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4 février 2018 : Ciné-club Clint Easwood / Don Siegel : Un Shérif à New York (1968) – Les Proies (1971)

– 19h : Un Shérif à New York (Don Siegel – 1968 – 94 minutes)

avec Clint Eastwood, Susan Clark, Don Stroud, Tisha Sterling, Betty Field, Lee J. Cobb

Un shérif aux méthodes expéditives est chargé d’extrader un détenu à New York. Mais celui-ci parvient à s’évader, et notre shérif, bien que dessaisi de l’affaire, va tenter de le retrouver.

Première des cinq collaborations entre le réalisateur Don Siegel et Clint Eastwood, révélé par les westerns de Sergio Leone. Ce Shérif à New York n’est en aucun cas un western mais un polar se situant dans le New York des années 60, montrant le choc des cultures d’un flic dur venu de l’Arizona qui ne s’embarrasse pas du politiquement correct pour parvenir à ses fins. Il préfigure en bien des points le futur Inspecteur Harry qu’ils tourneront ensemble en 1971, énorme succès mais politiquement controversé, et qui marquera durablement l’image de Clint Eastwood pour le reste de sa carrière. Un polar urbain efficace, cocasse et sixties, chaînon manquant entre deux périodes clefs de la filmographie d’Eastwood.

– 21h : Les Proies (Don Siegel – 1971 – 105 minutes)

avec Clint Eastwood, Geraldine Page, Elizabeth, Hartman, Jo Ann Harris, Darleen Carr, Mae Mercer, Pamelyn Ferdin, Melody Thomas, Peggy Drier, Pattye Mattick

Durant la guerre de Sécession, un caporal nordiste blessé est recueilli et soigné dans un pensionnat de jeunes filles sudistes. Malgré leur éducation puritaine, elles sont nombreuses à s’intéresser à lui.

Sans doute le film le plus osé et singulier de Don Siegel, Les Proies est un huis clos où un homme est enfermé par de jeunes filles taraudées par leurs pulsions, jalouses et rivales entre elles. Ce thriller psychologique rempli de tensions, fantasmes et frustrations, réalisé en pleine révolution sexuelle aux Etats-Unis. Avec une mise en scène originale et baroque de Siegel, il offre l’une des meilleures performances dramatiques d’Eastwood. Ce n’est pas surprenant que Sofia Coppola en ait tiré un remake en 2017, adoptant son habituelle subjectivité féminine, au lieu du machisme manipulateur du duo Siegel/Eastwood. Un grand film méconnu, palpitant du début à la fin.

25 juin 2017 : Ciné-club Vampire : Dracula et les femmes (1968) – Drácula (1931)

DRACULA ET LES FEMMES

– 19h : Dracula et les femmes (Freddie Francis – 1968 – 92 minutes)

avec Christopher Lee, Rupert Davies, Veronica Carlson, Barry Andrews, Ewan Hooper, Barbara Ewing, Marion Mathie

Dans un village des Carpates, le corps d’une jeune fille est découvert, avec une morsure dans le cou. L’évêque et le curé se rendent au château du comte Dracula, mort depuis des années. Mais en se blessant, ils font couler du sang sur sa dépouille…

Après Le Cauchemar de Dracula (1958) et Dracula, Prince des ténèbres (1966), Christopher Lee ne souhaitait plus endosser le rôle de sa vie. Mais les productions Hammer le supplièrent d’accepter, lui disant que sans cela ils devraient mettre nombre de collaborateurs au chômage. Lee, familiers de cette maison somme toute assez artisanale, céda, pour notre plus grand bonheur. On retrouve ainsi dans Dracula et les femmes tous les charmes des productions Hammer, revisitant les mythes fantastiques et monstrueux (Dracula, Frankenstein, Momie, etc.) avec leur esthétique gothique, l’ambiance sixties, les couleurs vives du Technicolor, les trucages sanglants et une touche d’érotisme. Le scénario tente même de se libérer des clichés de la franchise, s’attardant sur la vie des villageois concernés et thématisant sur le conflit entre la foi et l’athéisme. Le réalisateur des deux précédents épisodes, Terence Fisher, s’étant cassé la jambe, il laisse son poste à Freddie Francis,un autre habitué de la Hammer, qui deviendra directeur de la photographie de David Lynch ou Martin Scorsese. Il donne un surplus de style à cet opus qui aura beaucoup de succès en salle, et incitera Christopher Lee, en échange d’une augmentation de salaire, à remettre la cape du vampire encore quatre fois, jusqu’en 1974.

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– 21h : Drácula (George Melford – 1931 – 104 minutes)

avec Carlos Villarias, Lupita Tovar, Barry Norton, Pablo Alvarez Rubio, Eduardo Arozamena, José Soriano Viosca

Renfield se rend au château du compte Drácula pour réaliser une transaction immobilière…

Le roman de Bram Stoker a été adapté en pièce de théâtre, elle-même adaptée au cinéma par Universal Studios, avec le légendaire Bela Lugosi dans le rôle-titre. Cependant, au lieu de doubler le film en langue étrangère, il était courant à l’époque de tourner une version étrangère en même temps en utilisant le même scénario et les mêmes décors et costumes, avec des acteurs étrangers. Ainsi, l’américain George Melford réalise une version espagnole avec des comédiens hispanophones, tournant de nuit pendant que la version américaine se tournait de jour sur les mêmes plateaux. L’équipe technique de nuit arrivant en avance, elle eut ainsi l’avantage d’observer le travail de l’équipe américaine, de s’en inspirer ou de l’améliorer. La version espagnole de Drácula est donc plus soignée visuellement, avec de meilleurs cadrages et mouvements de caméras. Le casting hispanophone s’en tire très bien, Lupita Tovar est bien plus sensuelle et moins habillée que l’actrice américaine, tandis que l’acteur jouant Renfield est d’une démence remarquable. Si ce Drácula espagnol est moins connu du grand public que la version américaine, les cinéphiles le tiennent pour plus réussi techniquement, et ne regrettent que l’absence de l’insurpassable Bela Lugosi.

17 janvier : Ciné-club western spaghetti avec Henry Fonda : Mon nom est Personne (1973) – Il était une fois dans l’Ouest (1968)

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– 19h : Mon nom est Personne (Tonino Valerii – 1973 – 111 minutes)

avec Terence Hill, Henry Fonda, Jean Martin, Geoffrey Lewis, R. G. Armstrong, Leo Gordon

Le fameux justicier Jack Beauregard souhaite mettre un terme à sa carrière. Un admirateur souhaite le faire entrer dans la légende en affrontant la Horde Sauvage.

Mon nom est Personne est étroitement lié à la filmographie de Sergio Leone, puisque ce dernier a écrit l’idée originale et produit le film. Si son ancien assistant-réalisateur Tonino Valerii (sur Pour une poignée de dollars et Et pour quelques dollars de plus) en signe l’essentiel de la réalisation, Leone a tout de même réalisé personnellement quelques séquences (l’ouverture, le dual au saloon ou l’attaque de la Horde Sauvage). Ce meta-film est un formidable hommage au western américain, que Leone avait su réinventer, mais que la horde des copieurs italiens sans talents étaient en train de tuer dans le spaghetti. Terence Hill avait justement joué dans les westerns parodiques On l’appelle Trinita et On continue de l’appeler Trinita, que Leone avait détesté. C’est donc judicieusement que son personnage (Personne, jeu de mot issu de l’Odyssée) voue un culte au personnage d’Henry Fonda (représentant les sommets du western sous la direction de John Ford, Anthony Mann, Fritz Lang ou Sergio Leone) quand celui-ci compte prendre sa retraite (ce sera d’ailleurs son dernier western). Ennio Morricone aussi se veut référentiel, avec une partition humoristique et des variations de La Chevauchée des Walkyries de Wagner, My Way ou Il était une fois dans l’Ouest. Le fond et la forme sont donc parfaitement ajustés, avec des combats de baffes et de l’humour potache signifiant la dégénérescence d’un genre à qui l’on rendait une dernière révérence. Plus que Terence Hill, Personne est Tonino Valerii, réalisateur anecdotique fasciné par les grands du genre.

 IL ETAIT UNE FOIS DANS L'OUEST

– 21h : Il était une fois dans l’Ouest (Sergio Leone – 1968 – 165 minutes)

avec Claudia Cardinale, Henry Fonda, Jason Robards, Charles Bronson, Gabrielle Ferzetti, Woody Strode, Jack Elam, Lionel Stander, Paolo Stoppa, Frank Wolff, Keenan Wynn

Une femme hérite de terres suite au meurtre de son mari. Mais bien d’autres aventuriers convoitent ces terres juteuses à côté desquelles doit se construire une ligne de chemin de fer.

Après des péplums de série B et surtout le succès de sa trilogie du dollar, Sergio Leone souhaitait s’attaquer à sa grande œuvre, Il était une fois en Amérique. Mais les producteurs n’acceptèrent de la financer que s’il réalisait encore un western. Leone eut donc l’idée d’une nouvelle trilogie, une histoire politique de l’Amérique dans la violence et la désillusion. Sergio Leone signe alors son western baroque et définitif, avec ses lenteurs débordant de tension, silences lourds et gros plans intenses. Son introduction pré-générique de quatorze minutes est restée dans les annales des duels du cinéma. Ennio Morricone écrit l’un de ses thèmes les plus légendaires, celui de l’homme à l’harmonica – la bande-son restera classée au hit-parade des ventes pendant trois ans. Henry Fonda, habitué à incarner dans le cinéma américain des rôles nobles et justes, est ici utilisé en contre-emploi renversant, en aventurier cruel et sanguinaire (le premier « méchant » de sa carrière). Claudia Cardinale est le premier véritable personnage féminin de Leone, et a été le fantasme sensuel de toute une génération. Charles Bronson incarne un personnage mélancolique typique de Leone, hanté par les flash-backs de son passé tragique, dont la clef ne sera révélée qu’à la fin. Enorme succès en Europe (un des plus grands succès du cinéma français), Il était une fois dans l’Ouest reste encore la référence absolue du western italien avec Le Bon, la Brute et le Truand, que Tarantino continue encore de vénérer à travers Django Unchained ou Les Huit Salopards.

26 juillet : Ciné-club braquage de banque

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– 19h : L’Affaire Thomas Crown (Norman Jewison – 1968 – 102 minutes)

avec Steve McQueen, Faye Dunaway, Paul Burke, Jack Weston

Un millionnaire blasé projette de faire braquer une banque, juste pour l’excitation. Une experte en assurance est chargée de le démasquer.

L’Affaire Thomas Crown est l’un des tout premiers films à utiliser la technique du split screen (écran divisé en plusieurs écrans plus petits, pour fragmenter une action), avec Grand Prix de John Frankenheimer puis L’Etrangleur de Boston de Richard Fleischer. Cela participe à en faire un film innovant, à l’esthétique générale stylisée et soignée, depuis la mise en scène jusqu’aux superbes tenus de Faye Dunaway (fraîchement révélée dans Bonny and Clyde), en passant par la sublime musique de Michel Legrand (compositeur des films de Jacques Demy), dont la chanson « The Windmills of my heart » a remporté l’Oscar de la meilleure chanson et deviendra un standard de la pop maintes fois repris (notamment par Dusty Springfield). L’impérial Steve McQueen a dit qu’il s’agissait de son rôle préféré ! Entre film de cambriolage et jeu du chat et de la souris érotique entre les protagonistes, L’Affaire Thomas Crown culmine avec la plus longue scène de baiser (pour l’époque), une minute qui nécessita huit heures de tournage sur plusieurs jours ! Ce classique élégant et glamour a connu un remake par John McTiernan (Piège de cristal) avec Pierce Brosnan en 1999.

 HEAT

– 21h : Heat (Michael Mann – 1995 – 170 minutes)

avec Al Pacino, Robert De Niro, Val Kilmer, Jon Voight, Tom Sizemore, Diane Venora, Amy Brenneman, Ashley Judd, Mykelti, Williamson, Wes Studi, Ted Levine

La police de Los Angeles traque un gang de braqueurs professionnels. Entre leurs deux chefs qui s’affrontent un respect mutuel commence à se former.

Remake d’un téléfilm de Michael Mann de 1989 (L.A. Takedown), et inspiré d’une affaire criminelle à Chicago dans les années 60, Heat est le film de tous les superlatifs, à commencer par la première rencontre historiques entre deux monstres sacrés du cinéma américain : Al Pacino et Robert De Niro, pourtant jamais présents à l’écran simultanément grâce au champ/contrechamp. Les deux acteurs avaient beau être au casting du Parrain, deuxième partie, ils n’avaient aucune scène ensemble (puisque De Niro incarnait le parrain jeune). Tourné en décors naturels dans pas moins de 65 lieux différents à Los Angeles, le film est gorgé de scènes mythiques, comme la discussion autour d’un café entre Pacino et De Niro, le braquage de la banque et la fusillade assourdissante au cœur de Los Angeles, ou la traque finale à l’aéroport international de Los Angeles. L’écriture est marquée par l’entremêlement général des personnages et situations où tout se répercute avec la fatalité du destin, entre la vie privée et professionnelle, les accidents infimes aux énormes répercussions, les psychologies au fond très similaire entre le policier et le voleur (comme le yin et le yang) qui sacrifient tous les deux leurs vies amoureuses par obsession pour leur travail. Heat est un chef d’œuvre de tension explosive ou contenue qui a ait date, alternant densité et vide, porté par des acteurs au sommet, enveloppé d’un esthétique visuelle et musicale parfaitement subtile.

26 avril : Ciné-club science-fiction avec Charlton Heston

SOLEIL VERT

– 19h : Soleil Vert (Richard Fleischer – 1973 – 97 minutes)

avec Charlton Heston, Edward G. Robinson, Joseph Cotten, Leigh Taylor-Young, Chuck Connors, Brock Peters, Paula Kelly

En 2022 dans un monde pollué, dévasté et surpeuplé, un inspecteur mène l’enquête sur la mort d’un haut dirigeant de la seule entreprise commercialisant de la nourriture.

Adapté d’un roman Harry Harrison, Soleil Vert est un terrifiant film d’anticipation futuriste. Le monde décrit est à bout de souffle, en plein désastre écologique. Les gens s’entassent dans la rue ou les cages d’escaliers, la chaleur est étouffante, la nature a disparu, les émeutes sont calmées à l’aide de pelleteuses, les jeunes ne connaissent pas d’autres nourriture que le « soleil vert », tablette synthétique. Le fossé avec la caste des riches est immense : ils vivent dans de luxueux immeubles dont les femmes font office de « fourniture », ils ont encore accès à de la vraie nourriture cultivée dans des forteresses. C’est la mort de l’un d’eux qui va donner lieu à une enquête, qui mènera à la révélation du plus atroce des scandales. Après La Planète des singes et Le Survivant (dont Je suis une légende avec Will Smith est le remake), Charlton Heston est à nouveau le héros d’un classique de la science-fiction, à l’univers brillamment écrit et mis en forme, avec comme conseiller technique le président de American Academy for Environmental Protection), réalisé par le prolifique et varié Richard Fleischer (Les Inconnus dans la ville, L’Etrangleur de Boston, Kalidor). Le film est le 101e et dernier rôle du prestigieux Edward G. Robinson (Le Petit César, Assurance sur la mort, Le Kid de Cincinnati). Atteint d’un cancer, il décèdera peu après le tournage, ce qui rend sa dernière scène dans Soleil Vert aussi véridique que poignante. Grand Prix du Festival d’Avoriaz, le film porte un discours pessimiste et effrayant, aussi visionnaire qu’inquiétant, avec une émouvante nostalgie pour un monde naturel disparu. Les dérèglements climatiques actuels n’ont pas entamé son propos sur l’urgence écologique.

 LA PLANETE DES SINGES

– 21h : La Planète des singes (Franklin J. Schaffner – 1968 – 112 minutes)

avec Charlton Heston, Roddy McDowall, Kim Hunter, Maurice Evans, James Whitmore, James Daly, Linda Harrison

Un vaisseau d’astronautes fait naufrage sur une planète où les singes ont pris le pouvoir.

La Planète des singes est la première franchise de science-fiction, bien avant Star Wars. Son succès commercial fut immense, donnant lieu à quatre suites, deux séries télévisées (dont une en dessin animé) et de nombreux jouets et produits dérivés. Adapté d’un roman de Pierre Bulle (Le Pont de la rivière Kwaï) avec la collaboration du génial Rod Serling au scénario (La Quatrième Dimension, série culte des années 60), le film montre une planète où les singes est l’espèce la plus évoluée et domine les humains primitifs. Afin de contourner les barrières de la censure empêchant de traiter de politique ou de racisme, la science-fiction a souvent eu l’habitude de traiter ces sujets avec des extra-terrestres (comme dans Stark Trek). Outre la ségrégation, le créationnisme et l’obscurantisme religieux, c’est aussi la course au progrès et à l’armement nucléaire (guerre froide oblige), bref toute l’absurdité de notre monde qui est dénoncée par cet astucieux renversement où les humains ne sont que des animaux de laboratoire. Les masques créés pour le film (qui nécessitaient plusieurs heures de maquillage quotidien aux acteurs) doivent beaucoup à son succès, et ont fait remporter un Oscar d’honneur à son créateur. Cette saga d’aventure et de science-fiction est encore vivante aujourd’hui, avec un remake par Tim Burton en 2001 et deux suites en 2011 et 2014.

Ciné-club science-fiction kitsch : Barbarella (1968) – Flash Gordon (1980)

Les points communs de Barbarella et Flash Gordon ? Tous deux sont des films adaptés de bande-dessinée, dans un univers de science-fiction. Et ils ont le même producteur, Dino De Laurentiis. Est-ce une coïncidence s’ils se savourent bien mieux au second degré qu’au premier ?

 Dimanche 27 avril 2014 :

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– 19h : Barbarella (Roger Vadim – 1968 – 98 minutes)

avec Jane Fonda, John Phillip Law, Anita Pallenberg, Milo O’Shea, Ugo Tognazzi, David Hemmings

En l’an 40.000, alors que l’univers a oublié le concept de guerre, Barbarella doit retrouver le savant Durand Durand, qui vient de mettre au point une arme redoutable qui pourrait bouleverser la paix et l’équilibre de l’univers.

Barbarella est à l’origine une bande-dessinée française de Jean-Claude Forest, publiée à partir de 1962. Inspirée de Brigitte Bardot, l’héroïne est un archétype de guerrière amazone, évoluant dans un univers de science-fiction et sexy. Roger Vadim (Et Dieu… créa la femme, avec Brigitte Bardot) l’adapte en 1968 et donne le rôle-titre à son épouse de l’époque, Jane Fonda (fille d’Henry Fonda et sœur de Peter Fonda). Produit par Dino de Laurentiis (un italien habité des films de genre et de série B), tourné à Rome, le scénario (bourré d’humour) et la mise en scène de Barbarella ne soutiennent évidemment pas la comparaison avec les standards futurs de la science-fiction, mais son charme et son importance culturelle sont ailleurs. En effet, le film se révèle être un formidable musée de l’esthétique pop et psychédélique de l’époque : chaque scène est un prétexte à une prolifération de décors, costumes et objets inhabituels, colorés et extravagants, un régal permanent pour les yeux. Avec ses multiples tenues légères (signées Paco Rabanne), le personnage de Jane Fonda devient un des sex-symbols des années 60. Ce n’est d’ailleurs pas la seule star du casting : on croise Ugo Tognazzi (La Grande Bouffe, La Cage aux folles), David Hemmings (Blow Up), et Anita Pallenberg (compagne pendant dix ans de Keith Richards des Rolling Stones, qui tournera d’ailleurs avec Mick Jagger Performance en 1970). La bande-son est un mélange délicieux et discret de rock et de psychédélisme, à laquelle participe David Gilmour (guitariste de Pink Floyd). A noter aussi que le nom du méchant, Durand Durand, a inspiré le nom du groupe de new wave Duran Duran. L’irrésistible esthétique kitsch, sexy et psychédélique de Barbarella en a fait une icône pop des sixties, et ce n’est pas une surprise que des réalisateurs comme Robert Rodriguez (Machete) ou plus récemment Nicolas Winding Refn (Drive) ont annoncé travailler à la réalisation d’un remake.

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– 21h : Flash Gordon (Mike Hodges – 1980 – 112 minutes)

avec Sam J. Jones, Max von Sydow, Melody Anderson, Timothy Dalton, Topol, Ornella Muti

Pour sauver la Terre, le joueur de football Flash Gordon va combattre l’empereur Ming sur sa planète.

Flash Gordon est un comic américain créé par Alexander Gillepsie Raymond en 1934 – à qui l’on doit aussi Buck Rogers ou Dick Tracy (adapté au cinéma par et avec Warren Beatty en 1990). Immensément populaire aux Etats-Unis (traduit par Guy L’Eclair en France !), il a connu trois adaptations en serials (séries dont on allait voir au cinéma les épisodes, en première partie d’un film, avant l’apparition de la télévision) dans les années 30. Dans les années 70, George Lucas essaie de l’adapter au cinéma, mais comme les droits étaient déjà détenus par Dino De Laurentiis, il réalisera finalement Star Wars – l’histoire de la science-fiction a bien failli être bouleversée ! De son côté, De Laurentiis n’a pas réussi à convaincre Fellini de réaliser Flash Gordon, on se demande encore pourquoi… Tourné en Angleterre, cette adaptation de 1980 à gros budget mit le paquet dans les décors, costumes et effets spéciaux. Mais, ironie du sort, le film a beaucoup vieilli aujourd’hui, est devenu un classique du kitsch. Comme acteur principal on engagea un ancien des pages centrales de Playgirl (version féminine de Playboy pour ceux qui n’auraient pas compris), tandis que l’immense Max von Sydow joue le grand méchant, l’empereur Ming. Comme sa filmographie avec Ingmar Bergman (Le Septième Sceau, Les Fraises sauvages, La Source, etc.) semble loin ! Son costume pesant d’ailleurs plus de 30 kg, il ne pouvait le porter que quelques minutes, le temps de faire une prise à chaque fois ! Timothy Dalton parachève ce prestigieux casting, des années avant de jouer James Bond. Enfin la bande-son est signée Queen, qui ne dépareille pas avec l’esthétique du film, et dont sera issue leur single « Flash ». Si la surprise et la consternation accompagnent régulièrement le visionnage du film, elles sont toujours rapidement accompagnées d’hilarité et d’indulgence, comme pour toute série Z sympathique. Film culte, cette adaptation de Flash Gordon a été souvent citée dans d’autres films, série ou chansons, en faisant une icône pop involontaire. Le point culminant étant sans doute la fascination que les héros de Ted (2012) ont pour le film et l’acteur principal, au point que ce dernier y apparaisse et joue son propre rôle ! Ce regain de popularité ne doit pas être étranger à la décision de la Fox d’en faire un remake pour 2015. Mais deviendra-t-il aussi culte ?

Ciné-club polars par Richard Fleischer : Les Inconnus dans la ville (1955) – L’Etrangleur de Boston (1968)

Fils d’un pionnier de l’animation, Max Fleischer (Popeye, Betty Boop), Richard Fleischer (1916 – 2006) ne semble malheureusement pas avoir gravé son nom auprès du grand public français, contrairement à des John Ford, Elia Kazan ou John Huston. C’est pourtant une véritable légende hollywoodienne, qui a tourné avec les plus grands (Kirk Douglas, Robert Mitchum, Orson Welles, Anthony Quinn, Charlton Heston, Omar Sharif, etc.), auteur de plus de quarante films, et s’étant attaqué à tous les genres : guerre, science-fiction, comédie, péplum, western. Il excellait, entre autres, dans les polars, dont le Festin Nu diffuse deux classiques de haute volée.

 Dimanche 23 mars 2014 :

LES INCONNUS DANS LA VILLE

– 19h : Les Inconnus dans la ville (Richard Fleischer – 1955 – 90 minutes)

avec Victor Mature, Richard Egan, Lee Marvin, Ernest Borgnine

Dans une petite ville provinciale où les histoires et secrets de plusieurs habitants se croisent, trois gangsters viennent y préparer le cambriolage d’une banque.

Premier film de Richard Fleischer pour la Twentieth Century Fox, Les Inconnus dans la ville est un prodigieux et unique mélange de film policier et de mélodrame, sur un remarquable scénario de Sidney Boehm (Règlements de compte de Fritz Lang, 1953). C’est en effet bien plus qu’un classique film de hold-up, Fleischer y incorporant l’analyse des travers de divers habitants d’une petite ville américaine tout ce qu’il y a de plus tranquille. Derrière de paisibles apparences se cachent une mosaïque de secrets et vices qui les renvoient dos à dos avec les gangsters, loin de tout manichéisme entre criminels et innocents. Frustrations, jalousie, désir, alcoolisme, voyeurisme, vol, honte, revanche ; la tension de tout ce réseau pulsionnel et conflictuel est subtilement maîtrisée, jusqu’à ce que le cambriolage et la violence servent de catalyseur collectif et précipitent chacun vers son destin (le titre original est d’ailleurs Violent Saturday). Tourné en Arizona en format large Cinemascope, le film brille d’une palette chromatique riche et tout à fait ravissante, qui l’inscrit dans la tradition de la peinture américaine du XXème siècle. Enfin le film dispose d’une belle distribution, avec Victor Mature (Samsom et Dalila), Lee Marvin (L’Homme qui tua Liberty Valance, Les Douze Salopards) ou Ernest Borgnine (La Horde sauvage – on se souvient particulièrement de lui pour son rôle dans la série Supercopter !).

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– 21h : L’Etrangleur de Boston (Richard Fleischer – 1968 – 116 minutes)

avec Tony Curtis, Henry Fonda, George Kennedy

En 1962, une série de meurtres sordides sèment la panique à Boston, et mobilise tous les efforts de la police pour retrouver son auteur.

Adapté d’un fait divers réel sur un célèbre serial killer, L’Etrangleur de Boston est rien de moins qu’un des plus grands films criminels, tout à fait novateur et palpitant. C’est le premier film à utiliser la technique du split screen, où l’écran est divisé en plusieurs vignettes, chacune montrant une image distincte, aussi bien différentes perspectives d’une même scène que différentes scènes indépendantes. L’effet dramatique en est démultiplié, et sert spectaculairement l’action, le malaise de la population qui commente les crimes de l’étrangleur et cherche à s’en protéger, tout comme l’enquête policière qui suit à tâtons d’innombrables pistes et suspects, pendant que les meurtres s’accumulent. La distribution est de haute volée, à commencer par Tony Curtis, qui retrouve Richard Fleischer dix ans après le mythique Les Vikings (1958), et qui offre une performance dramatique absolument phénoménale et intense, sans doute la meilleure de sa carrière. Comme Marlon Brando pour Le Parrain, Curtis a d’ailleurs dû se déguiser pour passer outre le refus des producteurs qui ne voulait pas de son image de playboy de comédies. Henry Fonda (Les Raisins de la Colère, Il était une fois dans l’Ouest) et George Kennedy (Luke la main froide) sont eux aussi excellents. Si le sujet est particulièrement dérangeant, son traitement n’a rien de voyeur ni de sensationnel, puisque les crimes ne sont jamais montrés, le récit se focalisant de manière réaliste et sobre sur l’enquête et le profil psychologique du meurtrier. L’Etrangleur de Boston, avec son long final à couper le souffle, reste d’une très grande modernité, et un des sommets des riches carrières de Richard Fleischer et de Tony Curtis.

27 octobre : Ciné-club courses-poursuites avec Steve McQueen : Bullitt (1968) – Le Mans (1971)

Steve McQueen était un passionné de voiture et de course automobile. Il insistera toujours pour mettre ses talents à l’œuvre sur ses films. Voici donc l’occasion d’assister à ses deux plus mémorables courses-poursuites !

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– 19h : Bullitt (Peter Yates – 1968 – 113 minutes)
avec Steve McQueen, Robert Vaughn, Jacqueline Bisset, James Hagan

Le lieutenant de police Bullitt est chargé par un politicien ambitieux de protéger un mafieux qui doit témoigner au cours d’un procès.

Adapté d’un roman de Robert L. Pike et produit par Steve McQueen, Bullitt fait entrer le polar dans la modernité cinématographique. Tourné principalement en décors naturels et en extérieur à San Francisco, le film est nerveux, nocturne, poisseux, étonnamment réaliste, tant sur le milieu policier que médical. Malgré son scénario complexe, l’action est centrée sur le personnage de Bullitt, dont la sombre psychologie est exprimée avec une économie de dialogues et deviendra un archétype du cinéma policier. Le film est entré dans la légende pour son extraordinaire scène de course-poursuite d’une dizaine de minutes entre une Ford Mustang et une Dodge Chargers dans les rues de San Francisco, qui nécessita deux semaines de tournage et pour laquelle Steve McQueen refusa d’être doublé, et qui marqua un tournant dans le cinéma d’action. Récompensé par l’Oscar du meilleur montage, ce film au succès colossal est devenu une icône de la carrière de Steve McQueen et du thriller américain. Ford édita même en 2001 et 2008 en série limitée une Mustang Bullitt !

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– 21h : Le Mans (Lee H. Katzin – 1971 – 106 minutes)
avec Steve McQueen, Siegfried Rauch, Elga Andersen, Luc Merenda

Michael Delaney se prépare à courir la course des 24h du Mans, sa première après un terrible accident qui a par ailleurs coûté la vie à son ancien co-équipier.

Steve McQueen, arrivé deuxième à la course des 12h de Sebring en 1970, s’est énormément investi dans ce projet sur sa passion automobile, et voulait le tourner pendant une véritable course des 24h du Mans, mais les assurances refusèrent de le prendre en charge. Le circuit fut alors loué pendant trois mois avec vingt-cinq voitures de course, ainsi que des pilotes professionnels, mécaniciens et conseillers techniques, et il tourna lui-même une partie des prises de vue en Porsche 917 à une moyenne de 320 km/h. Le tournage fut pourtant difficile, avec un budget explosé et de multiples accidents : un coureur brulé au visage et aux mains, un autre amputé de la jambe, et enfin Steve McQueen évita de peu un camion en pleine course. En partie dramatique et en partie documentaire, magnifié par la bande-son de Michel Legrand, Le Mans reste un des meilleurs films et des plus réalistes sur la course automobile, étant le premier à installer des caméras sur les voitures.