Archives mensuelles : octobre 2015

1er novembre : Ciné-club Halloween avec Stephen King : Misery (1990) – Shining (1980)

MISERY

– 19h : Misery (Rob Reiner – 1990 – 107 minutes)

avec James Caan, Kathy Bates, Lauren Bacall, Richard Farnsworth, Frances Sternhagen

Un célèbre romancier, suite à un grave accident de voiture dans les montagnes, est recueilli et soigné par une de ses plus grandes admiratrices. Mais elle ne supporte pas la fin de son dernier roman, et veut qu’il en écrive une autre…

Publié en 1987, Misery de Stephen King a reçu le prix Bram Stoker du meilleur roman, parabole sur l’artiste prisonnier de son public. Rob Reiner, réalisateur diversifié (This is Spinal Tap, Quand Harry rencontre Sally, Des Hommes d’honneur) l’adapte trois plus tard au cinéma (après avoir déjà adapté Stand by Me de King en 1986). Ce thriller psychologique tourne à l’horreur par l’intensité des relations entre les personnages principaux dans un huis clos : le héros a les jambes cassées et est coincé sur un lit ou une chaise roulante, tandis que son admiratrice est totalement imprévisible, passant de la dévotion à la colère sadique à la moindre phrase qui la contrarie. Cette séquestration infernale rappelle fortement un classique du cinéma américain : Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? de Robert Aldrich (1962). James Caan, acteur d’habitude nerveux et énergique, est ici réduit à la passivité et vulnérable. Quant à Kathy Bathes, son interprétation glaçante et plus vraie que nature a été récompensée de l’Oscar et du Golden Globe de la meilleure actrice. Le roman a aussi donné lieu à une chanson du groupe Anthrax, et une adaptation théâtrale à Broadway avec Bruce Willis !

 SHINING

– 21h : Shining (Stanley Kubrick – 1980 – 119 minutes)

avec Jack Nicholson, Shelley Duvall, Danny Lloyrd, Scatman Crothers

Un écrivain en panne d’inspiration part avec sa famille garder un grand hôtel isolé dans les montagnes pendant sa fermeture hivernale. Mais celui-ci a été construit sur un ancien cimetière indien…

Sur les dizaines d’adaptations audiovisuelles de Stephen King au cinéma, Shining est une des rares où le réalisateur prend le dessus sur le romancier. Pas étonnant de la part du démiurge Stanley Kubrick, qui a toujours intelligemment basé ses films sur des romans, des plus confidentiels (L’Ultime Razzia) aux plus fameux (Lolita). Le scénario de Kubrick prend ainsi ses libertés avec le roman de King, notamment en refusant les explications rationnelles pour mieux fasciner le spectateur – ce qui provoquera des réactions mitigées de la part du romancier, sentant son œuvre trahie. Pour son irruption dans le nouveau genre en vogue des films d’horreur, Kubrick signe comme d’habitude un chef d’œuvre du genre, malgré ou grâce à son économie de violence, à partir de ses cadrages et images inoubliables de nouvelles caméras Steadicam, sa bande-son soignée (par Walter/Wendy Carlos, déjà auteur de celle d’Orange Mécanique), sa symbolique complexe mais hypnotisante. Au casting, une fois n’est pas coutume, Kubrick décroche une immense star, Jack Nicholson, qui livre sa prestation la plus iconique et intense, qui avec celle dans Vol au-dessus d’un nid de coucou le catalogue dans les acteurs de la folie. Shelly Duvall, actrice fétiche de Robert Altman, est aussi excellente en mère pétrifiée de frayeur. Shining connaitra une adaptation en téléfilm en 1997, scénarisé et produit par Stephen King lui-même afin de mieux respecter le roman original. A noter que l’hôtel du film, situé dans le Colorado, est devenu un musée de l’horreur !

En bonus sera diffusé le making of Shining (Vivian Kubrick – 1980 – 35 minutes), réalisé durant le tournage par la fille du maître. L’occasion de voir Nicholson se préparer à rentrer dans son personnage pour la scène de la hache contre la porte de la salle de bain !

25 octobre : Ciné-club IRA : Hunger (2008) – Au Nom du père (1993)

HUNGER

– 19h : Hunger (Steve McQueen – 2008 – 92 minutes)

avec Michael Fassbender, Liam Cunningham, Stuart Graham, Liam McMahon

En 1981 en Irlande du Nord, les prisonniers de l’Armée Républicaine Irlandaise provisoire (IRA) entament une grève de l’hygiène puis de la faim pour réclamer leur statut de prisonnier politique à l’Angleterre.

L’artiste plasticien britannique Steve McQueen, exposé dans le monde entier, se met au cinéma avec ce premier film sur l’histoire vraie du militant irlandais Bobby Sands, terroriste pour les uns, martyre pour les autres. Hunger est un ainsi un film visuellement sophistiqué, extrêmement plastique, presque formel, quasiment sans dialogue. Il tourne déjà avec son acteur fétiche Michael Fassbender (qui a perdu 14 kg pour ce rôle), qu’il retrouvera sur Shame (2011) et Twelve Years a Slave (2013). Rien n’est épargné au spectateur : murs couverts d’excréments, urine coulant dans les couloirs, maltraitance des prisonniers, malaise des gardes de la prison, agonie de Bobby Sands. Le film brille malgré tout d’un époustouflant plan-séquence en caméra fixe de vingt-deux minutes entre Bobby Sands et un prêtre atypique qui tente de le dissuader de faire grève. Le brio visuel et esthétique du film a été salué par la Caméra d’Or au Festival de Cannes, parmi d’autres récompenses internationales.

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– 21h : Au Nom du père (Jim Sheridan – 1993 – 132 minutes)

avec Daniel Day-Lewis, Emma Thompson, Pete Postlethwaite, John Lynch, Beatie Edney, Mark Sheppard, Corin Redgrave

En 1974, un jeune délinquant irlandais est accusé à tort d’un attentat de l’IRA à Londres.

Après My Left Foot (1989), Jim Sheridan retrouve Daniel Day-Lewis (qui en avait gagné l’Oscar du meilleur rôle), tous deux irlandais, pour un sujet hautement plus sensible et engagé concernant leur pays, une histoire vraie qui plus est, adaptée de l’autobiographie de la victime d’une des plus grandes injustices judiciaires. Tellement scandaleuse de la part des autorités anglaises que personne n’aurait osé l’imaginer en fiction sans cela ! Déjà Daniel Day-Lewis s’impose une préparation excentrique et spartiate, ici de vivre quelques semaines dans une cellule, réveillé tous les quart d’heures par les gardiens, pour mieux vivre son rôle. La descente aux enfers du personnage et de sa famille est absolument bouleversante et intense, sans manichéisme ni démagogie, mais avec pudeur et subtilité. Au Nom du père, passionnant et terrifiant, est couronné de l’Ours du meilleur film au Festival de Berlin, ainsi que d’une pluie de nominations internationales aux Oscars (dont meilleurs film, réalisateur, scénario et acteurs), Golden Globes ou BAFTA. Daniel Day-Lewis ne remporte rien malgré sa prestation plus vraie que nature, mais se rattrapera plus tard avec deux autres Oscars (There Will Be Blood et Lincoln). Il retrouvera même Sheridan dans The Boxer, sur la réinsertion d’un boxeur emprisonné à tort pour un attentat de l’IRA qu’il n’a pas commis !

18 octobre : Ciné-club mutinerie : Ouragan sur le Caine (1954) – Les Révoltés du Bounty (1962)

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– 19h : Ouragan sur le Caine (Edward Dmytryk – 1954 – 124 minutes)

avec Humphrey Bogart, José Ferrer, Van Johnson, Fred MacMurray, Robert Francis, May Wynn, Tom Tully, Lee Marvin

Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’équipage d’un bateau de guerre a du mal à se plier aux méthodes de son nouveau capitaine et à son commandement douteux.

Ouragan sur le Caine est tiré d’un livre récompensé par le Prix Pulitzer, et l’on comprend pourquoi : le scénario et les dialogues sont tout à fait solides, maîtrisés et subtils, parvenant à maintenir la tension psychologique et la progression dramatique. Il faut savoir que l’œuvre est imprégné du maccarthysme et de sa chasse aux sorcières : Edward Dmytryk en a été victime et a dû sous la pression dénoncer de nombreux confrères communistes, ce qui le discréditera durablement. Ainsi l’histoire reflète ce climat de suspicion, de remise en cause du patriotisme et du rôle ambigu des intellectuels, jusqu’à l’hypocrisie et la lâcheté. Humphrey Bogart, en capitaine autoritaire, paranoïaque et fragile, livre rien de moins qu’un de ses meilleurs rôles. Les autres acteurs sont tout aussi brillants, à commencer par Fred MacMurray (Assurance sur la mort, La Garçonnière). Grand succès en salles et nommé à sept Oscars (dont meilleurs film, scénario, et acteurs pour Bogart et Tom Tully), Ouragan sur le Caine est un classique des fifties comme on n’en fait plus, où tout est impeccable, juste et passionnant. Pour l’anecdote, l’acteur anglais Michael Caine y trouva l’inspiration pour son pseudonyme !

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– 21h : Les Révoltés du Bounty (Lewis Milestone – 1962 – 185 minutes)

avec Marlon Brando, Trevor Howard, Richard Harris, Hugh Griffith, Richard Haydn, Tarita, Percy Herbert

En 1789, le navire anglais Bounty s’embarque pour plusieurs mois de navigation en direction de Tahiti pour récolter des arbres à pain, vitaux pour nourrir les esclaves de la couronne britannique. Mais son capitaine se montre tyrannique et cruel avec l’équipage…

Inspiré d’une histoire vraie, Les Révoltés du Bounty narre la plus célèbre mutinerie de l’histoire navale. Raconté par Jules Verne ou Lord Byron, déjà adapté au cinéma en 1933 (avec Errol Flynn) et en 1935 (avec Clark Gable et Charles Laughton, oscarisés) – puis plus tard en 1984 (avec Mel Gibson et Anthony Hopkins) -, le mythe continue de passionner, et cette version de Lewis Milestone (A l’Ouest, rien de nouveau, L’Inconnu de Las Vegas) n’est pas en reste. En effet le budget est titanesque, mainte fois dépassé, au point de mettre le studio MGM au bord de la faillite ! Un véritable navire a été spécialement construit à l’identique à partir des plans originaux, le tournage a un lieu jusqu’en Polynésie française avec des milliers de figurants locaux. Brando aussi a donné de sa personne : il grossissait pendant le tournage au point que les costumiers devaient reprendre ses costumes régulièrement, il a attrapé une maladie vénérienne, son interprète tahitienne est devenue sa troisième femme, et il a acheté une petite île voisine de Tahiti. Malgré les évidentes qualités esthétiques, de mise en scène, de casting (Trevor Howard ne pouvait être plus délicieusement détestable) et d’ambiance (les irrésistibles et langoureuses séquences à Tahiti) du film, confirmées par sa nomination à sept Oscars (meilleurs film, décors, photographie, effets visuels, montage, musique, chanson), il fut un échec financier (trop coûteux à rembourser). Mais Les Révoltés du Bounty est quand même resté un classique spectaculaire en Technicolor, épique et exotique, témoin d’un certain âge d’or d’Hollywood avec de grandes histoires, de grands acteurs et de grands moyens, sans surenchère commerciale débilitante.

11 octobre : Ciné-club Patrick Dewaere : Coup de tête (1979) – Série noire (1979)

COUP DE TETE

– 19h : Coup de tête (Jean-Jacques Annaud – 1979 – 88 minutes)

avec Patrick Dewaere, Corinne marchand, France Dougnac, Dorothée Jemma, Maurice Barrier, Paul Le Person, Michel Aumont, Jean Bouise

Un joueur de football d’une petite ville est renvoyé de l’équipe et de son travail, et accusé d’un crime qu’il n’a pas commis. Il va chercher à se défendre et se venger.

Le second film de Jean-Jacques Annaud est le seul à se passer dans la société contemporaine. Il est écrit par Francis Veber, prolifique scénariste (Le Grand blond avec une chaussure noire, L’Emmerdeur, Le Magnifique), et réalisateur (La Chèvre, Les Fugitifs, Le Dîner de cons) à succès. Coup de tête est une comédie dramatique, une satire sociale hilarante et féroce aux dialogues excellents sur l’hypocrisie d’une petite ville, l’injustice qui touche un pauvre type et la vengeance qu’il leur réserve. Patrick Dewaere est comme d’habitude très à l’aise dans son rôle et particulièrement succulent. L’équipe de football est jouée par les véritables joueurs de l’AJ Auxerre et du Troyes AC, tournés pendant la mi-temps de leur derby, avec Guy Roux comme conseiller technique et sportif ! Les seconds rôles sont majoritairement d’illustres comédiens de doublages, à qui l’on doit les voix de Michael Douglas, Robin Williams, Robert De Niro, Mel Gibson, Jennifer Aniston, Danny DeVito, Harvey Keitel, Clark Gable ou le Grand Schtroumpf ! Jean Bouise a par ailleurs reçu le César du meilleur second rôle. Coup de tête est un des meilleurs films sur le football et l’envers de son décor, à base de copinages et basses magouilles commerciales.

 SERIE NOIRE

– 21h : Série noire (Alain Corneau – 1979 – 116 minutes)

avec Patrick Dewaere, Myriam Boyer, Marie Trintignant, Bernard Blier, Jeanne Herviale, Andreas Katsulas

Un vendeur à domicile rencontre une adolescente exploitée par sa vieille tante. Elle lui suggère de s’emparer de son magot…

Adapté d’un polar de Jim Thompson (Guet-apens de Sam Peckinpah), Série noire a été adapté dans un contexte bien plus français et banlieusard par l’écrivain d’avant-garde Georges Perec (La vie mode d’emploi), qui en signe aussi les dialogues fleuris (« qu’est-ce qu’on se marre à kesh » !). Alain Corneau, grand amoureux des films noirs, signe ici une œuvre d’une noirceur abyssale, désespérée et poignante, tourné avec peu de budget en cinq semaines, caméra à l’épaule, avec une formidable osmose de son équipe et des acteurs. Le film repose avant tout sur les épaules de Patrick Dewaere, qui livre une interprétation absolument titanesque. Sa performance de Frank Poupart, looser à la folie innocente et attachante, le hisse au panthéon des acteurs français et contribue au mythe de l’acteur écorché vif parti trop tôt – c’était d’ailleurs son rôle préféré. Bernard Blier, Myriam Boyer et la jeune Marie Trintignant sont eux aussi impeccables. Présenté au Festival de Cannes et nommé à cinq Césars (meilleurs acteurs pour Patrick Dewaere et Bernard Blier, meilleur actrice pour Myriam Boyer, meilleur scénario et meilleur montage), Série noire n’en remporta aucun mais est devenu un film culte extravagant et cauchemardesque, un grand classique vertigineux du film noir et du cinéma français.

4 octobre : Ciné-club arme fatale : L’Arme Fatale (1987) – L’Arme Fatale 2 (1989)

L'ARME FATALE

– 19h : L’Arme Fatale (Richard Donner – 1987 – 110 minutes)

avec Mel Gibson, Danny Glover, Gary Busey, Tom Atkins, Darlene Love, Traci Wolfe

Un flic de cinquante ans doit faire équipe avec un vétéran du Vietnam imprévisible pour démanteler un réseau de trafic de drogue.

L’Arme Fatale est sans doute le plus grand représentant du genre buddy movie. Initié par Walter Hill dans 48 heures (1983), il met en scène le tandem de deux personnages aux tempéraments opposés, promettant un savant dosage d’humour et d’action. Mel Gibson sort de la trilogie Mad Max pour construire son personnage de justicier urbain, achevant son statut de superstar internationale. Danny Glover a tourné dans Witness, Silverado et surtout La Couleur pourpre de Steven Spielberg. Derrière la caméra, Richard Donner met tout son professionnalisme (La Malédiction, Superman, Les Goonies) au service d’une comédie d’action policière musclée et pyrotechnique. A noter que la bande originale est co-signée par Eric Clapton, forcément bluesy. Pour un budget de 15 millions de dollars, L’Arme Fatale en remporte 120 millions, faisant de lui un des gros succès de la décennie, et la matrice d’autres filons du genre comme Tango et Cash, Bad Boys, Rush Hour ou Men In Black.

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– 21h : L’Arme Fatale 2 (Richard Donner – 1989 – 115 minutes)

avec Mel Gibson, Danny Glover, Joe Pesci, Joss Ackland, Derrick O’Connor, Patsy Kensit, Darlene Love, Traci Wolfe

Riggs et Murtaugh sont chargés de protéger un témoin sensible dans une affaire de blanchiment d’argent international.

Après le succès international du premier, une suite est rapidement mise en chantier avec la même équipe. Elle y ajoute le personnage déjanté de Leo Getz, joué par Joe Pesci, habitué des films plus sérieux de Martin Scorsese (Raging Bull, Les Affranchis, Casino), qui apporte un ressort comique supplémentaire au duo (et restera pour les suites). Le budget étant évidemment plus confortable, le film propose encore plus de courses-poursuites, fusillades, destructions de maisons et autres cascades spectaculaires, toujours sur fond d’humour (encore mieux écrit et dosé que dans le premier). Avec un succès commercial supérieur au premier, L’Arme Fatale s’impose comme un des grandes sagas du cinéma d’action, qui s’allongera de deux suites supplémentaires dans les années 90. La franchise sera parodiée dans L’Alarme Fatale (1933) avec Samuel L. Jackson, tandis que Donner et Gibson tourneront ensembles Maverick (1994) et Complots (1996).