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26 novembre 2017 : Ciné-club Passion extrême : 9 semaines 1/2 (1986) – Portier de nuit (1974)

9 SEMAINES ET DEMI

– 19h : 9 semaines 1/2 (Adrian Lyne – 1986 – 117 minutes)

avec Mickey Rourke, Kim Basinger, Margaret Whitton, David Margulies, Christine Baranski

Une galeriste new-yorkaise rencontre un homme mystérieux dans la rue. Ils vont s’adonner à des jeux érotiques de plus en plus intenses.

Film culte des années 80 (dont il épouse efficacement et avec soin les codes esthétiques), 9 semaines ½ se concentre sur la relation passionnelle entre la belle et sexy Kim Basinger et le mignon Mickey Rourke. Entre L’Empire des sens (en plus sage) et Le Dernier tango à Paris (en plus torride), le couple franchit une à une les étapes de la séduction, du mystère, de l’attraction irrésistible, explorant leur désir par des jeux sexuels jusqu’à la manipulation et le sado-masochisme. La bande-son est remplie de stars de la pop de l’époque : Eurythmics, John Taylor (Duran Duran), Bryan Ferry, Devo, Stewart Copeland (Police), mais c’est « You Can Leave Your Hat On » de Joe Cocker qui va devenir un tube planétaire et la chanson officielle des strip-teases (entendue jusqu’à la nausée depuis…). Le film est un échec aux Etats-Unis, mais un grand succès dans le reste du monde, et annonce Cinquante nuances de Grey. Il connaîtra une suite avec Mickey Rourke en 1997 (Love in Paris), et un prequel (avec Malcolm McDowell) en vidéo l’année suivante. Quant au réalisateur Adrian Lyne, il continuera son exploration du désir avec Liaison fatale, Proposition indécente et un remake inattendu du Lolita de Nabokov (pourtant déjà insurpassablement adapté par Kubrick).

PORTIER DE NUIT

– 21h : Portier de nuit (Liliana Cavani – 1974 – 118 minutes)

avec Dirk Bogarde, Charlotte Rampling, Philippe Leroy, Giuseppe Addobbati, Amedeo Amodio

Après-guerre, une bourgeoise séjourne avec son mari dans un grand hôtel viennois. Le portier de nuit se révèle être son ancien bourreau SS dans un camp de concentration, avec qui elle entretenait une passion sado-masochiste.

Censuré en Italie, classé X aux Etats-Unis, Portier de nuit figure sur le podium des films scandaleux, en proposant la relation complexe, sado-masochiste et amoureuse entre une déportée juive et un SS (impérial Dirk Bogarde, comme d’habitude), dans un camp durant la guerre puis dix ans plus tard à Vienne. La fiévreuse polémique lui reproche aussi de participer à la fascination esthétique et érotique du nazisme : sa scène la plus iconique est celle où Charlotte Rampling danse et chante seins nus en uniforme nazi. Le film est considéré comme l’initiateur involontaire du genre nazisploitation (dont Tarantino proposera par exemple une fausse bande-annonce au milieu de son Grindhouse, avec Werewolf women of the SS réalisé par Rob Zombie) et même du porno nazi. Cependant, la fine fleur des réalisateurs italiens tels que comme Pasolini, Visconti (Bogarde et Ramling avaient joué dans ses Damnés), Antonioni, Bertolucci ou Petri signèrent une lettre de protestation contre la Commission de censure italienne. On ne peut d’ailleurs pas accuser Liliana Cavani d’aborder le sujet avec légèreté ou inconséquence, puisqu’elle avait auparavant réalisé des documentaires sur les femmes dans la résistance italienne, recueillant des témoignages effroyables et importants, ou sur l’histoire du Troisième Reich (le premier sur le sujet à la télévision). Elle n’a pas non plus inventé le syndrome de Stockholm (quand un otage s’attache émotionnellement à son geôlier, selon de complexes mécanismes psychologiques de survie). Mais, une fois de plus, rappelons que si l’art peut avoir des vertus morales, elles ne sont en aucun cas sa condition ni sa fonction, et nous devrions ainsi être en mesure de contempler une œuvre digne et sublime sur, justement, l’ambiguïté et le vertige des situations humaines dans le violent tumulte de l’Histoire. On ne peut pas traiter du problème du Mal sans se salir les mains. Les artistes qui prétendraient le contraire seraient des imposteurs ou, pire, des naïfs. Car s’il n’y avait pas de séduction dans le Mal, il serait inoffensif.

22 octobre 2017 : Ciné-club Le Parrain, 2ème partie (1974)

LE PARRAIN 2

– 19h : Le Parrain, 2ème partie (Francis Ford Coppola – 1974 – 200 minutes)

avec Al Pacino, Robert Duvall, Diane Keaton, Robert De Niro, Talia Shire, Morgana King, John Cazale, Marianna Hill, Lee Strasberg

Michael Corleone dirige les affaires de la famille et poursuit son ascension. Mais il réchappe de peu à un attentat, et en cherche l’auteur.

Le succès colossal du Parrain a poussé les studios Paramount à demander une suite à Coppola. Comme ce dernier n’est pas du tout intéressé, les studios lui font une offre qu’il ne peut pas refuser : un million de dollars de cachet, un pourcentage sur les recettes du film, le contrôle artistique total sur le film, et la production d’un projet qui lui tient à cœur, Conversation secrète (qui obtient la Palme d’Or au Festival de Cannes en 1974). Avec un budget deux fois et demi supérieur à celui du premier, le tournage dure huit mois et demi, en passant par la République dominicaine pour les scènes se passant à Cuba. Le Parrain, 2ème partie met en parallèle la lutte pour le pouvoir de Michael Corleone qui mènera à la désintégration de ses valeurs et de sa famille, avec de nombreux flashbacks sur la jeunesse et l’ascension de son père Vito, depuis la Sicile jusqu’à New York. La tragédie familiale prend la forme d’une fatalité mythique et implacable traversant les générations, avec son lot de meurtres et de trahisons. Marlon Brando devait d’ailleurs reprendre son rôle, mais le cachet exigé était trop élevé. Robert De Niro, qui avait beaucoup étudié dans sa formation le jeu d’acteur de Brando, fut ainsi engagé, après avoir été remarqué dans Mean Streets de Scorsese (il avait déjà auditionné pour le premier film dans le rôle de Sonny). Même avec une rentabilité de plus de 700%, cette suite ne parvient pas à surpasser le succès du premier opus, mais récolte tout de même six Oscars : meilleurs film, réalisateur, scénario, second rôle (Robert De Niro), musique, direction artistique. Le débat fait encore rage chez les cinéphiles pour savoir quel est le meilleur épisode de la saga – mais ce n’est certainement pas le troisième, tourné par Coppola en 1990.

26 juin : Ciné-club Drame judiciaire avec Philippe Noiret / Bertrand Tavernier

L'HORLOGER DE SAINT-PAUL

– 19h : L’Horloger de Saint-Paul (Bertrand Tavernier – 1974 – 105 minutes)

avec Philippe Noiret, Jean Rochefort, Jacques Denis, Yves Alfonso, Julien Bertheau, Bernard Descombes, Christine Pascal, Sylvain Rougerie, Monique Chaumette

Un paisible horloger lyonnais apprend que son fils et sa compagne sont recherchés pour meurtre.

Après avoir été critique de cinéma érudit, attaché de presse et écrit quelques scénarios, Bertrand Tavernier réalise son premier long-métrage, au bout de presque deux ans de travail et de tractations avec divers producteurs et distributeurs. L’Horloger de Saint-Paul est un drame réaliste et sobre, adapté d’un roman de Georges Simenon (ayant accepté d’en céder les droits au bout d’une soixante lettres !), L’Horloger d’Everton, situé aux Etat-Unis mais relocalisé dans la ville natale du réalisateur (Lyon), montrant au passage la beauté de ses vieilles rues colorées (le film servira plus tard comme référence pour la restauration de la ville !). Le scénario a été co-écrit avec Jean Aurenche et Pierre Bost, deux grands scénaristes d’une trentaine de films des années 40-50 (La Traversée de Paris, Jeux interdits), que la Nouvelle Vague avait violemment attaqué et mis au chômage. En père de famille confronté aux tourments de l’enquête et de la traque policière, Philippe Noiret réalise qu’il ne connait pas si bien que ça son fils, tandis que le commissaire en charge (Jean Rochefort) se met à éprouver de la compassion et de l’estime pour lui. Brillamment interprété, restituant le climat politique de la France pompidolienne, L’Horloger de Saint-Paul a été récompensé par le prix Louis-Delluc et le prix spécial du jury (alias Ours d’argent) de la Berlinale (ayant même été nommé à l’Ours d’or). Avec son succès critique et public, il lançait la longue carrière de Tavernier – dans Une semaine de vacances (1980), Philippe Noiret retrouvera d’ailleurs le temps d’une scène son rôle d’horloger.

Le_Juge_et_l_Assassin

– 21h : Le Juge et l’assassin (Bertrand Tavernier – 1976 – 126 minutes)

avec Philippe Noiret, Michel Galabru, Isabelle Huppert, Jean-Claude Brialy, Cécile Vassort, Renée Faure, Yves Robert, Monique Chaumette, Jean Bretonnière, Jean-Roger Caussimon, François Dyreck, Daniel Russo, Gérard Jugnot

A la fin du XIXème siècle, le soldat fou réformé arpente la France en égorgeant des jeunes filles. Un juge, ne croyant pas à sa folie, veut lui faire avouer ses crimes à la justice pour éviter qu’il aille à l’asile.

Bertrand Tavernier avait demandé à Jean Aurenche s’il n’avait pas dans ses tiroirs un scénario qui n’avait pas été tourné. Ce sera Le Juge et l’assassin, inspiré de l’histoire vraie du premier tueur en série français, Joseph Vacher, auteur d’une vingtaine de meurtres sordides. Il retrouve Philippe Noiret, son acteur fétiche (huit films ensembles) après Que la fête commence, pour un rôle de juge bourgeois, représentatif d’une classe qui était en train de remplacer l’aristocratie et d’asséner sa justice, n’hésitant pas  à mettre en scène médiatiquement la captivité du suspect pour rallier l’opinion publique, à trahir la relation de confiance qu’il tisse avec lui pour mieux extorquer ses aveux, et à nier sa folie manifeste pour qu’il aille à la guillotine au lieu de l’asile – de sorte qu’un assassin en cache un autre, légal lui. Face à lui dans cette confrontation dramatique, l’inespéré Michel Galabru (qui joue  la même année dans Les Bidasses en cavale ou Le Trouble-fesses…) livre une performance d’acteur exaltée, intense et inoubliable. Il remportera le César du meilleur acteur, face à Alain Delon, Gérard Depardieu et Patrick Dewaere, excusez du peu ! Le film recrée les tensions politiques et idéologiques de l’époque, entre l’affaire Dreyfus, le socialisme révolutionnaire et l’Eglise anti-Zola. Les superbes et variés paysages de l’Ardèche simulent le vagabondage de Galabru dans toute la France, sur de belles musiques émulant les chansons populaires de l’époque. Le Juge et l’assassin a aussi remporté le César du meilleur scénario adapté, et été nommé à ceux de meilleurs film, réalisateur, second rôle (Jean-Claude Brialy) et musique (Philippe Sarde). Il est devenu une référence dans le milieu de la magistrature pour la justesse de son écriture et des problématiques vécues dans le métier.

8 mai : Ciné-club Sur écoute : Conversation secrète (1974) – La Vie des autres (2006)

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– 19h : Conversation secrète (Francis Ford Coppola – 1974 – 113 minutes)

avec Gene Hackman, John Cazale, Allen Garfield, Cindy Williams, Frederic Forrest, Michael Higgins, Harrison Ford, Robert Duvall, Teri Garr

Un spécialiste de l’espionnage, secret et solitaire, enregistre la conversation troublante d’un couple. Intrigué, il refuse de confier l’enregistrement à son client et tente d’en percer le secret.

Avec le succès fulgurant et inouï du Parrain, Coppola devient un réalisateur de toute première importance particulièrement scruté. Mais avant Le Parrain 2ème partie et Apocalypse Now, son nouveau projet est tout à fait sobre, puisqu’il a été entamé avant la sortie du Parrain, ayant même été écrit en 1966, année de la sortie de Blow Up d’Antonioni avec qui il partage plus d’une qualité. Coppola décrit un homme qui a force d’écoutes, d’espionnage et de discrétion professionnelle vit dans la solitude, le secret et la paranoïa, incapable de se lier ou de faire confiance à quelqu’un, un collègue ou une femme. Entre Blow Up et Blow Out, en passant par Fenêtre sur cour, Conversation secrète tente de percer le mystère d’un meurtre capturé par hasard, de forcer jusqu’à l’obsession la vérité à travers les traces et les pièges de l’apparence. Ce voyeurisme s’inscrit dans la crise politique et existentielle des Etats-Unis, entre l’assassinat de Kennedy (filmé par un amateur) et le scandale des écoutes du Watergate (avec la même technologique dans le film). La bande-son dépouillée et lancinante au piano est d’ailleurs signée David Shire, qui fera aussi la musique des Hommes du Président. On retrouve une multitude d’acteurs familiers de Coppola : Harrison Ford (Apocalypse Now), Robert Duval et John Cazale (Le Parrain), Frederic Forrest et Teri Garr (Coup de coeur). Conversation secrète a reçu la Palme d’or du Festival de Cannes et a été nommé aux Oscars du meilleur film, meilleur scénario et meilleur mixage son (heureusement !). On comprend pourquoi il reste le film préféré de Coppola et de Gene Hackman, pourtant pas étrangers aux classiques du cinéma.

 LA VIE DES AUTRES

– 21h : La Vie des autres (Florian Henckel von Donnersmarck – 2006 – 137 minutes)

avec Martina Gedeck, Ulrich Mühe, Sebastian Koch, Ulrich Tukur

Dans les années 80 à Berlin-Est, un agent de la Stasi est chargé d’espionner un dramaturge à succès et sa compagne actrice, dont le ministre de la culture est épris.

Pour son premier film, Florian Henckel von Donnersmarck fait preuve d’une impressionnante maturité d’écriture et de réalisation, en s’attaquant à un sujet on ne peut plus sensible dans l’histoire de son pays : la surveillance de masse du régime communiste d’Allemagne de l’Est de l’ensemble de la population et surtout ses individus suspects, par sa terrible police politique, la Stasi. Il a ainsi travaillé pendant quatre ans en recherches et sur le scénario, rencontrant des anciens agents ou victimes. La reconstitution est remarquable, le film ayant été tourné entièrement à Berlin, jusque dans les locaux véritables de la Stasi, une première. Mais plus que les décors, c’est l’atmosphère psychologique et l’oppression sociale qui sont récréés avec effroi. Thriller d’espionnage politique et intime passionnant, La Vie des autres montre l’horreur de la machine totalitaire déshumanisée et paranoïaque dans ses recoins quotidiens, que seuls l’art, le désir et les sentiments parviendront finalement à fendre, mais à quel prix. Les personnages sont aussi complexes et riches que les acteurs sont brillants. Le film a rencontré le succès public et critique dans le monde entier, remportant une pluie de récompenses internationales, dont les César et Oscar du meilleur film étranger.

8 novembre : Ciné-club Grand Blond : Le Grand Blond avec une chaussure noire (1972) – Le Retour du Grand Blond (1974)

LE GRAND BLOND AVEC UNE CHAUSSURE NOIR

– 19h : Le Grand Blond avec une chaussure noire (Yves Robert – 1972 – 89 minutes)

avec Pierre Richard, Bernard Blier, Jean Rochefort, Jean Carmet, Mireille Darc, Paul Le Person, Colette Castel

Pour contrecarrer l’ambition dévorante de son adjoint et rival, le chef des services secrets le met sur la piste d’un faux agent secret, en réalité un violoniste distrait choisi au hasard, qui voit sa vie bouleversée et menacée.

Parodie de film d’espionnage, Le Grand Blond avec une chaussure noire est un croisement entre Les Barbouzes (avec Bernard Blier) et Le Distrait (de et avec Pierre Richard). A travers l’astucieux « piège à con » imaginé par le personnage de Jean Rochefort, les scénaristes Francis Veber (Coup de tête, Le Dîner de cons) et Yves Robert (La Guerre des boutons, Un Elephant ça trompe énormément) démontrent que le quotidien le plus banal peut être interprété de la façon la plus louche et la plus loufoque avec un minimum de suspicion et d’absurde. Pierre Richard tient ici son rôle le plus iconique, un gaffeur lunaire qui lui collera à la peau tout le long de sa carrière. Le reste du casting est aussi excellent qu’impayable à se tordre de rire (Jean Rochefort, Bernard Blier, Jean Carmet), tandis que Mireille Darc n’a jamais été aussi sexy que dans sa célèbre robe Guy Laroche découvrant sa chute de reins. Avec un soin et une technique comme on n’en fait plus pour une simple comédie (scénario précis et hilarant, fameuse partition de Vladimir Cosma, costumes impeccables, photographie exceptionnelle), le film est devenu un grand succès en salles, un classique de la comédie française. Outre une suite, il connaîtra un remake américain en 1985 avec Tom Hanks.

 LE RETOUR DU GRAND BLOND

– 21h : Le Retour du Grand Blond (Yves Robert – 1974 – 81 minutes)

avec Pierre Richard, Jean Carmet, Jean Rochefort, Mireille Darc, Paul Le Person, Jean Bouise, Colette Castel

Pour se tirer d’affaire concernant les soupçons sur ses agissements, le chef des services secrets se voit contraint de manipuler à nouveau le Grand Blond, en vacances à Rio.

Après le triomphe commercial du premier volet, une suite est rapidement mise en chantier. Mais contre toute attente, Le Retour du Grand Blond s’avère être tout à fait original et bienvenu, contrairement aux lois du genre, en réalisant le tour de force de garder l’esprit du premier tout en se réinventant, sans trop se répéter. Le Grand Blond est cette fois conscient d’être un faux espion, les retournements de situations sont nombreux, et la parodie se porte moins sur Les Barbouzes que sur James Bond – en passant par l’exotisme de Rio jusqu’au thème musical de Vladimir Cosma intégrant habilement celui du premier et celui de 007 signé John Barry. Tout le casting est de retour, Jean Bouise rejoint admirablement la troupe, Jean Rochefort est encore plus au premier plan pour notre plus grand plaisir. Si toutes les suites étaient aussi travaillées, elles seraient bien plus justifiées et agréables…

19 juillet : Science-fiction par John Carpenter

darkstar

– 19h : Dark Star (John Carpenter – 1974 – 83 minutes)

avec Brian Narelle, Dre Pahich, Cal Cuniholm, Dan O’Bannon, Joe Saunders, Nick Castle

Le Dark Star est un vaisseau spatial chargé de détruire les planètes risquant de dévier de leur orbite et de provoquer une supernova. Mais alors qu’il s’apprête à lancer une nouvelle bombe, une avarie se produit dans le vaisseau…

A vingt-cinq ans, John Carpenter tourne un moyen-métrage de fin d’études de quarante-cinq minutes qui sera ensuite complété grâce à l’apport d’un distributeur. On ne peut pas ne pas remarquer que Dark Star est un film fauché de soixante mille dollars, mais il a marqué à plus d’un titre le cinéma de science-fiction. Ecrit par Carpenter (qui signe déjà la musique, comme pour ses futurs films) et Dan O’Bannon (qui joue dedans), le film se veut une parodie bourrée d’humour de 2001, l’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick, avec ses astronautes seventies barbus et chevelus qui s’ennuient, la voix monocorde (mais féminine) de l’ordinateur du vaisseau, la dialectique rigide et philosophique de l’intelligence artificielle de la bombe qui entame par erreur son compte à rebours avant destruction alors qu’une panne l’empêche d’être détachée du vaisseau ! Mais plus qu’une parodie, Dark Star est la matrice de la science-fiction hollywoodienne, Dan O’Bannon allant plus tard signer le scénario d’Alien de Ridley Scott, autre huis clos spatial. De plus, la faiblesse du budget effets spéciaux n’empêche pas Dark Star d’inventer le procédé optique de la vitesse lumière, l’hyperdrive, repris à l’identique dans Star Wars trois ans plus tard. Cousin de THX 1138 de Georges Lucas dont l’ambition dépassait de loin le budget, Dark Star est un film admirablement visionnaire dont l’écriture, les cadrages et les images (cette planche de surf dans l’espace !) compensent facilement le rythme inégal et la maigreur des décors.

STARMAN

– 21h : Starman (John Carpenter – 1984 – 115 minutes)

avec Jeff Bridges, Karen Allen, Charles Martin Smith, Richard Jaeckel

Un extra-terrestre arrive sur Terre et prend les traits du mari décédé d’une jeune veuve.

Après l’échec commercial de The Thing, John Carpenter accepta une commande pour restaurer sa crédibilité auprès des studios hollywoodiens. Il s’agit donc d’un des rares films où il ne signe ni la musique (remplacé par Jack Nitzsche, nominé au Golden Globe de la meilleur musique, collaborateur clef de Phil Spector, Neil Young ou des Rolling Stones), ni le scénario. Celui-ci a en effet été développé par la Columbia en même temps que celui d’E.T. sur le même thème de la visite d’un extra-terrestre pacifique. Produit par Michael Douglas, Starman est un road-movie romantique autour d’une veuve et d’une copie de son mari défunt qui apprivoise son humanité, tandis que les différents personnages croisés sur la route ou le FBI lancé à leur trousse nous dépeignent la bêtise et la méchanceté des humains. Jeff Bridges remporta le Saturn Awards du meilleur acteur et fut nommé à l’Oscar et aux Golden Globes, tandis que le film fut nommé aux Saturn Awards du meilleur film de science-fiction, tout comme l’actrice principale Karen Allen, à l’interprétation particulièrement juste. Le succès du film donna lieu à une suite sous forme de série télévisée. Carpenter fut ainsi remis sur les rails, mais pas pour longtemps, puisque son film suivant (Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du Mandarin) fut un tel échec qu’il quitta Hollywood pour le cinéma indépendant.

1er mars 2015 : Ciné-club Hard rock

SPINAL TAP

– 19h : This is Spın̈al Tap (Rob Reiner – 1984 – 83 minutes)

avec Michael McKean, Christopher Guest, Harry Shearer, Rob Reiner, June Chadwick, Tony Hendra, Bruno Kirby, Patrick McNee, Billy Cristal, Anjelica Huston

Une équipe de documentaire suit la tentative de comeback du groupe de hard rock Spın̈al Tap.

Le premier film de Rob Reiner (Quand Harry rencontre Sally, Misery, Des Hommes d’honneur) est un mockumentary ou documenteur, autrement dit un faux documentaire. On voit en effet un réalisateur et sa caméra suivre la tournée comeback d’un groupe de hard rock, mais tout est faux, jusqu’au groupe ! Cette parodie des coulisses du (hard) rock des années 70-80 est tout bonnement hilarante et terriblement acérée, s’inspirant d’une infinité de faits divers et d’anecdotes de Led Zeppelin, Black Sabbath, Status Quo, Scorpions et autres Motley Crue, entre scénographies grotesques, décès mystérieux du batteur, manager irresponsable, pochettes d’albums douteuses, paroles de chansons sexistes et débiles, conflits d’ego des leaders, compagne harpie du guitariste qui sème le trouble, virages stylistiques, archives télé sixties et hippies, guitare double manche, le fameux ampli qui monte jusqu’à 11, etc.. Avec leur mélange de prétention, naïveté et stupidité, les membres du groupe donnent une image touchante et tellement juste de la rock star des stades. Une véracité qui poussera carrément ce faux groupe à en devenir un vrai, en sortant des albums et jouant des concerts bien après la sortie du film, entretemps devenu culte auprès de milliers de fans ! On a pu ainsi les voir jouer au Freddie Mercury Tribute ou au Live Earth. Les références culturelles au film sont devenues innombrables (notamment dans les Simpson, où par ailleurs l’acteur jouant le bassiste est aussi un membre de l’équipe de doublage du dessin animé). This is Spın̈al Tap est tout bonnement un des meilleurs films sur le rock, et certainement le plus drôle !

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– 21h : Good to see you again, Alice Cooper (Joe Gannon – 1974 – 100 minutes)

avec Alice Cooper, Michael Bruce, Glen Buxton, Dennis Dunaway, Neal Smith, Fred Smooth

Enregistré en 1973 durant la tournée pour l’album Billion dollars babies qui est un énorme succès commercial, Good to see you again, Alice Cooper donne à voir le fameux spectacle excessif, innovant et choquant pour l’époque du groupe (car Alice Cooper était le nom du groupe, avant que le chanteur ne parte faire carrière en solo en gardant le même nom). Dans une ambiance théâtrale de cabaret décadent et macabre, on découvre la plupart des artifices scéniques qui ont fait la réputation sulfureuse d’Alice Cooper, à base de maquillage, faux mannequins, bébés en jouet, fleurs, sarcophage, dollars lancées dans le public, mise en scène d’arrachage de dent avec fausse dent, brosse à dent et tube de dentifrice géants, un véritable boa dans les mains du chanteur, un faux Richard Nixon sur scène, le clou du spectacle étant la fameuse mise à mort d’Alice Cooper par guillotine et tête coupée exhibée au public ! Autant d’éléments spectaculaires qui ne le rendent pas étranger à la parodie de This is Spın̈al Tap – sauf qu’Alice Cooper a toujours pratiqué l’autodérision par l’outrance volontaire, contrairement à nombre de ses confrères. Le film du concert (car il est bel et bien sorti sur les écrans américains à l’époque) est augmenté de quelques scènes de fictions à vocation humoristique mais dispensables avec un acteur cabotin. Quoi qu’il en soit, Good to see you again, Alice Cooper confirme que les excentricités spectaculaires de Marilyn Manson et autres Lady Gaga n’ont pas grand-chose à envier à celles d’Alice Cooper, qui a ouvert la voie à bien des imitateurs. Enfin, n’oublions pas la performance musicale du groupe, Billion dollars babies étant sans doute leur meilleur album.