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30 juillet 2017 : Ciné-club La Dolce vita (1960)

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– 19h : La Dolce vita (Federico Fellini – 1960 – 167 minutes)

avec Marcello Mastroianni, Anita Ekberg, Alain Cuny, Anouk Aimée, Magali Noel, Yvonne Furneaux, Annibale Ninchi, Lex Barker, Jacques Sernas, Nadia Gray, Walter Santesso

Marcello, un chroniqueur mondain, erre dans Rome de fêtes en fêtes, de femmes en femmes.

Après une brillante série de films néo-réalistes (notamment La Strada, Oscar du meilleur film étranger), Federico Fellini opère une rupture décisive dans son style, devenant plus onirique et poétique. La Dolce vita est l’incarnation de ce virage, sorte de comedia dell’arte remplie de personnages extravagants et de séquences baroques. Dans les habituels studios Cinecitta, il tourne pour la première fois avec l’immense Marcello Mastroianni, qui va devenir son double à l’écran (Huit et demi, La Cité des femmes, Ginger et Fred) et se forger une image de séducteur au milieu d’une galerie de femmes toutes plus distinctes et envoutantes jusqu’au bout de la nuit romaine. Il est impossible de ne pas penser à la légendaire scène où Mastronianni rejoint Ekberg dans la fontaine de Trevi, devenue un passage obligé pour les touristes du monde entier (les deux acteurs se retrouveront devant la caméra du maître en 1987 dans Intervista). A travers l’errance d’un journaliste (le terme paparazzi a tout simplement été inventé par le film), Fellini expose sans juger les transformations, excès et contradictions des mœurs de la société italienne en plein miracle économique. Malgré sa Palme d’or au Festival de Cannes, La Dolce vita a fait un retentissant scandale dans l’Italie aux valeurs chrétienne traditionnelles encore très fortes (on crache même au visage du réalisateur, l’Eglise le menace d’excommunication !), ce qui a malgré tout servi à sa publicité. Qu’importe, ce film exubérant, surréaliste et sensuel, ponctués par la partition du fidèle Nino Rota, est devenu depuis un monument du cinéma italien.

Ciné-club meurtre avec Anthony Perkins : Psychose (1960) – Le Glaive et la balance (1963)

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– 19h : Psychose (Alfred Hitchcock – 1960 – 109 minutes)

avec Anthony Perkins, Janet Leigh, Vera Miles, John Gavin, Martin Balsam, John McIntire, Simon Oakland, Patricia Hitchcock, Vaughn Taylor

Une femme s’enfuit de son travail en ayant volé 40.000 dollars. Elle trouve refuge dans un hôtel vide avec un réceptionniste tourmenté…

Avec son adaptation du roman de Robert Bloch (inspiré de l’histoire vraie d’Ed Gein), Alfred Hitchcock signe son plus grand succès commercial (40 millions de dollars, pour un budget de 800.000 dollars) et son troisième chef d’œuvre d’affilée, après Sueurs froides et La Mort aux trousses. Après bien des films de suspense, Psychose est son premier film de véritable terreur, manipulant perfidement le spectateur en n’hésitant pas à faire mourir son personnage principal (joué par Janet Leigh) à la moitié du film (du jamais vu pour l’époque, interdisant même aux exploitants de salles de faire rentrer des spectateurs en retard) dans une légendaire scène de douche (sept jours de tournage, soixante-dix plans, la plus étudiée par les étudiants de cinéma) sur la musique stridente et iconique de Bernard Herrmann. Hitchcock invente rien de moins que le genre slasher, d’une influence considérable dans l’histoire du cinéma, inspirant directement des classiques comme Massacre à la tronçonneuse ou Halloween (avec d’ailleurs Jamie Lee Curtis, la fille de Janet Leigh !). Brian De Palma, éternel admirateur du maître, en fera une variation avec Pulsions (1980). Anthony Perkins signe une performance inquiétante et torturée d’un personnage rentré dans les annales du cinéma, dont il ne parviendra jamais vraiment à se détacher au cours du reste de sa carrière, se résignant à tourner dans trois suites dans les années 80, réalisant d’ailleurs le troisième volet, tandis que le quatrième n’est qu’un téléfilm (de Mick Garris)…  Enfin, Gus Van Sant fit une remake du film plan pour plan en 1998.

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– 21h : Le Glaive et la balance (André Cayatte – 1963 – 138 minutes)

avec Anthony Perkins, Jean-Claude Brialy, Renato Salvatori, Pascale Audret, Marie Déa, Elina Labourdette, Fernand Ledoux, Jacques Monod, Anne Tonietti, Lou Bennett

Deux individus coupables de kidnapping et de meurtre sont poursuivis par la police, mais ils sont arrêtés avec une troisième personne en même temps, sans que l’on sache lequel est innocent.

Ancien avocat, les films d’André Cayatte sont souvent à thèse, engagés comme des pamphlets cinématographiques, et il en avait déjà consacré quatre dans les années 50 sur la justice (Justice est faite, Nous sommes tous des assassins, Avant le déluge, Le Dossier noir). Si Le Glaive et la balance commence comme un film de kidnapping (rappelant la première partie du grandiose Entre le ciel et l’enfer d’Akira Kurosawa, en réalité sorti un mois plus tard !), il bascule ensuite en film judiciaire, d’abord entre les mains de la police, avec l’enquête psychologique pour fouiller le passé et les motivations des accusés, puis au tribunal, plus particulièrement avec le cas de conscience des jurés (se rapprochant cette fois-ci du fameux Douze hommes en colère de Sydney Lumet, en 1957). Le dilemme central du film porte sur l’intime conviction qui doit conduire à la condamnation, jusqu’à la peine de mort : vaut-il mieux prendre le risque de condamner un innocent ou de relâcher un meurtrier ? Le film tranchera de manière surprenante, avec une fin qui marquera le spectateur, intimement impliqué comme s’il était un des jurés. En plus de son brillant scénario et d’une réalisation impeccable, le film est porté par d’excellents acteurs aux styles différents : Anthony Perkins (qui joue et chante en français – sa chanson « Dreaming of you » sortira même en 45 tours !), Jean-Claude Brialy (Le Beau Serge de Claude Chabrol, Arsène Lupin contre Arsène Lupin) et Renato Salvatori (Rocco et ses frères), dans le cadre langoureux, jazzy ou festif de la Côte d’Azur.

23 octobre : Ciné-club Spartacus (1960)

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– 19h : Spartacus (Stanley Kubrick – 1960 – 196 minutes)

avec Kirk Douglas, Laurence Olivier, Jean Simmons, Charles Laughton, Peter Ustinov, John Gavin, Tony Curtis, Woody Strode, John Ireland

Dans l’Antiquité, un gladiateur mène une rébellion d’esclaves contre le pouvoir romain pour retrouver leur liberté.

Kirk Douglas souhaitait vivement jouer le rôle principal de Ben-Hur, mais on ne lui proposait que le rôle de son ennemi (Messala), ce qu’il refusa. Mais il se rattrape avec l’adaptation du roman Spartacus d’Howard Fast, qu’il produit et interprète. Le tournage commence avec Anthony Mann (Le Cid, La Chute de l’empire romain) à la réalisation, mais Douglas le renvoie au bout de deux semaines, et le remplace par Stanley Kubrick (avec qui il avait tourné Les Sentiers de la gloire), qui venait justement de se faire virer par Marlon Brando du western La Vengeance aux deux visages. Spartacus est le second film le plus cher de l’époque (après Ben-Hur) avec ses douze millions de dollars, cent soixante-sept jours de tournage et dix mille figurants, et ça se voit à l’écran, pour le ravissement des yeux ! Le casting est inouï : outre Douglas (Les Vikings), on retrouve Sir Laurence Olivier (Hamlet, Marathon Man), Jean Simmons (Un si doux visage), Charles Laughton (Les Révoltés du Bounty), Peter Ustinov (Mort sur le Nil), John Gavin (Le Temps d’aimer et le temps de mourir) ou Tony Curtis (L’Etrangleur de Boston, Amicalement vôtre). Le spectacle et le succès sont au rendez-vous dans ce péplum magnifique et vibrant, un des grands classiques de l’âge d’or d’Hollywood, remportant quatre Oscars (meilleur second rôle pour Peter Ustinov, meilleure direction artistique, meilleurs costumes et meilleure photographie). Scénarisé par Dalton Trumbo (exilé depuis qu’il est placé sur la liste noire du maccarthysme), le film accompagne la lutte des dominés contre les dominants, ce qui à l’heure du racisme et du marxisme était loin d’être anodin et ainsi réactualise ce mythe puissant. Cependant Kubrick ne le considéra jamais comme un de ses films mais comme une commande, puisque Douglas, en tant que producteur, avait son avis sur tout et le dernier mot – ce qui décida judicieusement à Kubrick à imposer son final cut sur tous ses films suivants. Enfin, comme Douglas l’écrira dans ses mémoires « Spartacus occupa trois ans de ma vie, plus de temps que n’en passa le véritable Spartacus à guerroyer contre l’empire romain ».

10 mai : Ciné-club Frank Sinatra

L'EXPRESS DU COLONEL VON RYAN

– 19h : L’Express du colonel Von Ryan (Mark Robson – 1965 – 117 minutes)

avec Frank Sinatra, Trevor Howard, Raffaella Carra, Brad Dexter, Sergio Fantoni, John Leyton, Edward Mulhare, Wolfgang Preiss

Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’avion américain du colonel Joseph Ryan est abattu au-dessus de l’Italie. Capturé par les italiens, il va tenter de mener une évasion du camp de prisonnier grâce à un train nazi sillonnant le pays.

Après l’échec commercial retentissant du Cléopâtre de Mankiewicz (1963), la Fox (qui faillit faire faillite) voulait prouver qu’elle était toujours dans la cours des grands studios et qu’elle était encore capable de produire des films à grand spectacle, dans des décors naturels à l’autre bout du monde. C’est ainsi que L’Express du colonel Von Ryan est mis en chantier, adapté d’un roman à succès. Même si le film d’évasion était un genre assez courant à l’époque, celui-ci est quelque peu original, en utilisant un train comme moyen, ce qui sera l’occasion d’admirer les superbes paysages italiens tout le long du trajet et du film. Frank Sinatra insista pour y jouer après avoir lu le scénario, afin de d’ajouter un rôle plus ambivalent et atypique à sa filmographie parfois un brin lisse et consensuelle (il est surnommé « Von Ryan » pour son habitude de suivre les règles, ce qui lui coûtera cher). Le film distille des personnages variés et hauts en couleurs, Trevor Howard (Le Troisième homme, Les Révoltés du Bounty, La Fille de Ryan) excelle comme d’habitude en second rôle solide. L’Express du colonel Von Ryan, avec son scénario rythmé et huilé ainsi que sa musique du prestigieux Jerry Goldsmith (La Planète des Singes, Chinatown, Star Trek le film, Alien, Rambo, Basic Instinct), est un classique mineur du film de guerre et d’évasion, et aura beaucoup de succès : parmi les plus gros de l’année et de la carrière cinématographique de Sinatra.

 L'INCONNU DE LAS VEGAS

– 21h : L’Inconnu de Las Vegas (Lewis Milestone – 1960 – 128 minutes)

avec Frank Sinatra, Dean Martin, Sammy Davis Jr., Peter Lawford, Angie Dickinson, Richard Conte, Cesar Romero, Patrice Wymore, Joey Bishop, Akim Tamiroff, Henry Silva, Shirley MacLaine

Onze anciens camarades de l’armée projettent de dévaliser en même temps cinq prestigieux casinos de Las Vegas durant la nuit du Nouvel An.

Frank Sinatra n’est pas que l’une des plus grandes voix du XXème siècle (sur surnom était The Voice). C’est aussi une carrière au cinéma de plusieurs dizaines de rôles, la plupart principaux, des années 40 jusqu’à la fin des années 60, devant les caméras des plus importants réalisateurs : Mankiewicz, Preminger, Minnelli, Capra, Frankenheimer, Aldrich, Donen ou Sturges. Sa performance dans Tant qu’il y aura des hommes (1953) a d’ailleurs été récompensée de l’Oscar du meilleur second rôle. Ses liens avec la mafia et l’influence qu’il en aurait tiré a d’ailleurs inspiré le rôle du chanteur Johnny Fontane dans Le Parrain (1972). Ce n’est donc pas par hasard qu’il se retrouve détourné dans La Classe Américaine (1993) aux côtés de John Wayne, Robert Mitchum, Burt Lancaster et bien d’autres stars du cinéma. L’Inconnu des Las Vegas fait d’ailleurs partie des séquences détournées (même si elles ne comportent que Dean Martin ou Angie Dickinson, les séquences de Sinatra provenant d’autres films). Concernant ce film lui-même, c’est un classique du cambriolage, dans le cadre léché de Las Vegas et de ses cinq casinos dévalisés. On y retrouve la construction inébranlable du genre : la minutieuse et tendue préparation du casse, le casse lui-même, et le difficile après-casse, où il s’agit de garder le magot sans se faire prendre. Sinatra retrouve ses prestigieux acolytes du Rat Pack (groupe de crooners très populaire, faisant des concerts et films ensemble) : Dean Martin, Sammy Davis Jr., Peter Lawford, Joey Bishop. L’Inconnu de Las Vegas (en V.O. Ocean’s Eleven) a connu un remake en 2001 par Steven Soderbergh, avec George Clooney et Brad Pitt, dont le succès engendra deux suites en 2004 et 2007.

Ciné-club manipulation et cruauté en Corée du Sud : La Servante (1960) – Old Boy (2003)

LA SERVANTE (1960)

– 19h : La Servante (Kim Ki-young – 1960 – 111 minutes)

avec Lee Eun-shim, Kim Jin-kyu, Ju Jeung-nyeo, Eon Aeng-ran

Pour soulager sa femme enceinte, un professeur de piano engage une jeune domestique, qui va progressivement faire vivre à la famille un enfer.

Inconnu en France, Kim Ki-young est un des piliers du cinéma coréen. Une de ses œuvres phares, La Servante, grand succès en 1960 et considéré comme le Citizen Kane de Corée du Sud, n’est pourtant sortie en France qu’en 1995 ! Restauré par la Korean Film Archive et la World Cinema Foundation de Martin Scorsese en 2008, le film connait une nouvelle jeunesse, avec réédition au cinéma et en DVD/blu-ray. Le spectateur occidental peut donc enfin découvrir un terrible huis clos expressionniste, anxiogène et destructeur, à la limite du film d’horreur, où les rapports maître/esclave sont rigoureusement inversés par des pulsions d’Eros et de Thanatos qui ne reculeront devant aucun interdit. Ce qui commençait comme un mélodrame néo-réaliste devient un terrifiant portrait des névroses de la société coréenne, à travers l’aspiration au matérialisme dans un pays en pleine transformation économique et urbaine, la morale asiatique et la vaine apparence de vertu. Un sujet qui hantera tellement son réalisateur qu’il en tournera lui-même deux remakes : La Femme de feu (1972) et La Femme de feu 82 (1982) ! Cette histoire de manipulation cruel et extrêm précède de quelques années des classiques occidentaux tels The Servant (Joseph Losey, 1963), Le Journal d’une femme de chambre (Luis Buñuel, 1964) ou Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? (Robert Aldrich, 1962). Encore aujourd’hui, la jeune génération de cinéastes sud-coréens ne cache pas son admiration pour leur maître (disparu tragiquement dans l’incendie de sa maison avec son épouse en 1998) ; Im Sang-soo a d’ailleurs tiré un remake de La Servante dans The Housemaid, présenté à Cannes en 2010.

 OLD BOY

– 21h : Old Boy (Park Chan-wook – 2003 – 120 minutes)

avec Choi Min-sik, Yoo Ji-tae, Gang Hye-jung

Un père de famille est finalement relâché avec avoir été kidnappé et enfermé dans une chambre pendant quinze ans. Il va chercher à comprendre pourquoi et à se venger.

A la base un manga écrit par Garon Tsuchiya, dessiné par Nobuaki Minegishi et publié au Japon de 1996 à 1998, Old Boy est thriller hors-norme, une saga palpitante au scénario angoissant avec des rebondissements grandioses. Loin des manga commerciaux d’action pour adolescents à la Dragon Ball ou Naruto, il s’inscrit dans la veine des séries plus sérieuses et complexes pour adultes, à l’instar d’autres œuvres à succès comme Monster ou 20th Century Boys (adapté en trois films entre 2008 et 2009) de Naoki Urasawa. Au lieu d’être traditionnellement réalisé en anime, Old Boy a directement été transposé au cinéma avec des acteurs réels, et non pas par un réalisateur japonais mais par un coréen, Park Chan-wook. Il en fait d’ailleurs le second volet de sa trilogie thématique sur la vengeance, initiée avec Sympathy for the Mister Vengeance (2002) et terminée avec Lady Vengeance (2005). Vu le scénario, le thème ne risquait pas d’être hors-sujet, tant le personnage principal mettra ce qu’il reste de vie au service de sa vengeance. Sur son chemin violent et sanglant, il découvrira des abîmes on ne peut plus glaçants et sans fonds, à base de morts et d’inceste, sans jamais vraiment s’échapper de la manipulation de son bourreau. Le film est particulièrement stylisé, et a révélé au monde occidental un réalisateur virtuose de technique, capable de multiples prouesses de mise en scène (comme un long plan-séquence de combat contre une douzaine de voyous), ce qui en fait un Tarantino asiatique. Enorme succès commercial en Corée du Sud, Old Boy a remporté de multiples récompenses en festival, notamment le Grand Prix à Cannes (d’ailleurs présidé par Tarantino cette année-là), manquant la Palme d’Or à deux voix près (attribuée à Farenheit 9/11 de Michael Moore), et est depuis devenu un film culte. Un remake non-officiel indien (Zinda) en a été tiré en 2005, ainsi qu’un officiel américain et fade par Spike Lee en 2013.

Ciné-club Jean-Paul Belmondo : A bout de souffle (1960) – Le Magnifique (1973)

Dimanche 20 avril 2014 :

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– 19h : A bout de souffle (Jean-Luc Godard – 1960 – 90 minutes)

avec Jean-Paul Belmondo, Jean Seberg, Daniel Boulanger, Jean-Pierre Melville, Roger Hanin

Un petit voyou tue un policier et se réfugie à Paris. Il cherche à redevenir l’amant de son amie américaine pour fuir ensemble en Italie.

Après des articles aux Cahiers du Cinéma et cinq courts-métrages, Jean-Luc Godard réalise son premier long-métrage historique, A bout de souffle. S’il n’est pas chronologiquement le premier film de ce qu’on appellera la Nouvelle Vague (Le Beau Serge de Chabrol et Les Quatre Cent Coups de Truffaut sont sortis plus tôt), il en constitue le manifeste esthétique le plus audacieux, révolutionnaire et marquant. Sous ses dehors d’hommage aux films de gangsters américains, c’est en réalité une explosion de la grammaire cinématographique, un vent de liberté formelle sans équivalent, à base d’improvisations et digressions, tournage inédit en décors réels (Paris est filmé en style quasi-documentaire), script tenant sur trois pages, acteurs en roue libre, montage hasardeux, ruptures de ton permanentes. Sur une idée de scénario de François Truffaut et un conseil technique de Claude Chabrol, le film déborde de clins d’œil et de citations : une affiche de Humphrey Bogart qui impressionne Belmondo, Jean-Pierre Melville qui joue un romancier, des exemplaires et journalistes des Cahiers du Cinéma, des scènes au cinéma, des références à Rilke, Faulkner, Picasso, Renoir, etc. Jean-Paul Belmondo et Jean Seberg forment un couple inoubliable et si profondément moderne, le premier débutant avec fulgurance la carrière que l’on sait, la seconde belle pour l’éternité (sans laisser présager sa future descente aux enfers). A bout de souffle annonce un bouleversement formel qui secouera le cinéma français et mondial pendant au moins une décennie. C’est enfin un des films de Godard les plus libres, innocents et attachants, qualités que l’on ne retrouvera pas si souvent que ça dans sa longue et laborieuse filmographie, avant qu’il ne se systématise, intellectualise et politise jusqu’à l’outrance.

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– 21h : Le Magnifique (Philippe de Broca – 1973 – 94 minutes)

avec Jean-Paul Belmondo, Jacqueline Bisset, Vittorio Caprioli, Jean Lefebvre

Un auteur de livre d’espionnage s’inspire des péripéties de sa vie privée pour écrire les aventures de son héros, l’espion Bob Saint-Clar.

Après les immenses succès de L’Homme de Rio (1964) et Les Tribulations d’un Chinois en Chine (1965), Philippe de Broca retrouve son ami Jean-Paul Belmondo pour une nouvelle comédie d’aventure. Le Magnifique regroupe en réalité deux films en un : une parodie exotique des séries B et romans de gare d’espions indestructibles et séducteurs, ainsi qu’une comédie sentimentale autour de l’auteur des livres d’espionnage, en panne d’inspiration, amoureux de sa voisine amatrice de son héros. Un des charmes irrésistibles du film est, outre son humour dévastateur et imparable, le va-et-vient constant entre la réalité et la fiction, entre François Merlin l’auteur et Bob Saint-Clar son héros (qui inspirera d’ailleurs le pseudonyme du DJ Bob Sinclar), la grisaille parisienne et le Brésil coloré, les deux s’influençant réciproquement dans une ambiance imprévisible et onirique. Jacqueline Bisset rappelle quel sex-symbol injustement sous-estimée elle a toujours été, et Jean-Paul Belmondo est survolté comme jamais. A vrai dire, on croit reconnaître l’exact point de bascule entre le Belmondo des cinéphiles des années 60 et le Bebel auto-caricaturé des années 80 ; ici, il cabotine comme un diable, mais encore avec l’énergie et la subtilité du grand acteur. Avec son imaginaire inspiré et hilarant, Le Magnifique reste une des grandes dates des riches carrières de De Broca et Belmondo.

Ciné-club Alain Dleon : Plein Soleil (1960) – Le Cercle Rouge (1970)

Grand mythe du cinéma français jusqu’à la caricature, Alain Delon n’en a pas moins une filmographie irréprochable pendant sa décennie des années 60, triomphant autant pour sa beauté insurpassable qui contribua à son succès que pour sa recherche de rôles à contre-emploi pour casser son image. Il a travaillé avec les plus grands réalisateurs (Visconti, Antonioni), et il brille ici devant la caméra des rares stylistes français, à l’esthétique méticuleuse et sublime, René Clément et Jean-Pierre Melville, avec qui il tourna plusieurs films, parmi ses meilleurs.

 Dimanche 17 novembre 2013 :

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– 19h : Plein Soleil (René Clément – 1960 – 115 minutes)

avec Alain Delon, Marie Laforêt,  Maurice Ronet

 Tom Ripley est chargé par un milliardaire de ramener son fils aux Etats-Unis. Ripley suit donc Philippe Greenleaf et sa fiancée Marge dans ses vacances en Italie, et une complicité malsaine se tisse entre eux.

 Adapté du roman Monsieur Ripley de Patricia Highsmith (qui connaîtra quatre suites, dont plusieurs adaptées au cinéma), Plein Soleil est pour Alain Delon, irradiant de beauté, son premier grand rôle, qui fera de lui une vedette et lancera sa longue carrière cinématographique. D’autre part, René Clément signe un véritable bijou, un thriller sur la convoitise et les faux-semblants, dont la mise en scène est magistrale et subtile, aussi moderne que poétique. Chromatiquement superbe, débordant de scènes inoubliables, le film est rempli de métaphores visuelles tout en restant réaliste – la déambulation estivale des personnages dans les superbes décors naturels et urbains d’Italie est une irrésistible invitation à prendre l’avion ! Nino Rota signe quant à lui une bande originale à la hauteur des richesses visuelles. Plein Soleil donnera lieu à un remake sans intérêt avec Matt Damon et Jude Law en 1999 – on voit mal comment on pourrait égaler une œuvre aussi parfaite.

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– 21h : Le Cercle Rouge (Jean-Pierre Melville – 1970 – 140 minutes)

avec Alain Delon, André Bourvil, Gian Maria Volonte, Yves Montand, François Perrier

 Un malfrat libéré de prison s’associe avec un détenu en fuite recherché par la police et un ancien flic alcoolique pour réaliser un hold-up de bijoux.

 Le Cercle Rouge est le deuxième des trois films d’Alain Delon réalisé par Jean-Pierre Melville, trois ans après Le Samourai et deux ans avant Un Flic, toujours dans une posture d’antihéros – pour l’occasion il arbore même une inhabituelle moustache ! Avec un casting de luxe (Bourvil, Montand, Volonte, Perrier), c’est un sombre et palpitant film d’hommes, sans aucun personnage féminin, à l’instar du Deuxième souffle de Melville. Il s’agit d’ailleurs d’un des rares rôles dramatiques de Bourvil, ici crédité au générique avec son prénom pour la première fois, et qui décèdera quelques mois après la fin du tournage. Melville continue son entreprise de fondation d’une nouvelle mythologie criminelle, à la symbolique existentialiste, avec ses personnages prisonniers de leur destin, ses codes d’honneur et gestes méticuleux, sans aucun objet ou détail laissé au hasard mais en même temps terriblement esthétiques. Le Cercle Rouge partage avec Le Samourai une citation orientale ouvrant le récit (ici du Bouddha), deux acteurs à l’interprétation glaçante (Delon et Perrier), des personnages solitaires et mélancoliques, des policiers cyniques, un club de jazz délicieusement pop, et un goût pour le mutisme (le premier dialogue apparaît au bout de sept minutes, la scène du casse dure vingt-cinq minutes sans dialogues). Un des grands films noirs français, à ranger dans la liste des inspirations de Tarantino ou du cinéma hongkongais.