Archives mensuelles : juin 2016

26 juin : Ciné-club Drame judiciaire avec Philippe Noiret / Bertrand Tavernier

L'HORLOGER DE SAINT-PAUL

– 19h : L’Horloger de Saint-Paul (Bertrand Tavernier – 1974 – 105 minutes)

avec Philippe Noiret, Jean Rochefort, Jacques Denis, Yves Alfonso, Julien Bertheau, Bernard Descombes, Christine Pascal, Sylvain Rougerie, Monique Chaumette

Un paisible horloger lyonnais apprend que son fils et sa compagne sont recherchés pour meurtre.

Après avoir été critique de cinéma érudit, attaché de presse et écrit quelques scénarios, Bertrand Tavernier réalise son premier long-métrage, au bout de presque deux ans de travail et de tractations avec divers producteurs et distributeurs. L’Horloger de Saint-Paul est un drame réaliste et sobre, adapté d’un roman de Georges Simenon (ayant accepté d’en céder les droits au bout d’une soixante lettres !), L’Horloger d’Everton, situé aux Etat-Unis mais relocalisé dans la ville natale du réalisateur (Lyon), montrant au passage la beauté de ses vieilles rues colorées (le film servira plus tard comme référence pour la restauration de la ville !). Le scénario a été co-écrit avec Jean Aurenche et Pierre Bost, deux grands scénaristes d’une trentaine de films des années 40-50 (La Traversée de Paris, Jeux interdits), que la Nouvelle Vague avait violemment attaqué et mis au chômage. En père de famille confronté aux tourments de l’enquête et de la traque policière, Philippe Noiret réalise qu’il ne connait pas si bien que ça son fils, tandis que le commissaire en charge (Jean Rochefort) se met à éprouver de la compassion et de l’estime pour lui. Brillamment interprété, restituant le climat politique de la France pompidolienne, L’Horloger de Saint-Paul a été récompensé par le prix Louis-Delluc et le prix spécial du jury (alias Ours d’argent) de la Berlinale (ayant même été nommé à l’Ours d’or). Avec son succès critique et public, il lançait la longue carrière de Tavernier – dans Une semaine de vacances (1980), Philippe Noiret retrouvera d’ailleurs le temps d’une scène son rôle d’horloger.

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– 21h : Le Juge et l’assassin (Bertrand Tavernier – 1976 – 126 minutes)

avec Philippe Noiret, Michel Galabru, Isabelle Huppert, Jean-Claude Brialy, Cécile Vassort, Renée Faure, Yves Robert, Monique Chaumette, Jean Bretonnière, Jean-Roger Caussimon, François Dyreck, Daniel Russo, Gérard Jugnot

A la fin du XIXème siècle, le soldat fou réformé arpente la France en égorgeant des jeunes filles. Un juge, ne croyant pas à sa folie, veut lui faire avouer ses crimes à la justice pour éviter qu’il aille à l’asile.

Bertrand Tavernier avait demandé à Jean Aurenche s’il n’avait pas dans ses tiroirs un scénario qui n’avait pas été tourné. Ce sera Le Juge et l’assassin, inspiré de l’histoire vraie du premier tueur en série français, Joseph Vacher, auteur d’une vingtaine de meurtres sordides. Il retrouve Philippe Noiret, son acteur fétiche (huit films ensembles) après Que la fête commence, pour un rôle de juge bourgeois, représentatif d’une classe qui était en train de remplacer l’aristocratie et d’asséner sa justice, n’hésitant pas  à mettre en scène médiatiquement la captivité du suspect pour rallier l’opinion publique, à trahir la relation de confiance qu’il tisse avec lui pour mieux extorquer ses aveux, et à nier sa folie manifeste pour qu’il aille à la guillotine au lieu de l’asile – de sorte qu’un assassin en cache un autre, légal lui. Face à lui dans cette confrontation dramatique, l’inespéré Michel Galabru (qui joue  la même année dans Les Bidasses en cavale ou Le Trouble-fesses…) livre une performance d’acteur exaltée, intense et inoubliable. Il remportera le César du meilleur acteur, face à Alain Delon, Gérard Depardieu et Patrick Dewaere, excusez du peu ! Le film recrée les tensions politiques et idéologiques de l’époque, entre l’affaire Dreyfus, le socialisme révolutionnaire et l’Eglise anti-Zola. Les superbes et variés paysages de l’Ardèche simulent le vagabondage de Galabru dans toute la France, sur de belles musiques émulant les chansons populaires de l’époque. Le Juge et l’assassin a aussi remporté le César du meilleur scénario adapté, et été nommé à ceux de meilleurs film, réalisateur, second rôle (Jean-Claude Brialy) et musique (Philippe Sarde). Il est devenu une référence dans le milieu de la magistrature pour la justesse de son écriture et des problématiques vécues dans le métier.

19 juin : Ciné-club sport à balle : Rollerball (2002) – Match France VS Suisse

ROLLERBALL (2001)

– 19h : Rollerball (John McTiernan – 2002 – 98 minutes)

avec Chris Klein, Jean Reno, LL Cool J, Rebecca Romijn, Naveen Andrews, Oleg Taktarov, Andrew Bryniarski

La star d’une équipe de rollerball, un sport très violent, se rend compte que son créateur manipule les matchs pour faire monter leurs audiences et son profit.

Le romancier William Harrison avait remarqué, en assistant à un match de baseball tournant à la bagarre générale, que le public se passionnait plus pour les coups que pour le match lui-même. Il en tira une nouvelle, Meurtre au jeu de boules (quelle bonne traduction !), adaptée au cinéma par Norman Jewison (Le Kid de Cincinnati, L’Affaire Thomas Crown) en 1975 avec James Caan. Trente ans plus tard, le grand John McTiernan (Die Hard I & III, Predator, Last Action Hero) entreprend son second remake d’affilée d’un film de Jewison, après Thomas Crown, son dernier succès en date, Le 13ème guerrier ayant été un échec commercial cuisant. Il compte faire de Rollerball un film politique, une dystopie critiquant la course au spectaculaire, à la violence et à l’argent pour endormir les consciences sociales de la génération MTV. Dès le casting les choses commencent mal : Chris Klein vient des American Pie, Jean Reno cabotine de manière catastrophique, le rappeur LL Cool J (alias Ladies Love Cool James) s’obstine à vouloir faire du cinéma, Rebecca Romijn recevra le Razzie Award de la pire actrice. A l’issue de screen tests négatifs, la production ordonne d’élargir le public, retourner des scènes, modifier la fin, couper sauvagement trente minutes de film, et ne le sort que deux ans après le tournage. On obtient un incroyable sabotage industriel, avec des jump cuts inexplicables et des ellipses incohérentes. L’ambition socio-politique est aseptisée, ne restant que des scènes d’action vulgaires, une intrigue confuse et des situations consternantes, sur fond de Slipknot ou Rob Zombie. Rollerball est un lourd échec commercial (ne rapportant que 25 millions de dollars sur 70 millions de budget) et critique – Les Cahiers du Cinéma y virent tout de même « une œuvre d’une rage et d’une énergie inouïes ». Mais l’histoire ne s’arrête pas là ! Le FBI découvre que McTiernan avait engagé un détective privé pour espionner et enregistrer son producteur avec qui il était en conflit dès le tournage, ce qui lui vaudra un an de prison ferme. Un sévère prix à payer pour un ratage cinématographique sans appel, mais qui est devenu malgré lui un nanar des plus savoureux et fascinants !

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– 21h : France VS Suisse (Match du championnat d’Europe de football)

Comme pour tous les soirs de matchs, happy hour prolongé jusqu’à 22h !

12 juin : Ciné-club Farley Granger : L’Inconnu du Nord-Express (1951) – Senso (1954)

L'INCONNU DU NORD EXPRESS

– 19h : L’Inconnu du Nord-Express (Alfred Hitchcock – 1951 – 101 minutes)

avec Farley Granger, Ruth Roman, Robert Walker, Marion Lorne, Leo G. Carroll, Patricia Hitchcock, Laura Elliott

Un joueur de tennis en instance de divorce est abordé dans un train par un homme qui le reconnait. Ce dernier lui propose un macabre marché : chacun assassine une personne de l’entourage de l’autre, afin que personne ne soit soupçonné d’un meurtre sans mobile…

Alfred Hitchcock découvre Farley Granger dans Les Amants de la nuit de Nicholas Ray, film culte sur un couple en cavale qui préfigure Bonnie & Clyde. Il l’embauche alors dans La Corde, avec James Stewart. Trois ans plus tard, il en fait l’acteur principal de L’Inconnu du Nord-Express, un de ses meilleurs thrillers, adapté du roman de Patricia Highsmith, auteur de polars maintes fois portés à l’écran avec succès (Plein Soleil de René Clément, L’Ami américain de Wim Wenders, Carol de Todd Haynes). Comme souvent chez Hitchcock, le héros est un individu normal entraîné dans une suite d’événements qui le dépassent et l’enferment, mais la machination est encore plus perfide car elle joue sur la tentation de faire assassiner sa femme et de respecter la contrepartie du contrat pour ne pas voir sa vie s’effondrer. Robert Walker livre la meilleure performante de sa carrière, machiavélique et glaçante. Malheureusement ce sera son avant-dernier film : alcoolique, il succombera à seulement trente-deux ans à un mélange d’alcool et de barbituriques. A noter que la fille unique du réalisateur, Patricia Hitchcock, joue un second rôle (comme dans Le Grand alibi et Psychose), ici la sœur de la fiancée du héros. Parfaitement rythmé, avec un sous-texte homosexuel, des prouesses visuelles (nomination à l’Oscar de la meilleure photographie) et un final haletant, L’Inconnu du Nord-Express est un grand classique du suspense et un des meilleurs archétypes de son réalisateur, qui connaitra encore deux autres adaptations au cinéma et en téléfilm.

SENSO

– 21h : Senso (Luchino Visconti – 1954 – 117 minutes)

avec Alida Valli, Farley Granger, Massimo Girotti, Heinz Moog, Rina Morelli, Marcella Mariani, Christian Marquand, Sergio Fantoni

Au XIXème siècle à Venise, une comtesse italienne tombe amoureuse d’un officier autrichien. Mais la guerre entre l’Italie et l’Autriche éclate et les sépare.

Après trois films néo-réalistes, Luchino Visconti réalise son premier en couleurs, qui sera un tournant majeur de son style et de sa carrière. Adapté d’un roman italien du XIXème siècle, Senso initie une nouvelle esthétique, aux décors et costumes d’époques somptueux, entremêlant l’intime et l’Histoire, peignant le déclin d’un monde, ici l’aristocratie à l’époque des mouvements révolutionnaires visant l’unification de l’Italie (Visconti étant d’ailleurs le descendant d’une des plus grandes familles de l’aristocratie italienne), et exprimant la violence de la passion amoureuse. Le réalisateur voulait Marlon Brando et Ingrid Bergman, en vain. L’immense Alida Valli (plus de cent films, dont Le Troisième homme, Le Cri, Les Yeux sans visage, Œdipe Roi) joue une comtesse vénitienne qui a failli ne pas connaître l’amour, et qui s’y abandonne éperdument, n’hésitant pas à risquer sa réputation et à trahir son pays. Farley Granger, dans son premier rôle européen (et sans doute le meilleur de sa carrière) interprète un bel officier autrichien, qui se révèlera bien plus ambivalent et moins plaisant que prévu. Le tournage était prévu pour trois mois, il en dura six de plus. Trois des assistants devinrent réalisateurs (Francesco Rosi, Franco Zeffirelli, Jean-Pierre Mocky), et par moins de trois directeurs de la photographie se succédèrent (le troisième, Giuseppe Rotunno, devint aussi réalisateur). Les autorités italiennes censurèrent le film pour ne pas réveiller les humiliations de l’histoire passés et récentes. Les critiques de l’époque reprochèrent (à tort) à Visconti d’avoir abandonné son cinéma marxiste pour un mélodrame bourgeois. Présenté à la Mostra de Venise, le film vit ses défenseurs se battre avec ceux de La Strada de Fellini ! Avec ses milliers de figurants en costumes et son sublime Technicolor, Senso déploie une inlassable féérie visuelle et dramatique, et inaugure une série de chefs d’œuvre du cinéma italien que rejoindront Le Guépard, Les Damnés, Mort à Venise et quelques autres.

5 juin : Ciné-club Walter Hill / Ciné-Bazar 3 : Streets of fire (1984) – Double détente (1988)

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Soirée spéciale à l’occasion de la sortie de la revue Ciné-Bazar n°3 qui consacre un dossier au réalisateur Walter Hill ! Des exemplaires seront en vente, en présence du rédacteur en chef Thomas Revay.

LES RUES DE FEU

– 19h : Streets of fire (Walter Hill – 1984 – 93 minutes)

avec Michael Paré, Diane Lane, Willem Dafoe, Rick Moranis, Amy Madigan, Deborah Van Valkenburgh, Rick Rossovich, Bill Paxton

Une chanteuse de rock est kidnappée par un gang de motard. Son ancien amant se lance à leurs trousses.

Avec Streets of fire, Walter Hill souhaitait réaliser le film de ses rêves à l’adolescence, avec de la musique rock, des vestes en cuir, des dialogues percutants, des bastons pour l’honneur, des motards et leurs bécanes, des voitures à l’ancienne en courses-poursuites, des baisers sous la pluie et les néons. On ne s’étonnera donc pas de l’aspect retro fifities du film, même s’il porte un cachet incontestablement eighties dans le style des personnages, l’ambiance nocturne et urbaine et une production musicale typique de la décennie. Le titre du film provient d’ailleurs d’une chanson de Bruce Springsteen, dont il n’a pas réussi à avoir les droits. On retrouve à la musique son collaborateur habituel Ry Cooder (ayant travaillé avec les Rolling Stones, Captain Beefheart, et aussi Wim Wenders pour Paris, Texas), ainsi que Jim Steinman (compositeur de comédies musicales, comme Le Bal des vampires de Polanski) et Dan Hartman (Edgar Winter, « Living in America » de James Brown). Diane Lane est une habituée de Coppola (Rusty James, Outsiders, Cotton Club), Rick Moranis joue aussi dans SOS Fantômes qui sort le même mois, et Willem Dafoe est promis à une longue carrière (Platoon, La Dernière tentation du Christ, Sailor et Lula). Cette « fable rock’n’roll » devait être le premier épisode d’une trilogie, mais son échec commercial l’en empêcha (un changement de direction à la tête du studio l’ayant privé de promotion). Le film est néanmoins devenu culte (les japonais le vénèrent !), notamment pour sa bande-son épique et son esthétique de comics vintage, et une suite non-officielle est tout de même sortie en 2008, Road to hell, où Michael Paré et Deborah Van Valkenburgh reprennent leurs rôles.

DOUBLE DETENTE

– 21h : Double détente (Walter Hill – 1988 – 104 minutes)

avec Arnold Schwarzenegger, James Belushi, Peter Boyle, Ed O’Ross, Laurence Fishburne, Gina Gershon, Richard Bright

Un policier soviétique est envoyé à Chicago pour faire équipe avec un policier américain pour retrouver un dangereux trafiquant de drogue.

Avec des rôles aussi musclés et iconiques que ceux de Conan, Terminator ou Predator, Arnold Schwarzenegger est une superstar d’action et n’a plus grand-chose à prouver, si ce n’est devenir plus grand public. Il essaie donc de varier ses rôles, d’inclure plus de subtilités dramatiques et même des touches d’humour. Sous la direction de Walter Hill, il se retrouve dans un buddy movie au contexte particulier. Le genre (déjà abordé par Walter Hill dans 48 heures) veut que deux policiers que tout oppose doivent apprendre à travailler ensemble et finalement s’apprécier. Ici ce sont un soviétique et un américain qui font équipe, en pleine Guerre Froide ! Néanmoins, Double détente est nettement moins marqué idéologiquement que les films américains des dernières décennies qui montraient sous un jour défavorable d’horribles soviétiques du mauvais côté de l’Histoire. Et c’est justement parce le film donne une représentation positive du peuple russe et que le personnage de Schwarzenegger est humaniste et nuancé que l’URSS autorisa de tourner des scènes sur la Place Rouge à Moscou, une première historique ! James Belushi est à l’inverse montré comme un flic peu glamour qui grignote des cochonneries au pays de la liberté, de la grande consommation et du porno. Derrière le décalage humoristique entre les tempéraments et sociétés soviétiques et américaines, Walter Hill met en scène un western urbain typiquement eighties dans des rues embrumées et poisseuses, où nos deux flics ne reculent devant aucun dégât ni bavures pour mettre fin à d’odieux trafic de drogues. L’humour semble plaire à Schwarzy, puisqu’il enchaînera sur les comédies d’Ivan Reitman (SOS Fantômes) : Jumeaux (son plus grand succès commercial à l’époque) et Un Flic à la maternelle. Et heureusement Total Recall et Terminator 2.