Archives mensuelles : octobre 2016

30 octobre : Ciné-club Halloween : L’Homme au masque de cire (1953) – Fog (1980)

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– 19h : L’Homme au masque de cire (André de Toth – 1953 – 89 minutes)

avec Vincent Price, Frank Lovejoy, Phyllis Kirk, Carolyn Jones, Paul Picerni, Charles Bronson, Paul Cavanagh, Dabbs Greer

Un sculpteur de statues en cire voit ses créations partir en fumée à cause de son associé cupide qui voulait seulement toucher l’argent de l’assurance. Il va alors reconstruire son musée de cire avec des créations beaucoup plus macabres, tandis que des personnes meurent mystérieusement.

Future idole de Tim Burton, Vincent Price (Laura d’Otto Preminger) était dans les années 50 au creux de sa carrière de seconds rôles. Mais c’est avec L’Homme au masque de cire qu’il va devenir une star des films d’horreur, dans la lignée de Bela Lugosi ou Boris Karloff : Price créé son interprétation de dandy inquiétant à la voix de velours, qu’il déclinera dans bien des classiques de l’époque comme La Mouche noire (dont Cronenberg tirera un remake) ou les fameuses adaptations des nouvelles d’Edgar Poe par Roger Corman. Remake du Mystère du musée de cire de Michael Curtiz (1933), L’Homme au masque de cire est par ailleurs le second film tourné en 3D (et le meilleur selon Martin Scorsese !), gadget technologique inventé pour contrer la rivalité de la télévision qui éloignait les spectateurs du cinéma, et qui durera le temps de quelques films (Le Crime était presque parfait d’Hitchcock, L’Etrange créature du lac noir), avant de tomber dans l’oubli à cause du coût d’équipement décourageant pour les salles de cinéma. Le film en est donc une excellente démonstration (malgré le fait que le réalisateur était borgne !) et un des dix plus gros succès commerciaux du cinéma d’horreur (après correction de l’inflation). De plus, les décors macabres du XIXème siècle en Technicolor seront rien de moins qu’une influence déterminante pour les futurs films gothiques des studios anglais Hammer quelques années plus tard. Le film connaitra encore deux remakes en 1997 et 2005.

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– 21h : Fog (John Carpenter – 1980 – 89 minutes)

avec Adrienne Barbeau, Jamie Lee Curtis, John Houseman, Janet Leigh, Hal Holbrook, Tom Atkins, Charles Cyphers, Nancy Kyes

Dans une petite ville américaine de la côte Pacifique, une légende raconte que les fantômes de marins trahis par les habitants il y a cent ans reviendront avec le brouillard pour se venger.

Deux ans après l’immense succès d’Halloween, la nuit des masques, John Carpenter signe un nouveau film d’horreur, mais avec un budget d’à peine un million de dollars. Il retrouve Jamie Lee Curtis, et fait tourner son épouse de l’époque, Adrienne Barbeau, rencontrée sur le tournage du téléfilm Meurtre au 43ème étage (ils tourneront à nouveau dans son film suivant, New York 1997). La mère de Jamie Lee Curtis, la fameuse Janet Leigh (Psychose d’Hitchcock) est aussi du casting – et le lien avec Hitchcock n’est pas terminé, puisque le film se déroule à Bodega Bay, comme le thriller Les Oiseaux. Avec des références à Edgar Poe et H.P. Lovecraft, Fog distille une ambiance nocturne, trouble et effrayante, selon l’adage habituel que moins on en voit et plus on a peur, tandis que les révélations sur les sordides secrets de la ville refont surface et expliquent la légende locale. Comme d’habitude, Carpenter signe lui-même la bande-son du film, avec une ambiance sonore typiquement oppressante. Malgré son budget restreint, Carpenter fait de Fog un petit classique de l’horreur et de sa filmographie indépendante, qui aura droit à un remake en 2005.

23 octobre : Ciné-club Spartacus (1960)

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– 19h : Spartacus (Stanley Kubrick – 1960 – 196 minutes)

avec Kirk Douglas, Laurence Olivier, Jean Simmons, Charles Laughton, Peter Ustinov, John Gavin, Tony Curtis, Woody Strode, John Ireland

Dans l’Antiquité, un gladiateur mène une rébellion d’esclaves contre le pouvoir romain pour retrouver leur liberté.

Kirk Douglas souhaitait vivement jouer le rôle principal de Ben-Hur, mais on ne lui proposait que le rôle de son ennemi (Messala), ce qu’il refusa. Mais il se rattrape avec l’adaptation du roman Spartacus d’Howard Fast, qu’il produit et interprète. Le tournage commence avec Anthony Mann (Le Cid, La Chute de l’empire romain) à la réalisation, mais Douglas le renvoie au bout de deux semaines, et le remplace par Stanley Kubrick (avec qui il avait tourné Les Sentiers de la gloire), qui venait justement de se faire virer par Marlon Brando du western La Vengeance aux deux visages. Spartacus est le second film le plus cher de l’époque (après Ben-Hur) avec ses douze millions de dollars, cent soixante-sept jours de tournage et dix mille figurants, et ça se voit à l’écran, pour le ravissement des yeux ! Le casting est inouï : outre Douglas (Les Vikings), on retrouve Sir Laurence Olivier (Hamlet, Marathon Man), Jean Simmons (Un si doux visage), Charles Laughton (Les Révoltés du Bounty), Peter Ustinov (Mort sur le Nil), John Gavin (Le Temps d’aimer et le temps de mourir) ou Tony Curtis (L’Etrangleur de Boston, Amicalement vôtre). Le spectacle et le succès sont au rendez-vous dans ce péplum magnifique et vibrant, un des grands classiques de l’âge d’or d’Hollywood, remportant quatre Oscars (meilleur second rôle pour Peter Ustinov, meilleure direction artistique, meilleurs costumes et meilleure photographie). Scénarisé par Dalton Trumbo (exilé depuis qu’il est placé sur la liste noire du maccarthysme), le film accompagne la lutte des dominés contre les dominants, ce qui à l’heure du racisme et du marxisme était loin d’être anodin et ainsi réactualise ce mythe puissant. Cependant Kubrick ne le considéra jamais comme un de ses films mais comme une commande, puisque Douglas, en tant que producteur, avait son avis sur tout et le dernier mot – ce qui décida judicieusement à Kubrick à imposer son final cut sur tous ses films suivants. Enfin, comme Douglas l’écrira dans ses mémoires « Spartacus occupa trois ans de ma vie, plus de temps que n’en passa le véritable Spartacus à guerroyer contre l’empire romain ».

16 octobre : Ciné-club Russie : Bons baisers de Russie (1963) – Croix de fer (1977)

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– 19h : Bons baisers de Russie (Terence Young – 1963 – 115 minutes)

avec Sean Connery, Daniela Bianchi, Robert Shaw, Pedro Armendáriz, Lotte Lenya

Pendant la guerre froide, James Bond se voit proposer par une agent russe de récupérer une machine de chiffrement détenue à Istanbul. Elle est en réalité envoyée par l’organisation criminelle SPECTRE.

Paru en 1957, le cinquième roman James Bond, Bons baisers de Russie, d’Ian Flemming était l’un des dix livres préférés du président Kennedy. Après le succès mondial de Dr No, c’est celui-ci qui est choisi pour lui faire suite sur grand écran, avec un budget doublé pour l’occasion. Là où le premier opus avait introduit la plupart des éléments typiques de la saga par tatonnement, ce second épisode les consolide pour donner instantanément le cachet standard d’un James Bond qui prévaudra jusqu’à aujourd’hui (ajoutant d’ailleurs la séquence habituelle de pré-générique). Le piège du SPECTRE met déjà en évidence le penchant de 007 pour les femmes, Istanbul, l’Orient-Express et Venise font office de nouveau cadre exotique, les soviétiques sont des acteurs privilégiés de tensions géopolitiques en pleine guerre froide, la nouvelle Bond Girl est bien évidemment superbe (Miss Rome et première dauphine Miss Univers). Lotte Lenya (ancienne femme et interprète de Kurt Weill) joue une agent du SPECTRE vieille et aigrie, qui sera caricaturée dans Austin Powers. Le personnage de Q ainsi que son premier gadget font leur apparition, sous la forme d’un attaché-case cachant un couteau et une grenade aimantée, qui sera fort utile dans la spectaculaire scène de combat dans le train contre le puissant agent joué par Robert Shaw. Sean Connery, dont le salaire a été décuplé, est comme d’habitude parfaitement à l’aise dans son costume. Expertement réalisé par Terence Young, avec son cocktail dynamique et soigné d’espionnage, d’intrigue, de voyage, de séduction, de spectacle et d’humour britannique, Bons baisers de Russie est déjà un classique de la série, qui frappera encore plus fort l’année suivante avec Goldfinger, annoncé dès le générique de fin.

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– 21h : Croix de fer (Sam Peckinpah – 1977 – 132 minutes)

avec James Coburn, Maximilian Schell, James Mason, David Warner, Senta Berger

Sur le front russe en 1943, un capitaine aristocrate de l’armée allemande est prêt à tout pour obtenir rapidement une croix militaire, même à sacrifier ses soldats.

Le roman de Willi Henreich La Peau des hommes (1956) était partiellement basé sur l’histoire vraie d’un officier – qui vivra bien plus longtemps que la plupart des acteurs du film qui en a été tiré, puisqu’il décède en décembre 2015 à 101 ans ! Dans Croix de fer, pas de patriotisme américain ni même de présence d’Alliés à l’écran, car tout se passe sur le front russe du point de vue allemand. Peckinpah (La Horde Sauvage, Le Guet-apens) oblige, le ton est désespéré, où les soldats n’ont plus leur place dans leur époque, coincés dans une guerre atroce qu’ils savent ne plus pouvoir gagner. Le maître ne faillit bien sûr pas sur ses spectaculaires scènes de combat, réalistes et crues, caméra à l’épaule, parfois au ralenti, avec quantité de cadavres qui s’effondrent. Mais il distille tout de même ce qu’il peut d’humanité au sein de cette boucherie, par le biais du Sergent Steiner, interprété par James Coburn (Il était une fois la révolution, Major Dundee), et ses hommes usés, sacrifiés pour la seule gloire militaire d’un capitaine (Maximilian Schell), malgré la bienveillance du colonel désillusionné sur le régime nazi, joué par l’excellent James Mason (Lolita, La Mort aux trousses, Pandora). Tourné en Yougoslavie avec une équipe cosmopolite (ce qui compliquait la communication), un budget insuffisant et un scénario mainte fois réécrit, Croix de fer est donc l’anti-exemple des représentations traditionnelles au cinéma de l’armée allemande patriote et disciplinée, et est considéré par Orson Welles comme le meilleur film de guerre, après A l’Ouest rien de nouveau.

2 octobre : Ciné-club humour noir : Bernie (1996) – C’est arrivé près de chez vous (1992)

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– 19h : Bernie (Albert Dupontel – 1996 – 85 minutes)

avec Albert Dupontel, Claude Perron, Roland Blanche, Hélène Vincent, Roland Bertin, Paul Le Person, Philippe Uchan, Eric Elmosnino

Un trentenaire délirant, jeté à la poubelle à sa naissance, quitte son orphelinat pour partir à la recherche de ses parents, l’un SDF, l’autre bourgeoise, et découvre par la même occasion le monde.

Albert Dupontel a commencé par faire quelques sketchs pour Canal + (Les Sales Histoires) et des spectacles sur scène (Le Sale Spectacle, 1 & 2). Mais sa véritable ambition c’est le cinéma, alors après un court-métrage (Désiré) et quelques rôles, en 1996 il a réuni assez d’argent pour son premier film, Bernie, qu’il écrit, réalise et interprète. A travers la découverte du monde par un simplet sortant de son orphelinat, il expose un univers et un humour d’une noirceur et d’une violence sans égale – la violence n’étant d’ailleurs pas seulement verbale, mais aussi physique, avec une avalanche d’accidents, de chocs, de coups de pelle, de duels et de giclée de sang. Les acteurs, généralement pas connus, sont excellents, et incarnent à la perfection leurs personnages hors-normes et déjantés. Dupontel ne se refuse rien, et son rôle accumule les répliques ovniesques et hallucinées, faisant de Bernie un réservoir à citations et surtout un film culte. Nominé au César du meilleur premier film, Bernie a rencontré son public et suscité l’admiration de ses idoles les Monty Python,  en particulier Terry Gilliam dont l’influence accompagnera son prochain film, Le Créateur, avec en partie la même équipe (et où le Python Terry Jones tiendra le rôle de Dieu).

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– 21h : C’est arrivé près de chez vous (Remy Belvaux, André Bonzel & Poelvoorde – 1992 – 96 minutes)

avec Benoît Poelvoorde, Rémy Belvaux, André Bonzel

Une équipe de journalistes réalise un reportage sur un tueur excentrique qui s’attaque aux vieilles dames et aux individus de classe moyenne.

C’est arrivé près de chez vous est initialement un moyen-métrage en noir et blanc de fin d’études de cinéma de Rémy Belvaux avec ses amis en Belgique, pour lequel seront ensuite tournées de nouvelles scènes afin d’en faire un long-métrage pour le cinéma. Il se veut une parodie de l’émission documentaire Strip-tease, traitant de la société à travers des personnes lambda ou hors-normes. Ce faux-documentaire d’un cynisme et d’une immoralité inouïe suit ainsi les exploits du monstrueux et sympathique Ben pendant trente-trois meurtres et un viol, et aussi dans son quotidien, expliquant comment lester des cadavres sous l’eau ou la recette du cocktail « petit Grégory », entre deux envolées poétiques ou musicales. Benoît Poelvoorde crève l’écran avec sa prestation gracieuse, habitée et naturelle – à vrai dire il n’a jamais joué que sa propre excentricité, comme le montrera la suite de sa prolifique carrière. Bien plus hilarant que dérangeant, le film est présenté au Festival de Cannes, où il reçoit le prix de la critique internationale, le prix SACD et le prix spécial de la jeunesse, parmi d’autres récompenses et nominations internationales. Au-delà de son triomphe critique, ce Citizen Kane du cinéma belge est devenu un film culte depuis plusieurs générations pour son audace, sa poésie noire et son humour ravageur, critiquant au passage la télé-réalité et le voyeurisme contemporain. Mais là où Poelvoorde enchaînera avec le même esprit la série Les Carnets de Monsieur Manatane et bien des comédies populaires, le groupe d’amis se fissure. Rémy Belvaux, véritable metteur en scène et co-scénariste du film, vivra mal d’avoir été éclipsé, tournera de nombreux films publicitaires remarqués, jusqu’à son suicide en 2006.

En bonus sera diffusé Pas de C4 pour Daniel-Daniel (13 minutes – 1987), court-métrage de la même équipe, une fausse-bande annonce d’un film d’espionnage terriblement loufoque, Poelvoorde oblige !