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20 novembre : Ciné-club Afrique : Johnny Mad Dog (2008) – Hatari ! (1962)

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– 19h : Johnny Mad Dog (Jean-Stéphane Sauvaire – 2008 – 100 minutes)

avec Christopher Minie, Daisy Victoria Vandy, Dagbeh Tweh, Barry Chernoh, Mohammed Sesay, Leo Boyeneh Kote, Prince Kotie, Nathaniel, J. Kapeyou, Eric Cole, Joseph Duo

En Afrique, des adolescents sont enrôlés de force dans un commando d’enfants soldats pour combattre dans une guerre civile.

L’écrivain Emmanuel Dongala décrivait en 2002 l’enfer des enfants soldats de son pays en guerre dans son roman Johnny Chien Méchant. Le documentariste Jean-Stéphane Sauvaire, aidé à la production par Mathieu Kassovitz, souhaitait l’adapter pour son premier long-métrage, et ils ont du mal à trouver un pays africain où le tourner. Choisissant finalement le Liberia, ils n’ont engagé que d’authentiques anciens soldats (parfois très jeunes) de ses deux guerres civiles (1989-1997 et 1999-2003). Ces derniers ont travaillé pendant un an pour répéter, improviser, apprendre les techniques d’acteurs, influençant même le scénario et les dialogues quand leurs propres expériences du conflit étaient bien plus réalistes que le script. Johnny Mad Dog est ainsi un film on ne peut plus cru et authentique sur l’enfer de la guerre dans un pays africain – non précisé à l’écran. Ces adolescents, aux surnoms et déguisements extravagants, tuent, pillent, violent, ivres de drogues, de violence et de superstitions, manipulés par les maîtres de guerre aux idéologies arbitraires et lointaines. Le film est magnifiquement tourné (pendant six semaines) et photographié dans de longs plans séquences à la steady cam, tandis que les acteurs, revivant par catharsis leurs exactions passées, jouent admirablement et intensément. Le tournage du film a contribué à réconcilier les anciennes factions ennemies du pays, et la Fondation Johnny Mad Dog a par ailleurs été créée pour aider aussi bien les acteurs que les anciens enfants soldats, scolarisés pour la première fois. Johnny Mad Dog reste une expérience forte sur un sujet et une région peu documentée au cinéma, et a été récompensé du Prix de l’espoir dans la catégorie Un Certain Regard du Festival de Cannes.

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– 21h : Hatari ! (Howard Hawks – 1962 – 158 minutes)

avec John Wayne, Hardy Krüger, Elsa Martinelli, Red Buttons, Gérard Blain, Michèle Girardon, Bruce Cabot, Valentin De Vargas, Eduard Franz

Au Tanganyika, une bande de chasseurs d’animaux sauvages pour zoos voit son joyeux équilibre chamboulé par l’arrivée d’un français et d’une photographe italienne.

Howard Hawks excelle dans les genres les plus différents : comédie (L’Impossible Monsieur Bébé), gangster (Scarface), science-fiction (La Chose d’un autre monde, dont Carpenter tirera un remake avec The Thing), film noir (Le Grand sommeil), ou western (La Captive aux yeux clairs). Il souhaitait depuis longtemps réaliser un film de chasse en Afrique, mais les studios lui refusaient le budget, trop élevé. Mais le succès colossal de Rio Bravo, grand classique du western avec John Wayne (avec qui il avait déjà tourné La Rivière Rouge), lui permet de décrocher le budget nécessaire à son projet. Il part donc tourner en Tanganyika (aujourd’hui Tanzanie) pendant cinq mois avec sa vedette John Wayne, ainsi que Hardy Krüger (Un Taxi pour Toubrouk), la gracieuse Elsa Martinelli (La Rivière de nos amours d’André De Toth) ou le comique de télévision Red Buttons. Deux français sont au casting, mais leurs rôles furent considérablement réécrits et réduits en cours de route – Gérard Blain (Le Beau Serge et Les Cousins de Chabrol) ayant des querelles politiques avec Wayne, et Michèle Girardon (La Mort en ce jardin de Buñuel) refusant les avances de Hawks… A noter qu’aucun acteur n’est doublé pendant les scènes de chasse ou de ligotage d’animaux, Wayne et Krüger devenant même de véritables chasseurs ! Hatari ! (qui signifie « danger » en swahili) n’est pourtant pas un film d’aventure comme le souhaitait les studios Paramount, car il n’a pas de tension dramatique ni d’ennemi – si ce n’est les dangereux animaux à capturer, mais que les chasseurs n’essaient pas de tuer. C’est bien plutôt un film de personnages, alternant légèreté, exotisme, romance, comédie, séquences spectaculaires de chasses motorisées, animaux attachants et beaux paysages en Technicolor – le tout sur une partition du grand Henry Mancini (La Panthère rose). Une déconstruction et modernité de la narration qui vaudra à Hawks l’admiration de la Nouvelle Vague française.

11 septembre : Ciné-club Triangle amoureux par François Truffaut : Jules et Jim (1962) – Le Dernier Métro (1980)

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– 19h : Jules et Jim (François Truffaut – 1962 – 105 minutes)

avec Jeanne Moreau, Oskar Werner, Henri Serre, Marie Dubois, Boris Bassiak, Danielle Bassiak, Sabine Haudepin, Michel Subor

Au début du siècle, une femme libre fait tourner la tête et le cœur de deux amis inséparables.

François Truffaut découvre le livre d’Henri-Pierre Roché en 1955 et en tombe sous le charme – il en fait même l’éloge dans un de ses articles. Il entame une correspondance amicale avec l’auteur, mais ce dernier meurt avant que Truffaut ne commence son adaptation, en 1962, pour son troisième film. Relativement littéraire par ses dialogues et sa voix off, Jules et Jim est un tourbillon de vie et d’amour autour d’une femme libre, décidée à réinventer l’amour, alternant entre deux amis inséparables, un français et un allemand. Jeanne Moreau domine ce film insolent et virevoltant, d’une grande modernité de ton pour la France des années 60 qui entamait sa révolution sexuelle, en cela typiquement Nouvelle Vague. Hymne à l’amour et à la vie, passant de la légèreté comique à la gravité dramatique, le film a reçu une pluie de récompenses critiques internationales, et reste iconique du réalisateur et de l’époque. Truffaut retrouvera Oskar Werner pour Farenheit 451 (1966) et Jeanne Moreau pour La Mariée était en noir (1967), tandis qu’il adaptera un autre roman d’Henri-Pierre Roché en 1971, Les Deux Anglaises et le continent.

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– 21h : Le Dernier Métro (François Truffaut – 1980 – 137 minutes)

avec Catherine Deneuve, Gérard Depardieu, Jean Poiret, André Ferréol, Paulette Dubost, Jean-Louis Richard, Sabine Haudepin, Maurice Risch, Heinz Bennent

Pendant l’Occupation à Paris, une femme reprend la direction du théâtre Montmartre que son mari, juif, a dû abandonner. Une pièce de son mari est cependant mise en scène, mais l’acteur principal est amoureux d’elle.

L’Occupation a engendré bien des classiques du cinéma français, tantôt comique avec La Grande Vadrouille, tendre avec Jeux Interdits, trouble avec Le Corbeau ou glacial avec L’Armée des ombres. François Truffaut souhaitait depuis longtemps revenir sur cette sombre période de l’Histoire française, notamment la vie à Paris bouleversée par la présence des Nazis, les lois contre les Juifs, la création artistique sous la censure. Par ailleurs, comme dans La Nuit Américaine, Le Dernier Métro utilise la mise en abyme, cette fois-ci une pièce de théâtre au centre du film, de sorte que la fiction et le réel, l’art et la vie se rejoignent au-delà des contingences et aléas, les rôles ne se terminent pas à la sortie de scène. Autour d’un scénario remarquable et minutieux, Catherine Deneuve et Gérard Depardieu sont prodigieux. Ironiquement, sa perfection classique range le film dans le registre de la Qualité Française, genre cinématographique d’après-guerre caractérisé par le scénario et le tournage en studio, si durement (et injustement) attaqué par Truffaut en personne quand il était critique, que la Nouvelle Vague a entrepris de remplacer. Le Dernier Métro est le dernier triomphe de Truffaut, couronné de dix Césars, dont ceux de meilleurs film, réalisateur, acteur, actrice et scénario, un record seulement égalé par Cyrano de Bergerac. Le réalisateur ne tournera plus que deux films supplémentaires, dont La Femme d’à côté (1981) avec Gérard Depardieu.

6 mars : Ciné-club Jamaïque : James Bond 007 contre Dr No (1962) – Marley (2012)

JAMES BOND CONTRE DR NO

– 19h : James Bond 007 contre Dr No (Terence Young – 1962 – 110 minutes)

avec Sean Connery, Ursula Andress, Joseph Wiseman, Jack Lord, Bernard Lee, Anthony Dawson, Lois Maxwell

James Bond est envoyé en Jamaïque enquêter sur la disparition d’un agent secret britannique.

Ancien espion, Ian Flemming créé le personnage de James Bond en 1953 avec le roman Casino Royale. Celui-ci est adapté en téléfilm dès l’année suivante. Malgré l’immense succès des romans (quatorze jusqu’à la mort de l’auteur en 1966), les projets cinématographiques n’aboutissent qu’en 1962, avec Dr No (sixième roman de James Bond). Il se déroule en Jamaïque, l’ancienne colonie britannique où Ian passait deux mois par an pour y écrire ses romans (dans sa maison nommée Goldeneye !). Pour son premier rôle principal, Sean Connery décroche le personnage de sa vie, devenant une icône cinématographique et sans doute le meilleur interprète de l’agent secret, tant celui-ci a été fermement modelé par l’acteur écossais pendant sept films. Une autre inconnue, Ursula Andress, engagée sans casting sur la foi d’une simple photo, devient sex-symbol à partir d’une mythique scène où elle sort de l’eau en bikini (vendu aux enchères 41.000 livres !), créant d’emblée la signature des James Bond Girls. Le rôle du Dr No (déjà un membre de l’organisation SPECTRE) fut même proposé à Christopher Lee (Dracula), cousin de Ian Fleming ! Espionnage, action, exotisme, séduction, smoking, tous les codes de James Bond sont là, depuis la fameuse séquence de générique sur la musique de John Barry. Pour un budget d’à peine un million de dollars, Dr No rapporte soixante fois la mise, et est le point de départ d’une des grandes sagas du cinéma, avec plus de vingt films.

 MARLEY (2012)

– 21h : Marley (Kevin Macdonald – 2012 – 145 minutes)

Avec Bob Marley, Ziggy Marley, Rita Marley, Jimmy Cliff, Bunny Wailer, Lee Scratch Perry, Chris Blackwell

C’est durant le tournage du Dernier roi d’Ecosse (2006) en Ouganda que Kevin Macdonald a l’idée de faire un documentaire sur Bob Marley, en voyant à quel point le musicien était populaire à l’autre bout du monde, et surtout que les africains se reconnaissaient autant dans son discours que les jamaïcains. Malgré la pléthore de livres et de films déjà consacrés à la superstar internationale, le réalisateur voulait redécouvrir l’individu, sa musique et son message dans toute leur force et leur complexité derrière les clichés et les tubes ressassés par les radios ou supermarchés. Heureusement le budget a permis de travailler pendant quatorze mois pour contacter, persuader et interviewer plus de soixante-dix personnes, et localiser le maximum d’archives audiovisuelles disponibles (parfois inédites) auprès de collectionneurs du monde entier. Chose rare, la famille Marley a apporté son soutien et partagé ses documents personnels. Ce travail conséquent est d’autant plus important qu’il recueille les témoignages de ceux qui ont connu Marley, ce qui ne sera plus possible pour les générations futures, et qui permet d’obtenir un éclairage intime et authentique sur lui, combinant ses facettes les plus diverses : musicien, rastafari, prophète, militant politique, père de famille. De la banlieue jamaïcaine jusqu’à Londres en passant par ses concerts historiques au One Love Peace Concert de Kingston ou à celui de l’indépendance du Zimbabwe, le message rempli d’amour, d’espoir et de spiritualité à travers la musique ne pouvait pas être mieux restitué que dans ce documentaire passionnant.

21 février : Ciné-club Arsène Lupin : Signé Arsène Lupin (1959) – Arsène Lupin contre Arsène Lupin (1962)

SIGNE ARSENE LUPIN

– 19h : Signé Arsène Lupin (Yves Robert – 1959 – 99 minutes)

avec Robert Lamoureux, Alida Valli, Yves Robert, Jean Bellanger, Robert Dalban, Roger Dumas, Jacques Dufilho, Michel Etcheverry, Jean Galland

A la fin de la Première Guerre mondiale, Arsène Lupin reprend du service et se met en quête du trésor de la Toison d’or, convoité par son rival.

Le célèbre gentleman-cambrioleur est né sous la plume de Maurice Leblanc en 1905. Outre les dizaines de romans et nouvelles (y compris par d’autres auteurs après la mort de Leblanc), Arsène Lupin a vécu ses aventures à la radio, au cinéma, en série télévisée, dessin animé, bande-dessinée, manga et même opérette ! Signé Arsène Lupin en est déjà la septième adaptation cinématographique, suite directe des Aventures d’Arsène Lupin (Jacques Becker) avec Robert Lamoureux, qui reprend son rôle à la perfection. Ces films sont tout à fait fidèles à l’esprit mondain, espiègle et séducteur du personnage, plongé dans des histoires remplies de trésors, de voyages et d’énigmes. A ceci près que Lupin se déguise très souvent, et que le roman permettait de surprendre jusqu’au lecteur lui-même de l’identité qu’il prenait, révélée après coup. Au cinéma c’est évidemment moins systématique pour qui est observateur, malgré de bons maquillages. Signé Arsène Lupin est en tout cas une solide aventure, rythmée et drôle, mise en scène par l’excellent Yves Robert (La Guerre des boutons, Le Grand Blond avec une chaussure noire), qui y joue aussi un rôle non négligeable.

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– 21h : Arsène Lupin contre Arsène Lupin (Edouard Molinaro – 1962 – 111 minutes)

avec Jean-Claude Brialy, Jean-Pierre Cassel, Françoise Dorléac, Geneviève Grad, Jean Le Poulain, Michel Vitold, Anne Vernon

A la mort de leur père, les deux films naturels d’Arsène Lupin recherchent le trésor de Poldavie caché par lui.

Le film suivant Signé Arsène Lupin ne concerne pas tant le gentleman-cambrioleur que ses deux fils, entre héritage spirituel et rivalité autour d’un trésor. Jean-Claude Brialy et Jean-Pierre Cassel rivalisent d’audace, d’humour et de charmes pour être à la hauteur de leur glorieux parent. Cela qui donne un film original et rythmé, avec deux héros pour le prix d’un, arbitrés par la jeune Françoise Dorléac (fiancée avec Cassel à la ville). L’ambiance est plus moderne et fantaisiste, sixties oblige. La réalisation d’Edouard Molinaro (Un Témoin dans la ville, L’Emmerdeur) donne même quelques clins d’œil au cinéma muet. Arsène Lupin contre Arsène Lupin a longtemps été le dernier film sur le héros, avant une nouvelle adaptation en 2004 avec Romain Duris.

18 octobre : Ciné-club mutinerie : Ouragan sur le Caine (1954) – Les Révoltés du Bounty (1962)

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– 19h : Ouragan sur le Caine (Edward Dmytryk – 1954 – 124 minutes)

avec Humphrey Bogart, José Ferrer, Van Johnson, Fred MacMurray, Robert Francis, May Wynn, Tom Tully, Lee Marvin

Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’équipage d’un bateau de guerre a du mal à se plier aux méthodes de son nouveau capitaine et à son commandement douteux.

Ouragan sur le Caine est tiré d’un livre récompensé par le Prix Pulitzer, et l’on comprend pourquoi : le scénario et les dialogues sont tout à fait solides, maîtrisés et subtils, parvenant à maintenir la tension psychologique et la progression dramatique. Il faut savoir que l’œuvre est imprégné du maccarthysme et de sa chasse aux sorcières : Edward Dmytryk en a été victime et a dû sous la pression dénoncer de nombreux confrères communistes, ce qui le discréditera durablement. Ainsi l’histoire reflète ce climat de suspicion, de remise en cause du patriotisme et du rôle ambigu des intellectuels, jusqu’à l’hypocrisie et la lâcheté. Humphrey Bogart, en capitaine autoritaire, paranoïaque et fragile, livre rien de moins qu’un de ses meilleurs rôles. Les autres acteurs sont tout aussi brillants, à commencer par Fred MacMurray (Assurance sur la mort, La Garçonnière). Grand succès en salles et nommé à sept Oscars (dont meilleurs film, scénario, et acteurs pour Bogart et Tom Tully), Ouragan sur le Caine est un classique des fifties comme on n’en fait plus, où tout est impeccable, juste et passionnant. Pour l’anecdote, l’acteur anglais Michael Caine y trouva l’inspiration pour son pseudonyme !

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– 21h : Les Révoltés du Bounty (Lewis Milestone – 1962 – 185 minutes)

avec Marlon Brando, Trevor Howard, Richard Harris, Hugh Griffith, Richard Haydn, Tarita, Percy Herbert

En 1789, le navire anglais Bounty s’embarque pour plusieurs mois de navigation en direction de Tahiti pour récolter des arbres à pain, vitaux pour nourrir les esclaves de la couronne britannique. Mais son capitaine se montre tyrannique et cruel avec l’équipage…

Inspiré d’une histoire vraie, Les Révoltés du Bounty narre la plus célèbre mutinerie de l’histoire navale. Raconté par Jules Verne ou Lord Byron, déjà adapté au cinéma en 1933 (avec Errol Flynn) et en 1935 (avec Clark Gable et Charles Laughton, oscarisés) – puis plus tard en 1984 (avec Mel Gibson et Anthony Hopkins) -, le mythe continue de passionner, et cette version de Lewis Milestone (A l’Ouest, rien de nouveau, L’Inconnu de Las Vegas) n’est pas en reste. En effet le budget est titanesque, mainte fois dépassé, au point de mettre le studio MGM au bord de la faillite ! Un véritable navire a été spécialement construit à l’identique à partir des plans originaux, le tournage a un lieu jusqu’en Polynésie française avec des milliers de figurants locaux. Brando aussi a donné de sa personne : il grossissait pendant le tournage au point que les costumiers devaient reprendre ses costumes régulièrement, il a attrapé une maladie vénérienne, son interprète tahitienne est devenue sa troisième femme, et il a acheté une petite île voisine de Tahiti. Malgré les évidentes qualités esthétiques, de mise en scène, de casting (Trevor Howard ne pouvait être plus délicieusement détestable) et d’ambiance (les irrésistibles et langoureuses séquences à Tahiti) du film, confirmées par sa nomination à sept Oscars (meilleurs film, décors, photographie, effets visuels, montage, musique, chanson), il fut un échec financier (trop coûteux à rembourser). Mais Les Révoltés du Bounty est quand même resté un classique spectaculaire en Technicolor, épique et exotique, témoin d’un certain âge d’or d’Hollywood avec de grandes histoires, de grands acteurs et de grands moyens, sans surenchère commerciale débilitante.

27 septembre : Ciné-club polar avec Jean Gabin et Alain Delon : Mélodie en sous-sol (1963) – Le Clan des Siciliens (1969)

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– 19h : Mélodie en sous-sol (Henri Verneuil – 1962 – 121 minutes)

avec Jean Gabin, Alain Delon, Maurice Biraud, Vivianne Romance, Carla Marlier

A sa sortie de prison, Charles décide de faire un dernier grand coup avant de se retirer. Avec un jeune voyou fougueux, il organise un casse au casino de Cannes.

Après Le Président et Un Singe en hiver, Henri Verneuil retrouve le monstre sacré Jean Gabin et le succulent dialoguiste Michel Audiard pour un troisième film commandé par les studios MGM. Si dans le précédent Gabin était accompagné de la jeune star de la Nouvelle Vague Jean-Paul Belmondo, il a affaire ici à son concurrent, Alain Delon, qui a fait des pieds et des mains pour parvenir à tourner avec son idole (remplaçant ainsi le pauvre Jean-Louis Trintignant), n’hésitant pas à tourner sans cachet et à abandonner le tournage du Guépard, au gram damne de Visconti ! C’est d’ailleurs ce film qui fit de lui une star internationale, après des débuts remarqués dans Plein soleil ou Rocco et ses frères. Mélodie en sous-sol est en effet un immense succès dans le monde entier, et même un classique du film de casse français, avec sa réalisation impeccable et soignée, des acteurs au sommet de leur charisme balançant d’excellentes répliques d’Audiard, sur une partition rythmée de Michel Magne. Et surtout sa dernière scène est légendaire et inoubliable !

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– 21h : Le Clan des Siciliens (Henri Verneuil – 1969 – 125 minutes)

avec Jean Gabin, Alain Delon, Lino Ventura, Irina Demick, Amedeo Nazzari, Yves Lefebvre, Marc Porel, Sydney Chaplin, André Pousse

Un truand s’évade d’un fourgon de police avec la complicité d’un clan sicilien. Il leur propose de dérober une importante collection de joaillerie à Rome.

Le succès des films d’Henri Verneuil l’a fait engager par les studios américains pour deux films aux Etats-Unis avec Anthony Quinn et Charles Branson. Fort de cette expérience et renommée, la 20th Century Fox est prêt à mettre le paquet avec un budget record pour un polar français, qui permet d’engager trois des plus grosses stars françaises : Jean Gabin, Alain Delon et Lino Ventura, réunis pour la première fois à l’écran (bien qu’ils aient déjà tournés ensemble séparément). Gabin en patriarche mafieux sicilien, Delon en truand recherché pour meurtre et Ventura en flic coriace – un casting comme on n’en fait plus ! Le film lui-même est tout aussi ambitieux et spectaculaire puisqu’il montre pour la première fois au cinéma le casse d’un avion en vol ! Co-écrit par José Giovanni (un ancien collabo, truand condamné à mort et gracié, devenu romancier puis réalisateur !), le long-métrage est d’une précision chirurgicale (presque mellevilienne), tant dans son scénario à suspense que sa mise en scène tendue. Magnifié par un des plus meilleurs thèmes d’Ennio Morricone à la guimbarde (qui a été un best-seller), Le Clan des Siciliens a été un très grand succès (4,8 millions de spectateurs français), et s’est rapidement imposé comme un des plus grandioses polars français.

8 mars 2015 : Ciné-club Gregory Peck / J. Lee Thompson

LES NERFS A VIF

– 19h : Les Nerfs à vif (J. Lee Thompson – 1962 – 106 minutes)

avec Gregory Peck, Robert Mitchum, Polly Bergen, Lori Martin, Martin Balsam, Jack Kruschen, Telly Savalas, Barrie Chase

Un ancien condamné pour viol revient harceler la famille de l’avocat qui l’a envoyé en prison pendant huit ans.

Adapté d’un roman de John MacDonald (sur une idée de Gregory Peck), Les Nerfs à vif est un palpitant film de vengeance, mais tout ce qu’il y a de plus subtile : l’ancien détenu Max Cady ne franchit pas la limite de la loi pour harceler et torturer mentalement la famille de l’avocat Sam Bowden dont il veut se venger. Le voici donc protégé par la justice, tandis que Bowden, dont la famille frôle la crise de nerf, se voit tenté de transgresser la loi pour mettre fin au harcèlement. Les rôles s’inversent donc habilement dans ce thriller psychologique tendu, sombre et machiavélique. La tension repose sur les épaules de Robert Mitchum, avec son panama vissé sur sa tête, sa démarche nonchalante et son regard inquiétant et diabolique, qui joue ici un des rôles les plus malsains et marquants de sa carrière, à côté du pasteur de La Nuit du chasseur (1955). Le climat oppressant n’est pas sans rappeler Hitchcock, qui vient de sortir Psychose (1960), et dont le compositeur fétiche Bernard Hermann a écrit la bande-son. Martin Scorsese en tirera un remake (inférieur) avec Robert De Niro et Nick Nolte en 1991, et reprenant Mitchum, Peck et Balsam (qui jouait l’inspecteur) dans des rôles astucieusement inversé par rapport à l’original, respectivement en lieutenant de police, avocat de Cady et juge.

 LES CANONS DE NAVARONE

– 21h : Les Canons de Navarone (J. Lee Thompson – 1961 – 156 minutes)

avec Gregory Peck, David Niven, Anthony Quinn, Stanley Baker, Anthony Quayle, Irene Papas, Gia Scala, James Darren

Durant la Seconde Guerre mondiale, un commando allié doit s’infiltrer dans une forteresse nazie sur l’île grecque de Navarone, pour détruire deux gigantesques canons qui coulent les bateaux de la mer Egée.

Le Pont de la rivière Kwaï (1957) a lancé la mode des superproductions militaires spectaculaires avec un casting de stars dans de superbes décors naturels, qui se poursuivra avec Le Jour le plus long (1962) ou La Grande évasion (1963). Il faut se rappeler que la concurrence de la télévision fut rude pour les studios de cinéma, il leur fallait donc mettre la barre haute pour ramener les spectateurs en salle. Les Canons de Navarone est de ceux-là. Adapté d’un roman de l’écossais Alistair MacLean, il est l’un des premiers films de commando d’élites, où un groupe de spécialistes aux personnalités si différentes seront malgré tout soudés dans un but commun, et qui inspirera de nombreux films, des Douze salopards (1967) à Inglourious Basterds (2009), en passant par la série Mission Impossible (1966-1973). En tant que co-production anglo-américaine, le casting est lui aussi international : Gregory Peck, Anthony Quinn et James Darren sont américains, David Niven, Anthony Quayle, Stanley Baker et Gia Scala sont anglais, tandis qu’Irene Papas (Zorba le Grec, Z) est un des plus grands actrices grecques. Le cadre idyllique est celui de l’île grecque de Rhodes (l’île de Navarone étant fictive), avec un soin particulier porté à montrer la douceur de vivre des grecs ou la résistance à l’envahisseur, et dont le gouvernement et l’armée collaborèrent activement au tournage pour prêter des militaires et véhicules. Nommé à sept Oscars (dont meilleurs film, réalisateur, scénario et musique), le film remporta celui des meilleurs effets spéciaux, et fut le plus gros succès commercial de 1961. Il connaîtra d’ailleurs une suite en 1978, L’Ouragan vient de Navarone, par Guy Hamilton (réalisateur de plusieurs James Bond) avec Harrison Ford et Robert Shaw.

Ciné-club Thriller par Robert Aldrich : En quatrième vitesse (1955) – Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? (1962)

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– 19h : En quatrième vitesse (Robert Aldrich – 1955 – 106 minutes)

avec Ralph Meeker, Albert Dekker, Paul Stewart, Juano Hernandez, Wesley Addy, Marion Carr

Une femme nue sous son trench court de nuit sur la route et se fait prendre en stop par un détective privé. Si jamais elle n’arrive pas à destination, elle lui demande « souvenez-vous de moi ».

Adapté d’un livre de Mickey Spillane, En quatrième vitesse (Kiss Me Deadly en v.o.) nous fait suivre les péripéties de Mike Hammer, le fameux détective privé new-yorkais, héros d’une quinzaine de romans (entre 1947 et 2009), de cinq films (en 1953, 1955, 1957, 1963 et 1982)), quatre séries télévisées (1958-1959, 1984-1985, 1986-1897 et 1997-1998) et quatre téléfilms (1983, 1984, 1989 et 1994). Cependant, ce cinquième film de Robert Aldrich (Vera Cruz, Les Douze Salopards) n’est pas rigoureusement fidèle au livre : le réalisateur et le scénariste n’en étaient pas très amateurs, et s’en servent comme prétexte pour présenter un discours et une esthétique bien plus personnels, comme bien souvent au cinéma. Ainsi le trafic de drogue devient une mystérieuse arme dévastatrice, qui donnera lieu à un fameux final apocalyptique (absent du roman). Comme d’habitude avec Aldrich, la mise en scène est rythmée et tendue, très immersive pour le spectateur, qui voit défiler dans ce polar soigné et sensuel les habituels tueurs, cadavres, blondes inquiétantes, brunes séductrices et autres seconds couteaux d’une enquête qui piétine avant d’accélérer à toute vitesse. Malgré son échec commercial à sa sortie, le film est applaudi par la critique (Les Cahiers du cinéma y voit l’égal d’Orson Welles et de sa Dame de Shanghai) et est considéré comme un grand classique novateur du film noir, en rompant avec le romantisme typique des films à la Faucon maltais (1941) pour un tournant réaliste illustré ensuite par Richard Fleischer, Don Siegel ou Clint Eastwood.

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– 21h : Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? (Robert Aldrich – 1962 – 134 minutes)

avec Bette Davis, Joan Crawford, Victor Bruno, Wesley Addy

Deux sœurs, l’une ancienne enfant star de la chanson, l’autre ancienne star du cinéma à présent sur chaise roulante, vivent ensemble recluses, dans la jalousie et le conflit, jusqu’à la folie.

Bette Davis (L’Insoumise, Eve) et Joan Crawford (Grand Hotel, Johnny Guitar) étaient deux immenses stars de l’âge d’or d’Hollywood, oscarisées, parmi les plus symboliques des années 30-40. A tel point que leur rivalité était devenu proverbiale. Quel tour de force de Robert Aldrich que de les avoir réunies dans un même film, sur le déclin (dans leur cinquantaine), en vieilles sœurs jalouses et violentes ! Le tournage contient d’ailleurs son propre lot d’anecdotes sur les crasses qu’elles se faisaient sur le plateau. Mais Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? n’est pas qu’un casting mythique. Comme Boulevard du crépuscule (1950) de Billy Wilder avec Gloria Swanson, c’est un film glaçant sur la face sombre d’Hollywood, sur la déchéance de stars aveuglées et enlaidies par leur gloire passée, avec donc des actrices dans leur quasi-propre rôle et d’authentiques extraits de films d’époque. Mais surtout, au-delà de toute cette fascinante glose méta-cinématographique, c’est intrinsèquement un thriller foudroyant, un quasi-huis clos angoissant et asphyxiant, où la mise en scène hors pair d’Aldrich nous pousse toujours plus loin dans l’horreur psychologique et les confins de la folie destructrice. Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? a été un triomphe public et critique, récoltant au box-office neuf fois son budget, remportant l’Oscar des meilleurs costumes (ainsi que des nominations à ceux de meilleure actrice pour la terrifiante Bette Davis, meilleur second rôle pour Victor Buono, meilleure photographie et meilleur son). Un grand classique du cinéma et un des quelques sommets de la filmographie d’Aldrich, qui explorera à nouveau le thème de la captivité avec le même degré de tension dans Pas d’orchidées pour miss Blandish (1971) ou (dans un contexte géopolitique) L’Ultimatum des trois mercenaires (1977).