Archives du mot-clé 1972

24 juin 2018 : Ciné-club Espace : Les Evadés de l’espace (1978) – Solaris (1972)

– 19h : Les Evadés de l’espace (Kinji Fukasaku – 1978 – 105 minutes)

avec Sonny Chiba, Vic Morrow, Philip Casnoff, Etsuko Shihomi, Tetsura Tamba, Mikio Narita, Hiroyuki Sanada

En l’an 5001, la planète Jillucia a été envahie par les terribles soldats Gavanas et devient sous la coupe de leurs dirigeants, Rockseia 12 et Mother Dark. Cependant, une légende raconte que huit courageux héros viendront un jour libérer Jillucia…

En 1977, l’immense succès de Star Wars aux Etats-Unis a inspiré de nombreux copieurs, comme souvent au cinéma. C’est ainsi  que la Toei Company a réussi à obtenir du gouvernement le report de la sortie japonaise de Star Wars pour lui permettre de tourner rapidement son propre film de science-fiction. Les Evadés de l’espace sort donc en 1978, cinq mois avant Star Wars au Japon, et aura encore de succès que lui ! Avec ses six millions de dollars de budget, c’est le film le plus cher de l’histoire du cinéma japonais, mais c’est tout de même la moitié de celui de Star Wars, ce qui ne passe pas inaperçu à l’écran. Il garde néanmoins un indéniable charme kitsch, pour ne pas dire nanar. Des spécialistes considèrent même que certains plans et mises en scène des Evadés de l’espace se retrouveront dans les futurs L’Empire contre-attaque et Le Retour du Jedi – ce qui n’est pas improbable, quand on connait l’inspiration japonaise de George Lucas (à commencer par Kurosawa). Le réalisateur, Kinji Fukasaku, signera plus tard Battle Royale (2000) et sa suite (2003). L’acteur Sonny Chiba, star des arts martiaux, tournera non seulement dans la série X-Or, mais aussi dans Kill Bill, Tarantino n’ayant jamais caché son admiration pour Les Evadés de l’espace. Enfin, pour capitaliser sur le succès du film et rentabiliser les vaisseaux, costumes et décors, Toei Company produira une série télévisé dérivée, qui sortira en France sous le nom de… San Ku Kaï !

– 21h : Solaris (Andreï Tarkovski – 1972 – 167 minutes)

avec Donatas Banionis, Natalia Bondartchouk, Jüri Järvet, Anatoli Solonitsyne, Nikolaï Grinko, Alexandre Micharine, Julian Semenov

Un savant soviétique est envoyé sur la station gravitant dans l’orbite de la mystérieuse planète Solaris, où d’étranges phénomènes se produisent : un physicien s’est suicidé, et deux autres sont dans un état nerveux perturbant. La planète Solaris semble en effet les confronter à une part refoulée d’eux-mêmes…

Troisième film d’Andrei Tarkovski (Andreï Roublev), Solaris est adapté du roman du polonais Stanislas Lem. Souvent considéré comme le 2001 : l’Odyssée de l’espace soviétique, les deux films sont pourtant bien différents, comme leurs auteurs évidemment. Tarkovski avait horreur des films de science-fiction, les démonstrations technologiques ne l’intéressent pas du tout, il n’avait pas vu préalablement le film de Kubrick (qu’il trouvera plus tard stérile !). Il se sert donc de Solaris pour réaliser, comme d’habitude, une méditation éthique sur la condition de l’homme face à ses désirs, l’immensité universelle, l’inexplicable absolu. Sa lenteur participe à une fascination esthétique irrésistible, seul point commun avec 2001. C’est l’actrice Natalia Bondartchouk qui avait fait découvrir à Tarkovski le roman original quand ils étaient étudiants en cinéma ; son interprétation a fait dire à ce dernier qu’elle avait éclipsé tout le monde à l’écran. Malgré 48 coupures imposées par la censure soviétique (ce qui était souvent anticipé et déjoué par les réalisateurs, en faisant exprès d’inclure des séquences à couper pour en préserver d’autres plus subtiles et essentielles à l’œuvre), Solaris remporte le Grand Prix du Festival de Cannes. Comme souvent dans l’histoire du cinéma, un prétentieux a cru bon, à la stupéfaction générale, de commettre en 2002 un remake de ce chef d’œuvre intemporel. Sans surprise, Steven Soderbergh et George Clooney n’en sont pas sortis grandis.

14 janvier 2018 : Ciné-club Tournée rock : J’ai tout donné (1972) – Presque célèbre (2000)

– 19h : J’ai tout donné (François Reichenbach – 1972 – 80 minutes)

Le prestigieux documentariste François Reichenbach a filmé Johnny Hallyday pendant un an, tout au long de sa tournée de 1971, où celui-ci jouait dans des chapiteaux de cirque montés chaque soir, devant un public post-soixante-huitard en masse et réellement en transe. Un road movie franco-américain où Polnareff l’accompagne au clavier au Palais des Sports, les groupies font irruption dans ses hôtels, certains fans suivent toute la tournée – qui avait encore une dimension humaine, presque artisanale comparée à la logistique du star system contemporain. Avec un montage audacieux loin des documentaires consensuels habituels, Reichenbach pose une caméra intimiste et indiscrète, tentant de percer dans ses instants volés le mythe Hallyday, titan timide, idole solitaire ne s’appartenant plus, dépassé par sa légende, bête de scène absolue portant sur ses seules épaules le rock en France pendant vingt ans, épuisé avant et après les concerts dans des loges inconfortables, se couchant à 6h et dormant le jour, tentant de sauver son mariage avec Sylvie Vartan et de résister aux vices des tournées, allant enregistrer et voyager en moto aux USA, le pays de ses rêves. Présenté en ouverture du Festival de Cannes, J’ai tout donné ne triche pas sur son titre et donnera des surprises aux plus snobs amateurs de rock.

– 21h : Presque célèbre (Cameron Crowe – 2000 – 122 minutes)

avec Billy Crudup, Frances McDormand, Kate Hudson, Jason Lee, Patrick Fugit, Anna Paquin, Fairuza Balk, Noah Taylor, Philip Seymour Hoffman, Jimmy Fallon

Dans les années 70, un adolescent est engagé par le magazine Rolling Stone pour suivre la tournée du groupe de rock Stillwater, avec son lot habituel de groupies et d’excès.

A travers le groupe fictif Stillwater, Cameron Crowe raconte sa propre jeunesse dans ce film autobiographique. Le critique précoce signa en effet des articles pour Creem et Rolling Stone où il racontait les tournées de Led Zeppelin, Allman Brothers Band, Eagles ou Lynyrd Skynyrd. Toute l’ambiance et l’esthétique de l’époque sont donc méticuleusement reconstituées, sur scène et en coulisses, des fêtes d’hôtels aux longs voyages en bus, en passant par les tensions dans le groupe ou les plaisirs avec les groupies. Le guitar hero Peter Frampton a été engagé comme consultant technique, et la bande-son est évidemment constituée de classiques de l’époque : Led Zeppelin, Black Sabbath, Stooges, David Bowie, The Who, Rod Stewart, etc. Hollywood oblige, si Presque célèbre est forcément en-dessous de la réalité (le documentaire sur la tournée 72 des Rolling Stones, Cocksucker Blues, est toujours interdit, et il y a de quoi), il reste une agréable comédie nostalgique sur un certain âge d’or du rock et ses fantasmes, ainsi que sur le passage à l’âge adulte d’une jeune passionné naïf et innocent. Ce récit efficace a été récompensé de l’Oscar du meilleur scénario, tandis que Kate Hudson et Frances McDormand ont été nommées à l’Oscar du meilleur second rôle féminin.

6 août 2017 : Ciné-club Voyage : Delivrance (1972) – Into the wild (2007)

DELIVRANCE

– 19h : Delivrance (John Boorman – 1972 – 109 minutes)

avec Jon Voight, Burt Reynolds, Nead Beatty, Ronny Cox

Quatre amis vont dans la nature pour descendre une rivière en canoë et camper. Mais le voyage se révèle plus hostile que prévu…

Basé sur un livre de James Dickey (qui joue un shérif dans le film), Delivrance commence comme un sympathique voyage entre amis, et tourne progressivement au cauchemar irréversible. Il fut tourné en décors naturels en Géorgie et en Caroline du Sud, mais avec son budget limité de deux millions de dollars, les acteurs n’étaient pas assurés lors de leurs cascades (alors que Burt Reynolds s’est blessé dans les rapides), et en guise de figurants, des habitants locaux furent engagés à la place de professionnels. Le film interroge le rapport entre l’homme et la nature, la dualité culture/nature (la belle et fameuse séquence de banjo avec un garçon consanguin), et la part bestiale qui resurgit en l’homme quand la culture disparait. Delivrance ne cesse de croitre en intensité narrative et émotionnelle, culminant dans une des scènes chocs comme seules les années 70 en étaient capables, qui fait basculer le récit et qui hantera les protagonistes à vie (ainsi que les spectateurs). Comme le veut l’expression, on ne pourrait plus faire un film pareil aujourd’hui. Et pourtant, le film fut un grand succès, preuve que l’audace paie toujours quand il y a du talent. Il a été nommé aux Oscars de meilleurs film, réalisateur et montage, mais face au Parrain et à Cabaret, il était difficile de décrocher quoi que ce soit…

INTO THE WILD

– 21h : Into the wild (Sean Penn – 2007 – 143 minutes)

avec Emile Hirsch, Marcia Gay Harden, William Hurt, Jena Malone, Catherine Keener, Brian Dierker, Vince Vaughn, Zach Galifianakis, Kristen Stewart, Hal Holbrook

En 1990, un jeune diplômé coupe les ponts avec sa famille pour commencer une vie de voyage et d’errance, jusqu’en Alaska.

Into the wild est l’adaptation du livre Voyage au bout de la solitude de Jon Krakauer, tirée de l’histoire vraie de Christopher McCandless. Franchement diplômé, il a fui un brillant avenir, la société matérialiste et sa famille, abandonnant son nom et se surnommer Alexander Supertramp, pour sillonner l’Amérique en solitaire. Bercé par les lectures de Henry David Thoreau, Léon Tolstoï ou Jack London, il a choisi une vie sauvage et beatnik, sur la route et dans la nature, en quête de vérité et d’absolu. Le film alterne ainsi grands espaces américains (Dakota, Colorado, Californie, Alaska), rencontres avec des marginaux et survie en milieu extrêmes. Pour se préparer au rôle, Emile Hirsch a perdu vingt kilos, et n’a pas été doublé, que ce soit en descendant des courants, gravissant des rochers ou face à face avec un ours. Pour sa quatrième réalisation, Sean Penn a mis dix ans à le concrétiser, afin d’avoir l’accord de la famille McCandless. Il a été nommé à l’Oscar du meilleur montage et du meilleur second rôle pour Hal Holbrook (82 ans !), et a remporté le Golden Globes de la meilleure chanson pour « Guaranteed » d’Eddie Vedder (le chanteur de Pearl Jam compose ainsi toute la bande-son, avec Michael Brook). Entre Sur la route et Jeremiah Johnson, Into the wild est un appel vers l’ailleurs et la liberté, à la recherche de soi-même.

28 mai 2017 : Ciné-club fureur du kung-fu : La Fureur de vaincre (1972) – La Fureur du dragon (1972)

– 19h : La Fureur de vaincre (Lo Wei – 1972 – 106 minutes)

avec Bruce Lee, Nora Miao, James Tien, Maria Yi, Robert Baker, Tien Feng, Paul Wei, Riki Hashimoto, Lo Wei

Pendant l’occupation japonaise de la Chine, un disciple d’arts martiaux va chercher à venger l’assassinat de son maître.

Bruce Lee a débuté dans la série Le Frelon vert (1966-1967, que Michel Gondry adaptera au cinéma en 2011), et a enchaîné les seconds rôles en Amérique. Son immense talent martial est révélé dans Big Boss, son premier rôle principal, qui est un grand succès. Il enchaîne ainsi avec le même réalisateur, Lo Wei, avec La Fureur de vaincre. Son maître dans le film a réellement existé et remporté de nombreux tournois d’arts martiaux. Incarner son disciple, insoumis, enflammé et vengeur, inscrit alors Bruce Lee comme un des symboles nationaux de la résistance à l’oppression. Ses prouesses physiques et chorégraphiques explosent dans des scènes fascinantes et virtuoses, culminant dans un final anthologique le figeant dans l’éternité de sa légende.  Considéré comme le meilleur film de Bruce Lee, Tarantino lui rendra un hommage dans Kill Bill en reprenant le déroulement du combat contre les élèves japonais (de même que la tenue orange d’Uma Thurman est celle de Bruce Lee dans Le Jeu de la mort). Le film connaîtra un remake en 1994 avec Jet Li dans Fist of legend, une suite en 2010 avec Donnie Yen, ainsi qu’une série télévisée en 1995 déjà avec ce dernier.

LA FUREUR DU DRAGON

– 21h : La Fureur du dragon (Bruce Lee – 1972 – 99 minutes)

avec Bruce Lee, Nora Miao, Chuck Norris

Un expert en arts martiaux est appelé à Rome par son oncle pour l’aider à débarrasser son restaurant de délinquants qui le rackettent. Mais ils font appel à un champion américain…

Après l’immense succès de La Fureur de vaincre, Bruce Lee endosse pour la première et dernière fois la casquette de scénariste, producteur et réalisateur pour son film suivant, La Fureur du dragon, premier film asiatique à être tourné en Europe, en l’occurrence à Rome. Moins dramatique et parfois plus comique que dans le précédent film, Bruce Lee affronte son plus puissant ennemi, Chuck Norris, dans un mythique combat tourné au Colisée en quatre jours (au début en cachette car sans autorisation, avant d’avoir l’accord d’un agent de sécurité !), peut-être le plus grand combat d’arts martiaux du cinéma d’un point de vue professionnel. Il s’agit du plus gros succès de Bruce Lee en Asie, dépassant les records du précédent. Ensuite, Bruce Lee ne terminera qu’Opération Dragon, et décèdera en 1973 à 32 ans avant d’avoir pu finir Le Jeu de la mort.

29 janvier 2017 : Ciné-club Marlon Brando : Reflet dans un œil d’or (1967) – Le Parrain (1972)

REFLETS DANS UN OEIL D'OR

– 19h : Reflets dans un œil d’or (John Huston – 1967 – 109 minutes)

avec Marlon Brando, Elizabeth Taylor, Brian Keith, Julie Harris, Robert Forster, Zorro David, Gordon Mitchell, Irvin Dugan, Fay Sparks

Dans une caserne militaire en Georgie, d’étranges triangles amoureux se tissent, rempli de non-dits et de jalousies.

Le film s’ouvre sur la phrase « il y a un fort dans le Sud où voici quelques années un meurtre fut commis ». Adapté d’un roman de Carson McCullers, Reflets dans un œil d’or est un film tourmenté et mystérieux sur le désir, la frustration, la déviation, la folie. Derrière la surface lisse d’une caserne militaire, Marlon Brando joue un major torturé par ses démons refoulés, troublé par un de ses soldats (Robert Forster, que l’on retrouvera dans Jackie Brown, Delta Force ou Mulholland Drive) qui s’adonne au naturisme et au voyeurisme, épiant la nuit sa femme (Elizabeth Taylor) dans sa chambre. Elle, frustrée, reporte ses pulsions sur ce qu’elle peut, son cheval ou un colonel avec qui elle a une liaison. La femme de ce dernier (Julie Harris, vue dans A l’Est d’Eden ou La Maison du diable) sombre dans la folie et passe son temps avec un boy philippin caractériel. Dans le prolongement des Désaxés (1961), John Huston installe un climat de malaise rempli de tensions sexuelles et d’interprétations sous-jacentes. La photographie du film est soignée, il a d’ailleurs été tourné dans une version alternative à la teinte entièrement sépia et dorée, que la Warner refusa. Porté par de très grands acteurs, Reflets dans un œil d’or est un drame psychologique vénéneux et complexe préfigurant David Lynch à plusieurs niveaux, et un des films les plus audacieux et singuliers de John Huston.

MovieCovers-24514-218918-LE PARRAIN

– 21h : Le Parrain (Francis Ford Coppola – 1972 – 177 minutes)

avec Marlon Brando, Al Pacino, James Caan, Richard Castellano, Robert Duvall, Sterling Hayden, John Marley, Richard Conte, Diane Keaton, John Cazale

En 1945, la famille sicilienne Corleone est une des cinq familles régnant sur la mafia new-yorkaise. Mais son chef, Don Corleone, est vieillissant, et refuse la proposition d’une autre famille de s’associer dans le trafic de drogue…

Le jeune Francis Ford Coppola n’avait réalisé que quelques films inégaux (et remporté l’Oscar du meilleur scénario pour Patton) avant de s’attaquer à  l’adaptation d’un roman best-seller de Mario Puzo. Le poste avait été refusé par quantité de réalisateurs et Coppola s’est résolu à l’accepter avant tout pour renflouer sa société de production, American Zoetrope, alors en difficulté. D’un tournage houleux, bataillant constamment avec les studios Paramount alors dirigés par des financiers sans ambition artistique , il accouche rien de moins que de l’un des plus grands films de tous les temps, sur lequel tout a été dit. Le Parrain est un drame shakespearien vertigineux, pas tant un film de gangster qu’une histoire de famille et de pouvoir dont les membres ne peuvent échapper à leur destin inexorable, rempli d’intrigues, de trahisons et de meurtres. Marlon Brando était au plus bas de sa carrière, dont Paramount ne voulait plus entendre parler, mais s’abaissa à accepter un salaire en-dessous de son standard et passer une audition pour décrocher le rôle, signant une des performances les plus mythiques d’Hollywood, récompensée d’un Oscar (qu’il refusa, pour protester contre le traitement infligé aux Indiens d’Amérique). Un jeune inconnu venu du théâtre dont c’est le troisième film, Al Pacino, tient presque seul  le film sur ses épaules et lance sa riche carrière d’acteur culte. Le reste de la distribution est à chaque fois prodigieuse (James Caan, Robert Duvall, Diane Keaton, John Cazale). Le film est une splendeur à tous les niveaux, de la musique (Nina Rota) à la photographie (les scènes en Sicile…), en passant par la réalisation impériale. Succès critique et public absolu, le film est le premier à dépasser les 100 millions de dollars de recettes, culminant à 245 millions (pour un budget de 7 millions !). Il est nommé à dix Oscars et en remporte trois (dont meilleur film et meilleur scénario). Pierre angulaire du cinéma des années 70, considéré par Stanley Kubrick comme potentiellement le plus grand film jamais réalisé avec un casting parfait, la saga connaîtra deux suites (en 1974 et en 1990).

13 novembre : Ciné-club Cowboy solitaire : L’Homme des hautes plaines (1972) – L’Homme des vallées perdues (1953)

lhomme-des-hautes-plaines

– 19h : L’Homme des hautes plaines (Clint Eastwood – 1972 – 105 minutes)

avec Clint Eastwood, Verna Bloom, Mariana Hill, Billy Curtis, Mitch Ryan, Ted Hartley, Geoffrey Lewis, Stefan Gierasch

Un étranger débarque dans une petite ville martyrisée par des bandits, mais elle cache de lourds secrets…

Clint Eastwood était passé à la réalisation avec le brillant thriller Un Frisson dans la nuit (1971). Deux ans plus tard, il signe son premier western, après avoir été sous la direction de Sergio Leone un des cowboys les plus iconiques depuis John Wayne et Gary Cooper. L’Homme des hautes plaines se révèle d’ailleurs sous haute influence de son maître italien (la « trilogie du dollar »), mais aussi Don Siegel (Un Shérif à New York, Sierra torride, Les Proies, L’Inspecteur Harry) et Brian G. Hutton (Quand les aigles attaquent, De l’or pour les braves) avec qui Eastwood a aussi construit sa carrière et en même temps observé et appris le métier de réalisateur – il mettra d’ailleurs leurs trois noms sur des pierres tombales dans un cimetière, autant pour leur rendre hommage que pour prendre ses distances. Il incarne donc un drifter, cowboy mutique et minéral, sans nom et imbattable, mais le cinéaste ajoute une atmosphère presque fantastique, nocturne et d’outre-tombe. Comme dans les futurs westerns qu’il réalisera (Josey Wales hors-la-loi, Pale Rider et Impitoyable), le film est marqué par la vengeance, où le cowboy mystérieux en profite pour donner une leçon à un village rempli de lâches e de médiocres, allant jusqu’à le faire repeindre en rouge et rebaptisé « Hell », dans une vision des plus surréalistes pour un western. L’Homme des hautes plaines est ainsi un western crépusculaire où l’élève s’affranchit de ses maîtres, et augure une longue et fructueuse carrière, qui ne reviendra qu’occasionnellement au genre qui l’a révélé.

68997

– 21h : L’Homme des vallées perdues (George Stevens – 1953 – 118 minutes)

avec Alan Ladd, Jean Arthur, Van Heflin, Brandon De Wilde, Jack Palence, Ben Johnson, Edgar Buchanan

En 1889, Shane, un cowboy solitaire, arrive dans une vallée du Wyoming. Il sympathise avec une famille de fermiers qui est menacée par un gang d’éleveurs pionniers qui veulent les expulser.

Peu connu en France, L’Homme des vallées perdues est un grand classique du western aux Etats-Unis – c’était même le plus grand succès commercial du genre au cours de la décennie. Loin des batailles stéréotypée et patriotiques entre shérifs et brigands ou indiens, George Stevens (Une Place au soleil, Géant) signe un superbe western au sens le plus noble, c’est-à-dire une histoire d’individus se confrontant à leur destin dans une société qui se construit dans l’adversité, à un moment de l’histoire politique des Etats-Unis où les gens se défendaient eux-mêmes avec des revolvers quand le shérif le plus proche était à plusieurs jours de trajet en cheval. Il marquera les codes du genre, à commencer par Jack Palence, méchant iconique et menaçant vêtu de noir, et bien sûr Alan Ladd, héros au lourd passé, romantique et amer, influençant Sergio Leone avec ses hommes itinérants et mystérieux, ou Clint Eastwood dans ses propres réalisations – ce dernier allant jusqu’à faire un remake de ce film avec Pale Rider en 1985. Remportant l’Oscar de la meilleure photographie et nommé à cinq autres (meilleurs film, réalisateur, scénario, et seconds rôles pour Jack Palence et Brandon De Wilde), ce western symbolique, tendre et profond, admirablement réalisé et mis en images, annonce le genre crépusculaire des années 60 avec Sam Peckinpah (La Horde Sauvage).

13 décembre : Ciné-club triangle amoureux avec Romy Schneider : César et Rosalie (1972) – La Piscine (1969)

CESARETROSALIE

– 19h : César et Rosalie (Claude Sautet – 1972 – 111 minutes)

avec Yves Montand, Romy Schneider, Samy Frey, Bernard Le Coq, Isabelle Huppert

Rosalie vit avec César, un riche beau-parleur. Mais son amour de jeunesse David réapparait. Une étrange rivalité amicale s’installe entre les deux hommes.

Malgré un scénario écrit dès 1964, César et Rosalie mit des années à être produit, car trop osé pour l’époque : une femme aime deux hommes, sans être pour autant une garce. Catherine Deneuve tardant à donner sa réponse, Claude Sautet propose à nouveau le rôle féminin principal à Romy Schneider, avec qui il vient de tourner Les Choses de la vie et Max et les Ferrailleurs, deux classiques du cinéma français. César et Rosalie en sera un autre. Une complicité magique unit les trois acteurs du film : Yves Montant est un irrésistible beau parleur superficiel et prétentieux, tellement drôle et attachant ; Samy Frey est son exact opposé, artiste, doux et réservé ; Schneider est rayonnante de vie et de naturel dans un de ses plus beaux rôles. Sautet filme avec une justesse désarmante la comédie humaine française des années 70, ses classes sociales, ses désirs amoureux, ses hésitations et choix impossibles, jusqu’aux faiblesses masculines les plus intimes et les plus justes. Avec ses rebondissements imprévisibles, César et Rosalie est débordant d’humour et de vitalité, sans occulter la vérité dramatique.

 MovieCovers-83042-196360-LA PISCINE

– 21h : La Piscine (Jacques Deray – 1969 – 120 minutes)

avec Alain Delon, Romy Schneider, Maurice Ronet, Jane Birkin, Paul Crauchet

Jean-Paul et Marianne passe leur été dans une superbe villa avec piscine à côté de Saint-Tropez. Mais ils sont rejoints par hasard par Harry, l’ancien amant de Marianne à qui tout réussit, et sa ravissante fille Pénélope, qui sort de l’adolescence.

Alain Delon était devenu une star en 1960 dans Plein Soleil de René Clément, volant la vedette à Maurice Ronet. Huit ans plus tard, ce fameux duo rempli de fascination et de rivalité virile est à nouveau réuni par Jacques Deray (avec qui Delon tournera neuf fois) dans La Piscine. Delon retrouve une autre partenaire qui a compté dans sa vie : Romy Schneider, qu’il connait bien tant au cinéma (ils ont tourné cinq fois ensemble) qu’à la ville (par le passé ils ont été un couple médiatisé pendant cinq ans). Leurs retrouvailles et leur éloignement progressif à l’écran n’en ont que plus de saveur. Le film partage avec Plein Soleil le cadre aisé et insouciant de la Méditerranée, la lumière estivale chaude et éternelle, ainsi que cette tension de jalousie, non-dits et suspicions permanentes aux conséquences funestes, remarquablement contrebalancée par la bande originale insouciante de Michel Legrand. Grâce à l’insistance de Delon pour qu’elle joue dans le film, Schneider relança sa carrière, laissant derrière le glamour des Sisi et devenant une des grandes actrices mûres et libérées des années 70. La jeune et fraîche Jane Birkin (Blow Up d’Antonioni) vient de débuter sa carrière française, quelques jours après la fin du tournage de Slogan où elle a rencontré son compagnon Serge Gainsbourg. La Piscine eut beaucoup de succès à sa sortie, et ce drame psychologique autour de la jalousie est rapidement devenu un classique du cinéma français, porté par un casting de légendes.

8 novembre : Ciné-club Grand Blond : Le Grand Blond avec une chaussure noire (1972) – Le Retour du Grand Blond (1974)

LE GRAND BLOND AVEC UNE CHAUSSURE NOIR

– 19h : Le Grand Blond avec une chaussure noire (Yves Robert – 1972 – 89 minutes)

avec Pierre Richard, Bernard Blier, Jean Rochefort, Jean Carmet, Mireille Darc, Paul Le Person, Colette Castel

Pour contrecarrer l’ambition dévorante de son adjoint et rival, le chef des services secrets le met sur la piste d’un faux agent secret, en réalité un violoniste distrait choisi au hasard, qui voit sa vie bouleversée et menacée.

Parodie de film d’espionnage, Le Grand Blond avec une chaussure noire est un croisement entre Les Barbouzes (avec Bernard Blier) et Le Distrait (de et avec Pierre Richard). A travers l’astucieux « piège à con » imaginé par le personnage de Jean Rochefort, les scénaristes Francis Veber (Coup de tête, Le Dîner de cons) et Yves Robert (La Guerre des boutons, Un Elephant ça trompe énormément) démontrent que le quotidien le plus banal peut être interprété de la façon la plus louche et la plus loufoque avec un minimum de suspicion et d’absurde. Pierre Richard tient ici son rôle le plus iconique, un gaffeur lunaire qui lui collera à la peau tout le long de sa carrière. Le reste du casting est aussi excellent qu’impayable à se tordre de rire (Jean Rochefort, Bernard Blier, Jean Carmet), tandis que Mireille Darc n’a jamais été aussi sexy que dans sa célèbre robe Guy Laroche découvrant sa chute de reins. Avec un soin et une technique comme on n’en fait plus pour une simple comédie (scénario précis et hilarant, fameuse partition de Vladimir Cosma, costumes impeccables, photographie exceptionnelle), le film est devenu un grand succès en salles, un classique de la comédie française. Outre une suite, il connaîtra un remake américain en 1985 avec Tom Hanks.

 LE RETOUR DU GRAND BLOND

– 21h : Le Retour du Grand Blond (Yves Robert – 1974 – 81 minutes)

avec Pierre Richard, Jean Carmet, Jean Rochefort, Mireille Darc, Paul Le Person, Jean Bouise, Colette Castel

Pour se tirer d’affaire concernant les soupçons sur ses agissements, le chef des services secrets se voit contraint de manipuler à nouveau le Grand Blond, en vacances à Rio.

Après le triomphe commercial du premier volet, une suite est rapidement mise en chantier. Mais contre toute attente, Le Retour du Grand Blond s’avère être tout à fait original et bienvenu, contrairement aux lois du genre, en réalisant le tour de force de garder l’esprit du premier tout en se réinventant, sans trop se répéter. Le Grand Blond est cette fois conscient d’être un faux espion, les retournements de situations sont nombreux, et la parodie se porte moins sur Les Barbouzes que sur James Bond – en passant par l’exotisme de Rio jusqu’au thème musical de Vladimir Cosma intégrant habilement celui du premier et celui de 007 signé John Barry. Tout le casting est de retour, Jean Bouise rejoint admirablement la troupe, Jean Rochefort est encore plus au premier plan pour notre plus grand plaisir. Si toutes les suites étaient aussi travaillées, elles seraient bien plus justifiées et agréables…