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21 mai 2017 : Ciné-club Guerre de gangs : Outsiders (1983) – West Side Story (1961)

OUTSIDERS

– 19h : Outsiders (Francis Ford Coppola – 1983 – 114 minutes)

avec C. Thomas Howll, Matt Dillon, Diane Lane, Ralph Macchio, Rob Lowe, Patrick Swayze, Emilio Estevez, Tom Cruise, Leif Garrett

Dans les années 50 dans l’Oklahoma, deux bandes d’adolescents, se font la guerre : les Greasers, délinquants défavorisés, contre les Socs, issus des beaux quartiers.

Après l’historique Apocalypse Now, Francis Ford Coppola était revenu à un cinéma moins épique, le très stylisé et musical Coup de cœur. Dans un genre encore différent et stylistiquement bien plus sobre, il adapte d’un roman best-seller de Susan Hinton Outsiders, une histoire d’adolescents bagarreurs. Il explore bien sûr la confusion et la complexité existentielles de cette période ingrate, où l’on cherche sa place dans la société, à se situer par rapport aux adultes et à la famille, et où l’amitié est la valeur la plus élevée. La dimension sociologique est particulièrement présente, entre les deux bandes issues de classes opposées. Le casting est remarquable pour révéler toute une génération de jeunes acteurs inconnus qui deviendront des stars : Matt Dillon (Sexcrimes, Mary à tout prix), Patrick Swayze (Dirty Dancing, Ghost), Tom Cruise (Top Gun, Mission Impossible), Emilio Estevez (The Breakfast Club), Diane Lane (Rusty James, Les Rues de feu), Ralph Macchio (Karate Kid), Rob Lowe (A la Maison Blanche, Wayne’s World). Excellemment bien filmé et mis en scène, Outsiders se révèle particulièrement juste, innocent et touchant, et n’est pas sans rappeler le mythique La Fureur de vivre avec James Dean. Rusty James, le film suivant de Coppola, sera aussi adapté d’un roman de Susan Hinton, avec Matt Dillon.

WEST SIDE STORY

– 21h : West Side Story (Robert Wise & Jerome Robbins – 1961 – 153 minutes)

avec Natalie Wood, Richard Beymer, Russ Tamblyn, Rita Moreno, George Chakiris

Les Jets, américains d’origine polonaise, et les Sharks, immigrés portoricains, se font la guerre à New-York. Mais la sœur du chef des Sharks et l’ancien chef des Jets tombent amoureux…

En 1957, l’âge d’or des comédies musicales avec Gene Kelly et Fred Astaire est bien révolu. Mais un spectacle mis en musique par Leonard Bernstein triomphe à Broadway durant trois ans : West Side Story. Robert Wise, connu pour sa diversité de genres (science-fiction, polar, péplum, guerre), est choisi pour le produire au cinéma et le mettre en scène, cette deuxième casquette étant partagée avec l’auteur de la pièce, Jerome Robbins pour les chorégraphies. Les acteurs répètent pendant d’innombrables heures, la plupart étant doublés pour les parties chantées. Le tournage dure six mois, et contrairement à la tradition hollywoodienne des musicals sur-stylisés, une partie est filmée en extérieur dans les rues de New York durant cinq semaines. West Side Story est un miracle visuel, chorégraphique et mélodramatique, doublé d’une sérieuse critique sociale, ciblant les problèmes d’immigration et de délinquance derrière le vernis de l’american way of life. Remplies de scènes et chansons fameuses, ce Romeo et Juliette musical, urbain et ethnique est un triomphe public et critique, raflant dix Oscars (meilleurs film, réalisateur, acteur et actrice de second rôle, direction artistique, costumes, photographie, son, montage et musique). Non content d’avoir relancé la comédie musicale, il en est un des sommets absolus. Robert Wise signera quand même un autre classique du genre en 1965 : La Mélodie du bonheur.

17 avril : Ciné-club Montgomery Clift : The Misfits (Les Désaxés) (1961) – La Rivière Rouge (1948)

LES DESAXES

– 19h : The Misfits (Les Désaxés) (John Huston – 1961 – 124 minutes)

avec Clark Gable, Marilyn Monroe, Montgomery Clift, Eli Wallach, Thelma Ritter

Une femme divorcée et désenchantée se lie avec un groupe de « désaxés » : un cowboy vieillissant, un mécanicien au cœur brisé et un cavalier de rodéo usé par le temps.

Les Désaxés (The Misfits en v.o.) se révèle être tragiquement hanté par la fatalité, à plus d’un titre. Le scénario a été écrit par le dramaturge Arthur Miller, pour mettre en valeur les qualités d’actrice dramatique de sa femme, Marilyn Monroe –qu’il quittera pour une photographe du tournage du film. Avec ce personnage de femme paumée, il lui offre son plus beau rôle, manifestement biographique. Il s’agira d’ailleurs de son dernier film, puisqu’elle ne terminera jamais Something’s Got to Give de George Cukor – elle sera retrouvé morte dans des circonstances troublantes en 1962. Le légendaire Clark Gable (Autant en emporte le vent) a une crise cardiaque fatale deux jours après la fin d’un tournage difficile et éprouvant (il dura le double du planning), parait-il à cause de l’attitude insupportable de Monroe, à moins que ce ne soit en réalité parce qu’il réalisait ses cascades lui-même à cinquante-neuf ans, comme maîtriser un cheval fougueux. Montgomery Clift, dépressif et alcoolique, ne tournera plus que trois films par la suite et succombera en 1966 à seulement quarante-cinq ans. Seul Eli Wallach (Le Bon, la Brute et le Truand) sauvera sa peau de ce film maudit et crépusculaire de marginaux déboussolés, signant la fin d’une époque : l’Ouest mythique et l’âge d’or hollywoodien. John Huston (Le Faucon maltais, Le Trésor de la Sierra Madre), familier des histoires d’errance et d’échec, ne pouvait pas être plus indiqué pour la réalisation de ce classique du cinéma américain. Rarement des acteurs ont interprété leurs rôles avec autant de vérité, tant ils ressemblent à leurs vies.

 LA RIVIERE ROUGE

– 21h : La Rivière Rouge (Howard Hawks – 1948 – 133 minutes)

avec John Wayne, Montgomery Clift, Walter Brennan, Joanne Dru, Coleen Gray, John Ireland

Au XIXème siècle, un pionnier de l’élevage doit convoyer son énorme bétail du Texas au Missouri, une route difficile, incertaine et dangereuse. Son comportement devient tyrannique à l’égard de ses cowboys, contre l’avis de son fils adoptif.

La Rivière Rouge est à la fois le premier western de Howard Hawks (Scarface, Le Grand Sommeil), le premier film où Hawks dirige John Wayne (La Chevauchée fantastique) et le premier film du jeune Montgomery Clift, déjà l’étoffe d’un grand. C’est aussi et surtout un tournant dans l’histoire du genre, puisqu’il s’agit d’un des tout premiers à aborder des thématiques sérieuses, adultes et psychologiques, tranchant avec les inoffensifs westerns de série B et sérials commerciaux qui pullulaient avant-guerre. Adapté d’un roman de Borden Chase, ce « sur-western » spectaculaire traite ainsi de l’ambition, du conflit des générations, du vieillissement, du complexe d’Œdipe, de la mégalomanie du self-made-man brillamment joué par John Wayne, en rivalité avec son fils adoptif qui ose lui tenir tête. En se focalisant sur les personnages et leurs zones d’ombre, Hawks réinvente le genre, et donne un souffle épique et mythologique au film, avec de palpitantes scènes d’angoisse et de paranoïa où les personnages redoutent l’irruption à tout moment l’arrivée d’un John Wayne vengeur et enragé (John Ford découvrit avec ce film que son acteur fétiche savait jouer !). Le tournage fut périlleux et coûteux : dix mille bêtes dans de magnifiques décors naturels, régulièrement frappés d’intempéries, ce qui fit perdre de l’argent à Hawks malgré le succès commercial et critique du film. La Rivière Rouge n’a pas pris une ride et reste un des plus grands westerns américains, avant la relecture italienne et spaghetti.

Ciné-club Jean-Pierre Cassel / Philippe de Broca : Les Jeux de l’amour (1959) – Le Farceur (1961)

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– 19h : Les Jeux de l’amour (Philippe de Broca – 1959 – 85 minutes)

avec Jean-Pierre Cassel, Geneviève Cluny, Jean-Louis Maury

Une jeune antiquaire souhaite se marier et un enfant avec son compagnon, mais celui-ci refuse. En revanche, leur voisin amoureux se propose d’y remédier.

Philippe de Broca a commencé sa carrière au bon endroit : assistant-réalisateur de Claude Chabrol sur Le Beau Serge, Les Cousins et A Double tour (1959), et de François Truffaut sur Les Quatre cents coups (1959). Dans cette période d’ébullition créatrice et de tournages à tout va, c’est tout naturellement que Philippe de Broca réalise son premier long-métrage, Les Jeux de l’amour, produit par Claude Chabrol (qui y fait d’ailleurs une route apparition) et écrit avec Daniel Boulanger (avec qui il collaborera toute sa carrière) sur une idée de Geneviève Cluny (l’actrice principale) – idée que Jean-Luc Godard reprendra pour Une femme est une femme (1961). De Broca trouve son premier acteur fétiche, Jean-Pierre Cassel (père de Vincent), alter ego du réalisateur, toujours dans un mouvement perpétuel, bondissant, bavard et charmeur ; sa présence et son dynamisme en font rétrospectivement un rival du jeune Jean-Paul Belmondo (qui tournera beaucoup avec de Broca, notamment L’Homme de Rio ou Le Magnifique). Le film repose en grande partie sur ses épaules, lui donnant une folie douce et une poésie qui rappellent les marivaudages de Musset. Si le film n’est pas strictement de la Nouvelle Vague, il n’en est pas loin non plus, avec ses tournages en extérieur, incarnant une certaine modernité à l’aube des années 60, avec la jeunesse française insouciante tâchant d’oublier les contraintes de la société, sortant dans les boîtes de nuit en cave de Saint-Germain-des-Prés, en quête de rencontres et plaisirs éphémères. Il se dégage même une inspiration des comédies américaines loufoques d’avant-guerre, type screwball comedy. Une bouffée d’air frais dans le cinéma français qui sera récompensée de l’Ours d’argent du Festival de Berlin, et qui lancera la carrière de De Broca et de Cassel.

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– 21h : Le Farceur (Philippe de Broca – 1961 – 87 minutes)

avec Jean-Pierre Cassel, Anouk Aimée, George Wilson, Geneviève Cluny, Pierre Palau, Anne Tonietti, François Maistre, Jean-Pierre Rambal

Un jeune séducteur extravagant tombe amoureux d’une belle bourgeoise mariée à un industriel ennuyeux.

De Broca continue sur sa lancée avec Le Farceur, affinant son style dans la même trajectoire. Chabrol est toujours producteur, Boulanger co-scénariste, George Delerue à la partition (il en signera dix-sept pour de Broca). Jean-Pierre Cassel persévère dans son personnage d’insatisfait ne tenant jamais en place, libertaire sur ressort, chantant et criant. Geneviève Cluny est aussi du casting, mais en second rôle, puisque c’est la belle, raffinée et mythique Anouk Aimée (La Dolce Vita, Lola, Huit et demi, Un Homme et une femme) qui incarne l’objet de l’amour obsessionnel du héros. Le Farceur a plus de budget et cela se voit : d’un trio on passe à une famille d’excentriques, les décors sont plus variés et plus spacieux, tout en conservant un goût du bazar, de l’accumulation et du détail. Ne se confinant plus dans un quartier, Jean-Pierre Cassel arpente à présent Paris, ses rues et, ses toits, à pied, à vélo ou en voiture. Le film est cependant plus profond qu’il n’y paraît : derrière son intrigue classique à la Marivaux on perçoit une mélancolie latente, un hédonisme dont la fuite en avant mène droit à une impasse et aux déceptions, un aveuglement qui révèle une immaturité et une inadaptation fondamentale aux codes de la société banale et policée. En tout cas l’écriture est plus subtile et vaudra au film de recevoir le Prix du meilleur scénario du Festival de Locarno. De Broca continuera presque exclusivement dans ses films optimistes, légers et sautillants, en finissant avec L’Amant de cinq jours (1961) sa trilogie avec Cassel, et connaîtra le triomphe public avec Belmondo avec Cartouche (1962) et surtout L’Homme de Rio (1964).

En bonus seront projetés deux court-métrages de Philippe de Broca : « La Gourmandise » (avec George Wilson et Paul Préboist, extrait du film à sketch Les Sept Péchés capitaux, 1962, 19 minutes) et « Mademoiselle Mimi » (avec Jean-Claude Brialy et Jeanne Moreau, extrait de Le plus vieux métier du monde, 1968, 18 minutes).

Ciné-club Paul Newman arnaqueur ! L’Arnaqueur (1961) – L’Arnaque (1973)

Paul Newman, parmi sa très longue et prestigieuse filmographie, a tourné deux de ses films les plus connus comme arnaqueur. Nous ne pouvions pas résister au plaisir de les regrouper pour une séance de ciné-club, puisqu’ils sont très différents et tout aussi excellents.

Dimanche 24 novembre :

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– 19h : L’Arnaqueur (Robert Rossen – 1961 – 134 minutes)

avec Paul Newman, Piper Laurie, George C. Scott, Jackie Gleason

 Eddie Felson est un arnaqueur professionnel au billard. Il fait semblant d’être mauvais pour pouvoir faire parier à ses adversaires de grosses sommes. Il rêve de se confronter au champion Minnesota Fats.

 Enorme succès critique, L’Arnaqueur est rapidement devenu un classique grâce à sa tragique histoire sur la victoire et l’échec (c’est un des rares films américains où le héros se dépasse en renonçant à son idéal pour accepter la froide réalité), des interprétations excellentes (mention spéciale au trop peu reconnu George C. Scott), la mise en scène remarquable de Robert Rossen, une superbe photographie en noir et blanc, et ses nombreuses scènes marquantes (pas seulement celles de billard). Les acteurs n’ont pas été doublés pour les scènes de billards (à l’exception d’un coup) – alors que Newman n’y avait jamais joué avant le tournage ! On raconte d’ailleurs que le film remit le billard à la mode. Nominé à neuf Oscars (dont meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario adapté, Paul Newman et Piper Laurie pour meilleurs acteurs, George C. Scott et Jackie Gleason pour meilleurs seconds rôles), il ne remporta que ceux de meilleure direction artistique et de meilleure photographie, le rival West Side Story raflant la mise cette année-là. Mais Paul Newman le gagna en reprenant son rôle pour la suite du film, La Couleur de l’Argent, réalisé par Martin Scorsese en 1986 avec Tom Cruise.

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– 21h : L’Arnaque (George Roy Hill – 1973 – 124 minutes)

avec Paul Newman, Robert Redford, Robert Shaw

 Pour venger un ami, deux escrocs du Chicago des années 30 mettent au point une gigantesque arnaque de paris sportifs visant un puissant gangster.

 Quatre ans après le succès de Butch Cassidy et le Kid, Paul Newman et Robert Redford reforment leur duo savoureux devant la caméra de l’exigeant George Roy Hill pour une nouvelle comédie palpitante, cette fois-ci dans le tumultueux Chicago des années 30, où les escroqueries et règlements de compte étaient de rigueur. Le maire de Chicago refusa d’ailleurs d’autoriser le tournage dans sa ville par peur que le film n’en donne une mauvaise réputation. Les costumes et décors sont remarquablement restitués, et la bande-son re-popularisa le ragtime (bien qu’anachronique, le ragtime ayant décliner dans les années 20, remplacé par le jazz). Même si son scénario est plus sérieux et plus complexe que Butch Cassidy et le Kid, les acteurs (avec toute une charmante troupe de seconds rôles) insufflent une douce fantaisie au film, que l’impeccable réalisation rend très prenant. Quinzième plus grand succès commercial de l‘histoire du cinéma, le film fit une razzia aux Oscars, avec sept statuettes : meilleur film, meilleur second rôle, meilleur scénario original, meilleure direction artistique, meilleurs costumes et meilleur montage. Il connaîtra une suite sans grand intérêt en 1982, L’Arnaque 2, avec un autre réalisateur et personne du casting d’origine.