Archives du mot-clé 1955

26 février 2017 : Ciné-club Godzilla : Godzilla (1954) – Le Retour de Godzilla (1955)

GODZILLA (1955)

– 19h : Godzilla (Ishiro Honda – 1954 – 96 minutes)

avec Akira Takarada, Momoko Kochi, Akihiko Hirata, Takashi Shimura

Un monstre préhistorique est réveillé par des essais nucléaires terrorise le Japon.

Le mythique King Kong avait révolutionné le cinéma en 1933, tant du point de vue technique que du spectaculaire. Sa ressortie mondiale en 1952 n’est pas passée inaperçue. Le français Eugène Lourié réalise ainsi Le Monstre des temps perdus, avec des effets spéciaux du génial Ray Harryhausen. Dans le Japon encore meurtri par les bombardements nucléaires d’Hiroshima et de Nagasaki de 1945, un producteur a l’idée d’un film de monstre japonais, qui deviendra Godzilla – en japonais Gojira, contraction de gorira (gorille) et kujira (baleine). L’innovation réside dans l’utilisation non pas de maquettes animées comme jusqu’à maintenant, mais dans celle d’un acteur déguisé dans un costume de montre, avançant au ralenti pour plus d’effet de lourdeur et détruisant des maquettes d’immeubles – ainsi que ne voyant rien et parfois s’évanouissant sous la chaleur du costume de 91 kilos. Cependant il ne s’agit absolument pas d’un film de monstres de série B, mi-commercial mi kitsch comme les américains en produisaient les yeux fermés, mais d’un film tout ce qu’il y a de plus sérieux et dramatique, montrant la désolation la terreur du monstre sur la population. La seconde partie est un sévère cas de conscience sur le danger de créer et d’utiliser une technologie qui pourrait nuire à l’humanité. Entre Hiroshima et Fukushima, Godzilla est tout simplement une incarnation culturelle incontournable des traumatismes de la psyché japonaise, pour longtemps encore d’actualité.

LE RETOUR DE GODZILLA (1955)

– 21h : Le Retour de Godzilla (Motoyoshi Oda – 1955 – 81 minutes)

avec Hiroshi Koizumi, Setsuko Wakayama, Minoru Chiaki, Takashi Shimura

Un Godzilla réapparait sur les côtes japonaises, affrontant un autre monstre gigantesque, Anguirus !

L’énorme succès commercial de Godzilla au Japon a créé le genre des kaiju eiga, films de monstres géants. Rapidement l’industrie cinématographie s’en empare, et va faire déferler des dizaines de films au cours des décennies suivantes, à commencer par Le Retour de Godzilla, introduisant son premier ennemi, Anguirus. Bientôt d’autres monstres vont apparaître d’abord dans leur propre film, comme l’oiseau préhistorique supersonique Rodan, le lézard volant Baran ou le papillon géant Mothra, qui s’intègreront ensuite dans la longue filmographie de Godzilla, d’abord comme adversaires puis comme alliés – souvent contre son ennemi suprême, King Ghidorah, terrible dragon à trois têtes. Au cours de la trentaine de ses suites, Godzilla affrontera même King Kong ou Mecha Godzilla, aura un fils ou ira dans l’espace. Si le monstre était initialement un symbole effrayant de destruction, son rôle va s’adoucir, passant de menace absolue à défenseur du Japon et de la Terre contre d’autres assaillants, devenant progressivement une mascotte nationale et même l’idole des enfants ! Produit par un studio concurrent, Gamera sera aussi très populaire dans les années 60, avec une touche plus légère et commerciale. Mais à force d’être surexploité, le genre se tarit en 1975, hiberne quasiment toutes les années 80 et ne réapparait que dans les années 90, à grand renfort d’effets spéciaux plus modernes et impressionnants. Godzilla a connu un remake américain désastreux en 1998 par Roland Emmerich qui fit hurler les fans du monde entier, et un autre beaucoup plus fidèle en 2014, pour lequel deux suites sont prévues en 2019 et 2020 (dont Godzilla VS Kong !). Alors que la franchise était éteinte au Japon depuis 2004, elle s’est réveillée en 2016 avec Shin Godzilla, et un autre sortira en 2017.

4 décembre : Ciné-club Comédie avec Marilyn Monroe / Billy Wilder : Sept ans de réflexion (1955) – Certains l’aiment chaud ! (1959)

7-ans-de-reflexion

– 19h : Sept ans de réflexion (Billy Wilder – 1955 – 104 minutes)

avec Marilyn Monroe, Tom Ewell, Evelyn Keyes, Sonny Tufts, Robert Strauss, Oscar Homolka, Marguerite Chapman, Victor Moore

Un homme marié voit sa femme et son fils partir pour les vacances d’été pendant qu’il reste à New York. Une jeune femme superbe et sympathique emménage juste au-dessus de chez lui, et va lui retourner la tête dans tous les sens.

Billy Wilder a réalisé de grands classiques de noirceur (Assurance sur la mort, Boulevard du crépuscule, Le Gouffre aux chimères) mais commençait à se réorienter vers des films plus légers et comiques (La Scandaleuse de Berlin, Stalag 17, Sabrina). A l’inverse, Marilyn Monroe, star la mieux payé de 20th Century Fox mais insatisfaite de ses rôles de femmes superficielles, souhaitait jouer des personnages plus sérieux et dramatiques (comme dans Niagara). Le maître et la star se retrouvent donc à la croisée des chemins et de leurs carrières au sommet. Adaptant une pièce de Broadway à succès pendant plus de trois ans, Sept ans de réflexion est une comédie sur un sujet hautement politiquement incorrect : l’adultère. Pour calmer l’austère code Hays qui régit le cinéma américain de l’époque, Wilder est obligé d’adoucir notablement le scénario et le script, mais ce sont justement ces contraintes qui enrichiront d’autant plus subtilement les sous-entendus et la tension sexuelle, dans un duel entre le vice et la vertu où l’on assiste régulièrement aux fantasmes du héros prendre la forme de rêves visuels. Tom Ewell maîtrise parfaitement un rôle qu’il a joué sept cent fois au théâtre et qui lui a valu un Tony Award, tandis que Monroe, au-delà de son excellent sens comique, irradie l’écran de sa charge sexuelle, que son innocence rend encore plus irrésistible. Le film comporte d’ailleurs la scène la plus légendaire d’Hollywood : sa robe est soulevée par l’aération d’une bouche de métro, dénudant ses jambes (censure oblige, le film est d’ailleurs bien moins explicite que les photos promotionnelles ou de presse). Le film est un triomphe, mais en devenant déesse du cinéma, Monroe scelle par la même occasion son mariage de quelques mois avec le baseballer Joe DiMaggio, furieux de l’impudeur de sa femme lors de ce tournage dans une rue de New York rempli de curieux et de photographes, et plongera dans les affres des échecs sentimentaux perpétuels, de la dépression et des barbituriques dont elle ne survivra pas.

certains-laiment-chaud

– 21h : Certains l’aiment chaud ! (Billy Wilder – 1959 – 121 minutes)

avec Marilyn Monroe, Tony Curtis, Jack Lemmon, George Raft, Pat O’Brien, Joe E. Brown

Deux musiciens de jazz sont témoins par accident d’un règlement de compte de la mafia. Pour lui échapper, ils se retrouvent obliger d’intégrer une troupe musicale féminine, et donc de se travestir en femmes !

Quatre ans après Sept ans de réflexion, Billy Wilder retrouve Marilyn Monroe pour leur second et dernier film ensemble. L’actrice a cependant pris l’habitude d’arriver tous les jours en retard de plusieurs heures, se rappelle difficilement de son texte et oblige parfois à tourner plusieurs dizaines de prises par scène. Tony Curtis est l’autre grande star du film, célèbre pour Trapèze, Le Grand chantage ou Les Vikings. Wilder tourne par ailleurs pour la première fois avec Jack Lemmon, qui deviendra son acteur fétiche dans six autres films (dont La Garçonnière ou Irma la douce). Sur le sujet scabreux du travestissement sexuel, Billy Wilder, inspiré d’un film allemand (mais aussi de Scarface et d’Al Capone pour le début du film à Chicago), déploie un trésor d’inventivité, de gags, de sous-entendus, de situations extravagantes, grâce à des dialogues d’orfèvre, le tout dans un rythme effréné. Le trio comique est excellent dans nombre de scènes cultes, de la chanson de Marilyn Monroe « I wanna be loved by you, pooh pooh pee dooh » à la légendaire réplique finale « nobody’s perfect ». Nommé à six Oscars (dont meilleur film, meilleur réalisateur et meilleur acteur pour Jack Lemmon) et remportant celui des meilleurs costumes, Certains l’aiment chaud ! a été classé par American Film Institute rien de moi que la meilleure comédie du cinéma américain. Le film suivant de Wilder (La Garçonnière) sera un nouveau triomphe multi-oscarisé, mais Monroe ne tournera plus que deux films, ne sera pas capable d’en terminer un troisième et sera retrouvée morte en 1962.

Ciné-club Thriller par Robert Aldrich : En quatrième vitesse (1955) – Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? (1962)

EN QUATRIEME VITESSE

– 19h : En quatrième vitesse (Robert Aldrich – 1955 – 106 minutes)

avec Ralph Meeker, Albert Dekker, Paul Stewart, Juano Hernandez, Wesley Addy, Marion Carr

Une femme nue sous son trench court de nuit sur la route et se fait prendre en stop par un détective privé. Si jamais elle n’arrive pas à destination, elle lui demande « souvenez-vous de moi ».

Adapté d’un livre de Mickey Spillane, En quatrième vitesse (Kiss Me Deadly en v.o.) nous fait suivre les péripéties de Mike Hammer, le fameux détective privé new-yorkais, héros d’une quinzaine de romans (entre 1947 et 2009), de cinq films (en 1953, 1955, 1957, 1963 et 1982)), quatre séries télévisées (1958-1959, 1984-1985, 1986-1897 et 1997-1998) et quatre téléfilms (1983, 1984, 1989 et 1994). Cependant, ce cinquième film de Robert Aldrich (Vera Cruz, Les Douze Salopards) n’est pas rigoureusement fidèle au livre : le réalisateur et le scénariste n’en étaient pas très amateurs, et s’en servent comme prétexte pour présenter un discours et une esthétique bien plus personnels, comme bien souvent au cinéma. Ainsi le trafic de drogue devient une mystérieuse arme dévastatrice, qui donnera lieu à un fameux final apocalyptique (absent du roman). Comme d’habitude avec Aldrich, la mise en scène est rythmée et tendue, très immersive pour le spectateur, qui voit défiler dans ce polar soigné et sensuel les habituels tueurs, cadavres, blondes inquiétantes, brunes séductrices et autres seconds couteaux d’une enquête qui piétine avant d’accélérer à toute vitesse. Malgré son échec commercial à sa sortie, le film est applaudi par la critique (Les Cahiers du cinéma y voit l’égal d’Orson Welles et de sa Dame de Shanghai) et est considéré comme un grand classique novateur du film noir, en rompant avec le romantisme typique des films à la Faucon maltais (1941) pour un tournant réaliste illustré ensuite par Richard Fleischer, Don Siegel ou Clint Eastwood.

 artoff3035

– 21h : Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? (Robert Aldrich – 1962 – 134 minutes)

avec Bette Davis, Joan Crawford, Victor Bruno, Wesley Addy

Deux sœurs, l’une ancienne enfant star de la chanson, l’autre ancienne star du cinéma à présent sur chaise roulante, vivent ensemble recluses, dans la jalousie et le conflit, jusqu’à la folie.

Bette Davis (L’Insoumise, Eve) et Joan Crawford (Grand Hotel, Johnny Guitar) étaient deux immenses stars de l’âge d’or d’Hollywood, oscarisées, parmi les plus symboliques des années 30-40. A tel point que leur rivalité était devenu proverbiale. Quel tour de force de Robert Aldrich que de les avoir réunies dans un même film, sur le déclin (dans leur cinquantaine), en vieilles sœurs jalouses et violentes ! Le tournage contient d’ailleurs son propre lot d’anecdotes sur les crasses qu’elles se faisaient sur le plateau. Mais Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? n’est pas qu’un casting mythique. Comme Boulevard du crépuscule (1950) de Billy Wilder avec Gloria Swanson, c’est un film glaçant sur la face sombre d’Hollywood, sur la déchéance de stars aveuglées et enlaidies par leur gloire passée, avec donc des actrices dans leur quasi-propre rôle et d’authentiques extraits de films d’époque. Mais surtout, au-delà de toute cette fascinante glose méta-cinématographique, c’est intrinsèquement un thriller foudroyant, un quasi-huis clos angoissant et asphyxiant, où la mise en scène hors pair d’Aldrich nous pousse toujours plus loin dans l’horreur psychologique et les confins de la folie destructrice. Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? a été un triomphe public et critique, récoltant au box-office neuf fois son budget, remportant l’Oscar des meilleurs costumes (ainsi que des nominations à ceux de meilleure actrice pour la terrifiante Bette Davis, meilleur second rôle pour Victor Buono, meilleure photographie et meilleur son). Un grand classique du cinéma et un des quelques sommets de la filmographie d’Aldrich, qui explorera à nouveau le thème de la captivité avec le même degré de tension dans Pas d’orchidées pour miss Blandish (1971) ou (dans un contexte géopolitique) L’Ultimatum des trois mercenaires (1977).

Ciné-club Grace Kelly / Alfred Hitchcock : Le Crime était presque parfait (1954) – La Main au collet (1955)

MovieCovers-222583-172841-LE CRIME ETAIT PRESQUE PARFAIT

– 19h : Le Crime était presque parfait (Alfred Hitchcock – 1954 – 106 minutes)

avec Ray Milland, Grace Kelly, Robert Cummings, John Williams

Après avoir découvert que sa femme a un amant, le mari décide de mettre en scène un assassinat.

Adapté d’une pièce de théâtre à succès de Frederick Knott, Le Crime était presque parfait est un des films policiers les plus machiavéliques (dans la veine de La Corde avec James Stewart, du même réalisateur). Dans un tournage de trente-six jours, Alfred Hitchcock conserve l’unité de lieu, la quasi-intégralité des scènes se passant dans un appartement (comme son film suivant, Fenêtre sur cour), à l’exception d’une courte scène dans un club anglais ou d’un procès sur fond neutre. Il s’agit de la première collaboration avec Grace Kelly, qui deviendra une des blondes les plus emblématiques et préférées du réalisateur. A ses côtés l’élégant Ray Milland (Les Naufrageurs des mers du sud, Le Poison), quasi-sosie de Cary Grant, physiquement et stylistiquement. Fait surprenant pour beaucoup, le film a été tourné en 3D ! Bien avant Avatar (2009), le spectateur devait mettre des lunettes stéréoscopiques pour voir l’action en relief, comme ce fut le cas pour certains autres films de l’époque (L’Etrange créature du lac noir, L’Homme au masque de cire). Malheureusement le procédé est rapidement passé de mode, et le film à sa sortie ne fut projeté qu’en 2D (sa version 3D a été réédité par la suite au cinéma et blu-ray). On ne va pas révéler les multiples ressorts de l’intrigue dont les surprises en ont fait un classique du cinéma policier, mais faites confiance à Hitchcock (et à l’auteur de la pièce) pour explorer cliniquement toutes les hypothèses afin de construire le crime parfait, ainsi que pour le démasquer durant l’enquête qui en découle. L’histoire a d’ailleurs énormément influencé le genre, que ce soit dans de multiples épisodes de Columbo ou dans un remake avec Michael Douglas, Gwyneth Paltrow et Vigo Mortensen (Meurtre parfait, 1998).

 MovieCovers-94986-176438-LA MAIN AU COLLET

– 21h : La Main au collet (Alfred Hitchcock – 1955 – 106 minutes)

avec Cary Grant, Grace Kelly, Jessie Royce Landis, John Williams

Accusé de la disparition de bijoux auprès de la haute bourgeoisie de la Côte d’Azur, un ancien voleur à la retraite se voit obliger de démasquer lui-même le voleur qui se fait passer pour lui.

Après Le Crime était presque parfait et Fenêtre sur cour (1954), deux huis clos dans un appartement avec Grace Kelly, Alfred Hitchcock enchaîne sur un film faisant la part belle aux extérieurs radieux, aux superbes paysages et maisons de la Côte d’Azur, aux plages ensoleillées, à la vitesse des voitures, aux acrobaties sur les toits, aux feux d’artifice, le tout tourné avec les superbes couleurs du format Vistavision. Bref tout respire la légèreté, la séduction et l’élégance dans ce film de cambriolage et de bijoux, avec un soupçon de mystère. Hitchcock reprend deux de ses acteurs fétiches, Cary Grant et Grace Kelly : lui est une sorte d’Arsène Lupin américain installé en France, elle une riche héritière malicieuse, et tous les deux sont plus glamours que jamais. Les dialogues sont léchés, avec de nombreux doubles sens érotiques, tandis que le raffinement et l’humour émaillent chaque scène. S’il ne concourt pas parmi les habituels films à suspense d’Hitchcock, La Main au collet est une des plus délicieuses carte-postales de la Riviera (Oscar de la meilleure photographie, nomination aux meilleurs décors et costumes), avec un certain parfum de James Bond sans les gadgets. Enfin, la légende veut que c’est durant le tournage que Grace Kelly aurait rencontré son futur mari le prince Rainier, abandonnant sa carrière d’actrice pour devenir reine – mais l’histoire est fausse, ils ne se rencontreront qu’un an plus tard au Festival de Cannes.

Ciné-club monstres marins : Le Monstre vient de la mer (1955) – L’Etrange Créature du lac noir (1954) – Crocodile Fury (1988)

Les vacances d’été approchent, et pour beaucoup elles sont synonymes de plages et baignades. Mais méfiez-vous à côté de quoi vous nagez !

aa8517ca979faebf5cd00610edae4f19

   – 19h : Le Monstre vient de la mer (Robert Gordon – 1955 – 79 minutes)

avec Kenneth Tobey, Faith Domergue, Donald Curtis, Ian Keith

Des scientifiques et militaires combattent une pieuvre géante qui menace San Francisco.

Après l’immense succès du Monstre des temps perdus (1954), la mode des films à grand spectacle se porte sur les monstres géants, souvent marins. L’énergie radioactive étant aussi en vogue, c’est un parfait prétexte pour expliquer la taille des monstres, et y mêler des considérations scientifiques et militaires. C’est ainsi que Godzilla voit le jour dans la foulée au Japon. Déjà auteur des effets spéciaux du Monstre des temps perdus, Ray Harryhausen rempile pour Le Monstre vient de la mer. Le film repose sur les épaules de ce technicien de génie, très respecté dans le métier et qui a donné sa vocation à beaucoup de futurs professionnels du cinéma. Il donne ainsi l’occasion d’admirer une fois de plus ses prouesses en stop motion, animations image par image, intégrées ensuite en post-production à des scènes avec de véritables acteurs. C’est d’ailleurs avec ce film qu’il commence une longue collaboration avec le producteur Charles H. Schneer, qui se poursuivra jusqu’à la fin de sa carrière, et générera des classiques du cinéma fantastique ou de science-fiction tels que Les Soucoupes volantes attaquent (1956), Le Septième Voyage de Sinbad (1958) ou Le Choc des Titans (1981).

original_615728

– 20h30 : L’Etrange Créature du lac noir (Jack Arnold – 1954 – 80 minutes)

avec Richard Carlson, Julie Adams, Richard Denning, Antonio Moreno, Ricou Browning

En Amazonie, une étrange créature amphibie attaque une équipe de scientifique, et s’éprend d’une assistante.

Dernier avatar des mythiques Universal Monsters (films de monstres produits par Universal Studios), L’Etrange Créature du lac noir marque la fin d’une époque. Après les immenses succès, à partir des années 30, de Dracula, Frankenstein, la Momie ou le Loup-Garou (et leurs multiples suites), la mode est passée aux monstres géants et aux périls extra-terrestres, bien plus spectaculaires. Pour rivaliser, Universal mit donc le paquet et tourna le film en 3D ! Le monstre est un chaînon manquant entre l’homme et le poisson (il n’aura pas dépareillé dans une nouvelle de Lovecraft), et fait preuve d’une psychologie réaliste et presque touchante. Le costume et le maquillage sont impressionnants, la créature étant interprétée par deux acteurs (un pour les scènes sur terre, et un nageur olympique pour les scènes sous l’eau), tandis que les séquences aquatiques sont remarquables et poétiques – et inspireront directement Steven Spielberg pour Les Dents de la mer (1975). Le film est un très grand succès, qui donnera lieu à deux suites : La Revanche de la créature (1955, avec une des toutes premières apparitions de Clint Eastwood !) et La Créature est parmi nous (1956). Au-delà du succès de l’époque, le monstre est entré dans la culture populaire américaine, aux côtés des autres Universal Monsters (qui seront tous réunis dans The Monster Squad en 1987), tandis que le film est ressorti au cinéma en 3D en 2012. A noter que la légendaire séquence de Sept ans de réflexion (1955) où la robe de Marilyn Monroe est soulevée par l’air expulsé d’une grille de métro prend place au cours d’une discussion sur L’Etrange Créature du lac noir qu’elle vient de voir au cinéma ! Enfin un animal amphibie dont le fossile de 338 millions d’années a été découvert en 1998 lui doit son nom.

1273483524-black-lagoon0003

14030907443517329512050517

– 22h : Crocodile Fury (Ted Kingsbrook – 1988 – 87 minutes)

avec Kent Wills, Sorapong Chatree, Ernest Mauser, Trudy Calder, Lucas Byrne

Un crocodile maléfique terrorise un village de Thaïlande.

Attention, chef d’œuvre ! Nous sommes en présence d’un film hors-norme. Tout simplement du nanar le mieux noté par la rédaction du site Nanarland.com ! Avec une moyenne de 4,545/5, Crocodile Fury dépasse même Turkish Star Wars d’une courte tête. Il s’agit d’un « deux en un », pratique courante de la firme hongkongaise Filmark, où Tomas Tang, producteur peu scrupuleux des droits d’auteur, récupère purement et simplement des scènes d’un autre film (ici Krai Thong 2, honnête film thaïlandais des années 80, avec la star Sorapong Chatree, pour les attaques du crocodile) pour y ajouter des scènes tournées à la va-vite avec comme acteurs des occidentaux sans expérience expatriés à Hong Kong (avec des histoires de mercenaires, de conquête du monde, de zombies, on n’a pas tout compris). Le tout est redoublé pour relier les différentes scènes autour d’un même « scénario », et le résultat est un nouveau film réalisé à peu de frais, totalement incohérent et absurde, prêt à inonder les cinémas et vidéoclubs d’Occident (ce qui justifie sans doute que tous les personnages asiatiques aient des noms américains…). Le doublage français est plus que foireux, il totalement délirant – il pourrait presque faire à lui tout seul la saveur de ce nanar qui, forcément, plus d’un tour dans son sac. Le réalisateur n’a même pas osé signer de son nom véritable, c’est dire, mais quel nanar bouleversant et sublime ! Un sommet absolu et jouissif du genre !

Ciné-club polars par Richard Fleischer : Les Inconnus dans la ville (1955) – L’Etrangleur de Boston (1968)

Fils d’un pionnier de l’animation, Max Fleischer (Popeye, Betty Boop), Richard Fleischer (1916 – 2006) ne semble malheureusement pas avoir gravé son nom auprès du grand public français, contrairement à des John Ford, Elia Kazan ou John Huston. C’est pourtant une véritable légende hollywoodienne, qui a tourné avec les plus grands (Kirk Douglas, Robert Mitchum, Orson Welles, Anthony Quinn, Charlton Heston, Omar Sharif, etc.), auteur de plus de quarante films, et s’étant attaqué à tous les genres : guerre, science-fiction, comédie, péplum, western. Il excellait, entre autres, dans les polars, dont le Festin Nu diffuse deux classiques de haute volée.

 Dimanche 23 mars 2014 :

LES INCONNUS DANS LA VILLE

– 19h : Les Inconnus dans la ville (Richard Fleischer – 1955 – 90 minutes)

avec Victor Mature, Richard Egan, Lee Marvin, Ernest Borgnine

Dans une petite ville provinciale où les histoires et secrets de plusieurs habitants se croisent, trois gangsters viennent y préparer le cambriolage d’une banque.

Premier film de Richard Fleischer pour la Twentieth Century Fox, Les Inconnus dans la ville est un prodigieux et unique mélange de film policier et de mélodrame, sur un remarquable scénario de Sidney Boehm (Règlements de compte de Fritz Lang, 1953). C’est en effet bien plus qu’un classique film de hold-up, Fleischer y incorporant l’analyse des travers de divers habitants d’une petite ville américaine tout ce qu’il y a de plus tranquille. Derrière de paisibles apparences se cachent une mosaïque de secrets et vices qui les renvoient dos à dos avec les gangsters, loin de tout manichéisme entre criminels et innocents. Frustrations, jalousie, désir, alcoolisme, voyeurisme, vol, honte, revanche ; la tension de tout ce réseau pulsionnel et conflictuel est subtilement maîtrisée, jusqu’à ce que le cambriolage et la violence servent de catalyseur collectif et précipitent chacun vers son destin (le titre original est d’ailleurs Violent Saturday). Tourné en Arizona en format large Cinemascope, le film brille d’une palette chromatique riche et tout à fait ravissante, qui l’inscrit dans la tradition de la peinture américaine du XXème siècle. Enfin le film dispose d’une belle distribution, avec Victor Mature (Samsom et Dalila), Lee Marvin (L’Homme qui tua Liberty Valance, Les Douze Salopards) ou Ernest Borgnine (La Horde sauvage – on se souvient particulièrement de lui pour son rôle dans la série Supercopter !).

 l_etrangleur_de_boston_affiche_originale

– 21h : L’Etrangleur de Boston (Richard Fleischer – 1968 – 116 minutes)

avec Tony Curtis, Henry Fonda, George Kennedy

En 1962, une série de meurtres sordides sèment la panique à Boston, et mobilise tous les efforts de la police pour retrouver son auteur.

Adapté d’un fait divers réel sur un célèbre serial killer, L’Etrangleur de Boston est rien de moins qu’un des plus grands films criminels, tout à fait novateur et palpitant. C’est le premier film à utiliser la technique du split screen, où l’écran est divisé en plusieurs vignettes, chacune montrant une image distincte, aussi bien différentes perspectives d’une même scène que différentes scènes indépendantes. L’effet dramatique en est démultiplié, et sert spectaculairement l’action, le malaise de la population qui commente les crimes de l’étrangleur et cherche à s’en protéger, tout comme l’enquête policière qui suit à tâtons d’innombrables pistes et suspects, pendant que les meurtres s’accumulent. La distribution est de haute volée, à commencer par Tony Curtis, qui retrouve Richard Fleischer dix ans après le mythique Les Vikings (1958), et qui offre une performance dramatique absolument phénoménale et intense, sans doute la meilleure de sa carrière. Comme Marlon Brando pour Le Parrain, Curtis a d’ailleurs dû se déguiser pour passer outre le refus des producteurs qui ne voulait pas de son image de playboy de comédies. Henry Fonda (Les Raisins de la Colère, Il était une fois dans l’Ouest) et George Kennedy (Luke la main froide) sont eux aussi excellents. Si le sujet est particulièrement dérangeant, son traitement n’a rien de voyeur ni de sensationnel, puisque les crimes ne sont jamais montrés, le récit se focalisant de manière réaliste et sobre sur l’enquête et le profil psychologique du meurtrier. L’Etrangleur de Boston, avec son long final à couper le souffle, reste d’une très grande modernité, et un des sommets des riches carrières de Richard Fleischer et de Tony Curtis.

Ciné-club James Dean : A l’est d’Eden (1955) – La Fureur de vivre (1955)

Acteur météorique, c’est en seulement en seize mois de carrière cinématographique et trois films que James Dean (1931-1955) est rentré dans la légende du cinéma, avant de trouver la mort dans un accident de voiture.

 Dimanche 2 mars 2014 :

a-lest-deden-affiche

– 19h : A l’est d’Eden (Elia Kazan – 1955 – 115 minutes)

avec James Dean, Raymond Massey, Julie Harris, Burt Ives, Richard Davalos, Jo Van Fleet

En 1917, en Californie, le turbulent Cal n’a jamais connu sa mère et souffre que son père puritain lui préfère son frère.

Tiré du roman de John Steinbeck de 1952, inspiré du mythe biblique des frères Abel et Caïn, A l’est d’Eden est le premier film de James Dean, qu’Elia Kazan avait découvert sur les planches de Broadway jouant l’Immoraliste d’André Gide. Il a été préféré au jeune Paul Newman (alors inconnu) pour ce rôle. Et c’est d’emblée une révélation : son jeu d’acteur est explosif, tourmenté et novateur. Ancien élève de l’Actors Studio de Lee Strasberg, il improvise, marmonne, surprend les acteurs, se gonfle d’émotions qui débordent, d’affects qui peuvent s’exprimer brutalement. Raymond Massey (qui joue son père) ne le supporte pas, et cette tension lors du tournage n’a fait qu’enrichir le conflit dramatique à l’écran. Il faut dire aussi que le rôle de James Dean n’était pas vraiment de composition, puisque sa mère est morte quand il avait neuf ans, qu’il a été élevé ensuite par sa grand-mère, et que ses rapports avec son père remarié sont restés difficiles. C’est aussi le premier film de Richard Davalos et Jo Van Fleet, qui se retrouveront pour Luke la main froide (1967). Elia Kazan (Un Tramway nommé désir, avec un autre acteur culte de l’Actors Studio, Marlon Brando) est au sommet de son art pour ce nouveau drame qui restera comme un de ses meilleurs films, dont il s’agit du premier en couleurs (en Cinemascope). Kazan et Dean ont été nominés aux Oscars (non seulement c’est l’un des cinq acteurs du cinéma à l’avoir été pour un premier film, mais de plus à titre posthume), mais c’est Jo Van Fleet qui remporte l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle. Cependant, A l’est d’Eden a été récompensé comme meilleur film dramatique aux Golden Globes et au Festival de Cannes. Enfin, c’est le seul film qui sortit sur les écrans du vivant de James Dean.

 large_589239

– 21h : La Fureur de vivre (Nicholas Ray – 1955 – 111 minutes)

avec James Dean, Nathalie Wood, Sal Mineo, Jim Backus, Ann Doran, Corey Allen, Dennis Hopper, Edward Platt

Le bagarreur Jim Stark vient d’arriver dans une nouvelle ville, et rencontre une bande d’adolescents rebelles.

Si James Dean incarnait dans A l’est d’Eden les troubles de l’adolescence au sein d’un contexte familial particulier et complexe, La Fureur de vivre (Rebel without a cause en VO, rebelle sans cause) le consacre comme symbole d’un malaise générationnel, en montrant des adolescents révoltés qui flirtent avec la délinquance. Nicholas Ray (Les Amants de la nuit, 1949), qui a engagé Dean sur les conseils de Kazan, brosse un portrait novateur de la jeunesse américaine en crise, avide de sorties nocturnes, de bagarres au couteau, de courses de voiture, d’incompréhension parentale, de preuves d’honneur, de vitesse et de risques mortels. Le film est d’ailleurs tragiquement prémonitoire, puisque Dean mourra en accident de voiture un mois avant la sortie en salle ; Sal Mineo sera assassiné en 1976 et Nathalie Wood mourra noyée en 1981 (les deux ont été nominés aux Oscars des meilleurs seconds rôles). Le film préfigure d’ailleurs en bien des points West Side Story (1961), mythique comédie musicale multi-oscarisée avec Nathalie Wood et ses duels de bandes de jeunes. A noter que Dennis Hopper (Easy Rider) y joue son premier véritable rôle. La réalisation entre classicisme et modernité de Nicholas Ray lui a valu une nomination à l’Oscar du meilleur réalisateur. Avec son jean, son T-shirt blanc moulant et sa veste d’un rouge éclatant, c’est cette image de jeunesse fougueuse et éternelle que James Dean ancrera dans les mémoires, et La Fureur de vivre restera comme un des films cultes des adolescents et sur l’adolescence.