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16 décembre 2017 : Ciné-club Gastronomie : Tampopo (1985) – Vatel (2000)

– 19h : Tampopo (Juzo Itami – 1985 – 114 minutes)

avec Tsutomu Yamazaki, Nobuko Miyamoto, Koji Yakusho, Ken Watanabe

Un camionneur cowboy rentre dans un restaurant de ramen (soupe de nouilles japonaises), et critique le plat de la cuisinière. Celle-ci l’implore de lui apprendre à mieux cuisiner.

Second long-métrage de Juzo Itami (suicidé en 1997, à moins que les yakuza ne l’y aient aidé…), Tampopo est le seul à être sorti en France. Qualifié de western ramen (parodiant le terme « western spaghetti »), cette comédie hilarante met en scène des japonais en quête des nouilles absolues, avec des scènes délirantes et pince-sans-rire (parfois façon films à sketches à la Monty Python) et un sens du rituel typiquement nippon. Le personnage principal, flanqué d’un chapeau de cowboy, copie le jeu minéral de Clint Eastwood, tandis que l’on a droit à une belle galerie de personnages, tous plus gourmets et déjantés les uns que les autres. Rempli de plats et aliments savoureux (parfois érotiques), ce film culte est incontournable pour tous les amateurs de gastronomie, de culture nipponne ou tout simplement de films hors-normes. Il a d’ailleurs donné son nom à bien des restaurants japonais dans le monde, mais on doute que les ramen y soient aussi excellents.

– 21h : Vatel (Roland Joffé – 2000 – 117 minutes)

avec Gérard Depardieu, Uma Thurman, Tim Roth, Arielle Dombasle, Julian Glover, Timothy Spall, Julian Glover, Julian Sands

François Vatel, l’intendant du prince de Condé, doit organiser trois jours de repas, de fêtes et de spectacles en l’honneur de la venue de Louis XIV et de sa cour, afin de faire regagner à Condé les bonnes grâces du roi.

Après Danton, Rodin ou Christophe Colomb, Gérard Depardieu tourne à nouveau dans un film historique. Cette fois-ci il prend les traits de François Vatel, prodigieux pâtissier-traiteur, intendant et organisateur de banquets grandioses, rôle qui apparaît comme une évidence pour notre acteur gourmet et gourmand. Celui-ci est passé à la postérité pour son sens de l’honneur absolu et radical (nous laisserons la surprise à ceux qui l’ignorent). Roland Joffé (La Déchirure, Mission) en tire ainsi un film très soigné visuellement, centré sur les fêtes fastueuses pour des centaines de convives et ses spectacles somptueux, d’une démesure gastronomique, théâtrale et pyrotechnique, car rien n’est trop bon pour satisfaire le roi. Mais les coulisses nous sont aussi racontées, tant du point de vue logistique que des redoutables et cyniques intrigues de cour. Le réalisateur devient en quelque sorte un nouveau Vatel, avec des tournages dans des décors prestigieux (châteaux de Voisins, de Chantilly, Maisons-Laffitte, de Vaux-le-Vicomte, etc.) récompensés d’un César, des costumes magnifiques aux César et une musique signée Ennio Morricone.

29 octobre 2017 : Ciné-club Halloween : Carrie au bal du diable (1976) – Le Jour des morts-vivants (1985)

CARRIE

– 19h : Carrie au bal du diable (Brian De Palma – 1976 – 98 minutes)

avec Sissy Spacek, Piper Laurie, Amy Irving, William Katt, Nancy Allen, John Travolta, Betty Buckley

Une jeune fille, traumatise par l’éducation rigoriste de sa mère, est la risée de son lycée. Mais elle développe des pouvoirs télékinésiques.

Carrie au bal du diable est à la fois le premier roman de Stephen King et la première de ses nombreuses œuvres adaptées au cinéma (Shining, Ca, etc.). C’est aussi le premier grand succès commercial de Brian De Palma, après Phantom of paradise et Obsession. Au casting on découvre plusieurs stars en devenir : Sissy Spacek (La Ballade sauvage, JFK, par ailleurs femme du décorateur), Nancy Allen (Robocop, Pulsions, Blow Out, et future femme du réalisateur) et nul autre que John Travolta (il tournera La Fièvre du samedi soir l’année suivante). Carrie est un film d’horreur sur le douloureux passage de l’adolescence, des premières règles à la peur de la sexualité, en passant par les brimades lycéennes, sur fond d’hystérie religieuse. Il culmine sur une mythique scène de bal apocalyptique, sanglante et pyrotechnique. De Palma déploie sur une réalisation soignée et caractéristique à base de mouvements de caméras sophistiqués et de split screens. Il entame ici sa collaboration avec le compositeur Pino Donaggio, faisant référence à la fameuse partition de Psychose d’Hitchcock. Le film remporte le Grand Prix du Festival du film fantastique d’Avoriaz, tandis que Sissy Spacek et Piper Laurie sont nommées à l’Oscar de la meilleure actrice et du meilleur second rôle, chose rare pour un film d’horreur. Carrie connaitra une suite en 1999, un remake pour la télévision en 2002 et un autre pour le cinéma en 2013.

LE JOUR DES MORTS VIVANTS

– 21h : Le Jour des morts-vivants (George A. Romero – 1985- 101 minutes)

avec Lori Cardille, Terry Alexander, Joe Pilato, Richard Liberty

Face à une invasion de zombies, des militaires et des scientifiques se sont réfugiés dans une base sous-terraine. Ils mènent des expériences sur les zombies en vue de les contrôler, mais la coopération entre humains est conflictuelle…

A chaque décennie, George Romero signe un nouvel film de zombies, après La Nuit des morts-vivants (1968) et Zombie (1978). Ce ne sont pas des suites, puisqu’ils n’ont aucun personnage en commun, ni lien scénaristique si ce n’est le cadre général d’une invasion de zombies. Mais à chaque fois il utilise ce contexte science-fictionnelle pour poser un regard critique sur notre société, car le pire danger ne vient pas des ennemis mais des humains eux-mêmes. Ainsi, là où le premier opus dénonçait le racisme et le second la société de consommation, Le Jour des morts-vivants illustre l’impossible coopération entre militaires et scientifiques, ne partageant pas les mêmes valeurs ni buts. Si les scientifiques mènent des expériences pour neutraliser et humaniser les zombies (en essayant de leur apprendre à parler par exemple), les militaires préfèrent les éradiquer. Dans leur soif fasciste de pouvoir et de violence, c’est en voulant tout contrôler qu’ils vont tout faire échouer. Le capitaine Rhodes est sans doute est des méchants les plus inquiétants et marquants du cinéma de genre. Chose rare, Le Jour des morts-vivants est autant un film politique sérieux et intelligent qu’un film gore, magnifié par les impressionnants effets spéciaux de Tom Savini (il a réalisé plus de neuf cent zombies différenciés). Ce nouveau classique clôt la trilogie initiale de Romero, puisqu’il ne reviendra aux zombies qu’en 2005 pour une nouvelle trilogie, tandis qu’il connaîtra un remake en 2008.

23 avril 2017 : Ciné-club Mad Max : Mad Max 2 : Le Défi (1981) – Mad Max : Au-delà du dôme du tonnerre (1985)

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– 19h : Mad Max 2 : Le Défi (George Miller – 1981 – 95 minutes)

avec Mel Gibson, Bruce Spence, Vernon Wells, Emil Minty, Mike Preston, Kjell Nilsson, Virginia Hey

Dans un futur proche, les réserves de pétrole sont presque épuisées. Max rencontre une communauté gérant une raffinerie, régulièrement attaquée par une horde de pillards.

Le premier Mad Max (1979) avait connu un succès monumental en Australie, devenant le record historique du box-office national, mais le tournage avait été éprouvant, et George Miller pense à d’autres projets (il se voit d’ailleurs proposer Rambo). Mais il se laisse tenter par une suite avec un budget conséquent, dix fois supérieur à celui du premier (le plus cher du pays). Tourné en Australie avec près de quatre-vingt véhicules, Mad Max 2 : Le Défi est radicalement différent du premier, puisqu’il est le premier de la saga à se situer dans un monde post-apocalyptique désertique rempli de punks barbares (ce qui sera copié dans le manga Ken le survivant, jusqu’au look du héros). Le genre se rapproche du western, avec un inconnu qui arrive dans une communauté isolée persécutée par des brigands. Totalement spectaculaire, le film culmine dans une course-poursuite épique de treize minutes. Comme George Lucas, George Miller s’est inspiré des analyses de Joseph Campbell (Le Héros aux mille et un visages) sur les mythologies du monde pour rendre son héros messianique et universel. Le premier épisode était passé tellement inaperçu aux Etats-Unis que sa suite n’est même pas vendue comme telle : sortie simplement sous le nom The Road Warrior, elle est cette fois-ci un succès, faisant de Mel Gibson une star et incitant Steven Spielberg à proposer à George Miller de réaliser un segment du film La Quatrième dimension.

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– 21h : Mad Max : Au-delà du dôme du tonnerre (George Miller & George Ogilvie – 1985 – 105 minutes)

avec Mel Gibson, Tina Turner, Bruce Spence, Adam Cockburn, Frank Thring, Angelo Rossitto, Paul Larsson, Angry Anderson

Dépouillé par un voleur, Max arrive à Trocpolis, où il est engagé par sa chef pour tuer Master et Blaster, qui contrôlent le Monde Souterrain.

Le troisième épisode de la saga ne se passe pas aussi bien que prévu : le producteur des deux premiers, Byron Kennedy, meurt dans un accident d’avion en faisant des repérages dans le désert, et l’illustrateur de l’affiche décède quelques heures après l’avoir terminé… ! Du coup le co-scénariste Terry Hayes devient co-producteur, et George Miller partage la réalisation avec George Ogilvie (avec qui il avait déjà travaillé sur une mini-série australienne), ce qui donne un changement de ton au film. Mad Max : Au-delà du dôme du tonnerre prend cette fois-ci des allures de péplum, avec ses castes et ses combats de gladiateurs. Néanmoins la direction artistique est encore plus soignée, et une nouvelle course-poursuite spectaculaire clôt en fanfare le film. La superstar de la soul-funk-pop Tina Turner joue le rôle d’Entité, qui contrôle Trocpolis, et chante la chanson du film qui deviendra un tube, « We Don’t Need Another Hero », qui sera nommée aux Gloden Globes et aux Grammy Awards. A noter que son homme de main est joué par le chanteur du groupe de hard rock australien Rose Tattoo, Angry Anderson. Enfin, Maurice Jarre (Lawrence d’Arabie, Le Docteur Jivago) remplace Brian May à la bande son. Il faudra attendre trente ans pour une nouvelle suite avec Mad Max : Fury Road, qui sera un succès mondial, toujours réalisé par George Miller mais sans Mel Gibson.

29 mai : Ciné-club Action par Andrew Davis : Sale temps pour un flic (1985) – Piège en haute mer (1992)

SALE TEMPS POUR UN FLIC

– 19h : Sale temps pour un flic (Andrew Davis – 1985 – 100 minutes)

avec Chuck Norris, Henry Silva, Ron Henriquez, Bert Remsen, Mike Genovese, Nathan Davis, Ralph Foody

Un policier de Chicago se retrouve en pleine guerre de gangs de trafiquants de drogue, tandis qu’il tente de briser la loi du silence qui gangrène son service.

Révélé face à Bruce Lee dans La Fureur du dragon (1972) alors qu’il est champion du monde de karaté, Chuck Norris est poussé par Steve McQueen (qui fréquente son école de karaté) à prendre des cours d’art dramatique. Il devient alors progressivement la star des films d’action avec Dent pour dent, Œil pour œil ou Portés disparus, et déjà le héros monolithique, impassible et surpuissant que l’on connait. Sale temps pour un flic passe justement pour un de ses meilleurs films, parce qu’il est plus sobre et moins explosif que les précédents, étant plutôt un thriller policier, à l’ambiance urbaine et à la bande son typiquement eighties, qu’un film d’arts martiaux auquel son public était habitué. Ainsi, Norris doit régler à la fois la guerre des gangs dans sa ville et la loi du silence qui protège les policiers malhonnêtes de son service. Le scénario était d’ailleurs initialement celui de L’Inspecteur Harry IV, avant d’être remplacé. Mais qu’on se rassure, Norris distribue son quota de coups et de balles réglementaire. Il sera même aidé par robot à quatre roues téléguidé et surarmé, Prowler !

PIEGE EN HAUTE MER

– 21h : Piège en haute mer (Andrew Davis – 1992 – 103 minutes)

avec Steven Seagal, Tommy Lee Jones, Gary Busey, Erika Eleniak, Colm Meaney, Patrick O’Neal

Un bateau militaire américain muni de missiles nucléaires est pris en otage par le commando d’un ancien agent de la CIA. C’est sans compter sur son redoutable cuisinier…

Septième dan d’aïkido et premier étranger responsable d’un dojo au Japon, Steven Seagal se lance à Hollywood comme responsable de combats et de cascades (le James Bond de Jamais plus jamais). Son premier film, Nico (1988), avec Sharon Stone, devant la caméra d’Andrew Davis, est un déjà un succès. Trois films plus tard, il retrouve Davis pour ce qui va devenir son meilleur film, Piège en haute mer. L’ambition est de faire un Piège de cristal sur mer, une prise d’otage géante en milieu clos où seul un individu oublié va renverser tous les plans prévus, un cuisinier aussi doué pour la bouillabaisse que pour le maniement d’explosifs. Ce film d’action à gros budget, s’il n’évite pas quelques clichés propres au genre (mais qui se savourent très bien au second degré), est magistralement orchestré et rythmé. C’est le plus grand succès public et critique de Steven Seagal (il est même nominé aux Oscars du meilleur son et montage sonore !), et il fait de lui une des grandes stars des arts martiaux et du cinéma musclé, aux côtés de Stallone, Schwarzenegger, Willis et Norris. Il révèle par la même occasion au grand public Tommy Lee Jones, troublant sosie de Philippe Manoeuvre, déjà repéré dans JFK d’Oliver Stone et après avoir galéré pendant vingt ans dans le métier. Le film connaitra une suite, Piège à grande vitesse, lui aussi un succès. Cependant la carrière de Seagal va rapidement décliner, se spécialisant en nanar fauché sortant directement en vidéo ou en télé-réalité policière, avant de revenir en forme dans Machete et de se lancer dans la musique blues.

9 août : Ciné-club diamant avec Michael Douglas : A la poursuite du diamant vert (1984) – Le Diamant du Nil (1985)

A LA POURSUITE DU DIAMANT VERT

– 19h : A la poursuite du diamant vert (Robert Zemeckis – 1984 – 105 minutes)

avec Michael Douglas, Kathleen Turner, Danny DeVito, Alfonso Arau, Manuel Ojeda

Une romancière à succès part en Colombie pour trouver un diamant vert afin de sauver sa sœur kidnappée. Elle croise la route d’un aventurier à l’opposé des héros de ses livres.

Ecrit par une jeune serveuse que Michael Douglas (producteur du film) a rencontré au restaurant, Diane Thomas (disparue tragiquement au volant de la Porsche que Michael Douglas lui avait offerte), A la poursuite du diamant vert a été original pour l’époque avec son mélange d’aventure exotique, de romance et de comédie, une sorte d’Indiana Jones qui intéresserait le public féminin avec de l’eau de rose. De plus, il joue régulièrement avec l’opposition entre le monde idéal de la romancière et sa réalité plus prosaïque et vulgaire, dans sa quête de l’aventurier idéal. Le film a été un immense succès à sa sortie (rapportant plus de dix fois son budget), et fit décoller la carrière de beaucoup de monde : Michael Douglas (également producteur de Vol au-dessus d’un nid de coucou et Le Syndrome chinois), Kathleen Turner (L’Homme aux deux cerveaux), Danny DeVito (ancien colocataire et ami de Michael Douglas qui jouait déjà dans Vol au-dessus d’un nid de coucou) et le réalisateur Robert Zemeckis (Retour vers le futur, Qui veut la peau de Roger Rabbit ?, Forrest Gump).

 LE DIAMANT DU NIL

– 21h : Le Diamant du Nil (Lewis Teague – 1985 – 106 minutes)

avec Michael Douglas, Kathleen Turner, Danny DeVito, Spyros Fokas, Avner Eisenberg

Notre romancière est invitée par un prince du Moyen-Orient. Mais celui-ci a capturé le Diamant du Nil, qui intéresse beaucoup de monde…

Après l’immense succès du premier, Michael Douglas en produit la suite, avec le même trio d’acteurs principaux. Après la Colombie (mais tourné au Mexique), les aventures continuent sur le Nil (mais tourné au Maroc). Si le réalisateur aux commandes est moins prestigieux et que la formule se répète (la scénariste originale n’ayant plus se libérer pour écrire la suite), le film s’avère finalement plus rythmé et moins linéaire que le premier, le trio d’acteurs principaux étant très rodé et soudé. Billy Ocean signe le thème principal, tandis que la BO est de Jack Nitzsche (Starman, Vol au-dessus d’un nid de coucou). A noter que Danny DeVito réunira à nouveau Michael Douglas et Kathleen Turner dans La Guerre des Rose qu’il réalisera, comédie noire où ils jouent cette fois-ci un couple qui se déchire violemment.

Ciné-club Action 80’s avec Brigitte Nielsen : Kalidor (1985) – Cobra (1986)

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– 19h : Kalidor, la légende du talisman (Richard Fleischer – 1985 – 89 minutes)

avec Brigitte Nielsen, Arnold Schwarzenegger, Sandahl Bergman, Paul Smith, Ronald Lacey, Pat Roach, Janet Agren

Sonja cherche à se venger de la reine Gedren qui a tué ses parents et qui essaie de s’emparer d’un talisman aux pouvoirs immenses.

Conan le Barbare est une série de nouvelles et de romans écrits par Robert E. Howard en 1932 devenue un classique de l’heroic fantasy (qu’il contribua à populariser), adaptée en comics (chez Marvel), puis en film en 1982 (par John Milius, qui révéla Arnold Schwarzenegger). Suite au succès en salle, le prestigieux Richard Fleischer (Les Inconnus dans la ville, Les Vikings, L’Etrangleur de Boston, Soleil vert) en réalisa la suite, Conan le Destructeur (1984). Le producteur de la série au cinéma, Dino De Laurentiis (La Strada, Barbarella, Flash Gordon) décide d’adapter une autre héroïne de l’univers d’Howard, Red Sonja, avec la sculpturale mannequin danoise d’1m84 Brigitte Nielsen, pour son premier rôle au cinéma. Pour des raisons de droits, le personnage de Conan ne put être réutilisé (alors qu’il croise souvent Red Sonja dans les romans et comics), mais Arnold Schwarzenegger (sous contrat avec De Laurentiis) tient le même rôle de barbare musclé (Kalidor), ce qui donnera lieu abusivement lieu à une mise en avant de son personnage sur l’affiche et dans la promotion de film (alors que ce n’est pas le héros), la France allant même jusqu’à traduire le titre original (Red Sonja) en Kalidor ! Tourné en Italie, le film a deux italiens prestigieux dans sa production : Ennio Morricone à la bande son (compositeur culte des westerns de Sergio Leone, parmi cinq cent autres films) et Danilo Donati aux décors (décorateur de Fellini ou Pasolini). Au final, Kalidor est une bonne petite série B d’heroic fantasy à la limite du kitsch avec une touche d’humour, dans l’esprit des productions de De Laurentiis qui sait toujours très bien s’entourer.

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– 21h : Cobra (George P. Cosmatos – 1986 – 87 minutes)

avec Sylvester Stallone, Brigitte Nielsen, Reni Santoni, Brian Thompson, Andrew Robinson, Art LaFleur, Lee Garlington, Val Avery

Le lieutenant Marion Cobretti, surnommé Cobra, enquête sur un tueur en série qui agit pour une mystérieuse organisation qui prône un « nouvel ordre ».

Après l’immense succès commercial de Rambo II : la mission (1985), George P. Cosmatos et Sylvester Stallone (Rocky) se retrouvent pour un nouveau film d’action musclé et pyrotechnique. Stallone ne fait pas qu’incarner un flic à Ray-Ban aux méthodes expéditives et explosives, il en est aussi le scénariste ! Il s’offre aussi le luxe de tourner avec sa récente femme, Brigitte Nielsen, qui avait déjà joué avec lui dans Rocky IV (1985). Se sentant décidément chez lui sur le tournage, il n’hésite pas non plus à conduire sa propre Mercedes Mercury personnelle pour le film ! Il faut noter que par peur du raz de marée commercial de Top Gun, Cobra subit au dernier moment une coupe de près de quarante minutes (évidemment les scènes sans Stallone !) afin d’augmenter le nombre de projections par jour dans les salles – ce qui fait disparaître évidemment des pans entiers du scénario. Une coupe finalement peu justifiée car même si son score au box-office est plus modeste que Rocky IV ou Rambo II (300 millions de dollars chacun), Cobra récolte tout de même 60 millions de dollars (sur un budget de 25 millions). Cobra a été nominé à six Razzie Awards (l’opposé des Oscars qui récompensent le pire !), dont pires acteurs pour Stallone, Nielsen et Brian Thompson, pire photographie et bien sûr pire scénario pour Stallone ! Néanmoins le pire devient souvent le meilleur au second degré, ce qui fait de Cobra un nanar bourrin typiquement eighties tout à fait jouissif et devenu culte !

Ciné-club Japon féodal avec Tatsuya Nakadai : Harakiri (1962) – Ran (1985)

Tatsuya Nakadai (né en 1932) est peut-être moins connu en dehors du Japon que Toshiro Mifune, mais c’est un des plus grands acteurs du cinéma japonais. Ils ont d’ailleurs été tous les deux les acteurs fétiches d’Akira Kurosawa, et ont souvent joué ensemble, parfois en s’affrontent dans les mêmes films. Répéré par Masaki Kobayashi, il tourna onze films avec lui, et six fois avec Kurosawa. Le Ciné-Club projette ce soir deux de ses interprétations les plus marquantes avec ces deux réalisateurs, Harakiri et Ran. Une soirée hautement cinéphilique qui sera évidemment accompagnée musicalement par du rock japonais, tout aussi radical et singulier !

 Dimanche 18 mai 2014 :

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19h : Harakiri (Masaki Kobayashi – 1962 – 133 minutes)

avec Tatsuya Nakadai, Akira Ishihama, Shima Iwashita, Tetsuro Tanba, Masao Mishima, Ichiro Nakatani, Rentaro Mikuni

A l’ère Edo (1603-1867), un ronin (samourai sans maître) déshonoré demande à un clan l’honneur de venir se suicider par harakiri dans leur cour.

Quatorzième film de Masako Kobayashi, Harakiri jouit d’un scénario de Shinobu Hashimito, mythique scénariste de nombreux classiques d’Akira Kurosawa (Rashômon, Les Sept samourais, etc.), qui éclate avec des flash-back la structure narrative traditionnelle. Le spectateur n’en est ici que mieux piégé, en découvrant progressivement les raisons insoupçonnées qui conduisent au harakiri, et qui font passer contre toute attente l’honneur véritable d’un camp à l’autre. Le film respecte les codes du chambara (films de sabres japonais) pour mieux les transcender, et porter un discours humaniste sur fond de tragédie de plus en plus complexe. Tatsuya Nakadai, habitué des films de Kobayashi (Rivière noire, Kwaidan, Rebellion) porte magistralement le film sur ses épaules, avec une dignité et une violence admirablement maîtrisées. Les combats se sabres sont époustouflants de chorégraphie et de dramaturgie. L’acteur a d’ailleurs eu peur sur le tournage car de véritables sabres furent utilisés – ce qui a été interdit depuis ! Harakiri est visuellement superbe, avec des cadrages minutieusement construits et un noir et blanc magnifiquement contrasté. La mise en scène est renversante, alternant tensions longtemps contenues et explosions subites d’intensité, et restitue parfaitement les multiples duels et oppositions du film : ronins contre clan de samourais prestigieux, honneur contre humiliation, tradition contre modernité, puissance contre pauvreté, façade d’apparence contre vérité moins flatteuse, codes d’honneur drastique et impersonnel contre réalité dramatique. Pour toutes ces qualités merveilleusement assemblées, Harakiri a reçu le Prix Spécial du Festival de Cannes, et est à juste titre considéré comme un des grands chefs d’œuvre du cinéma japonais.

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21h30 : Ran (Akira Kurosawa – 1985 – 162 minutes)

avec Tatsuya Nakadai, Akira Terao, Jinpachi Nezu, Daisuke Ryu, Yoshiko Miyazaki, Takeshi Nomura

Au XVIème siècle, un puissant et vieux seigneur décide de diviser son royaume entre ses trois fils, ce qui va provoquer une lutte de pouvoir.

Akira Kurusawa est un habitué des fresques épiques de samourais (Les Sept samourais, Kagemusha), mais Ran en constitue l’aboutissement ultime, une sorte de testament puisqu’il ne réalisera ensuite plus que trois films, situés dans le Japon contemporain. Ran adapte librement Le Roi Lear de Shakespeare en le situant dans le contexte des guerres civiles du Japon féodal du XVIème siècle. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’il adapte le dramaturge anglais, Le Château de l’Araignée reprenait Macbeth et Les Salauds dorment en paix, Hamlet. Cependant Kurosawa en tire à chaque fois des relectures personnelles, y insérant ses propres préoccupations à travers les formes universelles de Shakespeare. Après Kagemusha, co-produit par George Lucas et Francis Ford Coppola, Ran est encore une coproduction internationale, ici avec le français Serge Silberman. Et ce ne fut pas inutile puisque ce fut le film le plus cher du cinéma japonais à l’époque. Kurosawa a d’ailleurs peint l’intégralité du storyboard, plan par plan, pendant dix ans – ce qui fut particulièrement précieux puisque sa vue se dégrada pendant le tournage, et ses assistants purent se baser dessus. Les centaines de costumes ont tous été cousus mains pendant deux ans (ils en ont remporté l’Oscar), tandis que mille quatre-cent figurants furent engagés (avec autant d’armures fabriquées spécialement) et deux cent chevaux importés des Etats-Unis. Le résultat est une sidérante descente aux enfers, un déluge de destruction, de sang et de flammes. Le film porte bien son titre (ran signifie chaos en japonais), la succession du pouvoir devenant vengeance générale et dévastatrice, embrasement irréversible et fatal dont ne subsiste que la désolation. Mais le contrepoint en est la beauté inouïe des paysages, des décors, des costumes et des affrontements, une véritable peinture en mouvement, les couleurs allant du plus vif aux plus funèbres. La musique de Tōru Takemitsu (compositeur aussi de la bande-son d’Harakiri), symphonique et discrète, est tout aussi magnifique. Les acteurs jouent une partition de haute volée, entre Tatsuya Nakadai subjugué par la fierté, le déshonneur et la folie, et Mieko Harada qui donne une interprétation proprement terrifiante et inoubliable d’une sorte de Lady Macbeth – un des plus grands rôles féminins de la filmographie de Kurosawa. On en ressort dévasté par tant de démesure esthétique, et convaincu que Ran est un des sommets imposants et insurpassables de Kurosawa et du cinéma japonais.

Cin-club Clint Eastwood, cowboy-réalisateur : Pale Rider, le cavalier solitaire (1985) – Josey Wales hors-la-loi (1976)

Avec John Wayne, Clint Eastwood est le cowboy par excellence. Remarqué dans une série de western (Rawhide, 1959-1965), révélé en Italie par Sergio Leone dans sa légendaire trilogie du dollar (1964-1966) avant de revenir aux Etats-Unis en tourner d’autres, la carrière d’acteur de Clint Eastwood est intimement liée aux westerns, avant de se diversifier dans des films policiers, de guerre, et autres drames. Dès 1971 il passe derrière la caméra, et a réalisé plus de 80 films à ce jour, récompensés par de multiples Oscars. Acteur pilier de l’histoire du western, Clint Eastwood en a aussi réalisé certains des plus inventifs et modernes.

 Dimanche 16 mars 2014 :

PALE RIDER LE CAVALIER SOLITAIRE

– 19h : Pale Rider, le cavalier solitaire (Clint Eastwood – 1985 – 115 minutes)

avec Clint Eastwood, Michael Moriarty, Carrie Snodgress, Chris Penn, Richard A. Dysart

En Californie, un mystérieux pasteur vient en aide à un groupe de chercheurs d’or harcelés par la bande d’un entrepreneur local tyrannique, qui a engagé des tueurs pour les expulser.

Neuf après son dernier western en date (Josey Wales), Clint Eastwood se remet en selle devant et derrière la caméra avec Pale Rider, un remake de L’Homme des vallées perdues, un grand classique du western réalisé par George Stevens en 1953. Eastwood en a cependant modifié le contexte, en transformant les fermiers en mineurs et en lui donnant un aspect écologique, pour dénoncer l’exploitation et la destruction de la nature à des fins pécuniaires. Le film a plusieurs références bibliques, notamment le rejet de l’argent. Pale Rider a d’ailleurs une forte connotation mystique, quasi-surnaturelle : le cavalier solitaire, pasteur, apparaît suite à la prière d’une adolescente ; l’un des quatre cavaliers de l’Apocalypse selon Saint Jean chevauche un cheval pâle (qui donne son titre au film) et représente la mort. Le cavalier est encore un homme sans nom, solitaire, silencieux, itinérant, invincible, incapable de se fixer dans une communauté, comme dans les classiques de Sergio Leone. Eastwood perpétue la tradition du héros flamboyant et mythique de western, tout en lui donnant la modernité du héros crépusculaire au sein d’un environnement réaliste, pauvre, violent et besogneux. En compétition au Festival de Cannes, en plein dans les années 80, loin de son âge d’or, Pale Rider fait figure de résurrection du western, que seul le passeur Clint Eastwood pouvait accomplir.

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– 21h : Josey Wales hors-la-loi (Clint Eastwood – 1976 – 135 minutes)

avec Clint Eastwood, Chief Dan George, Sondra Locke, Bill McKinney, John Vernon, Will Sampson

Pendant la guerre de Sécession, après le massacre de sa femme et de son fils par l’armée nordiste, un fermier s’engage chez les sudistes pour se venger. A la fin de la guerre, il est poursuivi par des assassins et des chasseurs de primes.

Pour sa cinquième réalisation (et deuxième western, après L’Homme des hautes plaines en 1973), Clint Eastwood réalise la synthèse des deux grands visages du western, américain et italien, entre John Ford et Sergio Leone. S’il incarne encore un cavalier stoïque, peu bavard et redoutable, Eastwood l’inscrit cette fois-ci dans la réalité, l’Histoire et la géographie, avec un nom, une famille, une galerie de personnages picaresques qu’il rencontrera en chemin et avec qui il finira par s’attacher, une communauté dans laquelle il finira par s’installer. Ces rencontres successives et souvent humoristiques ne sont pas sans rappeler le voyage initiatique de Dead man de Jim Jarmusch (1995). La beauté des plans naturels américains est impressionnante, la photographie et les couleurs atteignent une qualité tout à fait picturale qui ravit à chaque instant. Alors que l’heure de gloire du western faiblissait d’années en années, Clint Eastwood (qui reprend en main la réalisation au départ assurée par le scénariste, qui ne lui plaisait pas), fort de son expérience chez les plus grands des deux côtés de l’Atlantique, recrée une synthèse de l’Ouest mythique avec tous ses éléments typiques et classiques (indiens, chasseurs de primes, pionniers, bandits, soldats, etc.), et est parvenu à renouveler le genre avec un film marquant, riche et superbe.