Archives mensuelles : février 2015

22 février 2015 : ciné-club Nature sauvage avec Robert Redford / Sydney Pollack

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– 19h : Jeremiah Johnson (Sydney Pollack – 1972 – 116 minutes)

avec Robert Redford, Will Geer, Allyn Ann McLerie, Stefan Gierasch, Charles Tyner, Delle Bolton

Au XIXème siècle, un ancien militaire décide de fuir la civilisation et de vivre comme trappeur dans les montagnes Rocheuses américaines.

Deuxième des sept films que Robert Redford et Sydney Pollack tourneront ensemble, Jeremiah Johnson est inspiré d’une histoire vraie, celle du célèbre mountain man John Johnson (1824-1900), surnommé « Johnson le mangeur de foie ». Trappeur et chasseur ayant vécu dans les montagnes Rocheuses américaines, il doit son surnom à sa guerre personnelle contre les indiens Corbeaux, qui ont assassiné sa femme amérindienne, et dont il aurait mangé les foies de leurs cadavres pour se venger. Entièrement tourné dans l’Utah, le film est avant tout un vibrant hommage aux superbes, purs et infinis paysages montagneux américains, souvent enneigés. Ce western naturaliste, contemplatif et hivernal est aussi une quête existentielle et transcendantale, revisitant les codes du genre. Révélé dans le western Butch Cassidy et le Kid (1969), Robert Redford interprète cette fois-ci un personnage bien différent : notre trappeur a beau fuir la société et sa violence pour revenir à la rude nature et sa solitude, il retrouvera malgré lui les compromis des humains et fatalement leur violence. Premier western présenté en compétition du Festival de Cannes, Jeremiah Johnson a été un grand succès critique et commercial à sa sortie. Il est enfin à noter que le film a fourni plusieurs séquences mémorables de La Classe américaine, le cultissime Grand Détournement de Michel Hazanavicius et Dominique Mézerette à partir de dizaines de films de la Warner, diffusé sur Canal Plus en 1993.

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– 21h : Out of Africa (Sydney Pollack – 1985 – 161 minutes)

avec Robert Redford, Meryl Streep, Klaus Maria Brandauer, Michael Kitchen, Michael Gough

Une jeune et riche danoise part vivre au Kenya pour diriger une plantation de café. Elle croise la route d’un aventurier charismatique et solitaire.

Pour son avant-dernière collaboration avec Robert Redford, Sydney Pollack adapte le livre autobiographique de la danoise Karen Blixen La Ferme africaine, femme moderne et indépendante qui raconte son amour pour l’Afrique (où elle a séjourné pendant dix-sept ans) et pour un aventurier insaisissable. L’histoire se passant au début du XXème siècle, elle fut donc une observatrice privilégiée des transformations du continent sous le colonialisme occidental, de sa pureté originelle et de ses traditions autochtones, bientôt effritées par le développement économique et technologique, les débuts des safaris commerciaux – bref le passage de l’homme sur une terre d’animaux et de tribus qui ne peut que faire penser au jardin d’Eden. Grand classique de la romance, le film dépeint autant des sentiments contrariés autour de la possessivité et de la liberté, que des somptueux paysages à perte de vue. Grand triomphe commercial, Out of Africa a été récompensé par les Oscars de meilleurs film, réalisateur, scénario adapté, photographie, direction artistique, musique (John Barry) et son, tandis qu’il a été aussi nommé à ceux de meilleurs costumes, montage et acteurs pour Meryl Streep (Voyage au bout de l’enfer, Sur la route de Madison) et Klaus Maria Brandauer (Jamais plus jamais, Tetro). Son histoire d’amour a fait couler les larmes de bien des spectatrices, tandis que l’intensité des images en fait le parent de films de paysages et de cultures tels que Le Fleuve, Lawrence d’Arabie ou Danse avec les loups.

Ciné-club Michel Audiard / Albert Simonin : Les Tontons flingueurs (1963) – Les Barbouzes (1964)

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– 19h : Les Tontons flingueurs (Georges Lautner – 1963 – 111 minutes)

avec Lino Ventura, Bernard Blier, Francis Blanche, Robert Dalban, Jean Lefebvre, Claude Rich, Sabine Sinjen, Horst Frank, Venantino Venantini, Charles Régnier

Un vieux truand confie sur son lit de mort à un ami de jeunesse la gestion de ses affaires louches et la garde de sa jeune fille. Il va alors s’attirer la jalousie de ses rivaux.

Adapté du roman d’Albert Simonin Grisbi or not grisbi (1955), Les Tontons flingueurs est la première collaboration de Georges Lautner et du dialoguiste Michel Audiard, qui s’avèrera fructueuse puisqu’ils feront treize films ensemble. Non seulement Audiard est devenu le plus célèbre dialoguiste français, avec sa verve célinienne remplie d’argot fleuri, mais Les Tontons flingueurs est son film le plus connu, des scènes entières étant passées dans la culture populaire, avec ses répliques récitées par cœur par des générations de cinéphiles. La légendaire scène de beuverie dans la cuisine a d’ailleurs failli ne jamais exister, Audiard la jugeant inutile, mais c’est Lautner qui insista pour la garder, en hommage à une scène nostalgique de la prohibition dans Key Largo (1948) de John Huston. Mais outre les dialogues, le film repose autant sur son casting de luxe comme on n’en fait plus : Lino Ventura, Bernard Blier, Francis Blanche, Robert Dalban et Jean Lefebvre jouent une partition de truands à se tordre de rire, auquel il faut ajouter le jeune Claude Rich en succulent pédant excentrique. Cette comédie de malfrats est truffée de références, comme à Touchez pas au grisbi (autre film adapté d’un livre de Simonin) ou au Monocle noire (précédent succès de Lautner avec Bernard Blier), avec une apparition furtive de son héros joué par Paul Meurisse. Boudé par la critique de l’époque en pleine Nouvelle Vague, Les Tontons flingueurs a beaucoup mieux vieilli que ses concurrents prétentieux, au point devenir un film culte. Malgré ses énièmes rediffusions à la télévision (dix-sept !), on ne le voit jamais trop, avec toujours des répliques percutantes qu’on a eu le temps d’oublier.

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– 21h : Les Barbouzes (Georges Lautner – 1964 – 108 minutes)

avec Lino Ventura, Bernard Blier, Francis Blanche, Charles Millot, Mireille Darc, Jess Hahn, André Weber, Robert Dalban

Des brevets militaires hérités par une jeune veuve d’un marchand d’armes sont convoités par des espions du monde entier.

Après la franche rigolade de gangsters des Tontons flingueurs, Lautner, Audiard et Simonin enfoncent le clou dans Les Barbouzes. Avec Simonin toujours en co-scénariste, le film va plus loin dans le burlesque et la parodie, cette fois-ci sur le milieu des agents secrets, surnommés barbouzes en référence aux fausses-barbes de leurs déguisements. L’équipe se lâche et ne se refusera rien en termes de fausses identité, bastons, pièges, passages secrets, cascades, explosions et destructions de décors ! A vrai dire c’est quasiment toute l’équipe française des Tontons flingueurs (qui était une co-production internationale, avec quelques acteurs allemands et italiens) qui revient, de la production à la technique en passant l’infernal trio d’agents secrets internationaux Lino Ventura, Bernard Blier (déguisé en abbé !) et Francis Blanche – on trouvera plus d’un clin d’œil à leur succès précédent dans les dialogues ou les images. On retrouve la jeune et sexy Mireille Darc, actrice fétiche de Lautner qui avait commencé dans son film précédent, Des Pissenlits par la racine, et qui tournera avec lui treize films. Plus léger et outrancier, Les Barbouzes est un nouveau succès du tandem Lautner et Audiard. Une formule qui tourne à plein régime et qui continuera encore dans Ne nous fâchons pas (1966), avec les habitués Lino Ventura, Mireille Darc, Jean Lefebvre, Michel Constantin et Robert Dalban.

Ciné-club Ballet : Black Swan (2010) – Les Chaussons Rouges (1948)

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– 19h : Black Swan (Darren Aronofsky – 2010 – 108 minutes)

avec Natalie Portman, Vincent Cassel, Mila Kunis, Barbara Hershey, Winona Ryder, Benjamin Millepied

Au sein de la troupe du New York City Ballet, Nina tente de décrocher le rôle principal du Lac des Cygnes, dirigé par l’ambigu Thomas.

Après les quasi-expérimentaux Pi et Requiem for a dream, Darren Aronofsky est revenu à des formes plus accessibles dans The Fountain et The Wrestler (Lion d’or à la Mostra de Venise), sans toutefois se vider de sa singularité filmique. Black Swan continue dans cette lancée : derrière ce film de danseuse du ballet Le Lac des cygnes qui évolue entre rivalités externes et luttes internes de confiance en soi, se cache une œuvre ambivalente, hallucinatoire et schizophrénique. Natalie Portman (Star Wars I, II et III) joue enfin le grand rôle de sa carrière, fragile et tourmentée, récompensée par l’Oscar de la meilleure actrice. Mais son bonheur ne s’arrête pas là, puisque le chorégraphe du film Benjamin Millepied (aujourd’hui directeur du ballet de l’Opéra national de Paris), qui joue aussi son partenaire de ballet, va rapidement devenir à la ville son mari et père de son enfant ! Autre français au casting, Vincent Cassel dans un rôle ambigu de maître de ballet, oscillant entre direction artistique, séduction et manipulation. De même que Le Lac des cygnes alterne cygne blanc et cygne noire, Black Swan met en scène la perfection contre le lâcher prise, la pureté contre la sensualité, la réalité contre les fantasmes, le rêve contre le cauchemar, le combat contre les autres et contre soi-même, ce qui concourt évidemment à brouiller les pistes et les frontières tout le long du film. Le thème du double est ainsi au cœur de la narration, les divers personnages féminins du film pouvant être vus comme des projections idéales, ratées, sexuelles ou rivales de l’héroïne, jusqu’à son propre doublement intérieur. Le Lac des cygnes devient ainsi le corps et le cœur de Black Swan, thriller gracieux et paranoïaque où l’héroïne fait trop corps jusqu’à la folie avec le personnage qu’elle doit interpréter.

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– 21h : Les Chaussons rouges (Michael Powell, Emeric Pressburger – 1948 – 135 minutes)

avec Moira Shearer, Anton Walbrook, Marius Goring, Leonide Massine, Robert Helpmann, Albert Basserman, Esmond Knight, Ludmilla Tchérina

La danseuse Victoria Page souhaite intégrer la célèbre compagnie de ballet du tyrannique directeur Boris Lermontov, qui exige que l’on sacrifie tout pour l’art.

Michael Powell et Emeric Pressburger sont parmi les plus importants artistes du cinéma anglais. Si le premier est réalisateur et le second scénariste, ils signeront sans distinction toutes leurs œuvres communes (Colonel Blimp, Le Narcisse noir), associés au sein de Archers Films Production. Reprenant un ancien scénario de Pressburger pour un projet sans suite, Les Chaussons rouges est un film de ballet adapté d’un conte d’Andersen, avec pour une fois d’authentiques professionnels du métier : Moira Shearer était une étoile montante du ballet britannique, Leonide Massine et Robert Helpmann des prestigieux danseurs et chorégraphes. Les Ballets russes de Serge Diaghilev portent une ombre évidente sur le film, d’une part à travers le personnage fascinant et glaçant du directeur Lermontov joué par Anton Walbrook qui s’en inspire directement, et aussi via Massine qui avait remplacé le légendaire Vaslav Nijinski dans les Ballets russes. Le film culmine à son milieu dans une inoubliable et irréelle scène de ballet de 17 minutes avec 53 danseurs, une des plus incroyables de l’histoire du cinéma. Mais Les Chaussons rouges n’est pas qu’un film de danse, bien qu’il en soit le plus beau : c’est aussi et surtout un film sur la création artistique et le sacrifice qu’il exige, comme un pacte méphistophélique qui fait renoncer à l’amour et à la vie. Totalement boudé par les producteurs anglais de l’époque qui ne l’ont projeté qu’à minuit et sans même en réaliser une affiche, Les Chaussons rouges, avec son Technicolor à tomber par terre, s’est imposé comme une œuvre d’art totale, esthétique, visuelle, scénographique et musicale, qui remporta les Oscars de meilleures direction artistique et musique et fut nommé à ceux de meilleurs film, scénario et montage. Féérique et vertigineuse, une référence absolue de la cinéphilie, comptant parmi ses plus fervents admirateurs Martin Scorsese (qui a financé sa restauration), Brian De Palma (qui le connait par cœur image par image, et qui s’en inspirera pour son Phantom of the Paradise) ou Francis Ford Coppola, et qui perdure encore récemment avec Black Swan.

Ciné-club Action 80’s avec Brigitte Nielsen : Kalidor (1985) – Cobra (1986)

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– 19h : Kalidor, la légende du talisman (Richard Fleischer – 1985 – 89 minutes)

avec Brigitte Nielsen, Arnold Schwarzenegger, Sandahl Bergman, Paul Smith, Ronald Lacey, Pat Roach, Janet Agren

Sonja cherche à se venger de la reine Gedren qui a tué ses parents et qui essaie de s’emparer d’un talisman aux pouvoirs immenses.

Conan le Barbare est une série de nouvelles et de romans écrits par Robert E. Howard en 1932 devenue un classique de l’heroic fantasy (qu’il contribua à populariser), adaptée en comics (chez Marvel), puis en film en 1982 (par John Milius, qui révéla Arnold Schwarzenegger). Suite au succès en salle, le prestigieux Richard Fleischer (Les Inconnus dans la ville, Les Vikings, L’Etrangleur de Boston, Soleil vert) en réalisa la suite, Conan le Destructeur (1984). Le producteur de la série au cinéma, Dino De Laurentiis (La Strada, Barbarella, Flash Gordon) décide d’adapter une autre héroïne de l’univers d’Howard, Red Sonja, avec la sculpturale mannequin danoise d’1m84 Brigitte Nielsen, pour son premier rôle au cinéma. Pour des raisons de droits, le personnage de Conan ne put être réutilisé (alors qu’il croise souvent Red Sonja dans les romans et comics), mais Arnold Schwarzenegger (sous contrat avec De Laurentiis) tient le même rôle de barbare musclé (Kalidor), ce qui donnera lieu abusivement lieu à une mise en avant de son personnage sur l’affiche et dans la promotion de film (alors que ce n’est pas le héros), la France allant même jusqu’à traduire le titre original (Red Sonja) en Kalidor ! Tourné en Italie, le film a deux italiens prestigieux dans sa production : Ennio Morricone à la bande son (compositeur culte des westerns de Sergio Leone, parmi cinq cent autres films) et Danilo Donati aux décors (décorateur de Fellini ou Pasolini). Au final, Kalidor est une bonne petite série B d’heroic fantasy à la limite du kitsch avec une touche d’humour, dans l’esprit des productions de De Laurentiis qui sait toujours très bien s’entourer.

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– 21h : Cobra (George P. Cosmatos – 1986 – 87 minutes)

avec Sylvester Stallone, Brigitte Nielsen, Reni Santoni, Brian Thompson, Andrew Robinson, Art LaFleur, Lee Garlington, Val Avery

Le lieutenant Marion Cobretti, surnommé Cobra, enquête sur un tueur en série qui agit pour une mystérieuse organisation qui prône un « nouvel ordre ».

Après l’immense succès commercial de Rambo II : la mission (1985), George P. Cosmatos et Sylvester Stallone (Rocky) se retrouvent pour un nouveau film d’action musclé et pyrotechnique. Stallone ne fait pas qu’incarner un flic à Ray-Ban aux méthodes expéditives et explosives, il en est aussi le scénariste ! Il s’offre aussi le luxe de tourner avec sa récente femme, Brigitte Nielsen, qui avait déjà joué avec lui dans Rocky IV (1985). Se sentant décidément chez lui sur le tournage, il n’hésite pas non plus à conduire sa propre Mercedes Mercury personnelle pour le film ! Il faut noter que par peur du raz de marée commercial de Top Gun, Cobra subit au dernier moment une coupe de près de quarante minutes (évidemment les scènes sans Stallone !) afin d’augmenter le nombre de projections par jour dans les salles – ce qui fait disparaître évidemment des pans entiers du scénario. Une coupe finalement peu justifiée car même si son score au box-office est plus modeste que Rocky IV ou Rambo II (300 millions de dollars chacun), Cobra récolte tout de même 60 millions de dollars (sur un budget de 25 millions). Cobra a été nominé à six Razzie Awards (l’opposé des Oscars qui récompensent le pire !), dont pires acteurs pour Stallone, Nielsen et Brian Thompson, pire photographie et bien sûr pire scénario pour Stallone ! Néanmoins le pire devient souvent le meilleur au second degré, ce qui fait de Cobra un nanar bourrin typiquement eighties tout à fait jouissif et devenu culte !