Archives mensuelles : août 2014

Ciné-club pleine lune : Le Loup-Garou (1941) – Hurlements (1981)

Ce dimanche 10 août étant un véritable dimanche de pleine lune, c’est l’occasion de présenter deux classiques des films de loup-garous. Gare aux mauvaises rencontres durant la nuit !

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– 19h : Le Loup-Garou (George Waggner – 1941 – 70 minutes)

avec Lon Chaney Jr., Claude Rains, Warren William, Ralph Bellamy, Patric Knowles, Bela Lugosi, Maria Ouspenskaya, Evelyn Ankers

Lawrence Talbot revient en Angleterre dans le château de son père, et apprend la légende du loup-garou.

Depuis les années 30, les studios Universal dominaient le cinéma d’horreur avec des films de monstres, les fameux Universal Monsters, tels que Dracula, la Momie, la créature de Frankenstein ou l’Homme Invisible. En 1935, Universal avait déjà produit Le Monstre de Londres, mais celui-ci fut peu remarqué par le public en raison de sa ressemblance avec Docteur Jekyll et M. Hyde (1931). Cependant c’est le film de 1941 Le Loup-Garou qui fut un grand succès, et fit de ce monstre un des classiques de la pop culture. Le réalisateur George Waggner retrouve Lon Chaney Jr., qu’il avait déjà dirigé dans L’Echappé de la chaise électrique (1941). Lon Chaney Jr., né Creighton Chaney, est le fils de Lon Chaney, une immense star des films muets (Notre-Dame de Paris, Le Fantôme de l’opéra), surnommé l’homme aux mille visages, en raison de ses multiples et impressionnantes transformations à l’aide de maquillage (qu’il effectuait lui-même). Sous l’impulsion de son agent, Creighton prit donc le nom de Lon Chaney Jr. après la mort de son père. Le loup-garou est le rôle de sa vie, qu’il interprètera quatre fois, et rentrera au panthéon des acteurs de films d’horreur, avec Bela Lugosi (qui joue d’ailleurs un gitan dans Le Loup-Garou) et Boris Karloff. En outre, Lon Chaney Jr. est le seul acteur à avoir interprété la plupart des monstres mythiques de l’époque, à savoir la Momie, la créature de Frankenstein et Dracula. A noter aussi deux remarquables prestations dramatiques dans Des Souris et des hommes (1939) et Le Train sifflera trois fois (1952). Sa superbe photographie, ses décors oniriques, sa réalisation soignée, ses remarquables maquillages signés Jack Pierce (qui travaillait plus de sept heures par jour sur Lon Chaney Jr. à partir de poils de yak) font du Loup-Garou un classique old-school à redécouvrir, qui engendrera de multiples suites (Frankenstein rencontre le loup-garou en 1943), variations (Wolf en 1994 avec Jack Nicholson et Michelle Pfeiffer) et remakes (Wolfman en 2010 avec Benicio del Toro et Anthony Hopkins).

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– 21h : Hurlements (Joe Dante – 1981 – 90 minutes)

avec Dee Wallace, Patrick MacNee, Dennis Dugan, Christopher Stone, Belinda Balaski, Kevin McCarthy, John Carradine, Slim Pickens, Elisabeth Brooks

Une présentatrice de télévision est poursuivie par un tueur en série. Elle est envoyée dans la « Colonie », un centre de repos dans la nature.

Joe Dante est un orfèvre des hommages aux films de genre. Après le succès de Piranhas (1978, pastiche des Dents de la mer), et avant le succès mondial des Gremlins (1984 et 1990), il entame avec Hurlements une variation sur le thème du loup-garou. Le traitement est assez original, car là où Le Loup-Garou montrait le conflit intérieur d’un homme qui ne contrôle ni ne supporte sa condition d’animal assoiffé de sang, Hurlements modernise le genre en commençant comme un slasher movie, avec un mystérieux serial killer pourchassant une jeune femme et accumulant progressivement ses victimes – on se croirait dans un thriller à la Brian De Palma, avec qui il partage le même compositeur, Pino Donaggio (qui a notamment signé les partitions de Pulsions ou Blow Out, ainsi que celle de Piranhas). Joe Dante, technicien artisanal hors-pair et fin cinéphile, insère de nombreuses références à l’histoire des films de loup-garous, en nommant les personnages du film en référence aux réalisateurs du genre (Patrick MacNee, l’inoubliable héros de la série british Chapeau melon et bottes de cuir devient ainsi le docteur George Waggner), ou même avec des extraits du Loup-Garou de 1941 ! Les effets spéciaux mécaniques de Rob Bottin (génie oscarisé responsables de ceux de Piranhas, The Thing, Total Recall, Las Vegas Parano et bien d’autres classiques) sont parmi les plus impressionnants que l’on ait pu voir. A noter que Hurlements sortit quelques mois avant Le Loup-Garou de Londres de John Landis, qui est l’autre grand classique du genre – les deux ayant contribué, de manière distincte, à réinventer et relancer le mythe du monstre. Hurlements fut un très grand succès commercial, reçut le prix de la critique du Festival International de film fantastique d’Avoriaz, et connaîtra pas moins de huit épisodes – oscillant entre nanars et série B.

Ciné-club Woody Allen : Annie Hall (1977) – Match Point (2005)

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– 19h : Annie Hall (Woody Allen – 1977 – 93 minutes)

avec Woody Allen, Diane Keaton, Tony Roberts, Carol Kane, Paul Simon, Shelley Duvall, Janet Margolin, Christopher Walken, Colleen Dewhurst

L’histoire d’un comique juif new-yorkais qui rencontre une aspirante chanteuse, bourgeoise de province, et que tout oppose.

Woody Allen a commencé sa carrière comme auteur de sketches pour la télévision, puis se met à réaliser des films burlesques dans lesquels il joue, comme Bananas (1971). Mais ce n’est qu’à partir d’Annie Hall que le tournant s’opère, et que son écriture, sans abandonner son irrésistible humour, devient plus personnelle, profonde et autobiographique. Annie Hall est sa première comédie dramatique, où il ausculte les relations de couples, les new-yorkais et les californiens, à travers le malaise existentiel, la psychanalyse, la sexualité, le judaïsme, l’angoisse de la mort et des références artistiques innombrables. Tournant en dérision ses échecs sentimentaux, Woody Allen incarne son fameux personnage maladroit, torturé et caustique. Celle qui joue sa compagne n’est autre que Diane Keaton, avec qui il a été en coupe de 1968 à 1974, ce qui donne à cette histoire d’amour ratée une mélancolie et une nostalgie toutes particulières. Ce sera sa première égérie avec qui il tournera huit films de 1971 à 1993. Sa performance impressionnante de naturel et d’authenticité sera couronnée de l’Oscar de la meilleure actrice. En outre, Allen n’est pas qu’un excellent scénariste et un savoureux humoriste, il se comporte en réalisateur audacieux en multipliant les techniques cinématographiques pour stimuler le récit avec beaucoup de maîtrise : monologue face caméra, séquence en dessin animé, split-screen, sous-titres des pensées des personnages, dédoublement du personnage à l’écran, caméo d’un véritable intellectuel canadien, flash-back et voyage des personnages dans le passé, voix off, entre autres scènes surréalistes où il imagine philosopher naturellement avec de simples passants ! Par ce coup d’essai stylistique, c’est un coup de maître qui concourt depuis à la place de meilleur film du réalisateur, et qui a été récompensé par les Oscar de meilleur film, réalisateur et scénario.

 MATCH POINT

– 21h : Match Point (Woody Allen – 2005 – 124 minutes)

avec Jonathan Rhys-Meyers, Scarlett Johansson, Emily Mortimer, Matthew Goode, Brian Cox

Un professeur de tennis issu d’un milieu modeste entame une idylle avec la fille d’une très riche famille londonienne, mais est aussi attiré par la fiancée américaine du frère de sa compagne.

Après une période creuse dans les années 90, peinant à se renouveler, mais sans ralentir pour autant son rythme d’un film par an, Woody Allen entame un nouveau chapitre de sa carrière avec Match Point. D’habitude si attaché à l’urbanisme et la culture new-yorkaise, il se délocalise en Europe pour renouveler son écriture et son univers. Le film est tourné à Londres avec des acteurs britanniques – à ceci près que Kate Winslet se désiste au dernier moment, et est remplacé in extremis par l’américaine Scarlett Johansson, qui va devenir une de ses actrices fétiches, une des rares après Diane Keaton et Mia Farrow à tourner deux fois de suite avec lui, puisqu’on la retrouvera dans Scoop (2006), ainsi que dans Vicky Cristina Barcelona (2007). Match Point est le début d’une série de films londoniens avec Scoop, Le Rêve de Cassandre (2007) et Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu (2010), tandis que ses escapades européennes lui feront consacrer d’autres films à Paris, Barcelone ou Rome. Mais derrière ces anecdotes touristiques, marketing ou budgétaires (les subventions étaient plus faciles à Londres) se cache une réelle réinvention de son style en se basant sur les spécificités culturelles étrangères. Loin des névroses, de l’humour et de l’intellectualisme new-yorkais, Match Point est un drame élégant, sombre et cynique sur le hasard et la chance, prenant pour cadre une ascension sociale qui ne recule devant aucun moyen, même sanglant, pour parvenir à ses fins, au sein de la haute société anglaise. Prenant à rebours nombre de clichés hollywoodiens, le film met le spectateur devant le dilemme entre l’arrivisme d’une confortable position professionnelle et financière et une passion sexuelle qui n’offre pas beaucoup d’autres perspectives que l’amour et l’eau fraîche. Le scénario est un mécanisme implacable et fascinant jusqu’à la fin, porté par des acteurs absolument parfaits dans leur rôle. Match Point a été un triomphe critique et public, nommé à l’Oscar du meilleur scénario et au César du meilleur film étranger, et est devenu un des sommets inattendus de la longue filmographie du réalisateur.