Archives mensuelles : février 2016

28 février : Ciné-club Animation japonaise ’06 : Paprika (2006) – Amer Béton (2006)

PAPRIKA

– 19h : Paprika (Satoshi Kon – 2006 – 90 minutes)

avec les voix de Megumi Hayashibara, Toru Emori, Katsunosuke Hori, Toru Furuya

Une machine a été inventée pour rentrer dans les rêves des patients et les enregistrer, à des fins psychothérapeutiques. Mais un prototype a été volé…

Satoshi Kon est un des réalisateurs d’animation japonaise les plus réputés avec Katsuhiro Otomo (Akira) ou Mamoru Oshii (Ghost In The Shell), signant des films bien plus adultes et sombres que le Studio Ghibli d’Hayao Miyazaki et Isao Takahata. Son premier long-métrage, Perfect Blue (1997), abordait déjà les thèmes de confusion entre réalité et illusion et de personnalités multiples. Neuf ans plus tard, Kon les retrouve avec à une machine permettant d’explorer les rêves et de les manipuler, en adaptant un roman de science-fiction de Yasutaka Tsutsui. L’univers narratif et visuel est riche et sans limite, surréaliste et psychédélique, à travers un polar labyrinthique mêlant animation traditionnelle et numérique. Présenté à la Mostra de Venise en sélection officielle, Paprika a reçu de nombreux prix dans le monde entier. C’est aussi une influence évidente et avouée de Christopher Nolan pour Inception (2010), thriller onirique similaire. Malheureusement, ce sera le dernier long-métrage de Satoshi Kon, disparu trop tôt à 46 ans suite à un cancer.

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– 21h : Amer Béton (Michael Arias & Hiroaki Ando – 2006 – 110 minutes)

avec les voix de Kazunari Ninomiya, Yu Aoi, Min Tanaka, Yusuke Iseya, Masahiro Motoki

L’arrivée de yakuzas qui veulent contrôler un quartier va modifier la vie de deux orphelins, qui vont chercher à le défendre.

Adapté d’un manga de Taiyo Matsumoto, Amer Béton est un film d’animation japonaise tout à fait hors-normes, fruit de quarante mois de travail. D’abord il est réalisé par un occidental, Michael Arias (une première pour le genre ! Hiroaki Ando ne s’occupant que de la réalisation technique), qui avait déjà produit Animatrix (collection de courts-métrages d’animation autour de Matrix) et qui projetait cette adaptation pendant des années. De plus son graphisme et son ambiance sont bien plus proches du roman graphique et du film d’auteur que des anime d’action ou des contes grands publics auxquels l’animation japonaise donne l’habitude. Alliant diverses techniques d’animation (dessin, 3D, pastel, etc.), le film est une prouesse technique impressionnante, à commencer par ses décors urbains. Quasiment personnage à part entière du film (et un des thèmes centraux), cette jungle architecturale en décrépitude accumule des figures hétérogènes allant du street-art aux statues religieuses orientales. La musique alterne hip-hop et atmosphérique, composée par le groupe électronique anglais Plaid (qui a travaillé avec Portishead ou Bjork). Amer Béton est enfin une histoire d’amitié fusionnelle et poétique entre deux orphelins qui se sont construits l’un par rapport à l’autre, comme le yin et le yang. Présenté à plusieurs festivals (dont la Berlinale), ce film audacieux et inclassable a été salué par la critique.

21 février : Ciné-club Arsène Lupin : Signé Arsène Lupin (1959) – Arsène Lupin contre Arsène Lupin (1962)

SIGNE ARSENE LUPIN

– 19h : Signé Arsène Lupin (Yves Robert – 1959 – 99 minutes)

avec Robert Lamoureux, Alida Valli, Yves Robert, Jean Bellanger, Robert Dalban, Roger Dumas, Jacques Dufilho, Michel Etcheverry, Jean Galland

A la fin de la Première Guerre mondiale, Arsène Lupin reprend du service et se met en quête du trésor de la Toison d’or, convoité par son rival.

Le célèbre gentleman-cambrioleur est né sous la plume de Maurice Leblanc en 1905. Outre les dizaines de romans et nouvelles (y compris par d’autres auteurs après la mort de Leblanc), Arsène Lupin a vécu ses aventures à la radio, au cinéma, en série télévisée, dessin animé, bande-dessinée, manga et même opérette ! Signé Arsène Lupin en est déjà la septième adaptation cinématographique, suite directe des Aventures d’Arsène Lupin (Jacques Becker) avec Robert Lamoureux, qui reprend son rôle à la perfection. Ces films sont tout à fait fidèles à l’esprit mondain, espiègle et séducteur du personnage, plongé dans des histoires remplies de trésors, de voyages et d’énigmes. A ceci près que Lupin se déguise très souvent, et que le roman permettait de surprendre jusqu’au lecteur lui-même de l’identité qu’il prenait, révélée après coup. Au cinéma c’est évidemment moins systématique pour qui est observateur, malgré de bons maquillages. Signé Arsène Lupin est en tout cas une solide aventure, rythmée et drôle, mise en scène par l’excellent Yves Robert (La Guerre des boutons, Le Grand Blond avec une chaussure noire), qui y joue aussi un rôle non négligeable.

 ARSENE LUPIN CONTRE ARSENE LUPIN

– 21h : Arsène Lupin contre Arsène Lupin (Edouard Molinaro – 1962 – 111 minutes)

avec Jean-Claude Brialy, Jean-Pierre Cassel, Françoise Dorléac, Geneviève Grad, Jean Le Poulain, Michel Vitold, Anne Vernon

A la mort de leur père, les deux films naturels d’Arsène Lupin recherchent le trésor de Poldavie caché par lui.

Le film suivant Signé Arsène Lupin ne concerne pas tant le gentleman-cambrioleur que ses deux fils, entre héritage spirituel et rivalité autour d’un trésor. Jean-Claude Brialy et Jean-Pierre Cassel rivalisent d’audace, d’humour et de charmes pour être à la hauteur de leur glorieux parent. Cela qui donne un film original et rythmé, avec deux héros pour le prix d’un, arbitrés par la jeune Françoise Dorléac (fiancée avec Cassel à la ville). L’ambiance est plus moderne et fantaisiste, sixties oblige. La réalisation d’Edouard Molinaro (Un Témoin dans la ville, L’Emmerdeur) donne même quelques clins d’œil au cinéma muet. Arsène Lupin contre Arsène Lupin a longtemps été le dernier film sur le héros, avant une nouvelle adaptation en 2004 avec Romain Duris.

14 février : Ciné-club Ciné-Bazar / Bestioles 80’s : Gremlins (1984) – Critters (1986)

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Soirée spéciale à l’occasion de la sortie du deuxième numéro de la revue Ciné Bazar, qui consacre un dossier aux bestioles des années 80. Des exemplaires seront en vente, en présence du rédacteur en chef Thomas Revay.

GREMLINS

– 19h : Gremlins (Joe Dante – 1984 – 106 minutes)

avec Zach Galligan, Phoebe Cates, Hoyt Axton, Polly Holliday, Frances Lee McCain, Dick Miller

Un inventeur offre à son fils un étrange animal trouvé dans une boutique chinoise : un mogwai. Mais les recommandations sont très claires : il ne faut pas l’exposer à la lumière, le mouiller ou le nourrir après minuit.

Joe Dante a été à bon école : il a commencé par réaliser des films de monstres à petits budgets (Piranhas, Hurlements) qui ont été des succès (chacun a eu plusieurs suites), ce qui lui a ouvert les portes d’Hollywood. Pas n’importe lesquels, puisque son nouveau film est produit par Steven Spielberg (qui y fait un bref cameo) ! Gremlins réussit donc le tour de force d’allier film de genre, de monstres, d’horreur, rempli de références cinématographiques, et film grand public, drôle, familial et typiquement américain avec la sacro-sainte période de Noël. Dante parvient même à glisser une critique sociale féroce, de l’humour noire et du sang ! Il renouvelle surtout le film de monstres avec ces petites bestioles mignonnes quasi-peluches qui se transforment en créatures punks crétines et dévastatrices. Bien avant l’ère numérique, les effets spéciaux sont particulièrement impressionnants, grâce aux animatronics (marionnettes mécanisées). Pour à peine onze millions de dollars de budget, le film devient un des plus grands succès des années 80 avec plus de cent cinquante millions de dollars de recettes ! Une suite sera mise en chantier par Joe Dante, mais il n’obtiendra plus jamais le même succès ni la même liberté artistique dans sa carrière.

 CRITTERS

– 21h : Critters (Stephen Herek – 1986 – 82 minutes)

avec Dee Wallace, M. Emmet Walsh, Billy Green Bush, Scott Grimes, Nadine Van Der Velde, Don Opper, Billy Zane

Des petites créatures poilues, les Critters, s’échappent de leur prison spatiale et débarquent dans une petite ville américaine. Deux chasseurs de prime extra-terrestres sont à leur trousse.

Suite à l’immense succès de Gremlins, créant un genre à lui tout seul, des hordes de copieurs s’engouffrèrent comme de coutume dans le nouveau filon des bestioles, espérant capter son lucratif public. L’un des meilleurs est Critters, en faisant venir les petits monstres poilus de l’espace cette fois-ci. Ils peuvent se rouler en boule et même grossir. L’humour est toujours présent, renforcé par un budget plus modeste, des acteurs moins professionnels, et donc une atmosphère plus cinéma bis qu’hollywoodienne, typique des productions des années 80. Le film est lui aussi un succès à son niveau (treize millions de dollars de recettes pour un budget de deux millions), et connaitra donc trois suites (dont le 3, avec le tout premier rôle de Leonardo DiCaprio !).

7 février : Ciné-club Enquête par Alan J. Pakula : Présumé Innocent (1990) – Les Hommes du Président (1976)

PRESUME INNOCENT

– 19h : Présumé Innocent (Alan J. Pakula – 1990 – 127 minutes)

avec Harrison Ford, Brian Dennehy, Raúl Juliá, Bonnie Bedelia, Paul Winfield, Greta Scacchi

Un procureur général est chargé d’enquêter sur le meurtre de sa collègue avec qui il a eu une liaison. Mais les suspicions se portent sur lui…

Alan J. Pakula (Klute) est un spécialiste des enquêtes les plus complexes et passionnantes, sans recourir aux artifices habituels d’Hollywood. Adapté d’un best-seller, Présumé Innocent est un polar à suspense entremêlant les sphères professionnelle, judiciaire, familiale et extra-conjugale à merveille. L’empire de la passion, de la dissimulation et du mensonge domine ce thriller rempli de fausses pistes, avec des acteurs excellents : Harrison Ford en suspect hanté par le souvenir de la victime, loin de ses rôles d’action (Star Wars, Indiana Jones), Raúl Juliá (Coup de cœur, La Famille Adams) en avocat redoutable, Brian Dennehy en supérieur détestable (Rambo), Bonnie Bedelia en épouse solidaire dans l’épreuve (Die Hard 1 et 2). Le système judiciaire américain et ses magouilles sont minutieusement décortiqués, à l’instar des films de Sydney Lumet (12 hommes en colère, Le Verdict). Le film a été un succès commercial et connut même deux suites, en mini-série et en téléfilm, tandis que Pakula mettra en œuvre une nouvelle enquête dans L’Affaire Pélican (1993).

 LES HOMMES DU PRESIDENT

– 21h15 : Les Hommes du Président (Alan J. Pakula – 1976 – 139 minutes)

avec Robert Redford, Dustin Hoffman, Jason Robards, Jack Warden, Martin Balsam, Hal Holbrock, Jane Alexander, F. Murray Abraham, Ned Beatty, Stephen Collins

Les journalistes du Washington Bob Woodward et Carl Bernstein enquêtent sur le cambriolage du quartier général du parti démocrate, le Watergate.

L’affaire du Watergate est un des plus gros scandales politiques de l’histoire des Etats-Unis. En basant un film dessus (plus exactement sur le livre des journalistes qui dévoilèrent le scandale), seulement quatre ans après le début des événements, il semblait impossible d’apprendre quelque chose au spectateur ou de lui donner du suspense, puisqu’il en connaissait la fin. Et pourtant Les Hommes du Président est un des thrillers les plus palpitants ! Pakula reconstitue minutieusement le fil de l’enquête de deux journalistes anonymes, avec un travail de reconstitution et de synthèse remarquable. La rédaction du Washington Post et les méandres du métier de journaliste d’investigation sont admirablement restitués, si bien que la tension, le doute et la paranoïa s’installent efficacement, en se demandant non pas sur quoi l’enquête va déboucher, mais comment elle va progresser – parfois grâce au mystérieux Gorge Profonde, personnage authentique qui inspira bien des informateurs au cinéma ou la télévision, à commencer par X Files ! Robert Redford (également producteur) et Dustin Hoffman, immenses stars, réussissent à rester parfaitement sobres, ressemblants et naturels. Les Hommes du Président fut nommé à huit Oscars, et en remporta quatre (meilleurs scénario, direction artistique, acteur pour Jason Robards et son). Le classique reste encore aujourd’hui une référence supra-cinématographique dans les milieux journalistiques et politiques. Il est enfin un des matériaux principaux du Grand Détournement/La Classe Américaine !