et intensément les émotions des personnages, Sir Laurence Olivier est quant à lui le représentant du prestigieux théâtre anglais shakespearien, sur scène comme devant la caméra. Tandis qu’Hoffman a perdu dix kilos pour le rôle, s’entraînaient tous les jours à la course, lisait des livres sur l’Holocauste, passait une nuit blanche ou courrait avant une scène pour être dans le même état physique que son personnage durant la prise, Olivier (nominé à l’Oscar du meilleur second rôle dans ce film) lui lance avec malice et agacement « et si vous vous contentiez de jouer ? » Mais au-delà des anecdotes de tournage et des biographies respectives, le face à face entre les deux géants est saisissant, culminant dans l’inoubliable scène de torture dentaire (avec la phrase lancinante et troublante « is it safe? »), qui fut d’ailleurs raccourcie suite au malaise provoqué durant les projections tests. Marathon Man est un thriller magistral, au suspens constant et parfaitement maîtrisé, à travers un scénario prenant la forme d’un puzzle opaque et labyrinthique, brouillant les pistes entre New York et Paris, où doubles jeux, trahisons et tentatives d’assassinat mènent la dance, avant de dévoiler son ampleur politique et historique, remontant au nazisme.

Ciné-club Michel Gondry : Eternal Sunshine of the Spotless Mind (2004) – Soyez sympas, rembobinez (2008)

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– 19h : Eternal Sunshine of the Spotless Mind (Michel Gondry – 2004 – 107 minutes)

avec Jim Carrey, Kate Winslet, Kirsten Dunst, Mark Ruffalo, Elijah Wood, Tom Wilkinson

Joel est amoureux de Clémentine, mais ne comprend pas pourquoi un jour elle ne se souvient plus du tout de lui.

Le scénario (primé aux Oscars et aux BAFTA) de ce film très original est signé du brillant Charlie Kaufman (Dans la peau de John Malkovich de Spike Jonze), qui avait déjà travaillé avec Michel Gondry pour Human Nature (2001). L’histoire est inspirée de deux romans de Boris Vian, L’Herbe rouge et L’Arrache-cœur (rappelons que Gondry a récemment réalisé l’adaptation de L’Ecume des jours de Vian). Le titre (éclat éternel de l’esprit immaculé) est quant à lui tiré d’un poème d’Alexander Pope (poète anglais du XVIIIème siècle), Epitre d’Héloïse à Abélard. Le film est tourné à New York et dans le New Jersey, en laissant beaucoup d’improvisation aux acteurs. Les principaux sont d’ailleurs utilisés à contre-emploi de leur style habituel : Jim Carrey est tout à fait sobre, intériorisé et dramatique, dans la lignée de The Truman Show (1998), tandis que c’est Kate Winslet qui a un jeu agité, grimaçant et gesticulant (qui lui valut une nomination à l’Oscar de la meilleure actrice) – ce qui a fait dire à cette dernière qu’elle jouait le rôle habituel de Jim Carrey, tandis que lui jouait le genre de rôle qu’on lui propose à elle ! La bande-son pop permet d’entendre Beck, Polyphonic Spree (composé de vingt musiciens !), The Willoz ou des chansons de Bollywood. Il est difficile de parler du film sans dévoiler son tour de force scénaristique, présenté comme un poème d’images avec un montage audacieux, complexe et non-chronologique, mais disons simplement qu’il s’agit d’une histoire d’amour profonde et touchante, un voyage kaléidoscopique dans le passé, où la mémoire du cœur prime sur celle du cerveau. Eternal Sunshine of the Spotless Mind a reçu un excellent accueil critique dans le monde entier, a été nominé comme meilleur film aux Césars et aux BAFTA anglais, et témoigne de l’inventivité inépuisable de Gondry.

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– 21h : Soyez sympas, rembobinez (Michel Gondry – 2008 – 101 minutes)

Avec Jack Black, Mos Def, Danny Glover, Mia Farrow, Melonie Diaz, Sigourney Weaver

Toutes les bandes VHS d’un vidéoclub ayant été effacées par accident, son employé et un ami se mettent à tourner en amateur des remakes des films pour les remplacer.

Soyez sympas, rembobinez (qui était un slogan utilisé dans les vidéoclubs américains) est une comédie artisanale sur l’amour de l’artisanal. Gondry a en effet fui New York pour Passaic, une petite ville du New Jersey, et tourné avec des acteurs et figurants locaux amateurs (jusqu’à 300 !). Le corps du film est constitué de nombreux remakes de grands succès hollywoodiens tels que S.O.S. Fantômes, Rush Hour 2, RoboCop, 2001 l’Odyssée de l’espace, Le Roi lion, When we were kings, Carrie au bal du diable, Miss Daisy et son chauffeur ou Boyz N the Hood, fabriqués sans budget, caméra au poing, avec des bouts de ficelle, des trucages voyants, des costumes improvisés, mais faisant preuve d’une inventivité amusante et touchante. Avec cet esprit do it yourself, Gondry a inventé le genre des films « suédés » (remakes ouvertement amateurs), qui connaitra une belle postérité sur internet où des milliers de personnes publient leurs vidéos personnelles. Gondry avait d’ailleurs lancé un concours de suédage sur Dailymotion, et a même réalisé sa propre version suédée de Soyez sympas, rembobinez ! Derrière les pitreries de Jack Black et Mos Def se cache un film nostalgique des VHS et vidéoclubs, tout à fait obsolètes aujourd’hui avec les DVD, blu-ray, DivX et autres sites de téléchargement et de streaming, et surtout bien sûr un formidable hommage aux films fauchés, bricolés par des adolescents ou étudiants, et à une époque lointaine du cinéma à la Méliès qui savait être créatif et révolutionnaire sans ordinateur, à mi-chemin entre l’art et les tours de magie.