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10 décembre 2017 : Ciné-club Charlot : Les Lumières de la ville (1931) – Les Temps modernes (1936)

– 19h : Les Lumières de la ville (Charles Chaplin – 1931 – 82 minutes)

avec Charles Chaplin, Virginia Cherrill, Florence Lee, Harry Myers, Allan Garcia, Hank Martin

Vagabond au grand cœur, Charlot rencontre une jeune aveugle qui vend des fleurs, et qui le prend pour un riche. Comme elle a du mal à payer son loyer, il va tenter de lui trouver de l’argent en faisant diverses rencontres et métiers.

Premier film sonore de Charles Chaplin, Les Lumières de la ville n’est pas pour autant un film parlant, puisqu’il y a bien une bande musicale et des bruitages, mais les quelques dialogues sont affichés par des intertitres comme dans les films muets. La précision n’est pas anecdotique puisque le cinéma parle depuis deux ans, et que le public ne demande plus que ça. L’action repose donc entièrement la gestuelle et la pantomime, que Chaplin maîtrise aussi merveilleusement que minutieusement. Il écrit, produit, réalise le film (ce qui lui prit en tout trois ans), compose sa partition et joue le rôle principal. Et comme d’habitude tout est parfait – la scène de sa rencontre la fleuriste nécessita ainsi trois cent quarante-deux prises. Tout en faisant une critique sociale de la modernité et des apparences, la narration alterne gags géniaux et séquences touchantes, voire bouleversantes (la séquence de fin). La première du film aux Etats Unis eut lieu en présence d’Albert Einstein, celle en Angleterre avec Winston Churchill. Classique d’entre les classiques, Les Lumières de la ville est le film préféré d’Orson Welles, et a été choisi comme meilleure comédie romantique (devant Annie Hall) par l’American Film Institute.

– 21h : Les Temps modernes (Charles Chaplin – 1936 – 83 minutes)

avec Charles Chaplin, Paulette Goddard, Henry Bergman, Allan Garcia, Tiny Sandford, Chester Conklin, Hank Mann, Stanley Blystone

Charlot resserre des boulons dans une usine à la chaîne. Mais les cadences de travail le fait disjoncter il perd son poste. Il fait alors la connaissance d’une orpheline recherchée par la police, et ils vont s’aider à affronter les difficultés de la vie en exerçant divers métiers.

Dernier film muet de Chaplin (bien que certains personnages secondaires parlent), Les Temps modernes est aussi le dernier film avec son célèbre personnage de Charlot. Celui-ci se retrouve confronté aux dérives du monde moderne dominé par l’industrialisation, engendrant travail à la chaîne déshumanisant, pauvreté, chômage de masse et grèves. L’Amérique est alors durement affectée par la crise de 1929. N’ayant pas pris une ride, le film déborde de poésie, de burlesque, de tendresse, de décors inventifs et de scènes inoubliables (Charlot coincé dans les rouages d’une machinerie). Chaplin tourne avec la gracieuse Paulette Goddard, qui devient sa troisième femme à la ville. Un nouveau trésor cinématographique d’humour et de critique socio-politique pour Chaplin, qui enchaînera ensuite sur le fameux Dictateur.

25 juin 2017 : Ciné-club Vampire : Dracula et les femmes (1968) – Drácula (1931)

DRACULA ET LES FEMMES

– 19h : Dracula et les femmes (Freddie Francis – 1968 – 92 minutes)

avec Christopher Lee, Rupert Davies, Veronica Carlson, Barry Andrews, Ewan Hooper, Barbara Ewing, Marion Mathie

Dans un village des Carpates, le corps d’une jeune fille est découvert, avec une morsure dans le cou. L’évêque et le curé se rendent au château du comte Dracula, mort depuis des années. Mais en se blessant, ils font couler du sang sur sa dépouille…

Après Le Cauchemar de Dracula (1958) et Dracula, Prince des ténèbres (1966), Christopher Lee ne souhaitait plus endosser le rôle de sa vie. Mais les productions Hammer le supplièrent d’accepter, lui disant que sans cela ils devraient mettre nombre de collaborateurs au chômage. Lee, familiers de cette maison somme toute assez artisanale, céda, pour notre plus grand bonheur. On retrouve ainsi dans Dracula et les femmes tous les charmes des productions Hammer, revisitant les mythes fantastiques et monstrueux (Dracula, Frankenstein, Momie, etc.) avec leur esthétique gothique, l’ambiance sixties, les couleurs vives du Technicolor, les trucages sanglants et une touche d’érotisme. Le scénario tente même de se libérer des clichés de la franchise, s’attardant sur la vie des villageois concernés et thématisant sur le conflit entre la foi et l’athéisme. Le réalisateur des deux précédents épisodes, Terence Fisher, s’étant cassé la jambe, il laisse son poste à Freddie Francis,un autre habitué de la Hammer, qui deviendra directeur de la photographie de David Lynch ou Martin Scorsese. Il donne un surplus de style à cet opus qui aura beaucoup de succès en salle, et incitera Christopher Lee, en échange d’une augmentation de salaire, à remettre la cape du vampire encore quatre fois, jusqu’en 1974.

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– 21h : Drácula (George Melford – 1931 – 104 minutes)

avec Carlos Villarias, Lupita Tovar, Barry Norton, Pablo Alvarez Rubio, Eduardo Arozamena, José Soriano Viosca

Renfield se rend au château du compte Drácula pour réaliser une transaction immobilière…

Le roman de Bram Stoker a été adapté en pièce de théâtre, elle-même adaptée au cinéma par Universal Studios, avec le légendaire Bela Lugosi dans le rôle-titre. Cependant, au lieu de doubler le film en langue étrangère, il était courant à l’époque de tourner une version étrangère en même temps en utilisant le même scénario et les mêmes décors et costumes, avec des acteurs étrangers. Ainsi, l’américain George Melford réalise une version espagnole avec des comédiens hispanophones, tournant de nuit pendant que la version américaine se tournait de jour sur les mêmes plateaux. L’équipe technique de nuit arrivant en avance, elle eut ainsi l’avantage d’observer le travail de l’équipe américaine, de s’en inspirer ou de l’améliorer. La version espagnole de Drácula est donc plus soignée visuellement, avec de meilleurs cadrages et mouvements de caméras. Le casting hispanophone s’en tire très bien, Lupita Tovar est bien plus sensuelle et moins habillée que l’actrice américaine, tandis que l’acteur jouant Renfield est d’une démence remarquable. Si ce Drácula espagnol est moins connu du grand public que la version américaine, les cinéphiles le tiennent pour plus réussi techniquement, et ne regrettent que l’absence de l’insurpassable Bela Lugosi.

20 décembre : Ciné-club Dracula : Dracula (1931) – Une Messe pour Dracula (1970)

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– 19h : Dracula (Tod Browning – 1931 – 75 minutes)

avec Bela Lugosi, David Manners, Helen Chandler, Dwight Frye, Edward Van Sloan

Renfield se rend en Transylvanie à la rencontre du comte Dracula, en vue d’une acquisition immobilière à Londres. Mais les villageois l’en dissuadent fortement.

Après le fameux Nosferatu de Murnau (titré ainsi pour contourner les droits d’auteur), ce Dracula est la première adaptation officielle du roman de Bram Stoker – ou plus exactement d’une pièce de théâtre à Broadway qui en est tirée, où jouait déjà Bela Lugosi et Edward Van Sloan. Lugosi, hongrois, ne parlait d’ailleurs pas un mot d’anglais et dû apprendre son texte par cœur phonétiquement. On comprend mieux d’où vient la diction si particulière, gracieuse et terrifiante du premier Dracula parlant au cinéma, et qui en figera les codes pour des décennies ! Produit par Universal, le film inaugure l’âge d’or des Universal Monsters, ces films de monstres qui eurent tant de succès à l’époque, avec Frankenstein, La Momie, Le Loup-Garou ou L’Homme invisible. Il rend populaire le mythe du vampire et de son célèbre comte, qui devient une immense icône audiovisuelle et culturelle tout au long du XXème siècle, et fera de Lugosi un des représentants majeurs du cinéma fantastique. Ce dernier fut longtemps réduit à ce rôle, au point d’être enterré avec son costume du comte.

 UNE MESSE POUR DRACULA

– 21h : Une Messe pour Dracula (Peter Sasdy – 1970 – 95 minutes)

avec Christopher Lee, Ralph Bates, Linda Hayden, Anthony Corlan, Geoffrey Keen, John Carson, Peter Sallis

Au XIXème siècle, des bourgeois anglais participent à une messe noire ayant pour but de faire renaître le comte Dracula.

Après les Universal Monsters, les studios anglais Hammer constituent un nouvel âge d’or du cinéma fantastique, revisitant la plupart des monstres mythiques avec les moyens modernes des années 60 : couleurs vives, effets spéciaux sanglants, décors gothiques à l’anglaise et touches d’érotisme. Christopher Lee endosse la cape du comte vampire dans Le Cauchemar de Dracula (1958) et devient à son tour une star, son meilleur interprète avec Lugosi. Le film est un succès et engendre de nombreuses suites sous la pression des distributeurs américains. Cependant, Lee s’en lassera progressivement, ce qui ne l’empêchera pas de tenir le rôle sept fois pour la Hammer, et une autre fois sous la direction de Jesus Franco. Suite immédiate de Dracula et les femmes, Une Messe pour Dracula s’intéresse à la messe noire et au satanisme (à la mode dans les sixties, ne serait-ce que chez Black Sabbath ou Led Zeppelin), par le biais d’un groupe de bourgeois débauchés-hypocrites en manque de sensations fortes. Lee est paradoxalement peu présent à l’écran, pour mieux faire monter la tension avant le retour du prince du mal, et entre ses apparitions hypnotiques et sanglantes. En réalité le film fut initialement écrit sans le personnage de Dracula, et ce n’est qu’au dernier moment que Lee accepta de participer au film. Mais sa présence minimaliste (vingt-huit mots prononcés !) a toujours l’effet maximal !

Ciné-club caïd : Le Petit César (1931) – Scarface (1983)

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– 19h : Le Petit César (Mervyn LeRoy – 1931 – 78 minutes)

avec Edward G. Robinson, Douglas Fairbanks Jr., Glenda Farrell, William Collier Jr., Sidney Blackmer, Ralph Ince

Le caïd Rico Bandello, surnommé le petit César, intègre une bande de gangster et commence son ascension dans le crime et le pouvoir.

Adapté d’un roman de William Burnett, best-seller qui constituait la première étude psychologique d’un gangster, Le Petit César est un film pionnier, en posant les bases du film de bandits, où l’histoire est centrée sur des anti-héros et non plus sur la police ou les victimes, dans un contexte social de prohibition et de crise économique. Inédits pour l’époque, on voit apparaître les codes cinématographiques de décors urbains, fusillades, médiatisation, scènes de voiture ou de téléphone, costumes et demeures de plus en plus élégants ou tapes à l’œil au fur et à mesure de l’ascension, corruption politique, trahisons et bien sûr l’inévitable chute. Les américains étaient fascinés de voir à l’écran des sujets de leur réalité quotidienne la plus sinistre, à une époque où la frontière entre l’illégalité et la survie en temps de crise était mince – et les studios Warner furent les premiers à oser explorer ces sombres territoires. Le film révéla d’ailleurs Edward G. Robinson, immense acteur qui deviendra associé aux rôles de gangsters et tournera pour John Huston, Fritz Lang, Howard Hawks, John Ford, Frank Capra, Orson Welles, Billy Wilder, Vincente Minnelli, Cecil B. DeMille et d’autres. Le Petit César eut un immense succès (certaines de ses répliques sont devenues cultes) et lança la mode des films de gangsters, qui engendrera d’autres classiques comme L’Ennemi Public (1931) ou Scarface (1932).

 SCARFACE (1983)

– 21h : Scarface (Brian De Palma – 1983 – 169 minutes)

avec Al Pacino, Steven Bauer, Michelle Pfeiffer, Mary Elisabeth Mastrantonio, Robert Loggia, Miriam Colon, F. Murray Abraham, Paul Shenar

A Miami, Tony Montana, un immigré cubain est prêt à tout pour monter les marches du trafic de drogue.

Inspiré d’Al Capone, le Scarface d’Howard Hawks (1932) était devenu la référence cinématographique absolue des films de gangsters. Son remake baroque par Brian De Palma va le supplanter dans la culture populaire. Ecrit par Olivier Stone (après avoir signé les scénarios à succès de Midnight Express et Conan le Barbare), le film réactualisé prend place non plus à Chicago mais à Miami, dans le contexte de l’asile politique donné aux réfugiés cubains – comprenant quelques 25 000 prisonniers de droit commun libérés par Fidel Castro. La prohibition de l’alcool est remplacée par le trafic de cocaïne. Après le refus de Robert de Niro, c’est Al Pacino qui endosse ce qui allait être le rôle de sa vie, où ses pulsions nerveuses font corps avec le film et la réalisation esthétisé de Brian De Palma (qui accepta le projet comme une commande des studios). Tony Montana est devenu l’archétype du caïd mégalomane dominé par son désir de possession et qui ne communique que par la violence. Michelle Pfeiffer est engagée suite à sa prestation dans Grease 2. Miami ayant peur de récolter une réputation de criminalité, le tournage eut finalement lieu en majorité à Los Angeles. Le film fit scandale à l’époque pour sa violence, sa vulgarité et sa démesure – il échappa in extremis à une classification X (interdit aux moins de 18 ans). On y dénombre 42 cadavres, une scène à la tronçonneuse et 226 fois le mot fuck (soit une moyenne de 1,32 par minute). A noter que Steven Spielberg, en visite sur le tournage, aida à la réalisation de la scène finale de l’assaut colombien dans la demeure de Tony Montana. La bande-son est signée par l’italien Giorgio Moroder, producteur à succès de Donna Summer, Sparks ou David Bowie (et plus récemment Daft Punk), qui avait déjà signée celle de Midnight Express. Avec le temps, le film est devenu culte, connaissant un grand succès en vidéo, et son anti-héros est devenu une icône vénérée du gangsta rap et de ses amateurs, cité dans beaucoup de chansons. Al Pacino retrouvera Brian De Palma dix ans plus tard dans l’excellent L’Impasse.

18 août : Ciné-club Boris Karloff : Frankenstein (1931) – La Fiancée de Frankenstein (1935) – La Momie (1932)

« It’s alive ! It’s alive ! »

Le britannique Boris Karloff (1887-1969), du haut des 166 films dans lesquels il a tourné, est sans conteste l’un des plus grands acteurs d’épouvante et de fantastique, avec Béla Lugosi (Dracula). Mais c’est son rôle de la créature de Frankenstein qui grave son nom et son visage dans le panthéon de la culture populaire. Le Festin Nu se devait de lui rendre hommage, avec ses trois (courts) films les plus fameux !

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– 19h : Frankenstein (James Whale – 1931 – 71 minutes)
avec Boris Karloff, Colin Clive, Mae Clarke, John Boles

Même si ce n’est que la seconde adaptation au cinéma du roman précurseur de Mary Shelley, celle-ci est en assurément la plus connue, celle qui fait entrer la créature dans la légende, en pleine vague de films de monstres produits par Universal Studios des années 30 à 50 (initiée avec Dracula). C’est en effet sous les traits, le maquillage et l’interprétation originale de Boris Karloff que la créature sera éternellement représentée dans d’innombrables films, séries, dessins animés, jeux vidéo, et autres jouets et déguisements. Le film est si superbe visuellement et palpitant qu’on en oublie son âge.

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– 20h30 : La Fiancée de Frankenstein (James Whale – 1935 – 75 minutes)
avec Boris Karloff, Colin Clive, Valerie Hobson, Ernest Thesiger, Elsa Lanchester

Première des trois suites directes du premier opus (avant de multiples remakes), dont il reprend une bonne partie de l’équipe et des acteurs, La Fiancée de Frankenstein passe pour certains comme étant encore meilleur que le premier. Boris Karloff a en effet l’occasion d’approfondir son interprétation pathétique de la créature, produisant des sentiments contradictoires de compassion et de répulsion son égard. La réussite du film est telle qu’il connaîtra lui-même un remake (ce qui est assez rare pour une suite !), et le personnage de la fiancée deviendra lui aussi iconique (on la reconnaitra notamment dans Rocky Horror Picture Show).

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– 22h : La Momie (Karl Freund – 1932 – 73 minutes)
avec Boris Karloff, Zita Johann, David Manners, Edward Van Sloan

Contrairement à Béla Lugosi qui sera à tout jamais enfermé dans son rôle de Dracula, Boris Karloff eut l’occasion d’incarner un autre personnage mythique du cinéma fantastique, la fameuse momie qui poursuit de sa malédiction les profanateurs de sa sépulture. Sans suite directe à son époque, La Momie fait partie des monstres stars de Universal Studios, et connaîtra son lot de remakes à succès dans les années 40, 60 ou 2000.