Archives du mot-clé 1986

26 novembre 2017 : Ciné-club Passion extrême : 9 semaines 1/2 (1986) – Portier de nuit (1974)

9 SEMAINES ET DEMI

– 19h : 9 semaines 1/2 (Adrian Lyne – 1986 – 117 minutes)

avec Mickey Rourke, Kim Basinger, Margaret Whitton, David Margulies, Christine Baranski

Une galeriste new-yorkaise rencontre un homme mystérieux dans la rue. Ils vont s’adonner à des jeux érotiques de plus en plus intenses.

Film culte des années 80 (dont il épouse efficacement et avec soin les codes esthétiques), 9 semaines ½ se concentre sur la relation passionnelle entre la belle et sexy Kim Basinger et le mignon Mickey Rourke. Entre L’Empire des sens (en plus sage) et Le Dernier tango à Paris (en plus torride), le couple franchit une à une les étapes de la séduction, du mystère, de l’attraction irrésistible, explorant leur désir par des jeux sexuels jusqu’à la manipulation et le sado-masochisme. La bande-son est remplie de stars de la pop de l’époque : Eurythmics, John Taylor (Duran Duran), Bryan Ferry, Devo, Stewart Copeland (Police), mais c’est « You Can Leave Your Hat On » de Joe Cocker qui va devenir un tube planétaire et la chanson officielle des strip-teases (entendue jusqu’à la nausée depuis…). Le film est un échec aux Etats-Unis, mais un grand succès dans le reste du monde, et annonce Cinquante nuances de Grey. Il connaîtra une suite avec Mickey Rourke en 1997 (Love in Paris), et un prequel (avec Malcolm McDowell) en vidéo l’année suivante. Quant au réalisateur Adrian Lyne, il continuera son exploration du désir avec Liaison fatale, Proposition indécente et un remake inattendu du Lolita de Nabokov (pourtant déjà insurpassablement adapté par Kubrick).

PORTIER DE NUIT

– 21h : Portier de nuit (Liliana Cavani – 1974 – 118 minutes)

avec Dirk Bogarde, Charlotte Rampling, Philippe Leroy, Giuseppe Addobbati, Amedeo Amodio

Après-guerre, une bourgeoise séjourne avec son mari dans un grand hôtel viennois. Le portier de nuit se révèle être son ancien bourreau SS dans un camp de concentration, avec qui elle entretenait une passion sado-masochiste.

Censuré en Italie, classé X aux Etats-Unis, Portier de nuit figure sur le podium des films scandaleux, en proposant la relation complexe, sado-masochiste et amoureuse entre une déportée juive et un SS (impérial Dirk Bogarde, comme d’habitude), dans un camp durant la guerre puis dix ans plus tard à Vienne. La fiévreuse polémique lui reproche aussi de participer à la fascination esthétique et érotique du nazisme : sa scène la plus iconique est celle où Charlotte Rampling danse et chante seins nus en uniforme nazi. Le film est considéré comme l’initiateur involontaire du genre nazisploitation (dont Tarantino proposera par exemple une fausse bande-annonce au milieu de son Grindhouse, avec Werewolf women of the SS réalisé par Rob Zombie) et même du porno nazi. Cependant, la fine fleur des réalisateurs italiens tels que comme Pasolini, Visconti (Bogarde et Ramling avaient joué dans ses Damnés), Antonioni, Bertolucci ou Petri signèrent une lettre de protestation contre la Commission de censure italienne. On ne peut d’ailleurs pas accuser Liliana Cavani d’aborder le sujet avec légèreté ou inconséquence, puisqu’elle avait auparavant réalisé des documentaires sur les femmes dans la résistance italienne, recueillant des témoignages effroyables et importants, ou sur l’histoire du Troisième Reich (le premier sur le sujet à la télévision). Elle n’a pas non plus inventé le syndrome de Stockholm (quand un otage s’attache émotionnellement à son geôlier, selon de complexes mécanismes psychologiques de survie). Mais, une fois de plus, rappelons que si l’art peut avoir des vertus morales, elles ne sont en aucun cas sa condition ni sa fonction, et nous devrions ainsi être en mesure de contempler une œuvre digne et sublime sur, justement, l’ambiguïté et le vertige des situations humaines dans le violent tumulte de l’Histoire. On ne peut pas traiter du problème du Mal sans se salir les mains. Les artistes qui prétendraient le contraire seraient des imposteurs ou, pire, des naïfs. Car s’il n’y avait pas de séduction dans le Mal, il serait inoffensif.

8 octobre 2017 : Ciné-club Jackie Chan : Mister Dynamite (1986) – Opération Condor (1991)

MISTER DYNAMITE

– 19h : Mister Dynamite (Jackie Chan & Eric Tsang – 1986 – 98 minutes)

avec Jackie Chan, Alan Tam, Maria Delores Forner, Rosamund Kwan, Ken Boyle, John Ladalski, Robert O’Brien, Boris Gregoric

Un aventurier est à la recherche de l’armure de Dieu, qui intéresse aussi un groupe de moines satanistes.

Après des débuts comme cascadeurs, Jackie Chan enchaîne depuis une dizaine d’années les films hongkongais de kung fu comiques, au succès grandissant (Le Marin des mers de Chine, Police Story). Avec Mister Dynamite (qu’il réalise lui-même) il surfe, comme d’autres (A la poursuite du diamant vert), sur la mode des aventuriers exotiques à la Indiana Jones en recherche de trésors – le tournage passera par l’Autriche, la Croatie, la Slovénie, le Maroc, Paris l’Espagne et les Philippines ! Avec son cocktail de chorégraphies originales (utilisant des objets ou éléments du décor), de cascades impressionnantes, de course-poursuites motorisées endiablées et d’humour loufoque, Mister Dynamite va devenir le plus gros succès de Jackie Chan et faire de lui une star du genre. Réputé pour réaliser lui-même ses cascades, y compris les plus dangereuses, il a failli se tuer durant le tournage : en sautant dans le vide, la branche sur laquelle il se rattrape s’est brisée, et il est tombé de dix mètres sur la tête. Il fut opéré pendant huit heures et resta convalescent pendant six mois à l’hôpital. On peut voir les rushes durant le générique de fin.

OPERATION CONDOR

– 21h : Opération Condor (Jackie Chan – 1991 – 107 minutes)

avec Jackie Chan, Do Do Cheng, Eva Cobo de Garcia, Shoko Ikeda, Aldo Sambrell

Jackie doit retrouver un trésor nazi enterré dans le Sahara, mais est poursuivi par des mercenaires.

Avec le succès de Mister Dynamite, Jackie Chan bénéficie naturellement de plus de budget pour sa suite, qu’il réalise et écrit, et qui prend des allures de blockbuster à l’américaine. Tourné au Maroc (rappelant Le Diamant du Nil), Philippines, en Espagne et Hong Kong, Opération Condor reprend ainsi les mêmes ingrédients, mais avec une photographie et une réalisation plus soignée, des décors plus impressionnants, des chorégraphies plus millimétrées, un humour encore plus foutraque et une dose de sexy avec ses trois partenaires féminines (parfois en petite tenue). Jackie Chan s’est bien sûr encore blessé durant ses cascades, mais rien de très grave pour une fois. En 2012, il a réalisé et joué dans le troisième épisode, Chinese Zodiac.

14 février : Ciné-club Ciné-Bazar / Bestioles 80’s : Gremlins (1984) – Critters (1986)

12734018_604147513066745_6384215468896413103_n

Soirée spéciale à l’occasion de la sortie du deuxième numéro de la revue Ciné Bazar, qui consacre un dossier aux bestioles des années 80. Des exemplaires seront en vente, en présence du rédacteur en chef Thomas Revay.

GREMLINS

– 19h : Gremlins (Joe Dante – 1984 – 106 minutes)

avec Zach Galligan, Phoebe Cates, Hoyt Axton, Polly Holliday, Frances Lee McCain, Dick Miller

Un inventeur offre à son fils un étrange animal trouvé dans une boutique chinoise : un mogwai. Mais les recommandations sont très claires : il ne faut pas l’exposer à la lumière, le mouiller ou le nourrir après minuit.

Joe Dante a été à bon école : il a commencé par réaliser des films de monstres à petits budgets (Piranhas, Hurlements) qui ont été des succès (chacun a eu plusieurs suites), ce qui lui a ouvert les portes d’Hollywood. Pas n’importe lesquels, puisque son nouveau film est produit par Steven Spielberg (qui y fait un bref cameo) ! Gremlins réussit donc le tour de force d’allier film de genre, de monstres, d’horreur, rempli de références cinématographiques, et film grand public, drôle, familial et typiquement américain avec la sacro-sainte période de Noël. Dante parvient même à glisser une critique sociale féroce, de l’humour noire et du sang ! Il renouvelle surtout le film de monstres avec ces petites bestioles mignonnes quasi-peluches qui se transforment en créatures punks crétines et dévastatrices. Bien avant l’ère numérique, les effets spéciaux sont particulièrement impressionnants, grâce aux animatronics (marionnettes mécanisées). Pour à peine onze millions de dollars de budget, le film devient un des plus grands succès des années 80 avec plus de cent cinquante millions de dollars de recettes ! Une suite sera mise en chantier par Joe Dante, mais il n’obtiendra plus jamais le même succès ni la même liberté artistique dans sa carrière.

 CRITTERS

– 21h : Critters (Stephen Herek – 1986 – 82 minutes)

avec Dee Wallace, M. Emmet Walsh, Billy Green Bush, Scott Grimes, Nadine Van Der Velde, Don Opper, Billy Zane

Des petites créatures poilues, les Critters, s’échappent de leur prison spatiale et débarquent dans une petite ville américaine. Deux chasseurs de prime extra-terrestres sont à leur trousse.

Suite à l’immense succès de Gremlins, créant un genre à lui tout seul, des hordes de copieurs s’engouffrèrent comme de coutume dans le nouveau filon des bestioles, espérant capter son lucratif public. L’un des meilleurs est Critters, en faisant venir les petits monstres poilus de l’espace cette fois-ci. Ils peuvent se rouler en boule et même grossir. L’humour est toujours présent, renforcé par un budget plus modeste, des acteurs moins professionnels, et donc une atmosphère plus cinéma bis qu’hollywoodienne, typique des productions des années 80. Le film est lui aussi un succès à son niveau (treize millions de dollars de recettes pour un budget de deux millions), et connaitra donc trois suites (dont le 3, avec le tout premier rôle de Leonardo DiCaprio !).

5 juillet : Ciné-club insectes

MICROCOSMOS

– 19h : Microcosmos, le peuple de l’herbe (Claude Nuridsany & Marie Pérennou – 1996 – 75 minutes)

Une journée dans la vie d’insectes dans une prairie de l’Aveyron.

Fruit de vingt-cinq ans de connaissances scientifiques, Microcosmos a nécessité deux de préparation technique (pour élaborer des caméras macro aux déplacements millimétrés) et trois ans de tournage. Mais pour autant ce n’est pas un austère documentaire animalier descriptif comme la télévision en a l’habitude, c’est un film docu-fiction, comme un conte naturel, sans voix off, où les insectes jouent eux-mêmes leur rôle et nous montrent leurs tranches de vie, remplis d’humour, de grâce, de romantisme ou de tragédie. La subtile musique colle parfaitement aux images poétiques et à la mise en scène. Le film a été tourné au trois-quarts en studio (situé dans une prairie de l’Aveyron), en recréant l’habitant naturel des coccinelles, criquets, lucarnes cerf-volant, araignées argiope, fourmis rousses, chenilles, etc. Produit par Jacques Perrin (acteur fétiche des comédies musicales de Jacques Demy), Microcosmos a été un triomphe critique et public mondial : trois millions de spectateurs en France, cinq Césars (meilleurs montage, musique, photo, son, producteur), Prix Vulcain de l’Artiste Technicien du Festival de Cannes. Par la suite Jacques Perrin a produit d’autres documentaires à succès comme Le Peuple migrateur ou Océans, tandis que les réalisateurs ont poursuivi avec Genesis et La Clé des champs.

 la-mouche

– 21h : La Mouche (David Cronenberg – 1986 – 95 minutes)

Avec Jeff Goldblum, Geena Davies, John Getz

Un scientifique ambitieux invente une machine de téléportation. Mais il ne s’aperçoit pas qu’une mouche s’est introduite accidentellement dans la cabine et fusionne avec lui…

Remake d’un classique de la science-fiction des années 50 avec Vincent Price (qui connut deux suites), La Mouche s’en écarte quelque peu sous l’impulsion de Cronenberg pour moderniser le scénario et le discours. Au lieu d’un simple film d’horreur avec un monstre à tête de mouche, on suit plutôt une tragédie humaine et amoureuse autour de la lutte intérieure entre l’humanité et l’animalité, à travers le processus de transformation du scientifique, d’abord latent et inquiétant, puis physiologique et spectaculaire. A noter que le couple à l’écran, Jeff Goldblum (Jurassic Park, Independance Day) et Geena Davis (Beetlejuice, Thelma et Louise), l’était aussi à la ville ! Cronenberg signe un classique moderne du genre, avec des maquillages (cinq de préparation quotidienne pour Goldblum), costumes et effets spéciaux révolutionnaires, récompensé par l’Oscar des meilleurs maquillages, le Prix spécial du Jury du Festival d’Avoriaz, ainsi que les Prix de meilleur film, meilleur acteur et meilleurs maquillages aux Saturn Awards. La Mouche connaîtra une suite en 1989 (par le directeur des effets spéciaux du premier) et même une adaptation à l’Opéra en 2008 au Théâtre du Châtelet (avec Cronenberg en personne à la mise en scène) !

22 février 2015 : ciné-club Nature sauvage avec Robert Redford / Sydney Pollack

Jeremiah-Johnson_0001

– 19h : Jeremiah Johnson (Sydney Pollack – 1972 – 116 minutes)

avec Robert Redford, Will Geer, Allyn Ann McLerie, Stefan Gierasch, Charles Tyner, Delle Bolton

Au XIXème siècle, un ancien militaire décide de fuir la civilisation et de vivre comme trappeur dans les montagnes Rocheuses américaines.

Deuxième des sept films que Robert Redford et Sydney Pollack tourneront ensemble, Jeremiah Johnson est inspiré d’une histoire vraie, celle du célèbre mountain man John Johnson (1824-1900), surnommé « Johnson le mangeur de foie ». Trappeur et chasseur ayant vécu dans les montagnes Rocheuses américaines, il doit son surnom à sa guerre personnelle contre les indiens Corbeaux, qui ont assassiné sa femme amérindienne, et dont il aurait mangé les foies de leurs cadavres pour se venger. Entièrement tourné dans l’Utah, le film est avant tout un vibrant hommage aux superbes, purs et infinis paysages montagneux américains, souvent enneigés. Ce western naturaliste, contemplatif et hivernal est aussi une quête existentielle et transcendantale, revisitant les codes du genre. Révélé dans le western Butch Cassidy et le Kid (1969), Robert Redford interprète cette fois-ci un personnage bien différent : notre trappeur a beau fuir la société et sa violence pour revenir à la rude nature et sa solitude, il retrouvera malgré lui les compromis des humains et fatalement leur violence. Premier western présenté en compétition du Festival de Cannes, Jeremiah Johnson a été un grand succès critique et commercial à sa sortie. Il est enfin à noter que le film a fourni plusieurs séquences mémorables de La Classe américaine, le cultissime Grand Détournement de Michel Hazanavicius et Dominique Mézerette à partir de dizaines de films de la Warner, diffusé sur Canal Plus en 1993.

 OUT OF AFRICA

– 21h : Out of Africa (Sydney Pollack – 1985 – 161 minutes)

avec Robert Redford, Meryl Streep, Klaus Maria Brandauer, Michael Kitchen, Michael Gough

Une jeune et riche danoise part vivre au Kenya pour diriger une plantation de café. Elle croise la route d’un aventurier charismatique et solitaire.

Pour son avant-dernière collaboration avec Robert Redford, Sydney Pollack adapte le livre autobiographique de la danoise Karen Blixen La Ferme africaine, femme moderne et indépendante qui raconte son amour pour l’Afrique (où elle a séjourné pendant dix-sept ans) et pour un aventurier insaisissable. L’histoire se passant au début du XXème siècle, elle fut donc une observatrice privilégiée des transformations du continent sous le colonialisme occidental, de sa pureté originelle et de ses traditions autochtones, bientôt effritées par le développement économique et technologique, les débuts des safaris commerciaux – bref le passage de l’homme sur une terre d’animaux et de tribus qui ne peut que faire penser au jardin d’Eden. Grand classique de la romance, le film dépeint autant des sentiments contrariés autour de la possessivité et de la liberté, que des somptueux paysages à perte de vue. Grand triomphe commercial, Out of Africa a été récompensé par les Oscars de meilleurs film, réalisateur, scénario adapté, photographie, direction artistique, musique (John Barry) et son, tandis qu’il a été aussi nommé à ceux de meilleurs costumes, montage et acteurs pour Meryl Streep (Voyage au bout de l’enfer, Sur la route de Madison) et Klaus Maria Brandauer (Jamais plus jamais, Tetro). Son histoire d’amour a fait couler les larmes de bien des spectatrices, tandis que l’intensité des images en fait le parent de films de paysages et de cultures tels que Le Fleuve, Lawrence d’Arabie ou Danse avec les loups.

Ciné-club Action 80’s avec Brigitte Nielsen : Kalidor (1985) – Cobra (1986)

MovieCovers-219451-219452-KALIDOR LA LEGENDE DU TALISMAN

– 19h : Kalidor, la légende du talisman (Richard Fleischer – 1985 – 89 minutes)

avec Brigitte Nielsen, Arnold Schwarzenegger, Sandahl Bergman, Paul Smith, Ronald Lacey, Pat Roach, Janet Agren

Sonja cherche à se venger de la reine Gedren qui a tué ses parents et qui essaie de s’emparer d’un talisman aux pouvoirs immenses.

Conan le Barbare est une série de nouvelles et de romans écrits par Robert E. Howard en 1932 devenue un classique de l’heroic fantasy (qu’il contribua à populariser), adaptée en comics (chez Marvel), puis en film en 1982 (par John Milius, qui révéla Arnold Schwarzenegger). Suite au succès en salle, le prestigieux Richard Fleischer (Les Inconnus dans la ville, Les Vikings, L’Etrangleur de Boston, Soleil vert) en réalisa la suite, Conan le Destructeur (1984). Le producteur de la série au cinéma, Dino De Laurentiis (La Strada, Barbarella, Flash Gordon) décide d’adapter une autre héroïne de l’univers d’Howard, Red Sonja, avec la sculpturale mannequin danoise d’1m84 Brigitte Nielsen, pour son premier rôle au cinéma. Pour des raisons de droits, le personnage de Conan ne put être réutilisé (alors qu’il croise souvent Red Sonja dans les romans et comics), mais Arnold Schwarzenegger (sous contrat avec De Laurentiis) tient le même rôle de barbare musclé (Kalidor), ce qui donnera lieu abusivement lieu à une mise en avant de son personnage sur l’affiche et dans la promotion de film (alors que ce n’est pas le héros), la France allant même jusqu’à traduire le titre original (Red Sonja) en Kalidor ! Tourné en Italie, le film a deux italiens prestigieux dans sa production : Ennio Morricone à la bande son (compositeur culte des westerns de Sergio Leone, parmi cinq cent autres films) et Danilo Donati aux décors (décorateur de Fellini ou Pasolini). Au final, Kalidor est une bonne petite série B d’heroic fantasy à la limite du kitsch avec une touche d’humour, dans l’esprit des productions de De Laurentiis qui sait toujours très bien s’entourer.

 18816898

– 21h : Cobra (George P. Cosmatos – 1986 – 87 minutes)

avec Sylvester Stallone, Brigitte Nielsen, Reni Santoni, Brian Thompson, Andrew Robinson, Art LaFleur, Lee Garlington, Val Avery

Le lieutenant Marion Cobretti, surnommé Cobra, enquête sur un tueur en série qui agit pour une mystérieuse organisation qui prône un « nouvel ordre ».

Après l’immense succès commercial de Rambo II : la mission (1985), George P. Cosmatos et Sylvester Stallone (Rocky) se retrouvent pour un nouveau film d’action musclé et pyrotechnique. Stallone ne fait pas qu’incarner un flic à Ray-Ban aux méthodes expéditives et explosives, il en est aussi le scénariste ! Il s’offre aussi le luxe de tourner avec sa récente femme, Brigitte Nielsen, qui avait déjà joué avec lui dans Rocky IV (1985). Se sentant décidément chez lui sur le tournage, il n’hésite pas non plus à conduire sa propre Mercedes Mercury personnelle pour le film ! Il faut noter que par peur du raz de marée commercial de Top Gun, Cobra subit au dernier moment une coupe de près de quarante minutes (évidemment les scènes sans Stallone !) afin d’augmenter le nombre de projections par jour dans les salles – ce qui fait disparaître évidemment des pans entiers du scénario. Une coupe finalement peu justifiée car même si son score au box-office est plus modeste que Rocky IV ou Rambo II (300 millions de dollars chacun), Cobra récolte tout de même 60 millions de dollars (sur un budget de 25 millions). Cobra a été nominé à six Razzie Awards (l’opposé des Oscars qui récompensent le pire !), dont pires acteurs pour Stallone, Nielsen et Brian Thompson, pire photographie et bien sûr pire scénario pour Stallone ! Néanmoins le pire devient souvent le meilleur au second degré, ce qui fait de Cobra un nanar bourrin typiquement eighties tout à fait jouissif et devenu culte !

Ciné-club Nanar 2 en 1 : Clash of the ninjas (1986) – Ninja in action (1987)

tumblr_n03elyQfrO1rsmsu7o1_1280

– 19h : Clash of the ninjas (Wallace Chan – 1986 – 82 minutes)

avec Paulo Tocha, Louis Roth, Eric Neff, Joe Redner, James Mutch Crockett

Deux anciens disciples ninjas, l’un devenu agent des services secrets, l’autre mercenaire, vont voir leurs chemins se rejoindre à la suite d’assassinats.

 tumblr_na2tjz52ao1snghrzo1_1280

– 21h : Ninja in action (Tommy Cheng – 1987 – 85 minutes)

avec Stuart Smith, Louis Roth, Christine O’Hara, Kent Poon, Julie Luk

Un gang de ninjas dérobe des pierres précieuses. Leur chef élimine tous les hommes, sauf un qui cherche à se venger.

Les films de ninjas asiatiques sont un des piliers de la production nanar. Wallace Chan et Tommy Cheng semblent être des pseudonymes de Godfrey Ho (ce qu’il nie, mais son style unique ne trompe pas), sans doute le plus fameux réalisateur du genre. Avec les producteurs Joseph Lai (IFD Films), ou comme pour ces deux films Tomas Tang (Filmark), ils se sont spécialisés dans l’incroyable technique dite du 2 en 1 : l’essentiel du film est constitué de scènes d’un (ou parfois plusieurs) films préexistants (tout à fait illégalement bien sûr), auxquels sont ajoutées quelques scènes fraichement tournées avec des acteurs occidentaux semi-amateurs expatriés à Hong Kong (qui cabotinent très souvent). Le tout est remonté et doublé avec de nouveaux dialogues pour faire croire que tout le monde participe à la même histoire (souvent bancale). Ainsi la magie du montage donne l’impression que les acteurs de plusieurs films distincts se parlent ou se téléphonent entre eux ! Avec un budget ridicule, le producteur se retrouve avec un nouveau film prêt à inonder les salles occidentales. Et les tandems Ho/Lai et Ho/Tang en ont produit des dizaines, en pleine mode ninja, avec des titres aussi évocateurs et répétitifs que Ninja Terminator, Flic ou ninja, Golden ninja warrior, Full metal ninja, Black ninja, Ninja exterminator, parmi d’autres ! Ajoutons qu’on retrouve souvent dans la bande-son des morceaux de Pink Floyd, Joy Division, Tangerine Dream et bien d’autres, toujours sans les droits d’utilisation, évidemment ! N’oublions pas que la moitié de l’humour de ces nanars provient comme d’habitude du doublage français surréaliste, oscillant entre le jeu exagéré ou somnambule. Enfin, après 115 films, l’Ed Wood du cinéma hongkongais ne réalise plus mais est aujourd’hui professeur de cinéma à la Hong Kong Film Academy. Des cours magistraux assurément précieux !

Ciné-club Laura Dern / David Lynch : Blue Velvet (1986) – Sailor et Lula (1990)

BLUE VELVET

– 19h : Blue Velvet (David Lynch – 120 minutes – 1986)

avec Kyle MacLachlan, Isabella Rossellini, Laura Dern, Dennis Hopper, Hope Lange, George Dickerson, Dean Stockwell

Un jeune américain d’une petite ville tranquille trouve une oreille coupée dans un champ, et par curiosité mène son enquête, au milieu d’individus louches.

Après l’échec commercial de Dune (1984), David Lynch se tourne vers un cinéma plus personnel. Toujours produit par Dino de Laurentiis après le refus des grands studios, son nouveau film va poser les bases de son style de la maturité, rempli de fantasmes psychanalytiques. A la forme narrative encore classique, avant l’éclatement des prochains films (Lost Highway, Mulholland Drive) où le rêve et la réalité sont confondus, Blue Velvet explore un monde de mystères et de faux-semblants, partant dans l’envers du décor de l’american way of life sage et triomphant, pour faire remonter à sa surface ses pulsions sexuelles et violentes enfouies. Kyle McLachlan, déjà héros de Dune, interprète l’alter-ego ingénue de Lynch dans le film. Dennis Hopper (Easy Rider, Apocalypse Now) est la célébrité du casting, dans un rôle de dément complètement jouissif et inoubliable – assurément une de ses meilleures prestations. Isabella Rossellini, mannequin fille du réalisateur phare du néo-réalisme italien Roberto Rossellini et de l’actrice Ingrid Bergman, incarne un sex-symbol sulfureux et fascinant – elle avait alors une liaison avec Lynch. C’est aussi la révélation de la jeune Laura Dern (19 ans), que l’on retrouvera dans deux autres films de Lynch, ainsi que dans Jurassic Park (1993) ou Un Monde parfait (1993). Il faut noter aussi qu’il s’agit de la première collaboration du réalisateur avec son compositeur fétiche, Angelo Badalamenti. Si Blue Velvet n’est pas un succès commercial, il rembourse ses frais de production et est surtout acclamé par la critique : Grand Prix du Festival d’Avoriaz, Lynch nominé à l’Oscar du meilleur réalisateur. Aujourd’hui le film est devenu culte, classé parmi les dix meilleurs films à énigme selon l’Américan Film Institute, et reste peut-être le film de Lynch à la fois le plus accessible et profond, au milieu d’autres cauchemars cinématographiques plus hermétiques.

 MovieCovers-200433-200433-SAILOR  LULA

– 21h : Sailor et Lula (David Lynch – 1990 – 127 minutes)

avec Nicolas Cage, Laura Dern, Willem Dafoe, Crispin Glover, Diane Ladd, Isabella Rossellini, Harry Dean Stanton

Sorti de prison, Sailor emmène sur la route sa compagne Lula, dont la mère hystérique a juré de tout faire pour les séparer.

Pendant qu’il travaillait sur sa série Twin Peaks, David Lynch découvre une nouvelle de Barry Gifford (avec qui il écrira Lost Highway), Wild at hearts : the story of Sailor and Lula. Il en tire rapidement un scénario et reprend une partie de l’équipe de Blue Velvet, à commencer par son chef opérateur. Laura Dern passe en actrice principale, et Isabella Rossellini a cette fois-ci un plus petit rôle. Willem Dafoe avait refusé le rôle de Frank dans Blue Velvet (qu’a joué Dennis Hopper), mais cette fois-ci il accepte avec plaisir un autre personnage de freak pervers et glaçant, Bobby Peru. Nicolas Cage décroche le rôle principal, avec sa fameuse veste à peau de serpent (en référence à L’Homme à peau de serpent de Sidney Lumet avec Marlon Brando) et son interprétation vocale de « Love Me Tender » d’Elvis Presley. La mère de Lula qui tire les ficelles et mets des tueurs sur leur chemin est d’ailleurs interprétée par Diane Ladd (nominée aux Oscars), la propre mère de Laura Dern, avec qui elle a plusieurs fois joué (notamment Inland Empire de Lynch) ! Deux actrices secondaires sont aussi issues de Twin Peaks. Sailor et Lula est un road-movie délirant autour d’un couple qui s’aime comme des dingues et qui ne croisent que des dingues. Une belle galerie de personnages qui sont encore le reflet d’une Amérique obsédée par le sexe et la mort. A noter que la chanson « Wicked Game » de Chris Isaak lança sa carrière commerciale, tandis qu’Angelo Badalamenti signe toujours la musique du film. Sailor et Lula a reçu la Palme d’or du Festival de Cannes et est devenu une icône déjantée de la filmographie tourmentée de Lynch.