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12 mars 2017 : Ciné-club Mal avec Orson Welles : Le Génie du mal (1959) – La Soif du mal (1958)

LE GENIE DU MAL

– 19h : Le Génie du mal (Richard Fleischer – 1959 – 103 minutes)

avec Orson Welles, Dean Stockwell, Bradford Dillman, Diane Varsi, E. G. Marshall, Martin Milner

Deux jeunes étudiants, supérieurement riches et intelligents, se prétendent au-dessus des lois et commettent un meurtre, par pure expérience et excitation du crime parfait.

En 1948, Alfred Hitchcock réalisait l’excellent La Corde, tiré d’une pièce de théâtre basée sur l’affaire Leopold et Loeb qui avait scandalisé l’Amérique en 1924. Comment de jeunes garçons aisés à qui la vie offrait tout avaient-ils pu basculer dans le pur mal en commettant un assassinat gratuit et froidement prémédité ? Richard Fleischer s’y penche à son tour en 1959, mais beaucoup plus fidèlement. Le réalisateur a beau avoir une filmographie des plus éclectiques, allant de la science-fiction (Soleil Vert, Le Voyage fantastique) à la guerre (Tora ! Tora ! Tora !) en passant par l’heroic fantasy (Conan le destructeur, Kalidor), il a tout de même réalisé beaucoup de films noirs et policiers (Les Inconnus dans la ville) ou des adaptations de faits divers (L’Etrangleur de Boston), dont Le Génie du mal fait partie. Ancien étudiant en psychiatrie, il présente régulièrement des études psychologiques poussées de ses personnages pour analyser leurs actions, ici l’exploration du mal et sur surhomme nietzschéen. Excellemment photographié et mis en scène, le film se concentre dans sa deuxième partie sur le procès, avec humanisme. Dean Stockwell (Paris Texas, Code Quantum) et Bradford Dillman (Les Evadés de la planète des singes, Piranhas, Le Retour de l’Inspecteur Harry) sont parfaits dans leurs interprétations hautaines et glaçantes, tandis qu’Orson Welles, qui ne concédait à jouer que pour financer ses propres films, livre comme d’habitude une performance charismatique, portant pendant quinze minutes le plus vibrant plaidoyer contre la peine de mort – en réalité, l’avocat avait plaidé douze heures ! Les trois acteurs remportèrent ainsi le prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes.

LA SOIF DU MAL

– 21h : La Soif du mal (Orson Welles – 1958 – 111 minutes)

avec Charlton Heston, Janet Leigh, Orson Welles, Akim Tamiroff, Joseph Calleia, Valentin De Vargas, Dennis Weaver, Marlene Dietrich, Joseph Cotton, Zsa Zsa Gabor, Mercedes McCambridge

A la frontière américano-mexicaine, un policier américain corrompu enquête sur la mort d’un couple dans l’explosion d’une voiture. Un enquêteur mexicain en voyage de noces s’oppose à ses méthodes et va fouiller son passé.

Si Citizen Kane a été un triomphe commercial, les films suivants d’Orson Welles furent des gouffres financiers, ce qui lui valut une épouvantable réputation auprès des studios et limita énormément sa liberté artistique pour le reste de sa carrière. Mais c’est en apprenant que ce dernier serait acteur dans La Soif du mal que Charlton Heston fit pression pour qu’il le réalise. Welles tourne ainsi le premier jour l’équivalent de quatre journées de planning, ce qui rassura Universal Studios et lui permit de travailler sans interférences. Mais le premier montage ne les satisfait pas, et ils font tourner de nouvelles séquences et remonter le film par d’autres. Cependant Welles avait laissé une note de 58 pages détaillant ses instructions pour un director’s cut, qui fut réalisé en 1998 après sa mort. Il s’ouvre sur le plus long plan-séquence de l’époque, une scène époustouflante plantant le décor et l’atmosphère pesante et louche propre aux villes frontières et aux films noirs. La distribution est parfaite : Welles interprête prodigieusement une ordure physique et morale, Charlton Heston est impeccable, Janet Leigh tient déjà le rôle d’une femme en danger dans un motel deux ans avant Psychose, et des légendes comme Marlene Dietrich, Zsa Zsa Gabor et Joseph Cotten y font des apparitions. Dernier film Hollywoodien de Welles, La Soif du mal est un miracle de mise en scène, avec des cadrages en contre-plongée sublimes et audacieux, sur un tempo endiablé et fiévreux d’Henry Mancini, reconnu comme un des grands films du réalisateur et de l’époque, d’une modernité esthétique et narrative renversante et sans équivalent. Malheureusement, Welles ne réussira ensuite à financer que quelques autres films en Europe (notamment Le Procès ou Falstaff), en laissant plusieurs inachevés.

12 avril : Ciné-club Fédor Dostoïevski

Le_Joueur

– 19h : Le Joueur (Claude Autant-Lara – 1958 – 102 minutes)

avec Gérard Philipe, Liselotte Pulver, Bernard Blier, Françoise Rosay, Jean Danet, Julien Carette, Nadine Alari, Sacha Pitoëff

En 1867 à Baden-Baden, un précepteur au service des enfants d’un général criblé de dettes va se mettre à jouer pour l’amour de sa belle-fille.

Le Joueur est la troisième collaboration de Gérard Philipe, une des principales vedettes masculines d’après-guerre (Fanfan la Tulipe), et Claude Autant-Lara (La Traversée de Paris), après Le Diable au corps (1947) et Le Rouge et le Noir (1954) – deux adaptations littéraires déjà, qui furent d’immenses succès. Philipe avait d’ailleurs déjà joué dans une adaptation de Dostoïevski : L’Idiot (1946) de Georges Lampin. On retrouve au casting du Joueur d’autres grands acteurs de l’époque : Bernard Blier (Quai des Orfèvres, Les Tontons flingueurs), Françoise Rosay (soixante ans de carrière, dont Drôle de drame de Marcel Carné ou L’Auberge rouge de Claude Autant-Lara), Liselotte Pulver (Le Temps d’aimer et le temps de mourir de Douglas Sirk, Un, deux, trois de Billy Wilder), Sacha Pitoëff (L’année dernière à Marienbad d’Alain Resnais) ou Julien Carette (La Grande Illusion, La Bête humaine, La Règle du jeu). Paradoxalement, Autant-Lara affirme avoir donné une tournure plus stendhalienne de l’œuvre du romancier russe, s’attachant à dénoncer les mœurs bourgeois, qui succombent tous au démon de l’argent, qu’il soit au jeu de la roulette ou dans les relations familiales (mariage, héritage) purement intéressées financièrement. Le tout dans des splendides décors et costumes !

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– 21h : Les Possédés (Andrzej Wajda – 1988 – 114 minutes)

avec Isabelle Huppert, Lambert Wilson, Bernard Blier, Omar Sharif, Jutta Lampe, Philippine Leroy-Beaulieu, Laurent Malet, Jean-Philippe Ecoffey

En 1870, un groupuscule révolutionnaire, décidé à renverser l’ordre ancien, va semer la terreur dans une ville de province russe.

Andzej Wajda, grand metteur en scène et cinéaste polonais, avait déjà monté au théâtre de Cracovie une adaptation des Possédés (ou Démons) de Dostoïevski, dont l’immense succès se prolongea durant quinze saisons. Mais le régime polonais soviétique s’opposa toujours à ce que la télévision en filme une représentation. Wajda dut attendre que Gaumont lui propose d’en faire un film pour avoir l’opportunité de garder une trace de son travail. L’adaptation allège cependant le copieux roman. Dostoïevki, grand sondeur de l’âme russe qui avait eu l’idée des Démons quand il était témoin d’un procès, démasque les révolutionnaires qui, sous couvert d’idéologie dialectique nihiliste au service du peuple opprimé, ne sont en réalité qu’assoiffés de pouvoir et de destruction – une lecture tout à fait prophétique à la lumière de la future révolution bolchévique et du régime soviétique. On retrouve au casting de cette production hexagonale bien des vedettes françaises : Isabelle Huppert, Bernard Blier, Omar Sharif (déjà aux prises avec la révolution russe dans Le Docteur Jivago de David Lean) et le jeune Lambert Wilson dans le rôle de Stavroguine, le bel aristocrate décadent et exalté que les révolutionnaires fascinés prennent pour leur Messie. Un drame politique dont la noirceur des thèmes est soutenue par la photographie et la musique.

Ciné-club effets spéciaux par Ray Harryhausen : Le 7ème Voyage de Sinbad (1958) – Le Choc des Titans (1981)

Ray Harryhausen (1920-2013) est un génie des effets spéciaux très respecté dans le milieu du cinéma (les nombreux squelettes animés d’Evil Dead III de Sam Raimi sont un hommage parmi bien d’autres). Il s’est donc logiquement spécialisé dans les films de science-fiction (Les Soucoupes volantes attaquent, 1956) ou fantastique (Jason et les Argonautes, 1963). L’originalité et la qualité de son travail en ont souvent fait le véritable réalisateur officieux des films sur lesquels il a travaillé, tant leur scénario et leur mise en scène sont construits autour de ses séquences d’animation de monstres sans équivalents.

 Dimanche 16 février 2014 :

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– 19h : Le 7ème Voyage de Sinbad (Nathan Juran – 1958 – 88 minutes)

avec Kerwin Mathews, Torin Thatcher, Kathryn Grant, Richard Eyer, Alec Mango

Sinbad part sur une île aux cyclopes pour tenter de sauver sa fiancée dont un magicien a réduit la taille à quelques centimètres.

Tourné en Espagne, Le 7ème voyage de Sinbad est une féérie comme on n’en fait plus. Il doit en effet sa postérité aux effets spéciaux révolutionnaires de Ray Harryhausen, qui ont enchanté et marqué à vie plusieurs générations de spectateurs, réalisateurs et techniciens. Bien avant l’apparition d’images de synthèse au cinéma, Harryhausen (également producteur de ses films) a permis de donner vie aux monstres les plus divers tels que cyclopes, squelettes, dragons, femme-serpent et oiseaux à deux têtes grâce à la technique stop-motion, animation image par image, popularisée depuis Le Monde perdu (1925) et King Kong (1933) et plus récemment dans les films en pâte à modeler du studio Aardman (Wallace et Gromit, Chicken Run) ou L’Etrange Noël de Monsieur Jack (écrit par Tim Burton). Les monstres sont filmés séparément image par image, puis un autre calque de pellicule avec les acteurs est ajouté par-dessus pour donner l’illusion que monstres et acteurs se font face. L’esthétique de conte oriental très colorée est ouvertement inspirée du Voleur de Bagdad (1940), autre grand classique tiré des Mille et une nuits. A noter que la magnifique et épique bande-son est signée Bernard Herrmann, compositeur habituel d’Alfred Hitchcock. Après l’énorme succès du film, le producteur Edward Small réutilisa les mêmes réalisateur, héros et méchant dans Jack le tueur de géants (1962), en copiant honteusement le travail d’Harryhausen qui n’a pas été engagé. Enfin, Le 7ème voyage de Sinbad connaitra deux suites : Le Voyage fantastique de Sinbad en 1974 et Sinbad et l’œil du tigre en 1977, avec Harryhausen aux effets spéciaux et à la production.

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– 21h : Le Choc des Titans (Desmond Davis – 1981 – 118 minutes)

avec Harry Hamlin, Judi Bowker, Laurence Olivier, Burgess Meredith, Maggie Smith, Ursula Andress

Persée, fils de Zeus avec une mortelle, part sauver Andromède de la menace du Kraken qui doit la dévorer.

Le Choc des Titans est le seizième et dernier film de Ray Harryhausen. Comme d’habitude co-producteur, il anime pour la dernière fois des monstres mythiques tels que la Méduse, Pégase, l’immense Kraken, un chien à deux tête, des scorpions géants et d’autres qui nécessiteront en tout dix-huit mois de travail. Tourné en extérieur en Espagne, Italie et Malte, et en studio en Angleterre, le film est un chant du cygne pour un pan du cinéma fantastique qui appartient désormais au passé, dont la mode est désormais remplacée par un renouveau du space opera depuis Star Wars. Cependant le budget est très important pour l’époque, et le scénario adapte cette fois-ci le mythe grec de Persée en faisant la part belle à son fameux bestiaire (l’affrontement de Persée contre la Méduse dans son sombre sanctuaire est particulièrement remarquable). Le casting compte des acteurs de choix tels que Laurence Olivier en Zeus, Ursula Andress en Aphrodite (qui avait d’ailleurs à ce moment une liaison et un enfant avec Harry Hamlin, l’acteur de Persée) ou Burgess Meredith (plus connu dans le rôle du Pingouin dans la série Batman et le film de 1966, ou comme l’entraineur de Rocky). Le film est un grand succès au box-office et a contribué à populariser la mythologie grecque pour une génération d’américains. Un remake du même nom a été réalisé en 2010 (avec Liam Neeson, Ralph Fiennes, Mads Mikkelsen), blockbuster en 3D rempli d’images de synthèse, bien loin de l’orfèvrerie artisanale d’Harryhausen, et dont le succès a généré une suite en 2012 (La Colère des Titans).

8 septembre : Ciné-club James Stewart / Alfred Hitchcock : Fenêtre sur cour (1954) – Sueurs Froides (1958)

Soirée spéciale consacrée au maître du suspens, Alfred Hitchcock, avec à l’écran un de ses acteurs les plus emblématiques, James Stewart. A l’égal de Cary Grant, il a contribué à certains des films les plus marquants du réalisateur et du cinéma américain.

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– 19h : Fenêtre sur cour (Alfred Hitchcock – 1954 – 112 minutes)
avec James Stewart, Grace Kelly, Thelma Ritter, Wendell Corey, Raymond Burr

Un photographe, en chaise roulante à la suite d’un accident, passe son temps à observer ses voisins, et commence à soupçonner l’un d’eux de meurtre.

Un des scénarios les plus fameux d’Hitchcock, Fenêtre sur cour réalise le tour de force de situer l’intégralité du film dans un huis clos, entre la chambre de James Stewart et en face un immeuble de 31 appartements (construit en studio !), à l’aide d’incessants champs/contre-champs en guise de caméra subjective. Qui plus est, James Stewart est totalement immobilisé sur sa chaise roulante, mais le film n’en est pas moins palpitant avec son flot d’observations, suspicions et déductions. Son voyeurisme nous questionne d’ailleurs sur le nôtre, aussi bien en tant que citoyen qu’en tant que spectateur cinématographique. Hitchcock trouva lui-même le slogan du film : « Si vous n’éprouvez pas ce sentiment de douce frayeur en voyant ce film, pincez-vous – vous êtes très probablement mort ». Enfin, ironie de l’histoire, l’acteur jouant le voisin suspect, Raymond Burr, a connu son plus grand succès dans la série L’homme de fer, en tant que policier sur chaise roulante ! La fin de sa vie est moins amusante, car son cancer du colon l’y contraindra réellement.

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– 21h : Sueurs Froides (Alfred Hitchcock – 1958 – 128 minutes)
avec James Stewart, Kim Novak, Barbara Bel Geddes

Un ancien policier, ayant abandonné son métier à cause de son vertige, est chargé de suivre la femme d’un ami, semblant avoir une double personnalité.

Adapté d’un roman français (de Pierre Boileau et Thomas Narcejac), Sueurs Froides (Vertigo en VO) caracole régulièrement dans le peloton de tête des classements de plus grands films de l’histoire du cinéma. On ne compte plus les faits d’armes qui l’ont fait passer à la postérité et citer dans d’innombrables œuvres ultérieures (Brian De Palma, David Lynch, Terry Gilliam, etc.), comme son légendaire générique d’introduction animé. Pour restituer l’impression subjective de vertige, Hitchcock invente le célèbre et saisissant effet de travelling compensé (consistant simultanément en un zoom avant et un travelling arrière), où l’image semble déformée, comme si la profondeur s’allongeait. Doté d’un des scénarios les plus déroutants et les plus marquants qui soient, Sueurs Froides est surtout le récit une passion amoureuse inouïe, sans équivalent et profondément troublante. Le film est d’ailleurs truffé d’une subtile symbolique sexuelle, dont le vertige est le pendant manifeste de l’impuissance au sein des chastes années 50 américaines. C’est enfin un des plus beaux films d’Hitchcock, dans le fond comme dans la forme, où tout n’est pas qu’un prétexte aux surprises scénaristiques et aux pièges pour le public comme trop souvent chez lui ; la musique de Bernard Herrmann et la photographie en Technicolor sont à tomber par terre, et Kim Novak, bien sûr, est inoubliable.