Archives mensuelles : décembre 2015

27 décembre : Ciné-club Batman par Tim Burton : Batman (1989) – Batman Le Défi (1992)

MovieCovers-173545-218841-BATMAN

– 19h : Batman (Tim Burton – 1989 – 130 minutes)

avec Michael Keaton, Jack Nicholson, Kim Basinger, Robert Wuhl, Michael Gough, Pat Hingle, Billy Dee Williams, Jack Palance, Jerry Hall

Tombé dans une cave acide à cause de Batman et défiguré, le gangster Jack Napier devient le Joker et sème la terreur à Gotham City.

Le héros de comics créé par Bob Kane avait déjà connu une adaptation à l’énorme succès en série télévisée et en film dans les années 60. Mais leurs couleurs vives, ses onomatopées affichées à l’écran et l’humour enfantin les ont rendu (délicieusement) kitsch, et plus personne n’osa toucher à la franchise. Vingt plus tard, Tim Burton s’y attaque, et son propre univers sombre et déjanté (Beetlejuice, Edward aux mains d’argent) s’accommode judicieusement à l’obscurité et l’ambivalence de l’homme chauve-souris. Le rôle très disputé de Bruce Wayne a finalement été accordé à Michael Keaton (Beetlejuice). L’immense Jack Nicholson, habitué des rôles de fous (Vol au-dessus d’un nid de coucou, Shining), endosse le costume violet du Joker. La star Kim Basinger (Jamais plus jamais, 9 semaines 1/2) illumine de sa beauté la partenaire de Batman. Grâce à l’ambition et aux moyens investis, Gotham City est enfin gothique, sale et malfamé – le film obtient l’Oscar de la meilleure direction artistique. Prince, grand amateur du héros, signe trois chansons pour le film, et sortira un album entier inspiré du film. Batman a été un immense succès commercial, et a défini le nouveau standard des superproductions de héros de comics, qu’Hollywood exploite encore aujourd’hui.

 BATMAN LE DEFI

– 21h : Batman Le Défi (Tim Burton – 1992 – 126 minutes)

avec Michael Keaton, Danny DeVito, Michelle Pfeiffer, Christopher Walken, Michael Gough, Pat Hingle, Michael Murphy, Vincent Schiavelli

Le Pingouin et Catwoman s’allient dans le crime contre Batman.

Après le raz de marée du premier épisode, Warner Bros accorde encore plus de budget et de liberté (scénaristique et artistique) à Tim Burton. Il en tirera un de ses films les plus sombres et personnels, explorant les blessures les plus profondes et intimes du Pingouin (méconnaissable Danny DeVito), enfant monstrueux abandonné par ses parents), et Catwoman (sensuelle Michelle Pfeiffer en cuir moulant), secrétaire frustrée et dévalorisée par son patron, le cynique et malhonnête businessman Max Schreck (hommage à l’acteur de Nosferatu de Murnau, joué par Christopher Walken). Bruce Wayne n’est pas en reste, puisqu’il est attiré par Selina Kyle, pendant que leurs alter ego Batman et Catwoman se tournent autour. Les décors et cascades sont encore plus extravagants dans cet épisode, et le ton est bien plus violent et sexuel, ce qui ne sera pas au goût de tous, là où les fans le trouveront meilleur que le premier, le voyant comme un film d’auteur spectaculaire. Par la suite la franchise sera reprise avec beaucoup moins de crédibilité par Joel Schumacher (Batman Forever, Batman & Robin), avant de renaître de ses cendres avec Christopher Nolan dans une nouvelle trilogie à succès revenant sur la facette la plus tourmentée du héros et de son univers. A noter enfin que Michael Keaton reviendra sous les projecteurs avec Birdman (2014), film oscarisé sur un ancien acteur de superhéros qui essaie de relancer sa carrière.

20 décembre : Ciné-club Dracula : Dracula (1931) – Une Messe pour Dracula (1970)

MovieCovers-215781-63532-DRACULA

– 19h : Dracula (Tod Browning – 1931 – 75 minutes)

avec Bela Lugosi, David Manners, Helen Chandler, Dwight Frye, Edward Van Sloan

Renfield se rend en Transylvanie à la rencontre du comte Dracula, en vue d’une acquisition immobilière à Londres. Mais les villageois l’en dissuadent fortement.

Après le fameux Nosferatu de Murnau (titré ainsi pour contourner les droits d’auteur), ce Dracula est la première adaptation officielle du roman de Bram Stoker – ou plus exactement d’une pièce de théâtre à Broadway qui en est tirée, où jouait déjà Bela Lugosi et Edward Van Sloan. Lugosi, hongrois, ne parlait d’ailleurs pas un mot d’anglais et dû apprendre son texte par cœur phonétiquement. On comprend mieux d’où vient la diction si particulière, gracieuse et terrifiante du premier Dracula parlant au cinéma, et qui en figera les codes pour des décennies ! Produit par Universal, le film inaugure l’âge d’or des Universal Monsters, ces films de monstres qui eurent tant de succès à l’époque, avec Frankenstein, La Momie, Le Loup-Garou ou L’Homme invisible. Il rend populaire le mythe du vampire et de son célèbre comte, qui devient une immense icône audiovisuelle et culturelle tout au long du XXème siècle, et fera de Lugosi un des représentants majeurs du cinéma fantastique. Ce dernier fut longtemps réduit à ce rôle, au point d’être enterré avec son costume du comte.

 UNE MESSE POUR DRACULA

– 21h : Une Messe pour Dracula (Peter Sasdy – 1970 – 95 minutes)

avec Christopher Lee, Ralph Bates, Linda Hayden, Anthony Corlan, Geoffrey Keen, John Carson, Peter Sallis

Au XIXème siècle, des bourgeois anglais participent à une messe noire ayant pour but de faire renaître le comte Dracula.

Après les Universal Monsters, les studios anglais Hammer constituent un nouvel âge d’or du cinéma fantastique, revisitant la plupart des monstres mythiques avec les moyens modernes des années 60 : couleurs vives, effets spéciaux sanglants, décors gothiques à l’anglaise et touches d’érotisme. Christopher Lee endosse la cape du comte vampire dans Le Cauchemar de Dracula (1958) et devient à son tour une star, son meilleur interprète avec Lugosi. Le film est un succès et engendre de nombreuses suites sous la pression des distributeurs américains. Cependant, Lee s’en lassera progressivement, ce qui ne l’empêchera pas de tenir le rôle sept fois pour la Hammer, et une autre fois sous la direction de Jesus Franco. Suite immédiate de Dracula et les femmes, Une Messe pour Dracula s’intéresse à la messe noire et au satanisme (à la mode dans les sixties, ne serait-ce que chez Black Sabbath ou Led Zeppelin), par le biais d’un groupe de bourgeois débauchés-hypocrites en manque de sensations fortes. Lee est paradoxalement peu présent à l’écran, pour mieux faire monter la tension avant le retour du prince du mal, et entre ses apparitions hypnotiques et sanglantes. En réalité le film fut initialement écrit sans le personnage de Dracula, et ce n’est qu’au dernier moment que Lee accepta de participer au film. Mais sa présence minimaliste (vingt-huit mots prononcés !) a toujours l’effet maximal !

13 décembre : Ciné-club triangle amoureux avec Romy Schneider : César et Rosalie (1972) – La Piscine (1969)

CESARETROSALIE

– 19h : César et Rosalie (Claude Sautet – 1972 – 111 minutes)

avec Yves Montand, Romy Schneider, Samy Frey, Bernard Le Coq, Isabelle Huppert

Rosalie vit avec César, un riche beau-parleur. Mais son amour de jeunesse David réapparait. Une étrange rivalité amicale s’installe entre les deux hommes.

Malgré un scénario écrit dès 1964, César et Rosalie mit des années à être produit, car trop osé pour l’époque : une femme aime deux hommes, sans être pour autant une garce. Catherine Deneuve tardant à donner sa réponse, Claude Sautet propose à nouveau le rôle féminin principal à Romy Schneider, avec qui il vient de tourner Les Choses de la vie et Max et les Ferrailleurs, deux classiques du cinéma français. César et Rosalie en sera un autre. Une complicité magique unit les trois acteurs du film : Yves Montant est un irrésistible beau parleur superficiel et prétentieux, tellement drôle et attachant ; Samy Frey est son exact opposé, artiste, doux et réservé ; Schneider est rayonnante de vie et de naturel dans un de ses plus beaux rôles. Sautet filme avec une justesse désarmante la comédie humaine française des années 70, ses classes sociales, ses désirs amoureux, ses hésitations et choix impossibles, jusqu’aux faiblesses masculines les plus intimes et les plus justes. Avec ses rebondissements imprévisibles, César et Rosalie est débordant d’humour et de vitalité, sans occulter la vérité dramatique.

 MovieCovers-83042-196360-LA PISCINE

– 21h : La Piscine (Jacques Deray – 1969 – 120 minutes)

avec Alain Delon, Romy Schneider, Maurice Ronet, Jane Birkin, Paul Crauchet

Jean-Paul et Marianne passe leur été dans une superbe villa avec piscine à côté de Saint-Tropez. Mais ils sont rejoints par hasard par Harry, l’ancien amant de Marianne à qui tout réussit, et sa ravissante fille Pénélope, qui sort de l’adolescence.

Alain Delon était devenu une star en 1960 dans Plein Soleil de René Clément, volant la vedette à Maurice Ronet. Huit ans plus tard, ce fameux duo rempli de fascination et de rivalité virile est à nouveau réuni par Jacques Deray (avec qui Delon tournera neuf fois) dans La Piscine. Delon retrouve une autre partenaire qui a compté dans sa vie : Romy Schneider, qu’il connait bien tant au cinéma (ils ont tourné cinq fois ensemble) qu’à la ville (par le passé ils ont été un couple médiatisé pendant cinq ans). Leurs retrouvailles et leur éloignement progressif à l’écran n’en ont que plus de saveur. Le film partage avec Plein Soleil le cadre aisé et insouciant de la Méditerranée, la lumière estivale chaude et éternelle, ainsi que cette tension de jalousie, non-dits et suspicions permanentes aux conséquences funestes, remarquablement contrebalancée par la bande originale insouciante de Michel Legrand. Grâce à l’insistance de Delon pour qu’elle joue dans le film, Schneider relança sa carrière, laissant derrière le glamour des Sisi et devenant une des grandes actrices mûres et libérées des années 70. La jeune et fraîche Jane Birkin (Blow Up d’Antonioni) vient de débuter sa carrière française, quelques jours après la fin du tournage de Slogan où elle a rencontré son compagnon Serge Gainsbourg. La Piscine eut beaucoup de succès à sa sortie, et ce drame psychologique autour de la jalousie est rapidement devenu un classique du cinéma français, porté par un casting de légendes.

6 décembre : Ciné-club dictateur : Le Dictateur (1940) – Le Dernier Roi d’Ecosse (2006)

MovieCovers-215851-175035-LE DICTATEUR

– 19h : Le Dictateur (Charles Chaplin – 1940 – 120 minutes)

avec Charles Chaplin, Paulette Goddard, Jack Oakie, Reginald Gardiner, Henry Daniell, Billy Gilbert

Un barbier juif de Tomanie blessé pendant la Première Guerre mondiale passe vingt ans à l’hôpital. A sa sortie, il ignore que la Tomanie est dirigée par un dictateur antisémite.

Le hasard a fait naître Charles Chaplin et Adolf Hitler en novembre 1889, et bien sûr tout les sépare. L’un prône la tolérance et la défense des exclus, quand l’autre les attaque. Pour son premier film parlant, Chaplin interprète rien de moins qu’une parodie du Führer ! La portée politique et historique de cette satire du nazisme est sans équivalent. Tourné quelques jours après l’invasion de la Pologne par l’Allemagne, Le Dictateur sort alors que les Etats-Unis, isolationnistes, ne sont pas encore engagés dans la Seconde Guerre mondiale. Il est pourtant accueilli tièdement, tant par les diplomates que par les critiques, qui y voient un appel à s’engager dans la guerre, et donc contraire aux intérêts américains d’alors. Si le film est le plus grand succès commercial de Chaplin, il ne remporta aucun Oscar, malgré ses cinq nominations (dont meilleur film, scénario et acteur). Interdit en Allemagne bien sûr, il ne sort en France qu’en 1945, devant un public gêné et éprouvé par les dures années de la guerre. Mais passé tout cela, Le Dictateur est entré au panthéon de l’histoire du cinéma, comme un des films les plus drôles, courageux et humanistes jamais tournés. Enfin Hitler lui-même aurait acquis une copie du film, qu’il se serait fait projeter en privé à deux reprises ; Chaplin a déclaré qu’il aurait donné n’importe quoi pour connaître sa réaction.

 LE DERNIER ROI D'ECOSSE

– 21h : Le Dernier Roi d’Ecosse (Kevin Macdonald – 2006 – 124 minutes)

avec Forest Whitaker, James McAvoy, Gillian Anderson, Kerry Washington, David Oyelowo, Simon McBurney

En 1971, un jeune médecin écossais qui travaille en Ouganda rencontre par hasard Idi Amin Dada, qui vient de prendre le pouvoir, et qui lui propose de devenir son médecin personnel.

Petit-fils de Emeric Pressburger (acolyte de Michael Powell et scénariste des Chaussons Rouges ou Colonel Blimp), Kevin Macdonald était surtout connu pour ses films documentaires (dont plus tard Marley). Après un film sur une histoire vraie d’alpinisme tragique (La Mort suspendue), il s’est attaqué à un autre sujet authentique, plus historique cette fois-ci : le dictateur mégalomaniaque d’Ougandan dans les années 70 Idi Amin Dada. Derrière ses frasques excentriques (dont le titre honorifique de Roi d’Ecosse qu’il s’était attribué) se cache un des plus sordides et sanglants régimes du XXème siècle, responsable de 300 000 morts. Forest Whitaker (déjà excellent dans Ghost Dog) réalise une performance d’acteur plus vraie que nature, récompensée par un Oscar et un Golden Globe. Il montre bien toute l’ambivalence et l’ambiguïté du personnage : charismatique et fascinant bien sûr, mais aussi paranoïaque et dangereux. La belle idée du film (adapté d’un livre) est de nous le montrer à travers la relation privilégiée et innocente qu’il avait tissée avec le personnage fictif d’un jeune médecin écossais, joué par James McAvoy (X-Men : Le Commencement). On retrouve aussi en rôle secondaire Gillian Anderson (Scully dans la X Files). Le Dernier Roi d’Ecosse est un portrait passionnant des coulisses et du magnétisme du pouvoir, jusqu’à la folie.