Archives mensuelles : mars 2016

27 mars : Ciné-club Supernanar : Superman et les Nains de l’enfer (1951) – Superman IV : Le Face à face (1987)

SUPERMAN ET LES NAINS DE L'ENFER

– 19h : Superman et les Nains de l’enfer (Lee Sholem – 1951 – 58 minutes)

avec George Reeves, Phyllis Coates, Jeff Corey, Walter Reed, J. Farrell MacDonald, Stanley Andrews, Ray Walker, Billy Curtis

Les journalistes Clark Kent et Lois Lane vont faire un reportage sur le plus profond puit de pétrole du monde. Mais il atteint une zone souterraine où vivent des petits êtres qui vont remonter à la surface et effrayer la ville.

Né en 1938 dans Action Comics, Superman a évidemment connu bien des adaptations audiovisuelles : deux séries de dessins animés (1941 et 1942) et deux serials (19548 et 1950), diffusés au cinéma avant des films (les séances avaient beaucoup plus de contenus qu’aujourd’hui !). Le premier long-métrage du super-héros n’en est un qu’à moitié, puisqu’il ne dure que cinquante-huit minutes, et qu’il s’agit en fait d’un pilote pour une nouvelle série télévisée, Les Aventures de Superman, qui durera six saisons et 104 épisodes, de 1952 à 1958. Tourné en douze jours, Superman et les Nains de l’enfer a donc le budget d’une série de l’époque, et cela se voit ! Le rayon-laser des nains de l’enfer est ainsi fabriqué à partir d’un… aspirateur ! On peut dire que la première adaptation du grand héros de la pop culture américaine est un rendez-vous manqué, tant l’histoire et les moyens manquent d’envergure. Il en résulte une atmosphère surréaliste tout à fait nanardesque, et tout de même un plaidoyer pour la tolérance et l’acceptation de l’autre, loin d’être anecdotique aux Etats-Unis avant les Droits Civiques de 1964. Si la série télévisée est un succès, il faudra attendre 1978 pour voir une production faire honneur à Superman et ses super-pouvoirs au cinéma.

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Vu la courte durée du film, divers épisodes bonus d’époque seront projetés, dont surtout The Adventures of Superpup, le pilote (22 minutes) d’une série télévisée de 1958 qui n’a jamais vu le jour, et on comprend pourquoi : il ne s’agit rien de moins que d’un chien super-héros revêtant le costume de Superman dans un monde de chiens ! Les personnages sont tous joués par des nains, Superpup étant interprété par Billy Curis, qui jouait déjà un des Nains de l’enfer !

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– 21h : Superman IV : Le Face à face (Sidney J. Furie – 1987 – 90 minutes)

avec Christopher Reeve, Gene Hackman, Jackie Cooper, Marc McClure, Jon Cryer, Sam Wanamaker, Park Pillow, Mariel Hemingway, Margot Kidder

Lex Luthor tente de voler un cheveu de Superman pour créer Nuclear Man, un être aussi puissant que lui.

Après la déception critique de Superman III, Christopher Reeve ne voulait plus enfiler le pyjama bleu à cape rouge. Mais les productions Cannon (spécialisés en série B, avec Chuck Norris, Sylvester Stallone ou Jean-Claude Van Damme) a réussi à le convaincre, en échange de lui faire tourner un projet qui lui tenait à cœur (La Rue). Une fois le contrat signé, les ennuis commencent : le budget du film est réduit de moitié, ce qui impacte gravement la qualité des effets spéciaux. Quarante-quatre minutes de film ont même été coupées, en vue de les inclure dans une suite – qui ne verra jamais le jour à cause de l’échec commercial de Superman IV. Il est facile à comprendre, entre les séquences embarrassantes (Clark Kent à un cours d’aérobic), inutiles (l’interview de Superman par Clark Kent en présence de Lois Lane), ridicules (Superman à l’ONU promettant d’éradiquer les armes nucléaires) ou incohérentes (une otage humaine respire dans l’espace), méchants agaçants, duel décevants et effets spéciaux bas de gamme. Ce sera donc le dernier Superman avec Christopher Reeve, malgré les multiples projets différents d’un Superman V, et il faudra attendre 2006 pour voir Superman Returns. Si certains critiques ou magazines vont jusqu’à parler de Superman IV comme l’un des pires films réalisés, force est de reconnaître qu’il constitue un nanar aussi consternant qu’amusant ! Et pour approfondir, une demi-heure de scènes coupées sera diffusée en bonus à la fin !

20 mars : Ciné-club Radio DJ : Un Frisson dans la nuit (1971) – Good Morning, Vietnam (1987)

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– 19h : Un Frisson dans la nuit (Client Eastwood – 1971 – 102 minutes)

avec Clint Eastwood, Jessica Walter, Donna Mills, John Larch

Un DJ à la radio rencontre une admiratrice qui va se révéler envahissante.

Après avoir joué les cowboys à la télévision et au cinéma (notamment pour Sergio Leone) ou les militaires (Quand les aigles attaquent et De l’or pour les braves de Brian G. Hutton), Clint Eastwood assouvit enfin son désir de réalisation (en renonçant à son cachet), non pas un western (comme il en fera par la suite), mais un thriller contemporain tout à fait singulier. Il en profite pour insuffler au personnage principal de disc-jockey (qu’il joue) sa passion pour le jazz (il réalisera un biopic de Charlie Parker en 1988, Bird). Ce n’est donc pas un hasard si une scène se passe au Festival de Jazz de Monterey, pendant le concert de Cannonball Adderley ! Avec son budget restreint, Un Frisson dans la nuit fut entièrement tourné en extérieur (dont Carmel, dont il deviendra maire en 1986 !), et offre de superbes plans de la Californie, notamment lors d’une séquence de ballade et d’amour avec la sublime chanson de Roberta Flack « The First Time Ever I Saw Your Face ». Mais le thème principal du film est la psychose sexuelle (comme dans son précédent film, Les Proies de Don Siegel, qui joue ici un petit rôle), lui aussi en partie autobiographique en réalité puisqu’Eastwood avait été harcelé par une admiratrice quelques années plutôt. Un Frisson dans la nuit repose donc avant tout son ambiance paranoïaque, obsessionnelle et imprévisible, un climat de malaise sexuel hitchcockien alternant le calme et le climax. Le film est un succès et permettra à Eastwood d’être pris au sérieux comme réalisateur, tandis que son prochain rôle sera un de ses plus iconiques et idéologiquement marqués, L’Inspecteur Harry.

 GOOD MORNING VIETNAM

– 21h : Good Morning, Vietnam (Barry Levinson – 1987 – 121 minutes)

avec Robin Williams, Forest Whitaker, J. T. Walsh, Tung Thanh Tran, Bruno Kirby, Chintara Sukapatana, Robert Wuhl

En 1965, un DJ est muté à la radio militaire américaine de Saigon, en pleine guerre du Vietnam. Si son humour ravageur et ses disques rock ne sont pas du goût de ses supérieurs, il est très apprécié des troupes.

Durant la guerre du Vietnam, il fallait divertir les militaires américains en mission loin de chez eux, soutenir leur moral et leur rappeler leur culture pour leur faire oublier les atrocités du front. Good Morning, Vietnam s’inspire librement du véritable animateur de radio Adrian Cronauer, qui marqua les ondes militaires américaines au Vietnam pour sa sélection débridée de musique rock, pop sixties et Motown qui tranchait avec le classicisme austère du bon goût militaire à l’ancienne. La bande-son est donc remplie de classiques de James Brown, Beach Boys, Them, Supremes, Louis Armstrong, etc. Le film repose avant tout sur la prestation survoltée de Robin Williams, alors au début de sa carrière, qui endosse parfaitement le rôle en improvisant ses monologues à l’antenne et blagues incessantes, allant bien plus loin que le véritable Cronauer (ce qui lui aurait valu la cour martiale, vu la férocité des imitations de Johnson ou Nixon). Le film est entièrement tourné en Thaïlande (Bangkok et Phuket), avec des acteurs locaux non professionnels très naturels. Gros succès commercial, cette comédie militaire dans la veine de Mash vaut à Robin Williams de remporter le Golden Globe du meilleur acteur, une nomination à l’Oscar (qu’il remportera en 1998 pour Good Will Hunting), et a fait de lui une star, avant d’enchaîner sur Le Cercle des poètes disparus ou Hook.

13 mars : Ciné-club Cape et d’épée par Jean-Paul Rappeneau : Cyrano de Bergerac (1990) – Le Hussard sur le toit (1995)

CYRANO DE BERGERAC (1989)

– 19h : Cyrano de Bergerac (Jean-Paul Rappeneau – 1990 – 135 minutes)

avec Gérard Depardieu, Jacques Weber, Anne Brochet, Vincent Perez, Roland Bertin

Cyrano de Bergerac, poète et bretteur charismatique, est amoureux de sa cousine Roxanne, mais il n’ose lui avouer à cause son nez long et ridicule. Roxanne aime Christian, beau mais sans esprit, qui vient d’entrer sous le commandement de Cyrano aux Cadets de Gascogne.

Une des pièces de théâtre les plus connues et jouées, Cyrano de Bergerac a été adapté cinq fois à l’opéra, une fois en ballet et huit fois au cinéma (dès 1900). Quand les droits de la pièce d’Edmond Rostand sont tombés dans le domaine public en 1984, ce fut l’occasion de faire une nouvelle adaptation avec plus de moyens dans les décors et les costumes, au lieu d’en payer de coûteux droits. Le film bénéficie ainsi de quarante décors dans une quinzaine de villes, dont une bonne partie construits en Hongrie. Jean-Paul Rappeneau et le scénariste Jean-Claude Carrière ont fait un énorme travail d’adaptation des 2600 vers de la pièce, l’aérant et la dynamisant, en conservant tout de même les alexandrins, qui donnent tout leur rythme et leur musicalité aux dialogues et au film, sorte d’« opéra verbal ». Les acteurs sont tous parfaits, à commencer par Gérard Depardieu, au sommet de sa carrière et entrant dans la légende du cinéma français, mais aussi Jacques Weber (qui avait joué cinq fois le rôle de Cyrano au théâtre). Alors que le film aurait pu être écrasé par un grand texte, comme cela s’est trop souvent vu, le miracle se produit : la pièce s’incarne totalement dans les acteurs fougueux et la mise en scène superbe, ne se contentant nullement de filmer le théâtre. Le film remporte un triomphe public et critique international : sur treize nominations, il décroche dix Césars (dont meilleurs film, réalisateur, acteur pour Depardieu et Weber, costumes, décors et musique), l’Oscar des meilleurs costumes et quatre nominations, le prix d’interprétation masculine à Gérard Depardieu et le prix Vulcain de l’artiste technicien au Festival de Cannes. Avec presque cinq millions de spectateurs en France, Cyrano de Bergerac est peut-être le dernier grand classique du cinéma français à allier autant réussite artistique et grand spectacle populaire.

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– 21h15 : Le Hussard sur le toit (Jean-Paul Rappeneau – 1995 – 135 minutes)

avec Juliette Binoche, Olivier Martinez, Claudio Amendola, Pierre Arditi, Isabelle Carré, François Cluzet, Jean Yanne, Gérard Depardieu, Daniel Russo

En 1832, une épidémie de choléra fait rage en Provence, provoquant paranoïa, quarantaine et fureur populaire. Au milieu des morts et des barrages militaires, un jeune révolutionnaire italien traqué va faire route avec une femme qu’il compte escorter jusque chez elle.

Grâce au triomphe de Cyrano de Bergerac, Jean-Paul Rappeneau décroche pour son nouveau film le plus gros budget du cinéma français (de l’époque) ! Il adapte cette fois-ci son roman de chevet, Le Hussard sur le toit de Jean Giono, fresque d’aventure et de passion se situant en Provence, réputé inadaptable. Le projet nécessite six mois de tournage dans soixante lieux différents avec un millier de figurants, et autant de costumes d’époque créés spécialement. La lumière naturelle et les décors provençaux sont magnifiques, contrastant avec l’épidémie morbide qui prolifère, laissant derrière elle une traînée de cadavres. Le choléra apparaît comme un révélateur des caractères humains, les uns devenant égoïstes, cupides et haineux, les autres héroïques, nobles et vaillants. Car c’est la peur de la maladie qui tue, plutôt que la maladie elle-même. Derrière le beau Olivier Martinez et la brillante Juliette Binoche, les petits seconds rôles sont tenus par des grands acteurs, actuels ou en devenir ; Depardieu, Arditi, Yanne, Clouzet, Russo, Carré. Nommés à dix César (dont meilleurs film, réalisateur, actrice pour Binoche, espoir pour Carré, musique, décors ou costumes), il décroche la meilleure photographie et le meilleur son. Sans retrouver la transcendance de Cyrano de Bergerac, Le Hussard sur le toit est un modèle d’adaptation spectaculaire du patrimoine français.

6 mars : Ciné-club Jamaïque : James Bond 007 contre Dr No (1962) – Marley (2012)

JAMES BOND CONTRE DR NO

– 19h : James Bond 007 contre Dr No (Terence Young – 1962 – 110 minutes)

avec Sean Connery, Ursula Andress, Joseph Wiseman, Jack Lord, Bernard Lee, Anthony Dawson, Lois Maxwell

James Bond est envoyé en Jamaïque enquêter sur la disparition d’un agent secret britannique.

Ancien espion, Ian Flemming créé le personnage de James Bond en 1953 avec le roman Casino Royale. Celui-ci est adapté en téléfilm dès l’année suivante. Malgré l’immense succès des romans (quatorze jusqu’à la mort de l’auteur en 1966), les projets cinématographiques n’aboutissent qu’en 1962, avec Dr No (sixième roman de James Bond). Il se déroule en Jamaïque, l’ancienne colonie britannique où Ian passait deux mois par an pour y écrire ses romans (dans sa maison nommée Goldeneye !). Pour son premier rôle principal, Sean Connery décroche le personnage de sa vie, devenant une icône cinématographique et sans doute le meilleur interprète de l’agent secret, tant celui-ci a été fermement modelé par l’acteur écossais pendant sept films. Une autre inconnue, Ursula Andress, engagée sans casting sur la foi d’une simple photo, devient sex-symbol à partir d’une mythique scène où elle sort de l’eau en bikini (vendu aux enchères 41.000 livres !), créant d’emblée la signature des James Bond Girls. Le rôle du Dr No (déjà un membre de l’organisation SPECTRE) fut même proposé à Christopher Lee (Dracula), cousin de Ian Fleming ! Espionnage, action, exotisme, séduction, smoking, tous les codes de James Bond sont là, depuis la fameuse séquence de générique sur la musique de John Barry. Pour un budget d’à peine un million de dollars, Dr No rapporte soixante fois la mise, et est le point de départ d’une des grandes sagas du cinéma, avec plus de vingt films.

 MARLEY (2012)

– 21h : Marley (Kevin Macdonald – 2012 – 145 minutes)

Avec Bob Marley, Ziggy Marley, Rita Marley, Jimmy Cliff, Bunny Wailer, Lee Scratch Perry, Chris Blackwell

C’est durant le tournage du Dernier roi d’Ecosse (2006) en Ouganda que Kevin Macdonald a l’idée de faire un documentaire sur Bob Marley, en voyant à quel point le musicien était populaire à l’autre bout du monde, et surtout que les africains se reconnaissaient autant dans son discours que les jamaïcains. Malgré la pléthore de livres et de films déjà consacrés à la superstar internationale, le réalisateur voulait redécouvrir l’individu, sa musique et son message dans toute leur force et leur complexité derrière les clichés et les tubes ressassés par les radios ou supermarchés. Heureusement le budget a permis de travailler pendant quatorze mois pour contacter, persuader et interviewer plus de soixante-dix personnes, et localiser le maximum d’archives audiovisuelles disponibles (parfois inédites) auprès de collectionneurs du monde entier. Chose rare, la famille Marley a apporté son soutien et partagé ses documents personnels. Ce travail conséquent est d’autant plus important qu’il recueille les témoignages de ceux qui ont connu Marley, ce qui ne sera plus possible pour les générations futures, et qui permet d’obtenir un éclairage intime et authentique sur lui, combinant ses facettes les plus diverses : musicien, rastafari, prophète, militant politique, père de famille. De la banlieue jamaïcaine jusqu’à Londres en passant par ses concerts historiques au One Love Peace Concert de Kingston ou à celui de l’indépendance du Zimbabwe, le message rempli d’amour, d’espoir et de spiritualité à travers la musique ne pouvait pas être mieux restitué que dans ce documentaire passionnant.