Archives mensuelles : juin 2015

28 juin : Ciné-club Grindhouse

PLANETE TERREUR UN FILM GRINDHOUSE

– 19h : Planète Terreur (Robert Rodriguez – 2007 – 105 minutes)

avec Rose McGowan, Freddy Rodriguez, Michael Biehn, Jeff Fahey, Josh Brolin, Marley Shelton, Bruce Willis, Tom Savini, Quentin Tarantino

Une étrange épidémie semble se répandre dans une petite ville du Texas…

Le projet Grindhouse est un hommage aux films de série B ou Z, fauchés et outranciers qui passaient dans les cinémas de quartier des années 70 en double feature (deux à la suite), entrecoupés de bandes annonces de films tout aussi improbables et racoleurs. Rodriguez et Tarantino, cinéphiles boulimiques et fans de cette frange du cinéma de leur jeunesse, ont ainsi entrepris de recréer cette esthétique en réalisant chacun un film d’exploitation, rempli comme d’habitude avec eux de citations et références. Leur fétichisme va jusqu’à vieillir volontairement leurs pellicules (grains, couleurs, rayures), et même prétendre qu’une bobine contenant quelques scènes a été perdue (avec excuse écrite à l’écran du gérant du cinéma), comme dans un authentique cinéma foireux d’époque !

Planète Terreur est film d’épidémie de zombies tout ce qu’il y a de plus gore, un hommage aux films d’horreur de Romero et de Carpenter (notamment la musique, composée par Rodriguez lui-même, comme Carpenter pour ses propres films). D’ailleurs on retrouve au casting Tom Savini, légendaire maquilleur de Romero et qui réalisa un remake de La Nuit des morts-vivants (qui avait déjà joué dans Une Nuit en enfer de Rodriguez avec Tarantino). Le film est aussi sanglant que jubilatoire, oscillant à la frontière du premier et du second degré, pour notre plus grand plaisir régressif, allant même jusqu’à affubler l’héroïne d’une jambe en… mitraillette !

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– 21h : Boulevard de la mort (Quentin Tarantino – 2007 – 109 minutes)

avec Kurt Russel, Zoe Bell, Rosario Dawson, Vanessa Ferlito, Jordan Ladd, Rose McGowan, Sidney Poitier, Tracie Thoms, Mary Elizabeth Winstead, Quentin Tarantino

Un groupe de jeunes filles rencontre dans un bar un intriguant cascadeur balafré, qui propose de ramener l’une d’elle en voiture…

Boulevard de la mort est quant à lui un hommage aux slashers et road-movies, notamment Point Limite Zéro (largement cité), avec courses-poursuites mortelles et cascades en voiture (sans trucage informatique, comme à l’époque) – notamment une fameuse scène survoltée avec une femme sur le capot une voiture – et évidemment des scènes de dialogues tordus et interminables si chers à Tarantino. Kurt Russel complète l’hommage Grindhouse à Carpenter car il en fut l’anti-héros fétiche (New York 1997, The Thing, Jack Burton), tandis que la cascadeuse Zoe Bell joue son propre rôle au sein d’une bande girl power qui fait passer le personnage de Russel pour un vieux ringard du passé. Cependant le film de Tarantino apparaît plus déroutant et conceptuel que celui de Rodriguez, avec ses deux parties et castings distincts, mais toujours truffés de clins d’œil à la cinéphilie bis et d’admiration pour le métier de cascadeur.

Aux Etats-Unis les deux films sont sorties en une seule séance double feature, en insérant des fausses bandes annonces de films d’horreur comme Don’t (d’Edgar Wright), Thanskgiving (d’Eli Roth) ou Werewolf Women of the SS (de Rob Zombie). L’une d’elle, Machete, a été si populaire que Rodriguez en a réalisé un long-métrage, et une suite (Machete Kills) ! Mais dans le monde les films sont sortis séparément, puisque le format double feature est typiquement américain et inconnu ailleurs.

14 juin : Ciné-club Marcello Mastroianni / Ettore Scola

QUELLE HEURE EST IL

– 19h : Quelle heure est-il (Ettore Scola – 1989 – 98 minutes)

avec Marcello Mastroianni, Massimo Troisi, Anne Parillaud, Lou Castel

Un avocat aisé va rendre visite à son fils durant une journée de permission de son service militaire. C’est l’occasion pour eux de se mesurer et d’apprendre à mieux se comprendre.

Le tournage de Splendor s’étant merveilleusement bien passé pour Marcello Mastronianni et Massimo Troisi, devenus complices et amis, Etorre Scola les réunit à nouveau dans un film écrit (avec sa fille) spécialement pour eux. Quelle heure est-il a été tourné chronologiquement, du fait des décors naturels et majoritairement extérieurs dans le petit village de Civitavecchia (près de Rome), ce qui est une pratique rare au cinéma mais permet aux acteurs de mieux endosser l’évolution de leurs personnages. Le film montre la rencontre et la confrontation entre deux mondes (jeunesse et vieillesse), deux visions opposées et surtout deux parents qui ont du mal à exprimer adéquatement leurs sentiments. D’un côté le père vieillissant, jouissant d’une carrière et d’une situation établie et qui couvre de cadeaux matériels son fils, qui de son côté étouffe, se renferme pour se protéger de lui et n’a d’autre ambition que de profiter de la vie. Quelle heure est-il est ainsi un parcours d’une journée dans la ville, à discuter en se promenant et croisant quelques personnages tels que la fiancée du fils ou ses amis. Remplie d’affinités, d’incompréhensions, de silences et de litiges, on suit la maturation de leur relation, qui croit, diminue, s’assouplit, s’endurcit jusqu’à devenir conciliante. L’émulation entre Mastroianni et Troisi étant aussi riche devant la caméra qu’en dehors, ils ont tous les deux été récompensés du Prix d’interprétation masculine de la Mostra de Venise.

 SPLENDOR

– 21h : Splendor (Ettore Scola – 1989 – 111 minutes)

avec Marcello Mastroianni, Massimo Troisi, Marina Vlady, Paolo Panelli, Pamela Villoresi

Jordan, un exploitant de cinéma criblé de dettes est contraint de céder son cinéma, le Splendor, à un riche industriel. C’est l’occasion pour lui de porter un regard sur sa vie à travers cette belle aventure.

Splendor est un des grands films du cinéma dans le cinéma, aux côtés de Boulevard du crépuscule ou Cinema Paradiso. C’est avec nostalgie que Jordan, et avec lui Etorre Scola ou nous-mêmes, replonge dans l’histoire de son cinéma, qui est aussi l’histoire du cinéma. Fils d’un exploitant de cinéma ambulant passant de village en village pour partager l’art populaire, il se souvient des séances de Metropolis et de multiples classiques qui savaient mobiliser les foules, au bord de l’émeute. Le cinéma était alors un lieu de vie et de rencontres qui montrait la vie et enrichissait la propre vie du spectateur. Depuis le cinéma engendre de moins en moins de classiques, et est concurrencé par la télévision ou de multiples autres loisirs qui n’ont guère plus d’ambition que de sortir le spectateur de l’ennui et de la torpeur. Comme des centaines de salles en France et Europe qui ont dû fermer au cours des dernières décennies, le cinéma Splendor est appelé à devenir un supermarché, ce qui en dit long sur les priorités du consommateur… Mais le propos n’est pas bassement blasé ou rageur, il est rempli de tendresse, d’humour et d’humanité, pour tenter de ré-enchanter le cinéma et le spectateur à l’égal des classiques dont il montre quantité d’extraits, de La Vie est belle à La Nuit américaine en passant par La Dolce Vita, avec justement… Marcello Mastroianni ! Plus qu’un hommage au cinéma et à ses modestes passeurs, c’est le cinéma qui se fait lui-même hommage, qui sera nommé à la Palme d’or du Festival de Cannes.

7 juin : Ciné-club Clint Eastwood / Don Siegel

L'INSPECTEUR HARRY

– 19h : L’Inspecteur Harry (Don Siegel – 1971 – 102 minutes)

avec Clint Eastwood, Harry Guardino, Reni Santoni, Andy Robinson, John Larch, John Vernon

A San Francisco, l’inspecteur Harry Callahan doit retrouver un tireur et kidnappeur psychopathe en usant de ses méthodes expéditives aux frontières de la loi.

Après avoir joué les cowboys solitaires dans les années 60, Clint Eastwood entame les années 70 avec son rôle le plus connu, en tant que justicier absolu dans la ville moderne, n’hésitant pas à enfreindre la loi pour imposer sa conception de la justice ou à abattre un malfrat. Inspiré de l’histoire non élucidée du tireur de San Francisco, L’Inspecteur Harry fut très polémique à sa sortie, beaucoup y voyant une morale réactionnaire et machiste, prônant la justice personnelle et l’auto-défense, là où d’autres le considéraient comme le héros dont l’Amérique avait besoin à une époque de doute socio-culturel, arguant que le coupable avait fini par avoir plus de droit que la victime. En tout cas le film a été un énorme succès, créant un nouveau standard de film d’action, western urbain contemporain où San Francisco devient un personnage à part entière. Plusieurs scènes et répliques sont devenues cultes. L’excellente musique jazz-funk de Lalo Schifrin (Bullit, Opération Dragon, Mission Impossible, Starsky et Hutch) contribue énormément à la dynamique et à la tension du film. L’Inspecteur Harry connut pas moins de quatre suites, atténuant progressivement son personnage. Clint Eastwood en réalisa une (Le Retour de l’inspecteur Harry), et finit même par parodier son personnage dans un autre de ses films, La Relève (1990).

 SIERRA TORRIDE

– 21h : Sierra Torride (Don Siegel – 1970 – 114 minutes)

avec Clint Eastwood, Shirley MacLaine, Manolo Fabregas, Alberto Morin, Armando Silvestre

Au XIXème siècle au Mexique, un cowboy mercenaire sauve une nonne des griffes de bandits, et ils vont aider les révolutionnaires à attaquer un fort détenu par l’armée française.

Don Siegel (L’Invasion des profanateurs de sépultures) est l’un des deux mentors de Clint Eastwood, avec Sergio Leone. Après avoir été révélé par le réalisateur italien dans les westerns de la trilogie du dollar, c’est avec Siegel qu’il apprendra le mieux le métier et éprouvera l’envie de devenir réalisateur. Ils ont tourné ensemble cinq films, dont trois westerns. D’ailleurs, dans le premier western qu’il réalise, L’Homme des hautes plaines, Eastwood place deux pierres tombales portant les noms de Sergio Leone et Don Siegel, comme pour mieux enterrer symboliquement ses pères. Enfin son grand classique Impitoyable lui est dédié personnellement. Dans Sierra Torride, Eastwood donne la réplique à Shirley MacLaine, grande sœur de Warren Beatty, star (elle est créditée avant Eastwood) des comédies romantiques de Billy Wilder (La Garconnière, Irma la douce). Son rôle de nonne en plein de western ne manque pas de piquant, et donnera lieu à bien des situations cocasses entre elle et Clint Easwood, qui quant à lui habite sans difficulté son personnage habituel de cowboy cynique. Autre réminiscence leonienne, Ennio Morricone signe la musique de bon petit western picaresque tourné au Mexique.