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4 juin 2017 : Ciné-club Suites par Ted Post : Le Secret de la planète des singes (1970) – Magnum force (1973)

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– 19h : Le Secret de la planète des singes (Ted Post – 1970 – 94 minutes)

avec James Franciscus, Charlton Heston, Kim Hunter, Maurice Evans, Linda Harrison, Paul Richards, Victor Buono, James Gregory, Jeff Corey, Natalie Trundy, Thomas Gomez

Sans nouvelles du vaisseau de Taylor, la NASA envoie un autre équipage à sa recherche. Il s’écrase à son tour sur la planète des singes. Ces derniers sont sur le point de lancer une expédition dans la zone interdite…

A sa sortie en 1968, La Planète des singes (adapté du roman Pierre Boulle) était un événement commercial et critique, appelé à devenir un classique de la science-fiction. Une suite est mise en chantier – ce qui n’était pas du tout la norme des succès de l’époque – avec un réalisateur de télévision aux commandes, Ted Post. Charlton Heston y était opposé, mais accepte d’y jouer un petit rôle (gratuitement !) par loyauté envers le producteur Zanuck. Là où le premier épisode insistait sur le message de tolérance et d’humanisme contre le racisme, Le Secret de la planète des singes se concentre plus sur les dangers de la bombe atomique, en plein guerre froide – les manifestations de singes pacifistes ne sont pas sans rappeler les contestations étudiantes contre la guerre du Vietnam. A noter des séquences avec une secte de mutants qui donnent un film un parfum délicieusement série B (si ce n’est Z) ! Avec son faible budget, le film reprend des décors et costumes du premier épisode, mais sera quand même un succès, permettant à trois autres suites d’être mises en chantier jusqu’en 1973 ainsi que deux séries télévisées, avant le remake de Tim Burton en 2001.

MAGNUM FORCE

– 21h : Magnum force (Ted Post – 1973 – 124 minutes)

avec Clint Eastwood, Hal Holbrook, Mitchell Ryan, David Soul, Felton Perry, Robert Urich

A San Francisco, l’inspecteur Harry Callahan est confronté à une bande de policiers qui exécutent eux-mêmes les délinquants qui échappent aux tribunaux.

Dirty Harry (L’Inspecteur Harry) avait été un grand succès, définissant la personnalité et le style général des rôles de Clint Eastwood, un dur aux méthodes expéditives qui agit malgré tout pour le bien et la justice. Le film était même devenu un phénomène de société, accusé par certains critiques de prôner un durcissement fasciste de la lutte contre le crime après les dérives des sixties hippies. Le scénario de sa suite, Magnum Force, commencé par John Milius (Conan le barbare) et terminé par Michael Cimino (Voyage au bout de l’enfer), s’attaque judicieusement à cette polémique, en mettant l’inspecteur Harry aux prises avec un groupuscule de policiers fascisants rendant la justice eux-mêmes là où les tribunaux relâchent les criminels pour vices de forme ou manque de preuve. Après avoir été trop musclé avec un serial killer gauchisant dans le premier épisode, voilà Harry accusé d’être trop doux par les policiers droitisant ! Le héros est ainsi replacé au centre entre deux extrêmes – son véritable ennemi étant en réalité les procédures bureaucratiques freinant l’enquête et la justice. Magnum force reprend ainsi les ingrédients savoureux du précédent volet – on retrouve le grand Lalo Schiffrin avec sa bande-son jazz-funk – tout en arrondissant les angles. L’inspecteur Harry connaitra encore trois autres suites, tandis que Clint Eastwood poursuivra sa collaboration avec Michael Cimino en tournant dans son polar Le Canardeur en 1974.

18 septembre : Ciné-club Comédie de guerre : M*A*S*H (1970) – De l’or pour les braves (1970)

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– 19h : M*A*S*H (Robert Altman – 1970 – 115 minutes)

avec Donald Sutherland, Elliott Gould, Tom Skerritt, Sally Kellerman, Robert Duvall, Jo Ann Pfulg, Rene Auberjonois

Pendant la guerre de Corée, un camp militaire médical américain pour blessés tente de contourner le quotidien de la guerre par des comportements loufoques ou sexuels.

Les films de guerre sont un des piliers du cinéma américain, vantant le patriotisme, l’héroïsme et la puissance du pays (La Grande Evasion, Le Jour le plus long, Les Canons de Navarone). Aussi spectaculaires et réussis qu’ils peuvent être, ils n’en servent pas moins le mythe politico-culturel national, sous l’étroit contrôle des majors d’Hollywood. Cependant, avec la contre-culture des années 60 et la désillusion de la guerre du Vietnam, les mentalités commencent à changer, tant dans le public que sur les plateaux de tournage. Faire financer une satire de la guerre par un grand studio américain est délicat, mais comme la 20th Century Fox est déjà accaparée par deux grosses productions militaires (Tora ! Tora ! Tora ! et Patton), Robert Altman (Nashville, The Player, Short Cuts) parvient à faire profil bas avec son petit projet de quatre millions de dollars. Adapté d’un roman de Richard Hornberger, M*A*S*H tourne en dérision la vie militaire, avec une unité médicale excentrique qui s’efforce de passer du bon temps, à jouer des tours aux à raseurs ou à laisser libre cours à leurs penchants sexuels, pour oublier les folies de la guerre. Faisant beaucoup improviser ses acteurs (en partie débutants), Altman conserve néanmoins un ton réaliste et un humour noir, rendant sa farce d’autant plus crédible et percutante dans une forme comique à peu près inédite. Enchaînant les séquences d’anthologie, M*A*S*H obtient un succès public et critique immense, remportant la Palme d’or du Festival de Cannes (rarissime pour une comédie) ou l’Oscar du meilleur scénario (et quatre autres nominations, dont meilleurs film et réalisateur). Le film culte se déclinera en une série télévisée au succès sans précédent pendant pas moins de onze saisons (soit bien plus longtemps que les trois ans de la véritable guerre de Corée !), son dernier épisode (de 2h30 !) étant resté le record absolu d’audience de la télévision américaine pendant vingt-sept ans.

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– 21h : De l’or pour les braves (Brian G. Hutton – 1970 – 144 minutes)

avec Clint Eastwood, Telly Savalas, Donald Sutherland, Don Rickles, Carroll O’Connor, Harry Dean Stanton

En pleine Seconde Guerre mondiale en France, une bande de militaires vont en territoire ennemi pour s’emparer de nombreux lingots d’or gardés par les nazis dans une banque.

Après le classique Quand les aigles attaquent, Clint Eastwood retrouve le réalisateur Brian G. Hutton pour un nouveau film de guerre, mais cette fois-ci dans un ton tout à fait différent, puisqu’il s’agit d’une comédie ! Certes pas une comédie classique car De l’or pour les braves reste tout de même une grosse production militaire avec des scènes de combats et d’explosions, mais dans un registre inhabituel, immoral et déjanté, où les militaires sont plus motivés par leur enrichissement personnel que par la libération de la France, n’hésitant pas à se disputer, magouiller, contourner leur hiérarchie et détourner les véhicules et équipements militaires à leurs propres fins. Le film est donc une farce irrévérencieuse qui a dû faire grincer bien des dents aux Etats-Unis parmi les anciens combattants ! Portés par des acteurs efficaces, de Clint Eastwood au complètement cinglé et proto-hippie Donald Sutherland (M.A.S.H., Le Casanova de Fellini) en passant par Telly Savalas (héros de la série Kojak !), sur une partition du grand Lalo Schifrin (Bullitt, L’Inspecteur Harry, Opération Dragon), De l’or pour les braves est une critique loufoque des valeurs américaines et de la guerre, sorti quelques mois seulement après M.A.S.H.,, avec des clins d’œil aux films de western (évidemment ceux d’Eastwood avec Leone) ou de gangsters. Le film connaîtra un remake français (Les Morfaloux avec Jean-Paul Belmondo), tandis que Les Rois du désert (avec George Clooney et Ice Cube) reprendra exactement le même thème pendant la guerre du Golfe.

20 décembre : Ciné-club Dracula : Dracula (1931) – Une Messe pour Dracula (1970)

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– 19h : Dracula (Tod Browning – 1931 – 75 minutes)

avec Bela Lugosi, David Manners, Helen Chandler, Dwight Frye, Edward Van Sloan

Renfield se rend en Transylvanie à la rencontre du comte Dracula, en vue d’une acquisition immobilière à Londres. Mais les villageois l’en dissuadent fortement.

Après le fameux Nosferatu de Murnau (titré ainsi pour contourner les droits d’auteur), ce Dracula est la première adaptation officielle du roman de Bram Stoker – ou plus exactement d’une pièce de théâtre à Broadway qui en est tirée, où jouait déjà Bela Lugosi et Edward Van Sloan. Lugosi, hongrois, ne parlait d’ailleurs pas un mot d’anglais et dû apprendre son texte par cœur phonétiquement. On comprend mieux d’où vient la diction si particulière, gracieuse et terrifiante du premier Dracula parlant au cinéma, et qui en figera les codes pour des décennies ! Produit par Universal, le film inaugure l’âge d’or des Universal Monsters, ces films de monstres qui eurent tant de succès à l’époque, avec Frankenstein, La Momie, Le Loup-Garou ou L’Homme invisible. Il rend populaire le mythe du vampire et de son célèbre comte, qui devient une immense icône audiovisuelle et culturelle tout au long du XXème siècle, et fera de Lugosi un des représentants majeurs du cinéma fantastique. Ce dernier fut longtemps réduit à ce rôle, au point d’être enterré avec son costume du comte.

 UNE MESSE POUR DRACULA

– 21h : Une Messe pour Dracula (Peter Sasdy – 1970 – 95 minutes)

avec Christopher Lee, Ralph Bates, Linda Hayden, Anthony Corlan, Geoffrey Keen, John Carson, Peter Sallis

Au XIXème siècle, des bourgeois anglais participent à une messe noire ayant pour but de faire renaître le comte Dracula.

Après les Universal Monsters, les studios anglais Hammer constituent un nouvel âge d’or du cinéma fantastique, revisitant la plupart des monstres mythiques avec les moyens modernes des années 60 : couleurs vives, effets spéciaux sanglants, décors gothiques à l’anglaise et touches d’érotisme. Christopher Lee endosse la cape du comte vampire dans Le Cauchemar de Dracula (1958) et devient à son tour une star, son meilleur interprète avec Lugosi. Le film est un succès et engendre de nombreuses suites sous la pression des distributeurs américains. Cependant, Lee s’en lassera progressivement, ce qui ne l’empêchera pas de tenir le rôle sept fois pour la Hammer, et une autre fois sous la direction de Jesus Franco. Suite immédiate de Dracula et les femmes, Une Messe pour Dracula s’intéresse à la messe noire et au satanisme (à la mode dans les sixties, ne serait-ce que chez Black Sabbath ou Led Zeppelin), par le biais d’un groupe de bourgeois débauchés-hypocrites en manque de sensations fortes. Lee est paradoxalement peu présent à l’écran, pour mieux faire monter la tension avant le retour du prince du mal, et entre ses apparitions hypnotiques et sanglantes. En réalité le film fut initialement écrit sans le personnage de Dracula, et ce n’est qu’au dernier moment que Lee accepta de participer au film. Mais sa présence minimaliste (vingt-huit mots prononcés !) a toujours l’effet maximal !

7 juin : Ciné-club Clint Eastwood / Don Siegel

L'INSPECTEUR HARRY

– 19h : L’Inspecteur Harry (Don Siegel – 1971 – 102 minutes)

avec Clint Eastwood, Harry Guardino, Reni Santoni, Andy Robinson, John Larch, John Vernon

A San Francisco, l’inspecteur Harry Callahan doit retrouver un tireur et kidnappeur psychopathe en usant de ses méthodes expéditives aux frontières de la loi.

Après avoir joué les cowboys solitaires dans les années 60, Clint Eastwood entame les années 70 avec son rôle le plus connu, en tant que justicier absolu dans la ville moderne, n’hésitant pas à enfreindre la loi pour imposer sa conception de la justice ou à abattre un malfrat. Inspiré de l’histoire non élucidée du tireur de San Francisco, L’Inspecteur Harry fut très polémique à sa sortie, beaucoup y voyant une morale réactionnaire et machiste, prônant la justice personnelle et l’auto-défense, là où d’autres le considéraient comme le héros dont l’Amérique avait besoin à une époque de doute socio-culturel, arguant que le coupable avait fini par avoir plus de droit que la victime. En tout cas le film a été un énorme succès, créant un nouveau standard de film d’action, western urbain contemporain où San Francisco devient un personnage à part entière. Plusieurs scènes et répliques sont devenues cultes. L’excellente musique jazz-funk de Lalo Schifrin (Bullit, Opération Dragon, Mission Impossible, Starsky et Hutch) contribue énormément à la dynamique et à la tension du film. L’Inspecteur Harry connut pas moins de quatre suites, atténuant progressivement son personnage. Clint Eastwood en réalisa une (Le Retour de l’inspecteur Harry), et finit même par parodier son personnage dans un autre de ses films, La Relève (1990).

 SIERRA TORRIDE

– 21h : Sierra Torride (Don Siegel – 1970 – 114 minutes)

avec Clint Eastwood, Shirley MacLaine, Manolo Fabregas, Alberto Morin, Armando Silvestre

Au XIXème siècle au Mexique, un cowboy mercenaire sauve une nonne des griffes de bandits, et ils vont aider les révolutionnaires à attaquer un fort détenu par l’armée française.

Don Siegel (L’Invasion des profanateurs de sépultures) est l’un des deux mentors de Clint Eastwood, avec Sergio Leone. Après avoir été révélé par le réalisateur italien dans les westerns de la trilogie du dollar, c’est avec Siegel qu’il apprendra le mieux le métier et éprouvera l’envie de devenir réalisateur. Ils ont tourné ensemble cinq films, dont trois westerns. D’ailleurs, dans le premier western qu’il réalise, L’Homme des hautes plaines, Eastwood place deux pierres tombales portant les noms de Sergio Leone et Don Siegel, comme pour mieux enterrer symboliquement ses pères. Enfin son grand classique Impitoyable lui est dédié personnellement. Dans Sierra Torride, Eastwood donne la réplique à Shirley MacLaine, grande sœur de Warren Beatty, star (elle est créditée avant Eastwood) des comédies romantiques de Billy Wilder (La Garconnière, Irma la douce). Son rôle de nonne en plein de western ne manque pas de piquant, et donnera lieu à bien des situations cocasses entre elle et Clint Easwood, qui quant à lui habite sans difficulté son personnage habituel de cowboy cynique. Autre réminiscence leonienne, Ennio Morricone signe la musique de bon petit western picaresque tourné au Mexique.

Ciné-club catastrophes aériennes : Y a-t-il un pilote dans l’avion (1980) – Airport (1970)

Avec les vacances d’été, il s’agit d’être conscient de la tournure que peut prendre votre voyage en avion !

Y A T'IL UN PILOTE DANS L'AVION

– 19h : Y a-t-il un pilote dans l’avion ? (Jim Abrahams, David Zucker, Jerry Zucker – 1980 – 88 minutes)

avec Robert Hays, Julie Hagerty, Lieslie Nielsen, Robert Stack, Lloyd Bridges, Peter Graves

L’équipage d’un avion est victime du poisson avarié des plateaux repas, et a donc besoin d’un pilote qui puisse reprendre les commandes.

Y a-t-il un pilote dans l’avion ? est une des plus fameuses parodies du cinéma ! Difficile de trouver quelqu’un qui ne l’aurait pas vu, mais le fait qu’il soit régulièrement classé parmi les films les plus drôles de tous les temps prouve qu’il y a toujours du plaisir à le revoir, à se souvenir de gags oubliés ou en découvrir un qu’on n’avait jamais relevé. Ecrit et réalisé par le trio ZAZ (Zucker, Abrahams, Zucker), le film regorge de références cinématographiques, en premier lieu la série des films Airport (dans le second, une petite fille voyage pour subir une greffe), mais pas seulement. L’une des inspirations principales est le film A l’heure zéro (1957), lui-même remake d’un téléfilm canadien où l’équipage d’un avion est victime d’une intoxication alimentaire, et le héros pilote est un ancien combattant traumatisé. ZAZ a d’ailleurs racheté les droits du film pour qu’on ne les accuse pas de l’avoir plagié en le parodiant, parfois en reprenant des dialogues du film dans un contexte délirant ! Entre autres films détournés on trouve aussi Les Dents de la mer (l’aileron dans les nuages), La Fièvre du samedi soir (la séquence de danse disco) Tant qu’il y aura des hommes (le baiser sur la plage), et bien d’autres. Le succès fut énorme, qui donna lieu en 1982 à une suite dans l’espace nettement moins bonne, puisque, même avec une partie du casting original, ZAZ n’a pas participé à l’écriture ou à la réalisation. Les ZAZ continueront de leur côté les parodies burlesques avec Leslie Nielsen dans la série Police Squad et surtout la trilogie des Naked Gun (Y a-t-il un flic pour sauver la reine/le président/Hollywood ?), tandis que Jim Abrahams réalisera les deux Hot Shots (avec Charlie Sheen et Lloyd Bridges) et Le Prince de Sicile (avec Lloyd Bridges), et David Zucker Scary Movie 3 et 4 (avec Charlie Sheen et Lieslie Nielsen).

AIRPORT

– 21h : Airport (George Seaton – 1970 – 136 minutes)

avec Burt Lancaster, Dean Martin, Jean Seberg, Jacqueline Bisset, George Kennedy, Helen Hayes, Van Heflin, Maureen Stapleton

Les péripéties d’un aéroport international de Chicago et de son personnel, entre tempête de neige bloquant un avion sur une piste, passager clandestin et menace de bombe en plein vol.

Adapté d’un best-seller, Airport est le premier film catastrophe moderne, qui lance les codes inédits de ce qui deviendra une mode dans les années suivantes : gros budget, catastrophes naturelles ou technologiques vraisemblables, casting de stars, enjeux humains dramatiques et tension permanente. Pour un budget de 6 millions de dollars il en rapporte plus de 100 millions, faisant de lui un des films les plus rentables du cinéma américain. Dans son sillon seront logiquement tournés d’autres films catastrophes spectaculaires : L’Aventure du Poséidon (1972, avec Gene Hackman), Tremblement de terre (1974, avec Charlton Heston), La Tour infernale (1974, avec Paul Newman et Steve McQueen). De la part de ce qu’on appelle un blockbuster, Airport reste finalement loin des surenchères actuelles en effets spéciaux, explosions et psycho-drames futiles. Il s’avère relativement sobre et très bien écrit, dans une veine réaliste et quasi-documentaire durant une longue exposition avant les événements dramatiques, décrivant le fonctionnement de l’aéroport et du complexe management qu’il requiert, avec les implications sur la vie privée du personnel, ponctuée de touche de comédie. Un casting de luxe a été constitué, ce qui rend chaque scène délectable rien qu’avec les pointures qui y jouent. Le succès n’est pas que commercial, il est aussi critique : Helen Hayes remportera l’Oscar du meilleur second rôle, tandis que le film sera nominé à neuf autres : meilleurs film, scénario, second rôle pour Maureen Stapleton musique, décors, costumes, photographie, montage, mixage. Airport aura donc droit à trois suites, avec George Kennedy comme seul acteur récurrent (dont Airport 80 Concorde avec Alain Delon en pilote !), et sera parodié dans Y a-t-il un pilote dans l’avion !

Ciné-club Alain Dleon : Plein Soleil (1960) – Le Cercle Rouge (1970)

Grand mythe du cinéma français jusqu’à la caricature, Alain Delon n’en a pas moins une filmographie irréprochable pendant sa décennie des années 60, triomphant autant pour sa beauté insurpassable qui contribua à son succès que pour sa recherche de rôles à contre-emploi pour casser son image. Il a travaillé avec les plus grands réalisateurs (Visconti, Antonioni), et il brille ici devant la caméra des rares stylistes français, à l’esthétique méticuleuse et sublime, René Clément et Jean-Pierre Melville, avec qui il tourna plusieurs films, parmi ses meilleurs.

 Dimanche 17 novembre 2013 :

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– 19h : Plein Soleil (René Clément – 1960 – 115 minutes)

avec Alain Delon, Marie Laforêt,  Maurice Ronet

 Tom Ripley est chargé par un milliardaire de ramener son fils aux Etats-Unis. Ripley suit donc Philippe Greenleaf et sa fiancée Marge dans ses vacances en Italie, et une complicité malsaine se tisse entre eux.

 Adapté du roman Monsieur Ripley de Patricia Highsmith (qui connaîtra quatre suites, dont plusieurs adaptées au cinéma), Plein Soleil est pour Alain Delon, irradiant de beauté, son premier grand rôle, qui fera de lui une vedette et lancera sa longue carrière cinématographique. D’autre part, René Clément signe un véritable bijou, un thriller sur la convoitise et les faux-semblants, dont la mise en scène est magistrale et subtile, aussi moderne que poétique. Chromatiquement superbe, débordant de scènes inoubliables, le film est rempli de métaphores visuelles tout en restant réaliste – la déambulation estivale des personnages dans les superbes décors naturels et urbains d’Italie est une irrésistible invitation à prendre l’avion ! Nino Rota signe quant à lui une bande originale à la hauteur des richesses visuelles. Plein Soleil donnera lieu à un remake sans intérêt avec Matt Damon et Jude Law en 1999 – on voit mal comment on pourrait égaler une œuvre aussi parfaite.

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– 21h : Le Cercle Rouge (Jean-Pierre Melville – 1970 – 140 minutes)

avec Alain Delon, André Bourvil, Gian Maria Volonte, Yves Montand, François Perrier

 Un malfrat libéré de prison s’associe avec un détenu en fuite recherché par la police et un ancien flic alcoolique pour réaliser un hold-up de bijoux.

 Le Cercle Rouge est le deuxième des trois films d’Alain Delon réalisé par Jean-Pierre Melville, trois ans après Le Samourai et deux ans avant Un Flic, toujours dans une posture d’antihéros – pour l’occasion il arbore même une inhabituelle moustache ! Avec un casting de luxe (Bourvil, Montand, Volonte, Perrier), c’est un sombre et palpitant film d’hommes, sans aucun personnage féminin, à l’instar du Deuxième souffle de Melville. Il s’agit d’ailleurs d’un des rares rôles dramatiques de Bourvil, ici crédité au générique avec son prénom pour la première fois, et qui décèdera quelques mois après la fin du tournage. Melville continue son entreprise de fondation d’une nouvelle mythologie criminelle, à la symbolique existentialiste, avec ses personnages prisonniers de leur destin, ses codes d’honneur et gestes méticuleux, sans aucun objet ou détail laissé au hasard mais en même temps terriblement esthétiques. Le Cercle Rouge partage avec Le Samourai une citation orientale ouvrant le récit (ici du Bouddha), deux acteurs à l’interprétation glaçante (Delon et Perrier), des personnages solitaires et mélancoliques, des policiers cyniques, un club de jazz délicieusement pop, et un goût pour le mutisme (le premier dialogue apparaît au bout de sept minutes, la scène du casse dure vingt-cinq minutes sans dialogues). Un des grands films noirs français, à ranger dans la liste des inspirations de Tarantino ou du cinéma hongkongais.