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29 octobre 2017 : Ciné-club Halloween : Carrie au bal du diable (1976) – Le Jour des morts-vivants (1985)

CARRIE

– 19h : Carrie au bal du diable (Brian De Palma – 1976 – 98 minutes)

avec Sissy Spacek, Piper Laurie, Amy Irving, William Katt, Nancy Allen, John Travolta, Betty Buckley

Une jeune fille, traumatise par l’éducation rigoriste de sa mère, est la risée de son lycée. Mais elle développe des pouvoirs télékinésiques.

Carrie au bal du diable est à la fois le premier roman de Stephen King et la première de ses nombreuses œuvres adaptées au cinéma (Shining, Ca, etc.). C’est aussi le premier grand succès commercial de Brian De Palma, après Phantom of paradise et Obsession. Au casting on découvre plusieurs stars en devenir : Sissy Spacek (La Ballade sauvage, JFK, par ailleurs femme du décorateur), Nancy Allen (Robocop, Pulsions, Blow Out, et future femme du réalisateur) et nul autre que John Travolta (il tournera La Fièvre du samedi soir l’année suivante). Carrie est un film d’horreur sur le douloureux passage de l’adolescence, des premières règles à la peur de la sexualité, en passant par les brimades lycéennes, sur fond d’hystérie religieuse. Il culmine sur une mythique scène de bal apocalyptique, sanglante et pyrotechnique. De Palma déploie sur une réalisation soignée et caractéristique à base de mouvements de caméras sophistiqués et de split screens. Il entame ici sa collaboration avec le compositeur Pino Donaggio, faisant référence à la fameuse partition de Psychose d’Hitchcock. Le film remporte le Grand Prix du Festival du film fantastique d’Avoriaz, tandis que Sissy Spacek et Piper Laurie sont nommées à l’Oscar de la meilleure actrice et du meilleur second rôle, chose rare pour un film d’horreur. Carrie connaitra une suite en 1999, un remake pour la télévision en 2002 et un autre pour le cinéma en 2013.

LE JOUR DES MORTS VIVANTS

– 21h : Le Jour des morts-vivants (George A. Romero – 1985- 101 minutes)

avec Lori Cardille, Terry Alexander, Joe Pilato, Richard Liberty

Face à une invasion de zombies, des militaires et des scientifiques se sont réfugiés dans une base sous-terraine. Ils mènent des expériences sur les zombies en vue de les contrôler, mais la coopération entre humains est conflictuelle…

A chaque décennie, George Romero signe un nouvel film de zombies, après La Nuit des morts-vivants (1968) et Zombie (1978). Ce ne sont pas des suites, puisqu’ils n’ont aucun personnage en commun, ni lien scénaristique si ce n’est le cadre général d’une invasion de zombies. Mais à chaque fois il utilise ce contexte science-fictionnelle pour poser un regard critique sur notre société, car le pire danger ne vient pas des ennemis mais des humains eux-mêmes. Ainsi, là où le premier opus dénonçait le racisme et le second la société de consommation, Le Jour des morts-vivants illustre l’impossible coopération entre militaires et scientifiques, ne partageant pas les mêmes valeurs ni buts. Si les scientifiques mènent des expériences pour neutraliser et humaniser les zombies (en essayant de leur apprendre à parler par exemple), les militaires préfèrent les éradiquer. Dans leur soif fasciste de pouvoir et de violence, c’est en voulant tout contrôler qu’ils vont tout faire échouer. Le capitaine Rhodes est sans doute est des méchants les plus inquiétants et marquants du cinéma de genre. Chose rare, Le Jour des morts-vivants est autant un film politique sérieux et intelligent qu’un film gore, magnifié par les impressionnants effets spéciaux de Tom Savini (il a réalisé plus de neuf cent zombies différenciés). Ce nouveau classique clôt la trilogie initiale de Romero, puisqu’il ne reviendra aux zombies qu’en 2005 pour une nouvelle trilogie, tandis qu’il connaîtra un remake en 2008.

6 novembre : Ciné-club Famille : Complot de famille (1976) – Voyage à Tokyo (1953)

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– 19h : Complot de famille (Alfred Hitchcock – 1976 – 120 minutes)

avec Karen Black, Bruce Dern, William Devane, Barabara Harris, Ed Lauter, Cathleen Nesbitt, Katherine Helmond

Une riche vieille dame engage une jeune voyante pour retrouver son héritier disparu.

Complot de famille est le tout dernier film de la longue carrière cinématographique – cinquante-trois films – d’Alfred Htichock, qui décèdera quatre ans plus tard alors qu’il préparait un autre film. Prix Edgar Poe du meilleur scénario, Complot de famille est un thriller avec des touches d’humour intercalant les péripéties de deux couples. Après avoir mis des scènes de nu dans Frenzy, Hitchcock continue de coller aux années 70 en insérant de nombreuses allusions sexuelles dans les dialogues. Comme dans son précédent film, il n’emploie plus de grandes stars, comme au temps de Cary Grant, James Stewart ou Grace Kelly. Néanmoins les acteurs ne sont pas secondaires, puisque Karen Black a tourné dans presque deux cent films dont Easy Rider ou Nashville (avec d’ailleurs aussi Barbara Harris), Bruce Dern (père de Laura Dern) travaillera avec Walter Hill, Francis Ford Coppola ou Joe Dante, et William Devane jouera dans des classiques comme Marathon Man ou Rolling Thunder (et bien sûr la série Côte Ouest !). A noter enfin qu’Hitchcock ne travaille plus avec son mythique compositeur habituel, Bernard Herrmann, avec lequel il s’était brouillé, mais avec John Williams (Les Dents de la mer, Star Wars, Superman, Indiana Jones). Complot de famille se révélera être le second plus grand succès commercial du maître du suspense.

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– 21h : Voyage à Tokyo (Yasujiro Ozu – 1953 – 137 minutes)

avec Chishu Ryu, Chieko Higashiyama, Setsuko Hara, Haruko Sugimura, So Yamamura, Kuniko Miyake, Kyoko Kagawa, Eijiro Tono, Nobuo Nakamura, Shira Osaka

Un couple de retraités vient rendre visite à leurs enfants et petits-enfants à Tokyo. Mais ces derniers ne sont pas si chaleureux que prévus…

Moins international que Kurosawa, Yasujiro Ozu est un des grands maîtres du cinéma japonais. Le thème majeur de ses cinquante-quatre films est la famille, dont les relations sont triturées dans tous les sens d’un film à l’autre, mais sans ficelles spectaculaires, avec une sobriété exemplaire. Voyage à Tokyo constitue la quintessence de son œuvre, en cristallisant l’ensemble de ses préoccupations et de ses codes stylistiques. A travers le désintérêt que les enfants adultes portent à la visite de leurs parents, qui trouveront paradoxalement le plus de proximité avec leur belle-fille, Ozu expose la désintégration du système familial traditionnel japonais, en pleine reconstruction du pays et occidentalisation de la société. A travers un rythme lent mais réel et la rigueur géométrique de cadres construits à la perfection, Ozu ne porte pas de jugement mais montre les relations telles qu’elles sont, donnant un sentiment d’existence et même de zen bouddhiste : le phénomène de la vie et du temps qui passe, entre éphémère et éternité, s’exprime de lui-même à travers Voyage à Tokyo. On retrouve l’actrice fétiche d’Ozu, Setsuko Hara, et probable maîtresse – elle arrêta brutalement sa riche carrière cinématographique à la mort du maître et partir se retirer à proximité du lieu où ses cendres reposent. Inconnu en France de son vivant, le réalisateur ne vit son œuvre arriver sur les écrans qu’en 1978 à travers ce film, aux côtés du Goût du saké et Fin d’automne. Il est régulièrement classé dans le peloton de tête des meilleurs films de tous les temps.

26 juin : Ciné-club Drame judiciaire avec Philippe Noiret / Bertrand Tavernier

L'HORLOGER DE SAINT-PAUL

– 19h : L’Horloger de Saint-Paul (Bertrand Tavernier – 1974 – 105 minutes)

avec Philippe Noiret, Jean Rochefort, Jacques Denis, Yves Alfonso, Julien Bertheau, Bernard Descombes, Christine Pascal, Sylvain Rougerie, Monique Chaumette

Un paisible horloger lyonnais apprend que son fils et sa compagne sont recherchés pour meurtre.

Après avoir été critique de cinéma érudit, attaché de presse et écrit quelques scénarios, Bertrand Tavernier réalise son premier long-métrage, au bout de presque deux ans de travail et de tractations avec divers producteurs et distributeurs. L’Horloger de Saint-Paul est un drame réaliste et sobre, adapté d’un roman de Georges Simenon (ayant accepté d’en céder les droits au bout d’une soixante lettres !), L’Horloger d’Everton, situé aux Etat-Unis mais relocalisé dans la ville natale du réalisateur (Lyon), montrant au passage la beauté de ses vieilles rues colorées (le film servira plus tard comme référence pour la restauration de la ville !). Le scénario a été co-écrit avec Jean Aurenche et Pierre Bost, deux grands scénaristes d’une trentaine de films des années 40-50 (La Traversée de Paris, Jeux interdits), que la Nouvelle Vague avait violemment attaqué et mis au chômage. En père de famille confronté aux tourments de l’enquête et de la traque policière, Philippe Noiret réalise qu’il ne connait pas si bien que ça son fils, tandis que le commissaire en charge (Jean Rochefort) se met à éprouver de la compassion et de l’estime pour lui. Brillamment interprété, restituant le climat politique de la France pompidolienne, L’Horloger de Saint-Paul a été récompensé par le prix Louis-Delluc et le prix spécial du jury (alias Ours d’argent) de la Berlinale (ayant même été nommé à l’Ours d’or). Avec son succès critique et public, il lançait la longue carrière de Tavernier – dans Une semaine de vacances (1980), Philippe Noiret retrouvera d’ailleurs le temps d’une scène son rôle d’horloger.

Le_Juge_et_l_Assassin

– 21h : Le Juge et l’assassin (Bertrand Tavernier – 1976 – 126 minutes)

avec Philippe Noiret, Michel Galabru, Isabelle Huppert, Jean-Claude Brialy, Cécile Vassort, Renée Faure, Yves Robert, Monique Chaumette, Jean Bretonnière, Jean-Roger Caussimon, François Dyreck, Daniel Russo, Gérard Jugnot

A la fin du XIXème siècle, le soldat fou réformé arpente la France en égorgeant des jeunes filles. Un juge, ne croyant pas à sa folie, veut lui faire avouer ses crimes à la justice pour éviter qu’il aille à l’asile.

Bertrand Tavernier avait demandé à Jean Aurenche s’il n’avait pas dans ses tiroirs un scénario qui n’avait pas été tourné. Ce sera Le Juge et l’assassin, inspiré de l’histoire vraie du premier tueur en série français, Joseph Vacher, auteur d’une vingtaine de meurtres sordides. Il retrouve Philippe Noiret, son acteur fétiche (huit films ensembles) après Que la fête commence, pour un rôle de juge bourgeois, représentatif d’une classe qui était en train de remplacer l’aristocratie et d’asséner sa justice, n’hésitant pas  à mettre en scène médiatiquement la captivité du suspect pour rallier l’opinion publique, à trahir la relation de confiance qu’il tisse avec lui pour mieux extorquer ses aveux, et à nier sa folie manifeste pour qu’il aille à la guillotine au lieu de l’asile – de sorte qu’un assassin en cache un autre, légal lui. Face à lui dans cette confrontation dramatique, l’inespéré Michel Galabru (qui joue  la même année dans Les Bidasses en cavale ou Le Trouble-fesses…) livre une performance d’acteur exaltée, intense et inoubliable. Il remportera le César du meilleur acteur, face à Alain Delon, Gérard Depardieu et Patrick Dewaere, excusez du peu ! Le film recrée les tensions politiques et idéologiques de l’époque, entre l’affaire Dreyfus, le socialisme révolutionnaire et l’Eglise anti-Zola. Les superbes et variés paysages de l’Ardèche simulent le vagabondage de Galabru dans toute la France, sur de belles musiques émulant les chansons populaires de l’époque. Le Juge et l’assassin a aussi remporté le César du meilleur scénario adapté, et été nommé à ceux de meilleurs film, réalisateur, second rôle (Jean-Claude Brialy) et musique (Philippe Sarde). Il est devenu une référence dans le milieu de la magistrature pour la justesse de son écriture et des problématiques vécues dans le métier.

7 février : Ciné-club Enquête par Alan J. Pakula : Présumé Innocent (1990) – Les Hommes du Président (1976)

PRESUME INNOCENT

– 19h : Présumé Innocent (Alan J. Pakula – 1990 – 127 minutes)

avec Harrison Ford, Brian Dennehy, Raúl Juliá, Bonnie Bedelia, Paul Winfield, Greta Scacchi

Un procureur général est chargé d’enquêter sur le meurtre de sa collègue avec qui il a eu une liaison. Mais les suspicions se portent sur lui…

Alan J. Pakula (Klute) est un spécialiste des enquêtes les plus complexes et passionnantes, sans recourir aux artifices habituels d’Hollywood. Adapté d’un best-seller, Présumé Innocent est un polar à suspense entremêlant les sphères professionnelle, judiciaire, familiale et extra-conjugale à merveille. L’empire de la passion, de la dissimulation et du mensonge domine ce thriller rempli de fausses pistes, avec des acteurs excellents : Harrison Ford en suspect hanté par le souvenir de la victime, loin de ses rôles d’action (Star Wars, Indiana Jones), Raúl Juliá (Coup de cœur, La Famille Adams) en avocat redoutable, Brian Dennehy en supérieur détestable (Rambo), Bonnie Bedelia en épouse solidaire dans l’épreuve (Die Hard 1 et 2). Le système judiciaire américain et ses magouilles sont minutieusement décortiqués, à l’instar des films de Sydney Lumet (12 hommes en colère, Le Verdict). Le film a été un succès commercial et connut même deux suites, en mini-série et en téléfilm, tandis que Pakula mettra en œuvre une nouvelle enquête dans L’Affaire Pélican (1993).

 LES HOMMES DU PRESIDENT

– 21h15 : Les Hommes du Président (Alan J. Pakula – 1976 – 139 minutes)

avec Robert Redford, Dustin Hoffman, Jason Robards, Jack Warden, Martin Balsam, Hal Holbrock, Jane Alexander, F. Murray Abraham, Ned Beatty, Stephen Collins

Les journalistes du Washington Bob Woodward et Carl Bernstein enquêtent sur le cambriolage du quartier général du parti démocrate, le Watergate.

L’affaire du Watergate est un des plus gros scandales politiques de l’histoire des Etats-Unis. En basant un film dessus (plus exactement sur le livre des journalistes qui dévoilèrent le scandale), seulement quatre ans après le début des événements, il semblait impossible d’apprendre quelque chose au spectateur ou de lui donner du suspense, puisqu’il en connaissait la fin. Et pourtant Les Hommes du Président est un des thrillers les plus palpitants ! Pakula reconstitue minutieusement le fil de l’enquête de deux journalistes anonymes, avec un travail de reconstitution et de synthèse remarquable. La rédaction du Washington Post et les méandres du métier de journaliste d’investigation sont admirablement restitués, si bien que la tension, le doute et la paranoïa s’installent efficacement, en se demandant non pas sur quoi l’enquête va déboucher, mais comment elle va progresser – parfois grâce au mystérieux Gorge Profonde, personnage authentique qui inspira bien des informateurs au cinéma ou la télévision, à commencer par X Files ! Robert Redford (également producteur) et Dustin Hoffman, immenses stars, réussissent à rester parfaitement sobres, ressemblants et naturels. Les Hommes du Président fut nommé à huit Oscars, et en remporta quatre (meilleurs scénario, direction artistique, acteur pour Jason Robards et son). Le classique reste encore aujourd’hui une référence supra-cinématographique dans les milieux journalistiques et politiques. Il est enfin un des matériaux principaux du Grand Détournement/La Classe Américaine !

Ciné-club Dustin Hoffman / John Schlesinger : Macadam Cowboy (1969) – Marathon Man (1976)

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– 19h : Macadam Cowboy (John Schlesinger – 1969 – 113 minutes)

avec Dustin Hoffman, Jon Voight, Sylvia Miles, John McGyver, Brenda Vaccaro, Bob Balaban, Paul Morrissey

Un jeune texan habillé en cowboy, mignon et naïf, débarque à New York pour devenir gigolo, et rencontre un petit escroc minable et boiteux.

Réalisateur anglais emblématique de la nouvelle vague britannique, John Schlesinger vient tourner son premier film américain à New York, dont le décalage culturel sera particulièrement précieux, et qui sera paradoxalement un des étendards du Nouvel Hollywood (plus cru, réaliste et moderne). Il adapte un livre sulfureux de James Leo Herlihy, Midnight Cowboy. La prostitution masculine fait scandale et parachève la peinture de la saleté urbaine, la pauvreté et la déchéance des personnages. Le film est à peu près raccord avec l’esthétique new-yorkaise du Velvet Underground : le sujet est d’ailleurs proche des films précurseurs de Paul Morrissey (Flesh, Trash, Heat), un collaborateur d’Andy Warhol faisant même une apparition dans la fantastique scène de fête psychédélique restituant l’ambiance underground de la Factory (allant jusqu’à engager les superstars warholiennes de pacotille telles que Viva, Ultra Violet ou International Velvet). Néanmoins derrière cette décadence se cache en réalité un film tragi-comique et touchant sur la candeur, les illusions de la jeunesse sur la grande ville, les rêves enfantins de l’image du cowboy d’une époque passée, où une émouvante amitié fait office de moyen de survie dans une machine américaine où l’on ne trouve pas sa place. Le tout est souligné par une bande-son ensoleillée folk-pop du grand John Barry (compositeur des James Bond jusque dans les années 80), ainsi que par le tube Everybody’s Talkin’ de Harry Nilsson (repris de Fred Neil). Dustin Hoffman casse immédiatement son image de garçon modèle suite à sa révélation dans Le Lauréat (1967), Jon Voight décroche son premier grand rôle, et les deux sont authentiques et renversants, au point d’être nominés à l’Oscar du meilleur acteur, remporté par… le cowboy John Wayne ! Le film a été classé X (interdit aux moins de 17 ans) à sa sortie aux Etats-Unis, alors qu’il n’est pas moins chaste que la plupart des films ou séries télévisées grand public actuels. Cela ne l’a pas empêché de gagner l’Oscar du meilleur film (une première inégalée pour un film classé X), ainsi que ceux de meilleur réalisateur et meilleur scénario, et de devenir un des grands classiques du cinéma américain.

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– 21h : Marathon Man (John Schlesinger – 1976 – 125 minutes)

avec Dustin Hoffman, Laurence Olivier, Roy Scheider, William Devane, Marthe Keller

Un étudiant en histoire, coureur amateur, se retrouve impliqué via son frère dans un mystérieux complet international.

Sept ans après Macadam Cowboy, John Schlesinger retrouve Dustin Hoffman (qui joue un étudiant malgré ses trente-huit ans !) pour un des grands thrillers politiques américains des années 70, adapté du best-seller de William Goldman. Il confronte deux acteurs de légende, emblématiques de deux époques cinématographiques et de deux écoles de jeu d’acteur. Alors qu’Hoffman est un ancien élève de la fameuse Actor’s Studio de Lee Strasberg, qui exigeait de vivre réellement et intensément les émotions des personnages, Sir Laurence Olivier est quant à lui le représentant du prestigieux théâtre anglais shakespearien, sur scène comme devant la caméra. Tandis qu’Hoffman a perdu dix kilos pour le rôle, s’entraînaient tous les jours à la course, lisait des livres sur l’Holocauste, passait une nuit blanche ou courrait avant une scène pour être dans le même état physique que son personnage durant la prise, Olivier (nominé à l’Oscar du meilleur second rôle dans ce film) lui lance avec malice et agacement « et si vous vous contentiez de jouer ? » Mais au-delà des anecdotes de tournage et des biographies respectives, le face à face entre les deux géants est saisissant, culminant dans l’inoubliable scène de torture dentaire (avec la phrase lancinante et troublante « is it safe? »), qui fut d’ailleurs raccourcie suite au malaise provoqué durant les projections tests. Marathon Man est un thriller magistral, au suspens constant et parfaitement maîtrisé, à travers un scénario prenant la forme d’un puzzle opaque et labyrinthique, brouillant les pistes entre New York et Paris, où doubles jeux, trahisons et tentatives d’assassinat mènent la dance, avant de dévoiler son ampleur politique et historique, remontant au nazisme.

Ciné-club scandales italiens : Le Dernier Tango à Paris (1972) – Salò ou les 120 journées de Sodome (1976)

Dimanche 30 mars 2014 :

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– 19h : Le Dernier Tango à Paris (Bernardo Bertolucci – 1972 – 125 minutes)

avec Marlon Brando, Maria Schneider, Jean-Pierre Léaud, Catherine Allégret, Catherine Breillat

A Paris dans un appartement quasiment vide, un américain d’âge mûr et une jeune parisienne, qui ignorent chacun le prénom de l’autre, entament une liaison passionnelle et destructrice.

Né d’un fantasme que Bertolucci a eu en rêve, Le Dernier Tango à Paris a été tourné dans des conditions intenses et difficiles (douze semaines à raison de 14h par jour). Après les refus de Jean-Louis Trintignant, Jean-Paul Belmondo et Alain Delon, Marlon Brando, dont la carrière a redémarré avec Le Parrain (1972), accepte le rôle de Paul, américain traumatisé par le suicide de sa femme qui tente de redécouvrir l’amour – l’acteur improvisera beaucoup ses répliques, n’appréciant pas celles écrites. La réalisation porte la marque de la Nouvelle Vague, que la présence de Jean-Pierre Léaud, acteur fétiche de François Truffaut, confirme. Bertolucci filme avec beaucoup d’audace visuelle le nihilisme de ce couple primitif où pulsions de vie et pulsions de mort se confondent dans une danse érotique extrême. Reflet de la libération sexuelles et des mœurs, Le Dernier Tango à Paris connut à sa sortie en salles le succès et le scandale retentissants : certaines critiques et associations y virent de la pornographie, plusieurs pays européens le classèrent X, la France l’interdit aux moins de 18 ans, l’Italie l’interdit complètement et déchut Bertolucci de ses droits civiques. En cause notamment la légendaire scène où Marlon Brando utilise du beurre pour lubrifier Maria Schneider et simuler une sodomie, qu’elle prit comme une humiliation et un viol puisqu’elle n’avait pas été tenue au courant par l’acteur et le réalisateur du déroulement de la scène. Mais le scandale n’a pas empêché Brando et Bertolucci d’être nommés aux Oscars de meilleur acteur et meilleur réalisateur. Marlon Brando renia pourtant le film de peur de briser son image, Maria Schneider fut marquée à vie et vit sa prometteuse carrière détruite malgré quelques fulgurances (Profession : reporter d’Antonioni en 1975), et Bertolucci regretta de n’avoir pas eu le temps de s’excuser auprès d’elle lorsqu’elle disparut en 2011.

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– 21h : Salò ou les 120 journées de Sodome (Pier Paolo Pasolini – 1976 – 117 minutes)

avec Paolo Bonacelli, Giorgio Cataldi, Umberto P. Quintavalle, Aldo Valletti

En Italie, durant la république fasciste de Salò, quatre notables kidnappent des enfants dans un château et leur font subir les pires supplices.

Ultime film de Pasolini, retrouvé assassiné quelques semaines avant sa sortie, Salò ou les 120 journées de Sodome n’était pourtant pas pensé comme un testament, contrairement à qu’on voit en lui depuis. Après sa Trilogie de la vie, Pasolini initiait en effet une Trilogie de la mort avec Salò, qui restera sans suite. Pasolini adapte ici Les cent vingt journées de Sodome du Marquis de Sade, en l’actualisant dans le contexte de l’Italie fasciste durant la Seconde Guerre mondiale. Salò est fameusement divisé en quatre cruelles parties (vestibule de l’enfer, cercle des passions, cercle de la merde, cercle du sang), durant lesquels d’innocents adolescents sont enlevés, emprisonnés, humiliés, violés, torturés et mutilés par des bourreaux libertins et sadiques qui récitent des citations littéraires à l’envie. Loin d’être gratuite, l’œuvre dantesque de Pasolini – communiste notoire – critique les relations de pouvoir bourgeois, le capitalisme déshumanisant, la marchandisation des corps objetisés, la déshumanisation des victimes, l’hypocrisie de la libération sexuelle et le voyeurisme généralisé, et n’a non seulement pas perdu son actualité, mais l’a vu renforcée par la culture ambiante de la société de consommation. Cette descente en enfer radicale a bien évidemment profondément choqué l’Italie et l’Europe, et provoqué censures et interdictions, au point d’être rangé parmi les films maudits et insoutenables. Mais plus que tout, Salò demeure une véritable expérience cinématographique, esthétique et personnelle sans équivalent, particulièrement éprouvante et intime, comme bien peu de films de l’histoire du cinéma sont en mesure d’en provoquer.

Cin-club Clint Eastwood, cowboy-réalisateur : Pale Rider, le cavalier solitaire (1985) – Josey Wales hors-la-loi (1976)

Avec John Wayne, Clint Eastwood est le cowboy par excellence. Remarqué dans une série de western (Rawhide, 1959-1965), révélé en Italie par Sergio Leone dans sa légendaire trilogie du dollar (1964-1966) avant de revenir aux Etats-Unis en tourner d’autres, la carrière d’acteur de Clint Eastwood est intimement liée aux westerns, avant de se diversifier dans des films policiers, de guerre, et autres drames. Dès 1971 il passe derrière la caméra, et a réalisé plus de 80 films à ce jour, récompensés par de multiples Oscars. Acteur pilier de l’histoire du western, Clint Eastwood en a aussi réalisé certains des plus inventifs et modernes.

 Dimanche 16 mars 2014 :

PALE RIDER LE CAVALIER SOLITAIRE

– 19h : Pale Rider, le cavalier solitaire (Clint Eastwood – 1985 – 115 minutes)

avec Clint Eastwood, Michael Moriarty, Carrie Snodgress, Chris Penn, Richard A. Dysart

En Californie, un mystérieux pasteur vient en aide à un groupe de chercheurs d’or harcelés par la bande d’un entrepreneur local tyrannique, qui a engagé des tueurs pour les expulser.

Neuf après son dernier western en date (Josey Wales), Clint Eastwood se remet en selle devant et derrière la caméra avec Pale Rider, un remake de L’Homme des vallées perdues, un grand classique du western réalisé par George Stevens en 1953. Eastwood en a cependant modifié le contexte, en transformant les fermiers en mineurs et en lui donnant un aspect écologique, pour dénoncer l’exploitation et la destruction de la nature à des fins pécuniaires. Le film a plusieurs références bibliques, notamment le rejet de l’argent. Pale Rider a d’ailleurs une forte connotation mystique, quasi-surnaturelle : le cavalier solitaire, pasteur, apparaît suite à la prière d’une adolescente ; l’un des quatre cavaliers de l’Apocalypse selon Saint Jean chevauche un cheval pâle (qui donne son titre au film) et représente la mort. Le cavalier est encore un homme sans nom, solitaire, silencieux, itinérant, invincible, incapable de se fixer dans une communauté, comme dans les classiques de Sergio Leone. Eastwood perpétue la tradition du héros flamboyant et mythique de western, tout en lui donnant la modernité du héros crépusculaire au sein d’un environnement réaliste, pauvre, violent et besogneux. En compétition au Festival de Cannes, en plein dans les années 80, loin de son âge d’or, Pale Rider fait figure de résurrection du western, que seul le passeur Clint Eastwood pouvait accomplir.

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– 21h : Josey Wales hors-la-loi (Clint Eastwood – 1976 – 135 minutes)

avec Clint Eastwood, Chief Dan George, Sondra Locke, Bill McKinney, John Vernon, Will Sampson

Pendant la guerre de Sécession, après le massacre de sa femme et de son fils par l’armée nordiste, un fermier s’engage chez les sudistes pour se venger. A la fin de la guerre, il est poursuivi par des assassins et des chasseurs de primes.

Pour sa cinquième réalisation (et deuxième western, après L’Homme des hautes plaines en 1973), Clint Eastwood réalise la synthèse des deux grands visages du western, américain et italien, entre John Ford et Sergio Leone. S’il incarne encore un cavalier stoïque, peu bavard et redoutable, Eastwood l’inscrit cette fois-ci dans la réalité, l’Histoire et la géographie, avec un nom, une famille, une galerie de personnages picaresques qu’il rencontrera en chemin et avec qui il finira par s’attacher, une communauté dans laquelle il finira par s’installer. Ces rencontres successives et souvent humoristiques ne sont pas sans rappeler le voyage initiatique de Dead man de Jim Jarmusch (1995). La beauté des plans naturels américains est impressionnante, la photographie et les couleurs atteignent une qualité tout à fait picturale qui ravit à chaque instant. Alors que l’heure de gloire du western faiblissait d’années en années, Clint Eastwood (qui reprend en main la réalisation au départ assurée par le scénariste, qui ne lui plaisait pas), fort de son expérience chez les plus grands des deux côtés de l’Atlantique, recrée une synthèse de l’Ouest mythique avec tous ses éléments typiques et classiques (indiens, chasseurs de primes, pionniers, bandits, soldats, etc.), et est parvenu à renouveler le genre avec un film marquant, riche et superbe.

Ciné-club Nagisa Oshima : L’Empire de la passion (1978) – L’Empire des sens (1976)

« De l’érotisme, il est possible de dire qu’il est l’approbation de la vie jusque dans la mort » (George Bataille)

Dimanche 22 décembre 2013 :

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– 19h : L’Empire de la passion (Nagisa Oshima – 1978 – 108 minutes)

avec Tatsuya Fuji, Kazuko Yoshiyuki, Takahiro Tamura

 En 1895, dans un village japonais de montagne, un jeune homme s’éprend d’une femme mariée. Il la convainc de supprimer son mari. Mais son fantôme revient les hanter.

Deux ans après le succès international et le scandale de L’Empire des sens, Oshima revient avec un film moins provocateur, mais qui emmène quand même ses protagonistes vers les mêmes abîmes de liaison destructrice, faite de passion charnelle et de mort.  Toujours co-produit en France par Anatole Dauman, reprenant l’acteur Tatsuya Fuji, Oshima est ici moins naturaliste que sur son précédent film mais plus fantastique, ajoutant au fait divers historique une présence fantomatique (figurant la culpabilité du meurtre) – d’ailleurs plus extraordinaire pour un public occidental que japonais (pour qui c’est plutôt traditionnel). Visuellement plus chaste que L’Empire des sens (ce qui n’était pas difficile !) pour respecter les codes de la censure japonaise, L’Empire de la passion décrit une passion plus intériorisée mais tout aussi tourmentée, et est surtout plus esthétique, la mise en scène étant plus soulignée, le budget plus confortable et les décors plus variés (le film a été tourné dans un véritable village de montagne). Ainsi, Oshima remporte le prix de la mise en scène au Festival de Cannes pour ce film.

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– 21h : L’Empire des sens (Nagisa Oshima – 1976 – 111 minutes)

avec Tatsuya Fuji, Eiko Matsuda, Aoi Nakajima

 En 1936 à Tokyo, une ancienne geisha qui travaille comme servante dans une auberge entame une relation amoureuse avec son patron.

Les liens étroits entre Eros et Thanatos ont toujours été l’un des sujets majeurs de la filmographie de Nagisa Oshima. Le français Anatole Dauman lui proposa de produire un film érotique qu’il réaliserait. Oshima choisit de s’inspirer de l’authentique fait divers d’un couple japonais s’enfermant dans une spirale érotique les coupant du monde extérieur, jusqu’à la folie et la mort. Il y interroge ainsi les limites du plaisir et de l’érotisme (tant pour les personnages que pour le spectateur), entre célébration de la vie et impasse morbide. Néanmoins, les scènes de nudité et les ébats non simulés et explicites firent scandale au Japon, qui censura le film, perquisitionna la maison d’édition du réalisateur et son domicile, et lui intenta un procès pour obscénité – qui fut innocenté trois ans plus tard au bout de vingt-trois audiences. Néanmoins ce film érotique d’auteur fut un succès public et critique international, grâce à sa co-production française, et fut présenté dans plusieurs festivals, tels que Cannes ou Berlin.