Archives pour la catégorie Liens

15 octobre 2017 : Ciné-club Ingmar Bergman : Les Fraises sauvages (1957) – La Source (1960)

LES FRAISES SAUVAGES

– 19h : Les Fraises sauvages (Ingmar Bergman – 1957 – 92 minutes)

avec Victor Sjöström, Gunnar Björnstrand, Ingrid Thulin, Bibi Anderson, Folke Sundquist, Max von Sydow

Un vieux médecin se dirige en voiture à une cérémonie en son honneur avec sa belle-fille, et rencontre des gens en route. En passant sur lieux de sa jeunesse, c’est l’occasion de faire le bilan de sa vie.

Dans son précédent film, Le Septième sceau, Bergman représentait Max von Sydow jouant aux échecs contre la Mort, pour en proposer une réflexion métaphorique. Pour Les Fraises sauvages, il la montre sous un autre angle, cette fois-ci moins macabre et plus lumineuse. Victor Sjöström (pionnier du cinéma suédois, réalisateur de plusieurs dizaines de films à partir de 1912), se confronte à la fin de sa vie et entreprend le bilan, de sa personnalité et de ses échecs. Car malgré les honneurs d’une vie de médecin, il n’en demeure pas moins d’un égoïsme et d’une froideur émotionnelle effroyables, hérités de sa mère et qu’il transmet à son fils qui ne veut pas d’enfant. Ce sont cependant d’étranges rêves qui le replongent dans sa jeunesse et le remettent en question. Le film repose sur un aller-retour incessant et fascinant entre le rêve et la réalité, dont la frontière semble brouillée. A travers un road-movie truffé de personnages emblématiques, Bergman dresse une ode à la vie avec une maturité vertigineuse pour ses seulement trente-neuf ans. Le noir et blanc est si éblouissant qu’on en oublierait l’intérêt du cinéma en couleurs. Ce portrait existentiel affectueux et sans amertume a été récompensé de l’Ours d’or du Festival de Berlin, du Golden Globe du meilleur film étranger et d’une nomination à l’Oscar du meilleur scénario, et reste un des plus beaux films du maître suédois, que Woody Allen admirait tant.

LA SOURCE

– 21h : La Source (Ingmar Bergman – 1960 – 90 minutes)

avec Max von Sydow, Birgitta Valberg, Birgita Petterson, Gunnel Lindblom, Allan Edwall, Axel Düberg, Tor Isedal, Ove Porath

Au XIVème siècle, la jeune et pure Karin est envoyée par sa famille apporter des cierges à l’église. Mais la route est longue et elle doit traverser la  forêt…

Le scénario est écrit par la romancière Ulla Isaksson (qui avait déjà signé celui d’Au seuil de la vie du même réalisateur), inspiré par un contre médiéval, qui se révèle être un drame cruel et spirituel. Bergman explore une de ses angoisses existentielles centrales : le silence de Dieu au sein d’un monde absurde, que la religion semble plus amplifier que sauver. Si on entend régulièrement que le cinéma de Bergman serait austère et compliqué, il est impossible de prendre La Source en exemple, tant ce film respire l’évidence narrative, la richesse thématique, la beauté visuelle, la perfection technique. Si on veut éviter de dévoiler le cœur de l’intrigue, on ne peut qu’ajouter que La Source est un miracle esthétique éblouissant et bouleversant, porté par des acteurs profondément habités, à commencer par l’habituel Max von Sydow (Le Septième sceau). Malgré ses distinctions critiques (Oscar du meilleur film étranger, Grand prix de la semaine de la critique au Festival de Cannes), le film a été mal reçu par la presse suédoise et certaines scènes font polémiques. Anecdotiquement, le film a exercé une certaine influence sur le cinéma d’horreur seventies, notamment Wes Craven avec La Dernière maison sur la gauche. On préférera plutôt se souvenir de La Source comme le genre de film qui justifie l’invention du cinéma.

27 novembre : Ciné-club Addiction : Le Pari (1997) – Trainspotting (1996)

le-pari

– 19h : Le Pari (Didier Bourdon & Bernard Campan – 1997 – 98 minutes)

avec Didier Bourdon, Bernard Campan, Régis Laspalès, Philippe Chevalier, François Berléand, Isabelle Ferron, Isabel Otéro, Hélène Surgère, Roger Ibáñez, Kelly Lawnson, Jean-Roger Milo

Deux beaux-frères socialement opposés qui se détestent font le pari d’arrêter de fumer.

Le succès de leurs émissions comiques La Télé des Inconnus et de leurs spectacles a conduit le trio au cinéma, où ils triomphèrent en 1995 avec Les Trois frères. Mais leur producteur Paul Lederman détenant les droits du nom « Les Inconnus » et leur interdisant de se produire tous les trois sans son implication, Didier Bourdon et Bernard Campan se lancèrent à deux dans Le Pari, qu’ils ont écrit, réalisé et interprété. Pascal Légitimus y fait tout de même un caméo de deux secondes, tandis que son père Théo y tient un rôle secondaire. A partir de deux personnages stéréotypés (un pharmacien de droite et un professeur de gauche qui ne se supportent pas), ils parviennent à insuffler tout le comique extravagant qu’on leur connait, captant et exagérant les travers de la société française avec toujours autant d’acuité et de mordant,  dans des interprétations aussi complices que jubilatoires. Ils sont d’ailleurs rejoints par le tandem Chevallier-Laspalès. Le film fut un grand succès populaire (quatre millions d’entrées en salle), et le duo continua en 2000 avec L’Extra-terrestre, moins bien accueilli. Mais un accord avec Lederman leur permit finalement de rejouer à trois, ce qu’ils firent dans Les Rois mages en 2001 et Les Trois frères : le retour en 2014.

trainspotting

– 21h : Trainspotting (Danny Boyle – 1996 – 94 minutes)

avec Ewan McGregor, Ewen Bremmer, Jonny Lee Miller, Kevin McKidd, Robert Carlyle, Kelly McDonald, Peter Mullan, James Cosmo

A Edimbourg, Mark Renton nous raconte sa vie d’héroïnomane, entouré de ses amis à moitié ratés et excentriques.

Le best-seller d’Irvine Welsh, paru en 1993, avait rapidement été transposé au théâtre (avec déjà Ewen Bremmer). Là où le roman enchaînait les chapitres avec des narrateurs différents, l’adaptation cinématographique se concentre sur le personnage de Mark Renton, autour duquel son microcosme loufoque gravite. Pour l’interpréter, Danny Boyle retrouve le jeune Ewan McGregor, qu’il avait déjà dirigé dans son précédent et premier film, Petits meurtres entre amis (1994). Trainspotting n’est absolument pas un drame glauque sur la toxicomanie, mais plutôt une fable souvent comique et déjantée qui encapsule ingénieusement son époque par sa réalisation stylisée et surtout sa bande-son remplie de classiques du rock des années 70 à 90 (Iggy Pop, Lou Reed, Pulp, Underworld, Primal Scream, New Order, etc.). Il n’hésite pas à montrer avec réalisme les prises de drogue, leurs effets et sa dépendance, au milieu de situations surréalistes ou foireuses et de réflexions sur une société de consommation qui manque de sens et d’espoir. Outre Ewan McGregor, qui travaillera avec George Lucas, Roman Polanski, Ridley Scott ou Tim Burton, l’autre grande révélation du casting est Robert Carlyle, savoureux psychopathe imprévisible, qui enchaînera sur The Full Monty et Le Monde ne suffit pas. Présenté hors compétition au Festival de Cannes, Trainspotting a connu un énorme succès surprise, tant critique que public (deuxième meilleur box-office du cinéma anglais), et est rapidement devenu un film culte générationnel. Une suite avec le même réalisateur et casting est annoncée pour début 2017.

19 avril : Ciné-club aventures par Richard Brooks

LES PROFESSIONNELS

– 19h : Les Professionnels (Richard Brooks – 1966 – 117 minutes)

avec Burt Lancaster, Lee Marvin, Robert Ryan, Jack Palance, Woody Strode, Ralph Bellamy, Claudia Cardinale

Quatre mercenaires sont engagés par un riche texan pour ramener sa femme enlevée par des révolutionnaires mexicains.

Après Elmer Gantry (1960) pour lequel il remporte l’Oscar du meilleur acteur, Burt Lancaster retrouve Richard Brooks pour un nouveau film ensemble. Le casting est léché : Lee Marvin (Les Inconnus dans la ville, L’Homme qui tua Liberty Valance), Jack Palance (Le Grand Couteau, Attaque), Claudia Cardinale (Huit et demi, Le Guépard avec Burt Lancaster), Robert Ryan (Le Coup de l’escalier, Le Roi des rois, Le Jour le plus long). Avec Vera Cruz (avec Burt Lancaster), Les Professionnels fait partie du tournant moderne du western américain, où les héros n’agissent plus en fonction des valeurs morales et du bien de la communauté mais en fonction de leurs intérêts personnels. Plus réalistes, ces anti-héros sont ici attirés par l’argent et amateurs de femmes. On perçoit même une lueur crépusculaire, quand ils portent un regard désabusés sur leur idéal et sur un monde qui n’est plus le leur – ce qui annonce La Horde Sauvage de Sam Peckinpah. Rythmé, splendide et sexy (Claudia Cardinale…), il s’agit du meilleur western de Richard Brooks (La Dernière chasse, La Chevauchée sauvage), nommé à l’Oscar du meilleur réalisateur, meilleur scénario et meilleure photographie.

LORD JIM

– 21h : Lord Jim (Richard Brooks – 1965 – 156 minutes)

avec Peter O’Toole, James Mason, Curd Jürgens, Eli Wallach, Daliah Lavi, Jack Hawkins, Paul Lukas

Un officier de la marine, rongé par la honte d’avoir abandonné son navire en pleine tempête, tente d’expier sa faute en combattant pour la libération du peuple du Patusan, en Asie du sud-est.

Les romans de Joseph Conrad fascinent les cinéastes par leur difficulté à être adaptés au cinéma – Francis Ford Coppola en sait quelque chose avec Apocalypse Now. Lord Jim avait déjà été adapté en 1925 par Victor Flemming (Le Magicien d’Oz, Autant en emporte le vent). Richard Brooks retente l’aventure avec un casting de star : Peter O’Toole (le mythique Lawrence d’Arabie), James Mason (Pandora, La Mort aux trousses, Lolita), Eli Wallach (Les Désaxés, Les Sept mercenaires, Le Bon, la brute et le truand), Jack Hawkins (Ben-Hur, Le Pont de la rivière Kwaï, Lawrence d’Arabie), Curd Jürgens (Et Dieu… créa la femme, La Bataille d’Angleterre, L’Espion qui m’aimait). Comme plus tard pour Apocalypse Now, le tournage au Cambodge fut particulièrement catastrophique, entre le climat, la faune d’insectes et de serpents, et les tensions politiques avec le régime de Sihanouk qui se rapprochait avec l’URSS et la Chine. Mais les décors naturels sont à tomber par terre, à commencer par les ruines d’Angkor. L’esprit du roman de Conrad est merveilleusement restitué, centré sur le dilemme intérieur de Lord Jim autour de la faute impardonnable, de la quête de seconde chance et de l’impossible rédemption, même quand elle est à portée de main. Le film, sombre et désespéré, fut néanmoins un cuisant échec commercial et critique, mais est quand même devenu par la suite un film culte, habité par la jungle poisseuse asiatique et Peter O’Toole dans un de ses tout meilleurs rôles.

12 avril : Ciné-club Fédor Dostoïevski

Le_Joueur

– 19h : Le Joueur (Claude Autant-Lara – 1958 – 102 minutes)

avec Gérard Philipe, Liselotte Pulver, Bernard Blier, Françoise Rosay, Jean Danet, Julien Carette, Nadine Alari, Sacha Pitoëff

En 1867 à Baden-Baden, un précepteur au service des enfants d’un général criblé de dettes va se mettre à jouer pour l’amour de sa belle-fille.

Le Joueur est la troisième collaboration de Gérard Philipe, une des principales vedettes masculines d’après-guerre (Fanfan la Tulipe), et Claude Autant-Lara (La Traversée de Paris), après Le Diable au corps (1947) et Le Rouge et le Noir (1954) – deux adaptations littéraires déjà, qui furent d’immenses succès. Philipe avait d’ailleurs déjà joué dans une adaptation de Dostoïevski : L’Idiot (1946) de Georges Lampin. On retrouve au casting du Joueur d’autres grands acteurs de l’époque : Bernard Blier (Quai des Orfèvres, Les Tontons flingueurs), Françoise Rosay (soixante ans de carrière, dont Drôle de drame de Marcel Carné ou L’Auberge rouge de Claude Autant-Lara), Liselotte Pulver (Le Temps d’aimer et le temps de mourir de Douglas Sirk, Un, deux, trois de Billy Wilder), Sacha Pitoëff (L’année dernière à Marienbad d’Alain Resnais) ou Julien Carette (La Grande Illusion, La Bête humaine, La Règle du jeu). Paradoxalement, Autant-Lara affirme avoir donné une tournure plus stendhalienne de l’œuvre du romancier russe, s’attachant à dénoncer les mœurs bourgeois, qui succombent tous au démon de l’argent, qu’il soit au jeu de la roulette ou dans les relations familiales (mariage, héritage) purement intéressées financièrement. Le tout dans des splendides décors et costumes !

 tf1_media_ingest49584_image_0_600x800

– 21h : Les Possédés (Andrzej Wajda – 1988 – 114 minutes)

avec Isabelle Huppert, Lambert Wilson, Bernard Blier, Omar Sharif, Jutta Lampe, Philippine Leroy-Beaulieu, Laurent Malet, Jean-Philippe Ecoffey

En 1870, un groupuscule révolutionnaire, décidé à renverser l’ordre ancien, va semer la terreur dans une ville de province russe.

Andzej Wajda, grand metteur en scène et cinéaste polonais, avait déjà monté au théâtre de Cracovie une adaptation des Possédés (ou Démons) de Dostoïevski, dont l’immense succès se prolongea durant quinze saisons. Mais le régime polonais soviétique s’opposa toujours à ce que la télévision en filme une représentation. Wajda dut attendre que Gaumont lui propose d’en faire un film pour avoir l’opportunité de garder une trace de son travail. L’adaptation allège cependant le copieux roman. Dostoïevki, grand sondeur de l’âme russe qui avait eu l’idée des Démons quand il était témoin d’un procès, démasque les révolutionnaires qui, sous couvert d’idéologie dialectique nihiliste au service du peuple opprimé, ne sont en réalité qu’assoiffés de pouvoir et de destruction – une lecture tout à fait prophétique à la lumière de la future révolution bolchévique et du régime soviétique. On retrouve au casting de cette production hexagonale bien des vedettes françaises : Isabelle Huppert, Bernard Blier, Omar Sharif (déjà aux prises avec la révolution russe dans Le Docteur Jivago de David Lean) et le jeune Lambert Wilson dans le rôle de Stavroguine, le bel aristocrate décadent et exalté que les révolutionnaires fascinés prennent pour leur Messie. Un drame politique dont la noirceur des thèmes est soutenue par la photographie et la musique.

Ciné-club Action 80’s avec Brigitte Nielsen : Kalidor (1985) – Cobra (1986)

MovieCovers-219451-219452-KALIDOR LA LEGENDE DU TALISMAN

– 19h : Kalidor, la légende du talisman (Richard Fleischer – 1985 – 89 minutes)

avec Brigitte Nielsen, Arnold Schwarzenegger, Sandahl Bergman, Paul Smith, Ronald Lacey, Pat Roach, Janet Agren

Sonja cherche à se venger de la reine Gedren qui a tué ses parents et qui essaie de s’emparer d’un talisman aux pouvoirs immenses.

Conan le Barbare est une série de nouvelles et de romans écrits par Robert E. Howard en 1932 devenue un classique de l’heroic fantasy (qu’il contribua à populariser), adaptée en comics (chez Marvel), puis en film en 1982 (par John Milius, qui révéla Arnold Schwarzenegger). Suite au succès en salle, le prestigieux Richard Fleischer (Les Inconnus dans la ville, Les Vikings, L’Etrangleur de Boston, Soleil vert) en réalisa la suite, Conan le Destructeur (1984). Le producteur de la série au cinéma, Dino De Laurentiis (La Strada, Barbarella, Flash Gordon) décide d’adapter une autre héroïne de l’univers d’Howard, Red Sonja, avec la sculpturale mannequin danoise d’1m84 Brigitte Nielsen, pour son premier rôle au cinéma. Pour des raisons de droits, le personnage de Conan ne put être réutilisé (alors qu’il croise souvent Red Sonja dans les romans et comics), mais Arnold Schwarzenegger (sous contrat avec De Laurentiis) tient le même rôle de barbare musclé (Kalidor), ce qui donnera lieu abusivement lieu à une mise en avant de son personnage sur l’affiche et dans la promotion de film (alors que ce n’est pas le héros), la France allant même jusqu’à traduire le titre original (Red Sonja) en Kalidor ! Tourné en Italie, le film a deux italiens prestigieux dans sa production : Ennio Morricone à la bande son (compositeur culte des westerns de Sergio Leone, parmi cinq cent autres films) et Danilo Donati aux décors (décorateur de Fellini ou Pasolini). Au final, Kalidor est une bonne petite série B d’heroic fantasy à la limite du kitsch avec une touche d’humour, dans l’esprit des productions de De Laurentiis qui sait toujours très bien s’entourer.

 18816898

– 21h : Cobra (George P. Cosmatos – 1986 – 87 minutes)

avec Sylvester Stallone, Brigitte Nielsen, Reni Santoni, Brian Thompson, Andrew Robinson, Art LaFleur, Lee Garlington, Val Avery

Le lieutenant Marion Cobretti, surnommé Cobra, enquête sur un tueur en série qui agit pour une mystérieuse organisation qui prône un « nouvel ordre ».

Après l’immense succès commercial de Rambo II : la mission (1985), George P. Cosmatos et Sylvester Stallone (Rocky) se retrouvent pour un nouveau film d’action musclé et pyrotechnique. Stallone ne fait pas qu’incarner un flic à Ray-Ban aux méthodes expéditives et explosives, il en est aussi le scénariste ! Il s’offre aussi le luxe de tourner avec sa récente femme, Brigitte Nielsen, qui avait déjà joué avec lui dans Rocky IV (1985). Se sentant décidément chez lui sur le tournage, il n’hésite pas non plus à conduire sa propre Mercedes Mercury personnelle pour le film ! Il faut noter que par peur du raz de marée commercial de Top Gun, Cobra subit au dernier moment une coupe de près de quarante minutes (évidemment les scènes sans Stallone !) afin d’augmenter le nombre de projections par jour dans les salles – ce qui fait disparaître évidemment des pans entiers du scénario. Une coupe finalement peu justifiée car même si son score au box-office est plus modeste que Rocky IV ou Rambo II (300 millions de dollars chacun), Cobra récolte tout de même 60 millions de dollars (sur un budget de 25 millions). Cobra a été nominé à six Razzie Awards (l’opposé des Oscars qui récompensent le pire !), dont pires acteurs pour Stallone, Nielsen et Brian Thompson, pire photographie et bien sûr pire scénario pour Stallone ! Néanmoins le pire devient souvent le meilleur au second degré, ce qui fait de Cobra un nanar bourrin typiquement eighties tout à fait jouissif et devenu culte !

Ciné-club L’imaginarium de Terry Gilliam : Las Vegas Parano (1998) – L’imaginarium de Terry Gilliam (1988)

LAS VEGAS PARANO

– 19h : Las Vegas Parano (Terry Gilliam – 1998 – 118 minutes)

avec Johnny Depp, Benicio del Toro, Tobey Maguire, Christina Ricci, Cameron Diaz

Un journaliste et son avocat partent sont envoyés en reportage à Las Vegas, remplis de drogues.

Hunter S. Thompson (1937-2005) est éternellement associé au gonzo (journalisme ultra-subjectif mélangeant enquête et fiction), bien qu’inventé par Bill Carodos (dont il était ami). Après avoir intégré et suivi les Hell’s Angels en 1966, et avant de relater la campagne de réélection de Richard Nixon de 1972 pour le magazine Rolling Stone, il s’attaque dans Las Vegas Parano aux sixties psychédéliques post-Altamont, quand le rêve se meurt et que la gueule de bois des seventies guette. Les protagonistes s’attaquent au mythe américain, incarné par Las Vegas, ville de toutes les outrances, les poches remplies de drogues. Terry Gilliam (Brazil) l’adapte au cinéma en 1998 avec Johnny Depp (admirateur de Thompson qui jouera dans Rhum Express) et Benicio del Toro dans le rôle de deux défoncés qui saccagent les chambres d’hôtels et font flipper les gentils auto-stoppeurs (Tobey Maguire, futur Spiderman). L’inventivité visuelle de l’auteur des collages animés des Monty Python n’était pas de trop pour restituer leurs incessantes hallucinations et crises de paranoïa, à coup de déformations de visages, attaque de chauve-souris au volant, tapis animé ou transformation en reptile, le tout évidemment sous une bande-son sixties de rigueur (Jefferson Airplane, Janis Joplin & Big Brother, Yardbirds, Bob Dylan, Buffalo Springfield, Tom Jones, etc.). Au-delà du trip graphique, on retrouve sans surprise le thème habituel de Gilliam, le mythe de Don Quichote dont l’imaginaire s’attaque à trop gros pour lui – le double du réalisateur en quelque sorte. Ce sera d’ailleurs son projet suivant, dont l’échec donnera lieu à un fameux documentaire (Lost in la Mancha, 2002).

 a17fcef44993b78ed57b499caf2353ed

– 21h : Les Aventures du Baron de Munchausen (Terry Gilliam – 1988 – 126 minutes)

avec John Neville, Eric Idle, Sarah Polley, Oliver Reed, Uma Thurman, Jonathan Pryce, Robin Williams

Le fantasque baron de Munchausen part à la recherche de ses anciens compagnons pour délivrer sa ville assiégée par les Turcs.

Le Baron de Munchausen est un des contes les plus populaires de la littérature allemande, inspiré d’un officier du même nom au XVIIIème siècle qui racontait qu’il était allé sur la Lune et avait dansé avec Vénus ! Ce personnage exubérant défendant l’imagination contre la raison, le merveilleux contre le réel ne pouvait que fasciner Terry Gilliam, dont ce sont depuis toujours les thèmes de prédilection ! Auréolé du succès de Brazil (1985), il met en place une superproduction de 23 millions de dollars dont les déboires sont devenus légendaires : avec ses constructions de décors pharaoniques, le budget est dépassé avant même le début du tournage, qui s’étend sur six mois entre Rome, l’Espagne et l’Angleterre, atteignant finalement 50 millions de dollars, et n’en récoltant que 8 millions à sa sortie. Même si cet échec cuisant a scellé une partie de la carrière de Gilliam en l’empêchant de trouver des investisseurs qui lui feraient confiance, le résultat à l’écran est magnifique, avec des décors poétiques inspirés des peintures de l’époque, des effets spéciaux traditionnels à la Méliès. Cette beauté visuelle de tous les instants a valu au film d’être nominé aux Oscars des meilleurs effets visuels, direction artistique, costumes et maquillages. Accompagné de son casting de stars (dont l’ancien Monty Python Eric Idle), Les Aventures du Baron de Munchausen est un conte spectaculaire, visuellement fascinant, naïf et utopique, qui définit assez bien le talent et la carrière de Terry Gilliam, dont les ambitions et les échecs semblent si intimement liés.

Ciné-club Superman par Richard Donner : Superman : le film (1978) – Superman II : the Richard Donner Cut (1980/2006)

SUPERMAN

– 19h : Superman : le film (Richard Donner – 1978 – 152 minutes)

avec Christopher Reeve, Marlon, Brando, Gene Hackman, Margot Kidder, Ned Beatty, Jackie Cooper, Glenn Ford, Trevor Howard, Valerie Perrine

Un jeune rescapé de la planète Krypton est envoyé sur Terre où il grandit. Journaliste en apparence, il est en fait doté de superpouvoirs avec lesquels il fait régner la justice en tant que Superman.

Superman est sans doute le héros de comic le plus connu dans le monde. Edité par DC Comics (comme Batman) à partir de 1938, il est le fer de lance du genre super-héros, si caractéristique de la bande-dessinée et de la culture américaines. Ses aventures ont été transposées à la radio (1940), en roman (1942), en dessin animé (1941-1942), en serial (série au cinéma, avant la télévision en 1948 et 1950), en comédie musicale (1966). Sa seule apparition au cinéma, Superman et les Nains de l’enfer (1951), était surtout une rampe de lancement pour une série télévisée (1952-1958). Il faut donc attendre 1978 pour une véritable superproduction, dont le budget et les effets spéciaux fassent honneur aux pouvoirs du héros en collant bleu à cape et bottes rouges. Avec un scénario de Mario Puzo (Le Parrain), le film retrace l’essentiel de la vie de Superman : depuis Krypton avec ses parents véritables, puis à Smallville avec ses parents adoptifs, et surtout à Metropolis sous l’apparence de Clark Kent, journaliste au Daily Planet avec Lois Lane, et bien sûr les exploits de Superman pour régner l’ordre et la justice. Le casting se pare de la megastar Marlon Brando (Le Parrain) pour jouer son véritable père, de Glenn Ford (Gilda) pour son père adoptif, de Gene Hackman (French Connection) pour Lux Luthor, le pire ennemi du héros. Christopher Reeve reste sans doute encore aujourd’hui l’incarnation la plus iconique et définitive du personnage. Avec son savoir-faire sans égal, Richard Donner (L’Arme Fatale, Maverick) signe ici un classique du blockbuster, innocent et populaire. Superman : le film, avec ses effets spéciaux qui faisaient croire sans ordinateur qu’un homme pouvait voler, a été un immense succès commercial (300 millions de dollars), qui a relancé la franchise au cinéma avec trois suites.

 82753

– 21h30 : Superman II : the Richard Donner Cut (Richard Donner – 1980/2006 – 116 minutes)

avec Christopher Reeve, Margot Kidder, Gene Hackman, Marlon Brando, Jackie Cooper, Terence Stamp, Sarah Douglas, Jack O’Halloran

Superman doit affronter trois criminels de Krypton qui sont parvenus à s’échapper et veulent prendre le contrôle de la Terre.

Lors du tournage de Superman : le film, Richard Donner tournait en même temps la suite, puisque les deux films étaient censés constituer deux chapitres d’une même histoire. Mais les retards de production obligèrent à se concentrer sur le premier film qu’il fallait terminer avant tout pour sa date de sortie prévue. Par ailleurs, les tensions et les désaccords avec les producteurs furent tels que malgré le triomphe du premier film, ils décidèrent de ne pas reconduire Richard Donner pour le second, bien qu’il ait déjà été tournée à 75 %. Richard Lester (A Hard Day’s Night et Help! avec les Beatles) retourne donc la plupart des scènes, en donnant une tournure plus humoristique au film. Marlon Brando intente un procès et exige que ses scènes déjà tournées avec Donner ne soient pas intégrées au nouveau film – il en gagne beaucoup d’argent, tandis que la continuité scénaristique du film en est altérée. Le résultat sort sous le nom de Superman II : l’aventure continue en 1980, avec des avis mitigés. Des années plus tard, la pression des fans sur internet pousse la Warner à produire un nouveau montage de Superman II à partir des rushes tournés par Donner, comblant les trous par des scènes tournées en 1980 par Richard Lester. C’est ainsi que sort en 2006 Superman II : the Richard Donner cut, plus cohérent et sérieux. Il s’attarde plus particulièrement sur la relation de Lois Lane avec Clark Kent et Superman, tandis que les scènes tournées avec Marlon Brando peuvent être utilisées. Quoi qu’il en soit, Richard Lester a tout de même tourné en 1983 Superman III (qui a entamé le déclin de la franchise, dont le fond est touché avec Superman IV), et Richard Donner a continué sa carrière aux sommets du box-office avec Les Goonies (1985) et la série L’Arme Fatale (1987-1998).