Archives mensuelles : mars 2015

29 mars 2015 : Ciné-club Akira Kurosawa

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– 19h : Les Sept Samouraïs (Akira Kurosawa – 1954 – 207 minutes)

avec Tochirô Mifune, Takashi Shimura, Yoshio Inaba, Seiji Miyaguchi, Minoru Chiaki, Daisuke Katô, Isao Kimura

Au XVIème siècle au Japon, un village de paysans menacés par une troupe de bandits demande à des samouraïs de les protéger.

Akira Kurosawa (1910-1998) est traditionnellement associé en France aux films de chambara (films de sabre dans le Japon médiéval) – une vision réductrice et inexacte de sa filmographie d’une trentaine de films. Pour preuve, son premier chambara, Les Sept Samouraïs, n’est que son quatorzième film ! En revanche c’est aussi son film le plus connu à l’international, et cette fois-ci ce n’est pas pour de mauvaises raisons, tant il est rapidement devenu un des classiques de l’histoire du cinéma. Récompensé à sa sortie par un Lion d’argent à la Mostra de Venise, il contribua en effet à faire connaître dans le monde entier Kurosawa et le cinéma japonais, trois ans après le Lion d’or de Rashômon qui avait créé la surprise et ouvert la voie. Le film est situé au XVIème siècle, une période de trouble et de guerre civile où les individus pouvaient encore choisir leur destin, avant l’instauration du shogunat qui hiérarchisera strictement et figera la société japonaise. Les Sept Samouraïs est donc un vibrant film sur la liberté, qui montre l’humanité dans toute son intensité, aussi bien dans les scènes de constitution de l’équipe de samouraïs que dans celles de bravoure, filmées de main de maître. Tourné pendant plus d’un an, le film réunit les acteurs fétiches de Kurosawa, au premier plan Tochirô Mifune (seize films ensemble) mais aussi Takashi Shimura (vint-et-un films ensemble). Ce western féodal, épique et diluvien donnera lieu au remake Les Sept Mercenaires par John Sturges en 1960 (avec Yul Brynner, Steve McQueen et Charles Bronson). L’histoire, les thèmes et les scènes de combats de Kurosawa exerceront une influence incalculable dans le cinéma occidental, de Sam Peckinpah à George Lucas en passant par Sergio Leone et Clint Eastwood – George Lucas et Francis Ford Coppola produiront d’ailleurs Kagemusha de Kurosawa en 1980.

22 mars 2015 : Ciné-club polar avec Al Pacino

INSOMNIA

– 19h : Insomnia (Christopher Nolan – 2002 – 118 minutes)

avec Al Pacino, Robin Williams, Hilary Swank, Maura Tierney, Martin Donovan, Paul Dooley

Une pointure de la police est appelé en renfort sur l’enquête autour d’un meurtre en Alaska. Mais frappé d’insomnie, il commet une faute dont le tueur est témoin et qu’il va exploiter pour négocier sa liberté.

Insomnia est le remake d’un film norvégien éponyme réalisé par Erik Skjoldbjaerg en 1997, dont Hollywood donne la réalisation à nul autre que le jeune Christopher Nolan, qui venait de se faire remarquer avec Memento (2000), bien avant ses blockbusters grandiloquents (Inception, Interstellar). Ce thriller glacial dans l’Etat d’Alaska où il fait jour toute la nuit pendant sept mois est malgré tout déjà un piège mental savamment calculé, à partir du dilemme posé par les zones d’ombre personnelle et la culpabilité, renforcée par les longues insomnies qui torturent de nuit et qui altèrent les facultés le jour. Al Pacino joue un rôle opposé à celui de Serpico, à savoir un policier certes brillant mais à la frontière de la loi et de la vérité, et dont le cas de conscience sera l’enjeu lancinant du film. Robin Williams est ici en total contre-emploi, en tueur calculateur et machiavélique, loin de tout ressort comique ni de la moindre mimique, dans un jeu froid, sombre et tendu. Hilary Swank (Million Dollar Baby) complète le trio d’acteurs oscarisés en policière dont la vocation initiée par Al Pacino va l’amener à le sonder à son insu. Cette confrontation autour de l’ambivalence de tous les personnages donne un film noir torturé, insomniaque et hivernal, et dont le thème de la séduction du mal se retrouvera dans The Dark Knight.

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– 21h : Serpico (Sidney Lumet – 1973 – 125 minutes)

avec Al Pacino, John Randolph, Jack Kehoe, Biff McGuire, Barbara Eda-Young, Cornelia Sharpe, Tony Roberts, Allan Rich

 Le policier Frank Serpico est un idéaliste de son métier et de sa fonction, qui compte s’attaquer à la corruption qui gangrène la police de New York. Mais il va se heurter à la résistance générale de ses collègues et supérieurs.

Serpico est l’adaptation d’une histoire vraie (d’après le livre de Peter Maas), celle de la vie de Frank Serpico et des douze années qu’il passa à la police de New York, depuis ses débuts naïfs et volontaires, fraichement diplômé, jusqu’à son immense et dangereuse croisade contre la corruption des multiples services de police new-yorkais, des plus dérisoires aux plus intouchables, au sein d’un système de pots de vins invulnérable. Car le problème n’est pas tant le comportement délictueux de ses collègues que la protection qu’ils tirent de leurs supérieurs, ce qui rend la place et les affections de Serpico bien précaires, et surtout mortelles. On assiste ainsi à la description froide et réaliste de la désintégration de sa vie professionnelle et privée, de ses espoirs brisés au sein d’une cité de toute façon à bout de souffle, ruinée et monstrueusement protéiforme – admirablement filmée par la caméra de Sidney Lumet comme un des personnages principaux du film. Le cinéaste profondément citoyen et new-yorkais signe ainsi un nouveau film désespéré et militant sur la (l’in)justice (Douze hommes en colère, Le Verdict), comme un combat politique, nécessaire et démesuré qui dépasse les épaules d’un simple individu, prêt à s’effondrer à tout moment. Frank Serpico est tout simplement un des rôles les plus impressionnants et iconiques d’Al Pacino, où jamais un flic d’1m70 n’a été aussi grand – ni  aussi excentrique, au vu aussi bien de son look seventies (cheveux longs, barbe, fringues) que de ses déguisements sur le terrain ! S’il fut nommé à l’Oscar du meilleur acteur, c’est le Golden Globe qu’il remporta. Serpico est un film coup de poing, passionnant et inoubliable, en tête des listes de films de Lumet et de Pacino, sur la justice, New York, ou des années 70.

15 mars 2015 : Ciné-club thriller sous-marin

LES GRANDS FONDS

– 19h : Les Grands Fonds (Peter Yates – 1977 – 124 minutes)

avec Robert Shaw, Jacqueline Bisset, Nick Nolte, Louis Gossett, Eli Wallach

Un jeune couple en vacances aux Bahamas découvre en plongée dans une épave des bijoux et des bouteilles de morphine.

Adapté d’un roman de l’auteur des Dents de la mer (Peter Benchley), Les Grands Fonds se passe lui aussi en majorité dans l’eau, plus précisément sous l’eau. Cette chasse au trésor sous-marine est orchestrée par Peter Yates (Bullitt), qui nous gratifie de superbes scènes de plongée, très oniriques et innovantes pour l’époque (la photographie fut nommée aux British Academy Film Awards). Le tournage fut d’ailleurs très loin des normes de sécurité modernes, puisque les acteurs durent tourner sans doublures en présence de requins attirés par de la viande rouge et sanglante ! Autre merveille naturelle, l’irrésistible plastique de Jacqueline Bisset (Casino Royale, Bullitt, Airport) est particulièrement mise en valeur durant les scènes de plongées, à tel point que cela inspirera les fameux concours de T-shirt mouillés ! Nick Nolte (48 heures ; le remake des Nerfs à vif) fait ses débuts en premier rôle, tandis que Robert Shaw était déjà au casting des Dents de la mer, et Louis Gosset jouera dans Les Dents de la mer 3). A la bande-son on retrouve l’impérial John Barry (James Bond, Out of Africa, Danse avec les loups), ainsi que Donna Summer pour « Down, Deep inside » (un hit disco qui fut nommé au Golden Globe de la meilleure chanson). Grand succès commercial, Les Grands Fonds est un excellent thriller original et palpitant, qui donne envie d’aller barboter aux Bermudes !

 L'AVENTURE DU POSEIDON

– 21h : L’Aventure du Poséidon (Ronald Neame – 1972 – 117 minutes)

avec Gene Hackman, Ernest Borgnine, Red Buttons, Carol Lynley, Roddy McDowall, Stella Stevens, Shelley Winters, Leslie Nielsen

Le bateau de croisière Poséidon, avec ses 800 passagers, est retourné par une gigantesque lame de fond. Les survivants doivent absolument s’échapper du bateau avant qu’il ne coule.

Le film catastrophe était un des genres les plus populaires des années 70. Initié en 1970 par Airport (qui sera parodié par Y a-t-il un pilote dans l’avion ? avec Leslie Nielsen, qui joue d’ailleurs sérieusement ici), le genre s’est installé avec L’Aventure du Poséidon, superproduction record (pour l’époque) de 4,7 millions qui nécessita 125 cascadeurs. Il reconstitue l’intérieur d’un bateau retourné, où un casting de stars oscarisées (Gene Hackman, Ernest Borgnine, Shelley Winters) aux personnalités diverses et conflictuelles déambule dans des décors inversé de machinerie pendant que les eaux montent, procurant un suspense intense. Le succès fut immense et engendrera une suite en 1979, Le Dernier Secret du Poséidon (avec Michael Caine), ainsi que deux remakes : un téléfilm en 2005 et un film en 2006 (Poséidon avec Kurt Russel). Nommé à sept Oscars (actrice de second rôle pour Shelly Winters, décors, musique pour John Williams, costumes, son, photographie et montage) et récompensé de celui de la meilleure chanson (« The Morning After »), le film original offre un spectacle qui n’a pas vieilli, et qui à l’heure du naufrage du Concordia est encore d’actualité !

8 mars 2015 : Ciné-club Gregory Peck / J. Lee Thompson

LES NERFS A VIF

– 19h : Les Nerfs à vif (J. Lee Thompson – 1962 – 106 minutes)

avec Gregory Peck, Robert Mitchum, Polly Bergen, Lori Martin, Martin Balsam, Jack Kruschen, Telly Savalas, Barrie Chase

Un ancien condamné pour viol revient harceler la famille de l’avocat qui l’a envoyé en prison pendant huit ans.

Adapté d’un roman de John MacDonald (sur une idée de Gregory Peck), Les Nerfs à vif est un palpitant film de vengeance, mais tout ce qu’il y a de plus subtile : l’ancien détenu Max Cady ne franchit pas la limite de la loi pour harceler et torturer mentalement la famille de l’avocat Sam Bowden dont il veut se venger. Le voici donc protégé par la justice, tandis que Bowden, dont la famille frôle la crise de nerf, se voit tenté de transgresser la loi pour mettre fin au harcèlement. Les rôles s’inversent donc habilement dans ce thriller psychologique tendu, sombre et machiavélique. La tension repose sur les épaules de Robert Mitchum, avec son panama vissé sur sa tête, sa démarche nonchalante et son regard inquiétant et diabolique, qui joue ici un des rôles les plus malsains et marquants de sa carrière, à côté du pasteur de La Nuit du chasseur (1955). Le climat oppressant n’est pas sans rappeler Hitchcock, qui vient de sortir Psychose (1960), et dont le compositeur fétiche Bernard Hermann a écrit la bande-son. Martin Scorsese en tirera un remake (inférieur) avec Robert De Niro et Nick Nolte en 1991, et reprenant Mitchum, Peck et Balsam (qui jouait l’inspecteur) dans des rôles astucieusement inversé par rapport à l’original, respectivement en lieutenant de police, avocat de Cady et juge.

 LES CANONS DE NAVARONE

– 21h : Les Canons de Navarone (J. Lee Thompson – 1961 – 156 minutes)

avec Gregory Peck, David Niven, Anthony Quinn, Stanley Baker, Anthony Quayle, Irene Papas, Gia Scala, James Darren

Durant la Seconde Guerre mondiale, un commando allié doit s’infiltrer dans une forteresse nazie sur l’île grecque de Navarone, pour détruire deux gigantesques canons qui coulent les bateaux de la mer Egée.

Le Pont de la rivière Kwaï (1957) a lancé la mode des superproductions militaires spectaculaires avec un casting de stars dans de superbes décors naturels, qui se poursuivra avec Le Jour le plus long (1962) ou La Grande évasion (1963). Il faut se rappeler que la concurrence de la télévision fut rude pour les studios de cinéma, il leur fallait donc mettre la barre haute pour ramener les spectateurs en salle. Les Canons de Navarone est de ceux-là. Adapté d’un roman de l’écossais Alistair MacLean, il est l’un des premiers films de commando d’élites, où un groupe de spécialistes aux personnalités si différentes seront malgré tout soudés dans un but commun, et qui inspirera de nombreux films, des Douze salopards (1967) à Inglourious Basterds (2009), en passant par la série Mission Impossible (1966-1973). En tant que co-production anglo-américaine, le casting est lui aussi international : Gregory Peck, Anthony Quinn et James Darren sont américains, David Niven, Anthony Quayle, Stanley Baker et Gia Scala sont anglais, tandis qu’Irene Papas (Zorba le Grec, Z) est un des plus grands actrices grecques. Le cadre idyllique est celui de l’île grecque de Rhodes (l’île de Navarone étant fictive), avec un soin particulier porté à montrer la douceur de vivre des grecs ou la résistance à l’envahisseur, et dont le gouvernement et l’armée collaborèrent activement au tournage pour prêter des militaires et véhicules. Nommé à sept Oscars (dont meilleurs film, réalisateur, scénario et musique), le film remporta celui des meilleurs effets spéciaux, et fut le plus gros succès commercial de 1961. Il connaîtra d’ailleurs une suite en 1978, L’Ouragan vient de Navarone, par Guy Hamilton (réalisateur de plusieurs James Bond) avec Harrison Ford et Robert Shaw.

1er mars 2015 : Ciné-club Hard rock

SPINAL TAP

– 19h : This is Spın̈al Tap (Rob Reiner – 1984 – 83 minutes)

avec Michael McKean, Christopher Guest, Harry Shearer, Rob Reiner, June Chadwick, Tony Hendra, Bruno Kirby, Patrick McNee, Billy Cristal, Anjelica Huston

Une équipe de documentaire suit la tentative de comeback du groupe de hard rock Spın̈al Tap.

Le premier film de Rob Reiner (Quand Harry rencontre Sally, Misery, Des Hommes d’honneur) est un mockumentary ou documenteur, autrement dit un faux documentaire. On voit en effet un réalisateur et sa caméra suivre la tournée comeback d’un groupe de hard rock, mais tout est faux, jusqu’au groupe ! Cette parodie des coulisses du (hard) rock des années 70-80 est tout bonnement hilarante et terriblement acérée, s’inspirant d’une infinité de faits divers et d’anecdotes de Led Zeppelin, Black Sabbath, Status Quo, Scorpions et autres Motley Crue, entre scénographies grotesques, décès mystérieux du batteur, manager irresponsable, pochettes d’albums douteuses, paroles de chansons sexistes et débiles, conflits d’ego des leaders, compagne harpie du guitariste qui sème le trouble, virages stylistiques, archives télé sixties et hippies, guitare double manche, le fameux ampli qui monte jusqu’à 11, etc.. Avec leur mélange de prétention, naïveté et stupidité, les membres du groupe donnent une image touchante et tellement juste de la rock star des stades. Une véracité qui poussera carrément ce faux groupe à en devenir un vrai, en sortant des albums et jouant des concerts bien après la sortie du film, entretemps devenu culte auprès de milliers de fans ! On a pu ainsi les voir jouer au Freddie Mercury Tribute ou au Live Earth. Les références culturelles au film sont devenues innombrables (notamment dans les Simpson, où par ailleurs l’acteur jouant le bassiste est aussi un membre de l’équipe de doublage du dessin animé). This is Spın̈al Tap est tout bonnement un des meilleurs films sur le rock, et certainement le plus drôle !

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– 21h : Good to see you again, Alice Cooper (Joe Gannon – 1974 – 100 minutes)

avec Alice Cooper, Michael Bruce, Glen Buxton, Dennis Dunaway, Neal Smith, Fred Smooth

Enregistré en 1973 durant la tournée pour l’album Billion dollars babies qui est un énorme succès commercial, Good to see you again, Alice Cooper donne à voir le fameux spectacle excessif, innovant et choquant pour l’époque du groupe (car Alice Cooper était le nom du groupe, avant que le chanteur ne parte faire carrière en solo en gardant le même nom). Dans une ambiance théâtrale de cabaret décadent et macabre, on découvre la plupart des artifices scéniques qui ont fait la réputation sulfureuse d’Alice Cooper, à base de maquillage, faux mannequins, bébés en jouet, fleurs, sarcophage, dollars lancées dans le public, mise en scène d’arrachage de dent avec fausse dent, brosse à dent et tube de dentifrice géants, un véritable boa dans les mains du chanteur, un faux Richard Nixon sur scène, le clou du spectacle étant la fameuse mise à mort d’Alice Cooper par guillotine et tête coupée exhibée au public ! Autant d’éléments spectaculaires qui ne le rendent pas étranger à la parodie de This is Spın̈al Tap – sauf qu’Alice Cooper a toujours pratiqué l’autodérision par l’outrance volontaire, contrairement à nombre de ses confrères. Le film du concert (car il est bel et bien sorti sur les écrans américains à l’époque) est augmenté de quelques scènes de fictions à vocation humoristique mais dispensables avec un acteur cabotin. Quoi qu’il en soit, Good to see you again, Alice Cooper confirme que les excentricités spectaculaires de Marilyn Manson et autres Lady Gaga n’ont pas grand-chose à envier à celles d’Alice Cooper, qui a ouvert la voie à bien des imitateurs. Enfin, n’oublions pas la performance musicale du groupe, Billion dollars babies étant sans doute leur meilleur album.