Archives mensuelles : janvier 2015

Ciné-club L’imaginarium de Terry Gilliam : Las Vegas Parano (1998) – L’imaginarium de Terry Gilliam (1988)

LAS VEGAS PARANO

– 19h : Las Vegas Parano (Terry Gilliam – 1998 – 118 minutes)

avec Johnny Depp, Benicio del Toro, Tobey Maguire, Christina Ricci, Cameron Diaz

Un journaliste et son avocat partent sont envoyés en reportage à Las Vegas, remplis de drogues.

Hunter S. Thompson (1937-2005) est éternellement associé au gonzo (journalisme ultra-subjectif mélangeant enquête et fiction), bien qu’inventé par Bill Carodos (dont il était ami). Après avoir intégré et suivi les Hell’s Angels en 1966, et avant de relater la campagne de réélection de Richard Nixon de 1972 pour le magazine Rolling Stone, il s’attaque dans Las Vegas Parano aux sixties psychédéliques post-Altamont, quand le rêve se meurt et que la gueule de bois des seventies guette. Les protagonistes s’attaquent au mythe américain, incarné par Las Vegas, ville de toutes les outrances, les poches remplies de drogues. Terry Gilliam (Brazil) l’adapte au cinéma en 1998 avec Johnny Depp (admirateur de Thompson qui jouera dans Rhum Express) et Benicio del Toro dans le rôle de deux défoncés qui saccagent les chambres d’hôtels et font flipper les gentils auto-stoppeurs (Tobey Maguire, futur Spiderman). L’inventivité visuelle de l’auteur des collages animés des Monty Python n’était pas de trop pour restituer leurs incessantes hallucinations et crises de paranoïa, à coup de déformations de visages, attaque de chauve-souris au volant, tapis animé ou transformation en reptile, le tout évidemment sous une bande-son sixties de rigueur (Jefferson Airplane, Janis Joplin & Big Brother, Yardbirds, Bob Dylan, Buffalo Springfield, Tom Jones, etc.). Au-delà du trip graphique, on retrouve sans surprise le thème habituel de Gilliam, le mythe de Don Quichote dont l’imaginaire s’attaque à trop gros pour lui – le double du réalisateur en quelque sorte. Ce sera d’ailleurs son projet suivant, dont l’échec donnera lieu à un fameux documentaire (Lost in la Mancha, 2002).

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– 21h : Les Aventures du Baron de Munchausen (Terry Gilliam – 1988 – 126 minutes)

avec John Neville, Eric Idle, Sarah Polley, Oliver Reed, Uma Thurman, Jonathan Pryce, Robin Williams

Le fantasque baron de Munchausen part à la recherche de ses anciens compagnons pour délivrer sa ville assiégée par les Turcs.

Le Baron de Munchausen est un des contes les plus populaires de la littérature allemande, inspiré d’un officier du même nom au XVIIIème siècle qui racontait qu’il était allé sur la Lune et avait dansé avec Vénus ! Ce personnage exubérant défendant l’imagination contre la raison, le merveilleux contre le réel ne pouvait que fasciner Terry Gilliam, dont ce sont depuis toujours les thèmes de prédilection ! Auréolé du succès de Brazil (1985), il met en place une superproduction de 23 millions de dollars dont les déboires sont devenus légendaires : avec ses constructions de décors pharaoniques, le budget est dépassé avant même le début du tournage, qui s’étend sur six mois entre Rome, l’Espagne et l’Angleterre, atteignant finalement 50 millions de dollars, et n’en récoltant que 8 millions à sa sortie. Même si cet échec cuisant a scellé une partie de la carrière de Gilliam en l’empêchant de trouver des investisseurs qui lui feraient confiance, le résultat à l’écran est magnifique, avec des décors poétiques inspirés des peintures de l’époque, des effets spéciaux traditionnels à la Méliès. Cette beauté visuelle de tous les instants a valu au film d’être nominé aux Oscars des meilleurs effets visuels, direction artistique, costumes et maquillages. Accompagné de son casting de stars (dont l’ancien Monty Python Eric Idle), Les Aventures du Baron de Munchausen est un conte spectaculaire, visuellement fascinant, naïf et utopique, qui définit assez bien le talent et la carrière de Terry Gilliam, dont les ambitions et les échecs semblent si intimement liés.

Ciné-club Raoul Ruiz : Mystères de Lisbonne (2010)

MYSTERES DE LISBONNE

– 19h : Mystères de Lisbonne (Raoul Ruiz – 2010 – 266 minutes)

avec Adriano Luz, Maria Joao Bastos, Ricardo Pereira, Clotilde Hesme, Léa Seydoux, Melvil Poupaud, Malik Zidi

Au XIXème siècle, un orphelin dans un collège religieux va remonter le fil de ses origines et découvrir qu’il est mêlé à plusieurs destins romanesques.

Raoul Ruiz (1941-2011) était un réalisateur chilien à la filmographie longue et impressionnante (Le Temps retrouvé). Cependant cette co-production internationale portugo-franco-brésilienne a été tournée non pas en espagnol mais en portugais, français et anglais (en fonction des acteurs). A la base, Mystères de Lisbonne est une série télévisée de six épisodes d’une heure, dont une version cinéma de 4h26 a été tirée. Ce n’est pas de trop pour raconter cette riche, passionnante et tentaculaire histoire comme on n’en fait plus ! Adapté d’un roman de Camilo Castelo Branco, c’est un véritable et permanent tourbillon romanesque, faite d’amour, de jalousie, de rivalité, de secrets, de révélations, de vengeance, de voyages entre le Portugal, la France, l’Italie et du Brésil, où l’on croise un orphelin, un prêtre, un aristocrate libertin, une comtesse, un pirate homme d’affaire et bien d’autres personnages hauts en couleurs. Le film a été remporté quantité de récompenses internationales telles que le prix Louis-Delluc du meilleur film français, prix de la critique au Festival de Sao Paulo, prix du meilleur réalisateur au Festival de San Sebastian ou Satellite Awards du meilleur film étranger. Que ceux qui s’inquiètent de la durée du film se rassurent : l’histoire est tellement prenante et rythmée que l’on ne voit pas le temps passer – on regrette même qu’elle se termine !

Ciné-club Thriller par Robert Aldrich : En quatrième vitesse (1955) – Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? (1962)

EN QUATRIEME VITESSE

– 19h : En quatrième vitesse (Robert Aldrich – 1955 – 106 minutes)

avec Ralph Meeker, Albert Dekker, Paul Stewart, Juano Hernandez, Wesley Addy, Marion Carr

Une femme nue sous son trench court de nuit sur la route et se fait prendre en stop par un détective privé. Si jamais elle n’arrive pas à destination, elle lui demande « souvenez-vous de moi ».

Adapté d’un livre de Mickey Spillane, En quatrième vitesse (Kiss Me Deadly en v.o.) nous fait suivre les péripéties de Mike Hammer, le fameux détective privé new-yorkais, héros d’une quinzaine de romans (entre 1947 et 2009), de cinq films (en 1953, 1955, 1957, 1963 et 1982)), quatre séries télévisées (1958-1959, 1984-1985, 1986-1897 et 1997-1998) et quatre téléfilms (1983, 1984, 1989 et 1994). Cependant, ce cinquième film de Robert Aldrich (Vera Cruz, Les Douze Salopards) n’est pas rigoureusement fidèle au livre : le réalisateur et le scénariste n’en étaient pas très amateurs, et s’en servent comme prétexte pour présenter un discours et une esthétique bien plus personnels, comme bien souvent au cinéma. Ainsi le trafic de drogue devient une mystérieuse arme dévastatrice, qui donnera lieu à un fameux final apocalyptique (absent du roman). Comme d’habitude avec Aldrich, la mise en scène est rythmée et tendue, très immersive pour le spectateur, qui voit défiler dans ce polar soigné et sensuel les habituels tueurs, cadavres, blondes inquiétantes, brunes séductrices et autres seconds couteaux d’une enquête qui piétine avant d’accélérer à toute vitesse. Malgré son échec commercial à sa sortie, le film est applaudi par la critique (Les Cahiers du cinéma y voit l’égal d’Orson Welles et de sa Dame de Shanghai) et est considéré comme un grand classique novateur du film noir, en rompant avec le romantisme typique des films à la Faucon maltais (1941) pour un tournant réaliste illustré ensuite par Richard Fleischer, Don Siegel ou Clint Eastwood.

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– 21h : Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? (Robert Aldrich – 1962 – 134 minutes)

avec Bette Davis, Joan Crawford, Victor Bruno, Wesley Addy

Deux sœurs, l’une ancienne enfant star de la chanson, l’autre ancienne star du cinéma à présent sur chaise roulante, vivent ensemble recluses, dans la jalousie et le conflit, jusqu’à la folie.

Bette Davis (L’Insoumise, Eve) et Joan Crawford (Grand Hotel, Johnny Guitar) étaient deux immenses stars de l’âge d’or d’Hollywood, oscarisées, parmi les plus symboliques des années 30-40. A tel point que leur rivalité était devenu proverbiale. Quel tour de force de Robert Aldrich que de les avoir réunies dans un même film, sur le déclin (dans leur cinquantaine), en vieilles sœurs jalouses et violentes ! Le tournage contient d’ailleurs son propre lot d’anecdotes sur les crasses qu’elles se faisaient sur le plateau. Mais Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? n’est pas qu’un casting mythique. Comme Boulevard du crépuscule (1950) de Billy Wilder avec Gloria Swanson, c’est un film glaçant sur la face sombre d’Hollywood, sur la déchéance de stars aveuglées et enlaidies par leur gloire passée, avec donc des actrices dans leur quasi-propre rôle et d’authentiques extraits de films d’époque. Mais surtout, au-delà de toute cette fascinante glose méta-cinématographique, c’est intrinsèquement un thriller foudroyant, un quasi-huis clos angoissant et asphyxiant, où la mise en scène hors pair d’Aldrich nous pousse toujours plus loin dans l’horreur psychologique et les confins de la folie destructrice. Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? a été un triomphe public et critique, récoltant au box-office neuf fois son budget, remportant l’Oscar des meilleurs costumes (ainsi que des nominations à ceux de meilleure actrice pour la terrifiante Bette Davis, meilleur second rôle pour Victor Buono, meilleure photographie et meilleur son). Un grand classique du cinéma et un des quelques sommets de la filmographie d’Aldrich, qui explorera à nouveau le thème de la captivité avec le même degré de tension dans Pas d’orchidées pour miss Blandish (1971) ou (dans un contexte géopolitique) L’Ultimatum des trois mercenaires (1977).

Ciné-club Superman par Richard Donner : Superman : le film (1978) – Superman II : the Richard Donner Cut (1980/2006)

SUPERMAN

– 19h : Superman : le film (Richard Donner – 1978 – 152 minutes)

avec Christopher Reeve, Marlon, Brando, Gene Hackman, Margot Kidder, Ned Beatty, Jackie Cooper, Glenn Ford, Trevor Howard, Valerie Perrine

Un jeune rescapé de la planète Krypton est envoyé sur Terre où il grandit. Journaliste en apparence, il est en fait doté de superpouvoirs avec lesquels il fait régner la justice en tant que Superman.

Superman est sans doute le héros de comic le plus connu dans le monde. Edité par DC Comics (comme Batman) à partir de 1938, il est le fer de lance du genre super-héros, si caractéristique de la bande-dessinée et de la culture américaines. Ses aventures ont été transposées à la radio (1940), en roman (1942), en dessin animé (1941-1942), en serial (série au cinéma, avant la télévision en 1948 et 1950), en comédie musicale (1966). Sa seule apparition au cinéma, Superman et les Nains de l’enfer (1951), était surtout une rampe de lancement pour une série télévisée (1952-1958). Il faut donc attendre 1978 pour une véritable superproduction, dont le budget et les effets spéciaux fassent honneur aux pouvoirs du héros en collant bleu à cape et bottes rouges. Avec un scénario de Mario Puzo (Le Parrain), le film retrace l’essentiel de la vie de Superman : depuis Krypton avec ses parents véritables, puis à Smallville avec ses parents adoptifs, et surtout à Metropolis sous l’apparence de Clark Kent, journaliste au Daily Planet avec Lois Lane, et bien sûr les exploits de Superman pour régner l’ordre et la justice. Le casting se pare de la megastar Marlon Brando (Le Parrain) pour jouer son véritable père, de Glenn Ford (Gilda) pour son père adoptif, de Gene Hackman (French Connection) pour Lux Luthor, le pire ennemi du héros. Christopher Reeve reste sans doute encore aujourd’hui l’incarnation la plus iconique et définitive du personnage. Avec son savoir-faire sans égal, Richard Donner (L’Arme Fatale, Maverick) signe ici un classique du blockbuster, innocent et populaire. Superman : le film, avec ses effets spéciaux qui faisaient croire sans ordinateur qu’un homme pouvait voler, a été un immense succès commercial (300 millions de dollars), qui a relancé la franchise au cinéma avec trois suites.

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– 21h30 : Superman II : the Richard Donner Cut (Richard Donner – 1980/2006 – 116 minutes)

avec Christopher Reeve, Margot Kidder, Gene Hackman, Marlon Brando, Jackie Cooper, Terence Stamp, Sarah Douglas, Jack O’Halloran

Superman doit affronter trois criminels de Krypton qui sont parvenus à s’échapper et veulent prendre le contrôle de la Terre.

Lors du tournage de Superman : le film, Richard Donner tournait en même temps la suite, puisque les deux films étaient censés constituer deux chapitres d’une même histoire. Mais les retards de production obligèrent à se concentrer sur le premier film qu’il fallait terminer avant tout pour sa date de sortie prévue. Par ailleurs, les tensions et les désaccords avec les producteurs furent tels que malgré le triomphe du premier film, ils décidèrent de ne pas reconduire Richard Donner pour le second, bien qu’il ait déjà été tournée à 75 %. Richard Lester (A Hard Day’s Night et Help! avec les Beatles) retourne donc la plupart des scènes, en donnant une tournure plus humoristique au film. Marlon Brando intente un procès et exige que ses scènes déjà tournées avec Donner ne soient pas intégrées au nouveau film – il en gagne beaucoup d’argent, tandis que la continuité scénaristique du film en est altérée. Le résultat sort sous le nom de Superman II : l’aventure continue en 1980, avec des avis mitigés. Des années plus tard, la pression des fans sur internet pousse la Warner à produire un nouveau montage de Superman II à partir des rushes tournés par Donner, comblant les trous par des scènes tournées en 1980 par Richard Lester. C’est ainsi que sort en 2006 Superman II : the Richard Donner cut, plus cohérent et sérieux. Il s’attarde plus particulièrement sur la relation de Lois Lane avec Clark Kent et Superman, tandis que les scènes tournées avec Marlon Brando peuvent être utilisées. Quoi qu’il en soit, Richard Lester a tout de même tourné en 1983 Superman III (qui a entamé le déclin de la franchise, dont le fond est touché avec Superman IV), et Richard Donner a continué sa carrière aux sommets du box-office avec Les Goonies (1985) et la série L’Arme Fatale (1987-1998).