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5 novembre 2017 : Ciné-club Mercenaires : Les Cinq mercenaires (1979) – Les Sept mercenaires (1960)

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– 19h : Les Cinq mercenaires (Cheung San-Yee – 1979 – 85 minutes)

avec John Liu, Robert Tai, Alexander Lo Rei

Suite à l’arrestation d’un révolutionnaire chinois par l’armée, un maître de kung-fu est engagé pour le délivrer. Il va alors former et entraîner un commando.

Autant annoncer la couleur tout de suite : Les Cinq mercenaires (parfois titré Les Mercenaires du kung-fu) est un pur et incontestable nanar, une série B de kung-fu taïwanais typique de l’époque. Les dialogues et le doublage français sont évidemment grotesques et délirants, et pour qui apprécie le genre c’est l’occasion d’une avalanche de fous rires devant tant d’absurdités ! Cependant, si le film comporte des scènes comiques ahurissantes (notamment dans une maison close !), il se révèle relativement rythmé et efficace, avec des scènes de combat très bien chorégraphiées et exécutées par des spécialistes du métier, avec même un méchant à cape et perruque blonde mémorable (Robert Tai était réputé pour son coup de pied puissant et souple). Un film anecdotique pour les cinéphiles sérieux, jubilatoire pour les connaisseurs !

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– 21h : Les Sept mercenaires (John Sturges – 1960 – 128 minutes)

avec Yul Brynner, Eli Wallach, Steve McQueen, Charles Bronson, Robert Vaughn, Brad Dexter, James Coburn, Horst Buchholz

Sept cowboys sont engagés par des fermiers mexicains persécutés par une horde e bandits.

Akira Kurosawa avait réalisé en 1954 un des plus grands films du cinéma japonais, Les Sept samouraïs. Yul Brynner a l’idée de transposer l’histoire dans le far-west des cowboys, et en achète les droits. John Sturges, habitué du genre (Règlements de comptes à OK Corral, Le Dernier train de  Gun Hill), en assure la réalisation. A part la star Brynner, on ne retrouve que des acteurs alors peu connus, mais qui ne le resteront pas longtemps : Steve McQueen (en rivalité avec Brynner pendant le tournage), Eli Wallach, Charles Bronson, James Coburn, Robert Vaughn (Bullitt) – quel casting ! Habillé de la belle partition d’Elmore Bernstein (nommé à l’Oscar), Les Sept mercenaires devient à son tour un classique du cinéma américain. Il préfigure le western spaghetti par son accentuation des codes – d’ailleurs, Wallach, Bronson et Coburn tourneront pour Sergio Leone. A noter que Sturges retrouvera McQueen, Bronson et Coburn dans La Grande évasion en 1963. Les Sept mercenaires connaitra trois suites (1966, 1969, 1972), une série télévisé en 1998, et même un remake en 2016 (sans qu’on en comprenne vraiment l’intérêt).

10 avril : Ciné-club Psychothérapie par David Cronenberg : Chromosome 3 (1979) – A Dangerous Method (2011)

CHROMOSOME 3

– 19h : Chromosome 3 (David Cronenberg – 1979 – 92 minutes)

avec Oliver Reed, Art Hindle, Cindy Hinds, Samantha Edgar, Henry Beckman

Un père de famille découvre des traces de coups sur le corps de sa fille. Il veut l’empêcher de retourner voir sa mère, qui suit un traitement révolutionnaire, la psychoplasmique, pour soigner ses névroses. Mais des morts étranges apparaissent…

Chromosome 3 n’est aucunement la suite de films s’intitulant Chromosome. Le titre original est The Brood (La Portée), le chromosome n’est pas explicitement relié au film, et on ne comprend toujours pas ce que vient faire ce « 3 » dans le titre. Mais pour son quatrième film, David Cronenberg explore déjà son thème fétiche du lien entre le psychique et l’organique. C’est même un film à moitié autobiographique, puisque, en plein divorce, il avait enlevé sa fille à son ex-femme qui sombrait dans une secte. Tourné à Toronto, le film est conçu comme une série B d’horreur, mais tout en restant sobre et économe la réalisation se révèle magistrale, et mérite de prendre l’œuvre au sérieux. La thérapie psychoplasmique inventée ici consiste en ce que le thérapeute se fait passer tour à tour pour les différentes personnes qui ont traumatisé le patient, qui leur expose ses reproches. Cette expérience cathartique a pour conséquence de faire apparaître des plaies sur le corps, comme manifestation des blessures psychiques. Oliver Reed en psychothérapeute et Samantha Edgar sa patiente (qui a eu une liaison par le passé avec l’acteur !) sont tout à fait inquiétants, tandis que la jeune fillette apeurée se débrouille parfaitement bien, à l’instant du jeune Danny dans Shining. Chromosome 3 est devenu un film culte, notamment lors de son exploitation en VHS, et permettra à Cronenberg de continuer de déployer la pleine mesure de sa singularité et de son talent dans ses prochains films dérangés, Scanners et Videodrome, avant d’exploser avec Dead Zone et La Mouche.

 A DANGEROUS METHOD (2011)

– 21h : A Dangerous Method (David Cronenberg – 2011 – 96 minutes)

avec Michael Fassbender, Keira Knightley, Viggo Mortensen, Sarah Gadon, Vincent Cassel

Au début du XXème siècle à Zurich, le docteur Carl Jung expérimente sur sa patiente atteinte d’hystérie une nouvelle thérapie par la parole, la psychanalyse, inventée par son père spirituel, le docteur Sigmund Freud.

Le tout premier court-métrage de David Cronenberg, Transfer (1966), portait déjà sur un psychiatre et son patient. En découvrant la pièce de théâtre The Talking Cure de Christopher Hampton (basé sur un scénario inabouti pour… Julia Roberts !), tiré du livre A Most Dangerous Method de John Kerr, Cronenberg décide d’adapter ce ménage à trois intellectuel. Il ne s’agit pas en effet d’un biopic des deux éminents psychanalystes ou d’une histoire de la psychanalyse, mais d’un épisode précis de leurs vies entremêlées : la thérapie de Sabina Spielrein par Carl Jung, qui deviendra passion amoureuse, tandis que la relation de Jung avec Freud, au début admirative et proche, finira par se dégrader. Freud en Jung son dauphin, mais ce dernier divergera de certaines théories freudiennes et s’affranchira d’une orthodoxie trop rigide. A Dangerous Method est un film d’époque, tourné à Zurich, Vienne et en Allemagne, avec des costumes réalisés par la sœur de Cronenberg, et une musique d’inspiration wagnérienne signée par Howard Shore, son compositeur attitré depuis Chromosome 3. Les acteurs incarnent intensément leurs personnages, à commencer par Keira Knightley et ses crises d’hystérie, ou Vincent Cassel, psychanalyste et patient polygame qui sera l’élément perturbateur faisant entrer Jung en crise éthique vis-à-vis de sa patiente. Dans le rôle de Freud, Viggo Mortensen retrouve Cronenberg pour la troisième fois (après A History of Violence et Les Promesses de l’ombre), et donne toute la tension requise dans ses rapports avec Fassbender (excellent Jung tourmenté). Certains critiques aussi orthodoxes que Freud critiquèrent certains écarts mineurs avec la vérité historique, ne voyant pas que l’intérêt artistique de Cronenberg se situe dans l’histoire d’amour contrariée entre ces trois personnes, érotique, filiale ou intellectuelle.

11 octobre : Ciné-club Patrick Dewaere : Coup de tête (1979) – Série noire (1979)

COUP DE TETE

– 19h : Coup de tête (Jean-Jacques Annaud – 1979 – 88 minutes)

avec Patrick Dewaere, Corinne marchand, France Dougnac, Dorothée Jemma, Maurice Barrier, Paul Le Person, Michel Aumont, Jean Bouise

Un joueur de football d’une petite ville est renvoyé de l’équipe et de son travail, et accusé d’un crime qu’il n’a pas commis. Il va chercher à se défendre et se venger.

Le second film de Jean-Jacques Annaud est le seul à se passer dans la société contemporaine. Il est écrit par Francis Veber, prolifique scénariste (Le Grand blond avec une chaussure noire, L’Emmerdeur, Le Magnifique), et réalisateur (La Chèvre, Les Fugitifs, Le Dîner de cons) à succès. Coup de tête est une comédie dramatique, une satire sociale hilarante et féroce aux dialogues excellents sur l’hypocrisie d’une petite ville, l’injustice qui touche un pauvre type et la vengeance qu’il leur réserve. Patrick Dewaere est comme d’habitude très à l’aise dans son rôle et particulièrement succulent. L’équipe de football est jouée par les véritables joueurs de l’AJ Auxerre et du Troyes AC, tournés pendant la mi-temps de leur derby, avec Guy Roux comme conseiller technique et sportif ! Les seconds rôles sont majoritairement d’illustres comédiens de doublages, à qui l’on doit les voix de Michael Douglas, Robin Williams, Robert De Niro, Mel Gibson, Jennifer Aniston, Danny DeVito, Harvey Keitel, Clark Gable ou le Grand Schtroumpf ! Jean Bouise a par ailleurs reçu le César du meilleur second rôle. Coup de tête est un des meilleurs films sur le football et l’envers de son décor, à base de copinages et basses magouilles commerciales.

 SERIE NOIRE

– 21h : Série noire (Alain Corneau – 1979 – 116 minutes)

avec Patrick Dewaere, Myriam Boyer, Marie Trintignant, Bernard Blier, Jeanne Herviale, Andreas Katsulas

Un vendeur à domicile rencontre une adolescente exploitée par sa vieille tante. Elle lui suggère de s’emparer de son magot…

Adapté d’un polar de Jim Thompson (Guet-apens de Sam Peckinpah), Série noire a été adapté dans un contexte bien plus français et banlieusard par l’écrivain d’avant-garde Georges Perec (La vie mode d’emploi), qui en signe aussi les dialogues fleuris (« qu’est-ce qu’on se marre à kesh » !). Alain Corneau, grand amoureux des films noirs, signe ici une œuvre d’une noirceur abyssale, désespérée et poignante, tourné avec peu de budget en cinq semaines, caméra à l’épaule, avec une formidable osmose de son équipe et des acteurs. Le film repose avant tout sur les épaules de Patrick Dewaere, qui livre une interprétation absolument titanesque. Sa performance de Frank Poupart, looser à la folie innocente et attachante, le hisse au panthéon des acteurs français et contribue au mythe de l’acteur écorché vif parti trop tôt – c’était d’ailleurs son rôle préféré. Bernard Blier, Myriam Boyer et la jeune Marie Trintignant sont eux aussi impeccables. Présenté au Festival de Cannes et nommé à cinq Césars (meilleurs acteurs pour Patrick Dewaere et Bernard Blier, meilleur actrice pour Myriam Boyer, meilleur scénario et meilleur montage), Série noire n’en remporta aucun mais est devenu un film culte extravagant et cauchemardesque, un grand classique vertigineux du film noir et du cinéma français.

6 septembre : Ciné-club Alcatraz : L’Evadé d’Alcatraz (1979) – Rock (1996)

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– 19h : L’Evadé d’Alcatraz (Don Siegel – 1979 – 107 minutes)

avec Clint Eastood, Patrick McGoohan, Roberts Blossom, Jack Thibeau, Fred Ward, Paul Benjamin, Larry Hankyn

Après plusieurs évasions, un détenu est transféré dans la prison sur l’île d’Alcatraz, dans la baie de San Francisco. Ultra-sécurisée, elle est réputée pour être impossible à s’évader…

 Dernier film que Clint Eastwood et Don Siegel tournent ensemble (après des classiques comme L’Inspecteur Harry), L’Evadé d’Alcatraz est tout simplement l’un des films de prison les plus passionnants, et l’un des meilleurs films d’évasion. Tourné à Alcatraz, il décrit minutieusement la pression et l’aliénation du système carcéral sur les prisonniers. Le directeur de la prison est d’ailleurs très ironiquement et judicieusement interprété par Patrick McGoohan, qui a joué le rôle du Numéro 6 dans la légendaire série anglaise des années 60 Le Prisonnier. L’ancienne victime iconique devient ici bourreau sadique et inhumain, comme s’il était un nouveau Numéro 2. Le suspense est immense, la préparation et les imprévus du plan d’évasion palpitants, et Clint Eastwood irréprochable avec son jeu typiquement minéral. Un film de genre parfait, et un des sommets de la longue carrière de Don Siegel.

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– 21h : Rock (Michael Bay – 1996 – 136 minutes)

avec Sean Connery, Nicolas Cage, Ed Harris, John Spencer, David Morse, William Forsythe, Michael Biehn, Tony Todd

Excédé par le gouvernement américain, un général s’empare avec ses hommes de la prison d’Alcatraz et menace de lancer un gaz mortel sur San Francisco. Un expert en armes chimiques et l’unique prisonnier à être parvenu à s’échapper d’Alcatraz sont envoyés sur l’île pour s’infiltrer et le neutraliser.

 Co-écrit par Quentin Tarantino (non crédité au générique cependant), Rock est un blockbuster efficace du jeune Michael Bay, avant qu’elle ne prenne en charge des surper-productions de plus en plus monstrueuses (Armageddon, Pearl Harbor, Transformers). Le film marque la rencontre de deux générations d’acteur : Sean Connery, mythique James Bond auquel plusieurs clins d’oeil sont distillés, et Nicolas Cage (Arizona Junior, Sailor et Lula, Leaving Las Vegas), les deux formant un duo solide. Ed Harris est aussi très bon en militaire meurtri et peu manichéen. Avec ses effets speciaux spectaculaires, ses rebondissements bien ficelés et le professionnalisme de sa réalisation, Rock est un film d’action référence des années 90, qui a bien mieux vieilli que d’autres concurrents du genre.

3 mai : Ciné-club course-poursuite infernale

POINT LIMITE ZERO

– 19h : Point Limite Zéro (Richard C. Sarafian – 1971 – 98 minutes)

avec Barry Nawman, Dean Jagger, Cleavon Little, Paul Koslo, Robert Donner, Val Avery

Un champion de stock-car fait le pari de rejoindre en voiture Denver à San Francisco en moins de quinze heures. La police, affolée par sa vitesse et sa conduite, le poursuit.

Tourné en vingt-huit jours avec une équipe de dix-neuf personnes, Point Limite Zéro est l’un des plus infernaux films de course-poursuite. Cousin d’Easy Rider en voiture, le film ne partage pas que la route comme thème principal, mais aussi la contre-culture, le goût de la liberté et la contestation sociale à une époque où les Etats-Unis basculent dans le doute politique et la crise sociétale, ce que le cinéma américain s’est appliqué à refléter. Ecrit par l’ancien ministre de l’information de Fidel Castro (!), le scénario à l’allure mince parvient tout de même à traiter une galerie de portraits américains, de la police brutale aux hippies (dont une fameuse femme nue sur une moto) en passant par un extatique DJ noir et aveugle, Super Soul, qui guide par son émission radio le conducteur sous speed de la Dodge Challenger blanche – dont huit seront détruites durant le tournage ! Doté d’une bande-son furieusement rock et funk (Doug Dillard, Delaney & Bonnie, Mountain, parmi d’autres inconnus) et de scènes de conduite démentielles, Point Limite Zéro nous montre le dernier rebelle américain qui tente d’échapper au conformisme et au pouvoir. Acclamé par la critique, le road-movie existentiel est devenu culte et une influence revendiquée majeure, de Mad Max à Boulevard de la mort. Un remake pour la télévision en a d’ailleurs été tirée en 1997 avec Viggo Mortensen. Du côté des références musicales, l’album Vanishing Point (le titre du film en V.O.) du groupe Primal Scream a été conçu comme une bande-son alternative au film, tandis qu’un discours du DJ Super Soul est cité dans la chanson Breakdown de l’album Use Your Illusions II des Guns N’ Roses.

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– 21h : Mad Max (George Miller – 1979 – 93 minutes)

avec Mel Gibson, Steve Bisley, Joanne Samuel, Hugh Keays-Byrne, Tim Burns

Dans un futur proche en crise énergétique, un gang de motards terrorise les routes. Mais l’officier Mad Max se met en travers de leur chemin.

Le réalisateur a eu l’idée de son film quand il travaillait comme médecin aux urgences en voyant les accidentés de la route. Avec un budget d’à peine 350 000 dollars, Mad Max a longtemps le film le plus rentable du cinéma (100 millions de dollars), détrôné seulement en 1999 par Le Projet Blair Witch. Le long-métrage australien révéla d’ailleurs une des plus grosses stars d’Hollywood : le jeune Mel Gibson qui débutait dans le cinéma (son deuxième rôle). Mad Max est un western post-apocalyptique, d’amour et de vengeance, sur fond de crise énergétique (inspirée par les chocs pétroliers de 1973), de société en ruines, de déliquescence de l’autorité et de vandalisme sur les routes. Malgré son budget léger, il parvient très bien à immerger dans un monde en pénurie de pétrole, avec des motos et voitures customisées, dont la fameuse Ford Falcon de Max. Son monde visionnaire a eu une influence immense sur la science-fiction et les représentations du futur, jusqu’au manga Hokuto no Ken (Ken le survivant), très marqué par ses décors, son ambiance et ses costumes (ainsi que ceux de Mad Max II). Malgré son prix spécial du jury du Festival d’Avoriaz, la violence du film (pourtant rarement apparente, grâce à un montage intelligent) l’a fait classer X à sa sortie en France avec des scènes coupées, censure levée seulement en 1983. Quoi qu’il en soit, le phénomène de société que fut Mad Max lui donna deux suites en 1981 et 1985 (avec beaucoup lus de budget évidemment), et encore une autre tout récemment avec Mad Max : Fury Road en 2015.

Ciné-club Vietnam avec les Sheen : Platoon (1986) – Apocalypse Now (1979)

Martin Sheen et son fils Charlie ont chacun joué le rôle principal d’un film sur le Vietnam. De quoi échanger leurs souvenirs de tournage autour du repas de famille !

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– 19h : Platoon (Oliver Stone – 1986 – 120 minutes)

avec Charlie Sheen, Tom Berenger, Willem Dafoe, Forest Whitaker, Corey Glover, Francesco Quinn, John C. McGinley, Richard Edson, Keith David, Johnny Depp

En 1967, un jeune américain engagé volontaire arrive au Vietnam. Idéaliste, il va perdre ses illusions sur le conflit et sur l’armée américaine.

Oliver Stone a commencé sa carrière comme scénariste, notamment de Midnight Express (Alain Parker, 1978) pour lequel il a gagné l’Oscar, mais aussi la première version de Conan le barbare (John Milius, 1982) ou Scarface (Brian De Palma, 1984). Il a aussi réalisé trois films avant de s’attaquer à Platoon, qui est en grande partie autobiographique, puisqu’il s’était vraiment engagé pour la guerre du Vietnam, en avait reçu des décorations militaires, mais en a été comme beaucoup marqué à vie, au point d’en faire le sujet de son premier court-métrage de fin d’études dans la classe de Martin Scorsese (Last Year in Viet Nam, 1971), et d’y consacrer deux autres films par la suite : Né un 4 juillet (1989, à nouveau avec Willem Dafoe et Tom Berenger) et Entre Ciel et Terre (1993). Le tournage eut lieu aux Philippines (en pleine révolution contre le dictateur Marcos, ce qui faillit annuler le film) avec de véritables réfugiés vietnamiens, où le réalisateur fit construire un camp d’entrainement militaire pour préparer pendant deux semaines les acteurs à l’état psychologique d’un soldat. Stone se révèlera d’ailleurs tyrannique par la suite lors du tournage, comme un véritable officier. Contrairement à Voyage au bout de l’enfer (qui traite beaucoup de la vie avant et après le Vietnam) ou Apocalypse Now (où l’on suit une mission spéciale pour neutraliser un officier américain), Platoon se passe intégralement sur le front vietnamien, au milieu d’une unité où un jeune engagé va faire l’expérience de la désillusion sur une guerre qu’il ne comprend plus et sur un commandement militaire en déroute. Il va ainsi assister à la rivalité entre deux officiers aux conceptions opposés : l’un puissant et aveuglement brutal, l’autre moral et christique, ne légitimant pas les exactions américaines sur la population civile et ne croyant plus à la victoire. Ce dilemme au sein d’un idéaliste représente le déchirement socio-politique du pays entre les va-t-en-guerre et les humanistes. Pour un budget de six millions de dollars, Platoon va en récolter plus de 130 millions, et remporter quatre Oscars (meilleurs film, réalisateur, montage, son) sur huit nominations, propulsant Oliver Stone sur le devant de la scène avec la carrière que l’on sait – à commencer par Wall Street en 1987, à nouveau avec Charlie Sheen.

 APOCALYPSE NOW

– 21h : Apocalypse Now (Francis Ford Coppola – 1979 – 154 minutes)

avec Martin Sheen, Marlon Brando, Robert Duvall, Laurence Fishburne, Dennis Hopper, Harrison Ford, Sam Bottoms, Albert Hall, Frederic Forest

Le capitaine Willard est secrètement envoyé au-delà de la frontière cambodgienne pour retrouver et abattre le colonel Kurtz, devenu incontrôlable.

Apocalypse Now est une adaptation de Au Cœur des ténèbres de Joseph Conrad, mais transposée depuis l’Afrique coloniale jusqu’à la guerre du Vietnam, avec une trame de fond identique : la déshumanisation de l’homme au fur et à mesure qu’un bateau remonte un fleuve, s’éloignant de la civilisation et s’enfonçant dans la nature, pour se rapprocher du mystérieux et fascinant Kurtz. Tout est mythique dans ce film, à commencer par son tournage aux Philippines, particulièrement chaotique. Harvey Keitel est renvoyé du tournage au bout de quelques scènes, remplacé par Martin Sheen, qui y fera un infarctus plus tard, l’empêchant de tourner pendant trois semaines. Marlon Brando arrive avec des kilos en trop sans avoir lu le script, et doit improviser car il ne parvient pas à apprendre son texte. Un typhon ravage le plateau, tandis que les hélicoptères prêtés par l’armée philippine doivent être peints tous les matins aux couleurs de l’armée américaine, et repeint à leurs couleurs originelles tous les soirs. L’équipe technique est défoncée, Coppola devient complètement mégalomane et paranoïaque, perdant quarante kilos et investissant une grande partie de sa fortune personnelle, le budget passant de dix-sept millions à trente-cinq millions de dollars, alors que le tournage s’étire sur deux cent trente-huit jours. Mais le résultat est à la hauteur de l’effort, comme si le tournage d’un film sur le Vietnam se devait d’être aussi infernal que la réalité pour atteindre l’authenticité historique et l’intensité artistique. Marlon Brando, bien qu’apparaissant une dizaine de minutes seulement, y tient un de ses rôles majeurs. La bande-son est des plus fameuses : en plus de la partition du père de Coppola, on y entend la Chevauchée des Walkyries de Wagner pendant un raid d’hélicoptères, The End des Doors sur l’ouverture du film, Satisfaction des Rolling Stones, etc. Au final, Apocalypse Now devient un des plus grands films non seulement sur le Vietnam, mais sur la guerre, ainsi que des années 70. Il décroche la Palme d’or du Festival de Cannes, ainsi que les Oscars de la meilleure photographie et du meilleur son (sur huit nominations), et acquiert rapidement la stature d’un film culte, encensé de générations en générations. En 2001 il ressort dans un nouveau montage avec cinquante minutes supplémentaires (pas forcément essentielles) sous le nom d’Apocalypse Now Redux, prolongeant encore sa légende au XXIème siècle.

Ciné-club science-fiction par Robert Wise : Le Jour où la Terre s’arrêta (1951) – Star Trek, le film (1979)

LE JOUR OU LA TERRE S'ARRETA

– 19h : Le Jour où la Terre s’arrêta (Robert Wise – 1951 – 92 minutes)

avec Michael Rennie, Patricia Neal, Hugh Marlowe, Sam Jaffe, Billy Gray, Frances Bavier

Une soucoupe volante atterrit à Washington, avec à son bord un extra-terrestre et un puissant robot, venant apporter à l’humanité un message crucial.

Adapté d’une nouvelle d’Harry Bates, Le Jour où la Terre s’arrêta a marqué les esprits à sa sortie comme une des premières œuvres de science-fiction réaliste, passionnante et profonde. Le film s’inscrit en pleine guerre froide où régnait la peur d’une guerre nucléaire, en délivrant un message éthique, pacifique et antimilitariste, porté par un extra-terrestre au symbolisme christique. Tourné en studio et dans les rues de Washington, il est magistralement réalisé (avec de superbes jeux d’ombres) et idéalement rythmé. Il montre très bien, de manière quasi-documentaire, la panique de la population mondiale face à l’arrivée d’une soucoupe volante – allant jusqu’à engageant de véritables présentateurs pour tourner les scènes de journaux télévisés ! La musique de Bernard Herrmann (compositeur majeur d’Hitchcock, Scorsese, Welles, Truffaut, De Palma, etc.) contribue à l’aura du film, son utilisation inédite du thérémine donnant une impression de menace extra-terrestre est depuis devenu un cliché de la science-fiction old-school. La phrase extra-terrestre du film, « Klaatu barado nikto », s’est retrouvée gravée dans la pop culture : elle donne son nom à des personnages de Star Wars, tandis qu’elle est réutilisée avec humour dans Evil Dead 3 pour invoquer l’armée des ténèbres. Le Jour où la Terre s’arrêta est un des grands classiques de la science-fiction, copié par beaucoup (Les Soucoupes volantes attaquent), cité (Rocky Horror Picture Show, Tron), parodié (l’ex-Beatles Ringo Starr pose avec le costume de Klaatu devant la soucoupe volante et le robot sur la pochette de son quatrième album solo, Goodnight Vienna), mais égalé par peu (et sûrement pas par son insipide remake de 2008 avec Keanu Reeves).

 STAR TREK LE FILM

– 21h : Star Trek, le film (Robert Wise – 1979 – 132 minutes)

Avec William Shatner, Leonard Nimoy, DeForest Kelly, Persis Khambatta, Stephen Collins, James Doohan, George Takei, Walter Koenig, Nichelle Nicholls, Majel Barrett,

Le capitaine Kirk retrouve le commandement du vaisseau USS Enterprise pour aller empêcher une mystérieuse, gigantesque et surpuissante entité spatiale qui détruit tout sur son passage et se dirige vers la Terre.

Star Trek est aujourd’hui une série culte, un des grands noms de l’histoire de la science-fiction, mais le succès ne fut pas immédiat, et la première série ne dura que trois saisons, de 1966 à 1969. Néanmoins la Paramount réfléchit à une nouvelle série, Phase II. Avec le succès colossal de Star Wars en 1977, le projet de pilote de cette série (qui ne verra jamais le jour) devient ce film, réalisé par l’éclectique et multi-Oscarisé Robert Wise (West Side Story, Le Coup de l’escalier, La Mélodie du bonheur), au scénario aussi complexe et philosophique que ceux de la série. L’ensemble du casting d’origine répond présent, avec des personnages emblématiques comme le capitaine Kirk, le fameux vulcain aux oreilles pointues Spock (malgré la réticence initiale de l’acteur) ou le docteur McCoy. Les mêmes décors furent réutilisés et modernisés, tandis qu’une maquette de 2,70 mètres du vaisseau USS Enterprise fut construit. Les effets spéciaux, impressionnants et psychédéliques, sont dus au pionnier Douglas Trumbull, qui avait supervisé ceux de 2001, l’Odyssée de l’espace (notamment la légendaire séquence de la porte des étoiles), Rencontres du troisième type ou Blade Runner, et fut une nominés aux Oscars (ainsi que la musique et la direction artistique). Le succès fut immense, et cela marqua surtout le point de départ d’une nouvelle vie pour la franchise Star Trek, avec cinq autres films avec le casting original, quatre nouvelles séries télévisées et six autres films (les deux derniers ont été réalisés par J. J. Abrams, le créateur de la série Lost, qui vient d’être engagé pour Star Wars VII) – et un nouveau doit sortir en 2016 !

6 octobre : Ciné-club Hippies : Easy Rider (1969) – Hair (1979)

Au programme, deux films cultes de l’époque colorée, lysergique et mouvementée du flower power :

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– 19h : Easy Rider (Dennis Hopper – 1969 – 94 minutes)
avec Peter Fonda, Dennis Hopper, Jack Nicholson

Deux motards sillonnent l’Amérique et font toute sorte de rencontres, notamment d’un avocat défenseur des droit civiques, d’une communauté hippie ou d’américains réactionnaires.

Avec Bonnie & Clyde et Le Lauréat, Easy Rider marque la naissance du nouvel Hollywood, rompant avec le système de production classique et s’inspirant du néoréalisme italien, de la Nouvelle Vague française et de la contre-culture américaine psychédélique, où les réalisateurs reprennent le contrôle de la création sur les producteurs. Le film est un symbole de liberté, autant celle du réalisateur et de ses amis (Dennis Hopper et Peter Fonda l’ont co-écrit, jouent dedans, le premier le réalise et le second le produit) qui tournent avec très peu de moyen dans des décors naturels, que celle de ses personnages marginaux qui à travers un road movie découvrent la face noire et rétrograde des Etats-Unis, le conservatisme, l’hostilité, l’incompréhension, la violence, la prison et bien pire encore. Il rencontra un succès immense et inattendu, reçut le prix de la meilleure première œuvre au Festival de Cannes, et devint une des œuvres culturelles les plus marquantes des années 60 en annonçant ses désillusions concernant ses valeurs utopistes et révolutionnaires. Enfin sa bande-son eut autant de succès, avec bien sûr Steppenwolf et son iconique « Born to Be Wild », mais aussi The Jimi Hendrix Experience, The Electric Prunes, The Byrds ou Electric Flag – à noter que le légendaire producteur Phil Spector fait une petite apparition au début du film !

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– 21h : Hair (Milos Forman – 1979 – 121 minutes)
avec John Savage, Treat Williams, Beverly d’Angelo, Nicholas Ray

Un jeune campagnard enrôlé pour le Vietnam désire visiter New York avant de partir au front. Il rencontre des hippies à Central Park qui vont l’initier à leur mode de vie.

Cinq ans avant son Amadeus, Milos Forman s’immisce dans le domaine musical avec l’adaptation qu’il voulait réaliser depuis longtemps de la pièce culte de Broadway de Gerome Ragni et James Rado (aux paroles) et Galt MacDermot (pour la musique). Succès colossal aux Etats-Unis en 1968 (où elle reste à l’affiche pour 1750 représentations pendant quatre ans), elle engendra des productions locales dans pas moins de 19 pays tels qu’en Angleterre, France (première traduction française d’une pièce musicale américaine, elle fit scandale pour sa nudité, provoquant une manifestation de l’Armée du Salut, et révéla nul autre que Julien Clerc !), Allemagne (avec Donna Summer !), Yougoslavie (alors communiste), Australie, Mexique ou Japon. Pur produit de la contreculture hippie et de la révolution sexuelle, ses chansons utopiques et militantes traitent de thèmes sociaux comme l’amour libre, la guerre du Vietnam, le pacifisme, le racisme, les drogues, la vie de bohème ou le conservatisme de la société. Le film fut entièrement tourné à New York pendant un an, majoritairement en extérieur, avec pas moins de 20.000 figurants. Plusieurs chansons ne furent pas reprises pour le film, et le scénario a été modifié à quelques endroits (notamment la fin), ce qui fit dire aux auteurs de la pièce que son esprit ne fut pas respecté, mais le film eut un énorme succès et reste à la fois l’une des comédies musicales les plus fameuses et un des films emblématiques du flower power.