Archives mensuelles : janvier 2016

24 janvier : Ciné-club Géant (1956)

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– 19h : Géant (George Stevens – 1956 – 201 minutes)

avec Elizabeth Taylor, Rock Hudson, James Dean, Carroll Baker, Mercedes McCambridge, Chill Wills, Dennis Hopper

Leslie et Bick Benedict dirigent un des plus grands ranchs du Texas. Mais un de ses employés hérite d’une petite parcelle et y trouve du pétrole.

Adapté d’un roman d’Edna Ferber, Géant se propose rien de moins que de concurrencer Autant en emporte le vent, un des plus grands succès de l’histoire du cinéma, et sa grande fresque familiale sudiste sur plusieurs décennies de grandeur et décadence. Comme requis, le budget, les décors, les paysages, le tournage et la durée du film sont hors-normes, tout comme le casting : Elizabeth Taylor (au sommet de sa beauté, en passe de devenir une légende du cinéma), Rock Hudson (alors victime d’un maître chanteur menaçant de dévoiler son homosexualité), James Dean (star de A l’Est d’Eden et La Fureur de vivre) et même le jeune Dennis Hopper (Easy Rider, Apocalypse Now). La saga romanesque (matrice de la série télévisée Dallas !) déborde de thèmes abordés : la fierté et la culture de l’Etat du Texas, le capitalisme en train de passer de l’exploitation du bétail à celui du pétrole, l’émancipation féminine au sein d’une société machiste, le racisme envers les mexicains discriminés et exploités, le poids de la famille pesant sur les nouvelles générations souhaitant s’en libérer, la vaine recherche du bonheur dans la réussite professionnelle et l’argent. Géant a longtemps été un des plus grands succès commerciaux du studio Warner, remporta l’Oscar du meilleur réalisateur pour George Stevens (Une place au soleil, L’Homme des vallées perdues, La plus Grande Histoire jamais contée) et fut nommé à huit autres : meilleurs film, acteur (James Dean, Rock Hudson et Mercedes McCambridge), scénario, direction artistique, costumes, musique et montage. Mais ce qui a rendu le film mythique est le décès de James dans un accident de voiture quelques jours après la fin du tournage. L’écorché vif de l’Actors Studio terminait seulement son troisième film.

17 janvier : Ciné-club western spaghetti avec Henry Fonda : Mon nom est Personne (1973) – Il était une fois dans l’Ouest (1968)

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– 19h : Mon nom est Personne (Tonino Valerii – 1973 – 111 minutes)

avec Terence Hill, Henry Fonda, Jean Martin, Geoffrey Lewis, R. G. Armstrong, Leo Gordon

Le fameux justicier Jack Beauregard souhaite mettre un terme à sa carrière. Un admirateur souhaite le faire entrer dans la légende en affrontant la Horde Sauvage.

Mon nom est Personne est étroitement lié à la filmographie de Sergio Leone, puisque ce dernier a écrit l’idée originale et produit le film. Si son ancien assistant-réalisateur Tonino Valerii (sur Pour une poignée de dollars et Et pour quelques dollars de plus) en signe l’essentiel de la réalisation, Leone a tout de même réalisé personnellement quelques séquences (l’ouverture, le dual au saloon ou l’attaque de la Horde Sauvage). Ce meta-film est un formidable hommage au western américain, que Leone avait su réinventer, mais que la horde des copieurs italiens sans talents étaient en train de tuer dans le spaghetti. Terence Hill avait justement joué dans les westerns parodiques On l’appelle Trinita et On continue de l’appeler Trinita, que Leone avait détesté. C’est donc judicieusement que son personnage (Personne, jeu de mot issu de l’Odyssée) voue un culte au personnage d’Henry Fonda (représentant les sommets du western sous la direction de John Ford, Anthony Mann, Fritz Lang ou Sergio Leone) quand celui-ci compte prendre sa retraite (ce sera d’ailleurs son dernier western). Ennio Morricone aussi se veut référentiel, avec une partition humoristique et des variations de La Chevauchée des Walkyries de Wagner, My Way ou Il était une fois dans l’Ouest. Le fond et la forme sont donc parfaitement ajustés, avec des combats de baffes et de l’humour potache signifiant la dégénérescence d’un genre à qui l’on rendait une dernière révérence. Plus que Terence Hill, Personne est Tonino Valerii, réalisateur anecdotique fasciné par les grands du genre.

 IL ETAIT UNE FOIS DANS L'OUEST

– 21h : Il était une fois dans l’Ouest (Sergio Leone – 1968 – 165 minutes)

avec Claudia Cardinale, Henry Fonda, Jason Robards, Charles Bronson, Gabrielle Ferzetti, Woody Strode, Jack Elam, Lionel Stander, Paolo Stoppa, Frank Wolff, Keenan Wynn

Une femme hérite de terres suite au meurtre de son mari. Mais bien d’autres aventuriers convoitent ces terres juteuses à côté desquelles doit se construire une ligne de chemin de fer.

Après des péplums de série B et surtout le succès de sa trilogie du dollar, Sergio Leone souhaitait s’attaquer à sa grande œuvre, Il était une fois en Amérique. Mais les producteurs n’acceptèrent de la financer que s’il réalisait encore un western. Leone eut donc l’idée d’une nouvelle trilogie, une histoire politique de l’Amérique dans la violence et la désillusion. Sergio Leone signe alors son western baroque et définitif, avec ses lenteurs débordant de tension, silences lourds et gros plans intenses. Son introduction pré-générique de quatorze minutes est restée dans les annales des duels du cinéma. Ennio Morricone écrit l’un de ses thèmes les plus légendaires, celui de l’homme à l’harmonica – la bande-son restera classée au hit-parade des ventes pendant trois ans. Henry Fonda, habitué à incarner dans le cinéma américain des rôles nobles et justes, est ici utilisé en contre-emploi renversant, en aventurier cruel et sanguinaire (le premier « méchant » de sa carrière). Claudia Cardinale est le premier véritable personnage féminin de Leone, et a été le fantasme sensuel de toute une génération. Charles Bronson incarne un personnage mélancolique typique de Leone, hanté par les flash-backs de son passé tragique, dont la clef ne sera révélée qu’à la fin. Enorme succès en Europe (un des plus grands succès du cinéma français), Il était une fois dans l’Ouest reste encore la référence absolue du western italien avec Le Bon, la Brute et le Truand, que Tarantino continue encore de vénérer à travers Django Unchained ou Les Huit Salopards.

10 janvier : Ciné-club faubourgs parisiens par Jacques Becker : Antoine et Antoinette (1947) – Casque d’or (1952)

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– 19h : Antoine et Antoinette (Jacques Becker – 1947 – 89 minutes)

avec Roger Pigaut, Claire Maffei, Noël Roquevert, Jacques Meyran, Gérard Oury, Pierre Trabaud, François Joux, Gaston Modot, Annette Poivre, Louis de Funès

Un couple d’ouvrier parisien gagne à la loterie mais perd le billet…

Ecrit par Jacques Becker, Antoine et Antoinette suit la vie d’un couple d’imprimeur et d’une vendeuse de grand magasin dans le Paris des Trente Glorieuses. S’il pourrait être néo-réaliste par la rigueur de sa description sociale, le film est surtout une joyeuse et tendre comédie romantique, sur les petits riens du quotidien, les relations de travail, l’entraide de voisinage, les jalousies et les rêves de loterie. Les dialogues précis et la diction nerveuse des comédiens donnent un rythme efficace et typique de l’époque que la plupart des films actuels sont incapables d’égaler. Claire Maffei illumine le film de sa beauté insouciante et de sa ferme légèreté. A noter que la discrète présence de Louis de Funès dans son troisième film, jouant deux minuscules rôles. Exaltant l’amour et la joie de vivre dans l’Après-guerre, porté par la caméra experte du grand Jacques Becker, Antoine et Antoinette a été récompensé par le Grand Prix du Festival de Cannes (qui deviendra la Palme d’or).

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– 21h : Casque d’or (Jacques Becker – 1952 – 86 minutes)

avec Simone Signoret, Serge Reggiani, Claude Dauphin, Raymond Bussieres, William Sabatier

En 1900, Marie, une prostituée surnommée Casque d’or, séduit un ancien voyou devenu menuisier. Mais cela va semer le trouble dans le gang du maquereau de Marie.

Casque d’or est inspiré d’une histoire vraie, celle d’Amélie Elie dans le milieu des apaches parisiens, ces voyous des faubourgs qui se distinguaient des autres par leur volonté de s’afficher, élégants affranchis avant l’heure durant la Belle Epoque. La lutte de gangs autour de Casque d’or fut un des faits divers les plus populaires de l’époque. Jacques Becker en tire une histoire d’amour sanglante, une tragédie implacable de malfrats, magnifiquement portée par Simone Signoret et Serge Reggiani, deux amants du caniveau épris de passion fatale. Le quasi néo-réalisme de Becker se porte cette fois-ci sur la description des milieux interlopes de Belleville, alors village, contrebalancé par le lyrisme des sentiments et la retraite bucolique éphémère des héros. Echec à sa sortie à cause de sa trop grande modernité, Casque d’or est depuis devenu un classique absolu du cinéma français.

3 janvier : Ciné-club Heroic Fantasy avec Conan : Conan le Barbare (1982) – Conan le Destructeur (1984)

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– 19h : Conan le Barbare (John Milius – 1982 – 128 minutes)

avec Arnold Schwarzenegger, James Earl Jones, Sandahl Bergman, Ben Davidson, Cassandra Gaviola, Gerry Lopez, Mako, Max von Sydow

Le jeune Conan voit ses parents tués par le chef d’une secte, et est réduit en esclavage. Devenu adulte, il parvient à se libérer, et va chercher à se venger.

Le personnage de Conan a été créé en 1932 par Robert E. Howard, considéré comme le père de l’heroic fantasy (avec Edgar Rice Burroughs, l’auteur de Tarzan), dans des nouvelles parues dans des pulp magazines. Conan est donc l’archétype du héros d’heroic fantasy, guerrier solitaire rencontrant des compagnons sur sa route, dans un monde médiéval et merveilleux peuplé de non-humains où les royaumes s’affrontent. Après son adaptation en comics dans les années 70, un scénario de film est ébauché par Oliver Stone, puis remanié par John Milius. Produit par Dino de Laurentiis et tourné en Espagne, Conan le Barbare est tout sauf le cliché qu’il est devenu (comme Rambo) par la suite : un film bourrin et creux. John Milius signe au contraire un film nietzschéen et wagnérien dont la mise en forme s’avère on ne peut plus artistique : de la photographie aux décors, en passant par la richesse de son univers païen quasi-anthropologique ou par la fameuse partition de Basil Poledouris, considérée comme une des meilleures musiques de film. Le film marque aussi la naissance d’une des plus grandes stars du cinéma : Arnold Schwarzenegger, ancien culturiste, dont les futurs rôles musclés, peu expressifs mais attachants sont entièrement moulés sur celui de Conan. Conan le Barbare est devenu le maître étalon des films d’heroic fantasy, jusqu’à la trilogie du Seigneur des anneaux de Peter Jackson dans les années 2000.

 CONAN LE DESTRUCTEUR

– 21h15 : Conan le Destructeur (Richard Fleischer – 1984 – 101 minutes)

avec Arnold Schwarzenegger, Grace Jones, Wilt Chamberlain, Mako, Tracey Walker, Olivia d’Abo, Sarah Douglas

Une reine demande à Conan de partir en quête d’une corne légendaire gardée par un sorcier. Mais il ignore que c’est en réalité pour réveiller un dieu maléfique.

Après le succès public et critique du premier volet, Dino de Laurentiis souhaite faire de Conan une franchise cinématographique (comme James Bond). John Milius n’étant pas disponible, il confie la réalisation de la suite à Richard Fleischer, réalisateur on ne peut plus éclectique (Les Vikings, Tora ! Tora ! Tora !, L’Etrangleur de Boston , Soleil Vert). Si le miracle esthétique ne se reproduit pas, Conan le Destructeur glisse vers le film d’aventure plus classique, moins sombre et violent mais plus grand public, avec une photographie soignée de Jack Cardiff (Les Chaussons Rouges), toujours Basil Poledouris à la musique, et plus d’humour – au point de mordre parfois sur les terres du nanar. Schwarzenegger est bien sûr plus musclé que jamais, et combat aux côtés du mannequin et chanteuse Grace Jones (Dangereusement vôtre). Le succès sera toujours au rendez-vous, et Richard Fleischer enchaînera sur le tournage de Kalidor, suite non officielle de Conan, basée sur le personnage de Red Sonja du même univers avec Schwarzenegger (mais dont le nom de Conan ne put être utilisé pour des raisons de droits sur le personnage du même univers Red Sonja. Devant le déclin critique de la franchise, Schwarzenegger rompra son contrat de cinq films, et tournera les classiques 80s que l’on sait (Terminator, Predator, Total Recall). Le personnage de Conan restera donc éteint jusqu’à un piteux remake en 2011. Mais on parle d’un projet de suite directe du premier volet avec Schwarzenegger…