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24 septembre 2017 : Ciné-club Arizona : Arizona Junior (1987) – Arizona Dream (1993)

ARIZONA JUNIOR

– 19h : Arizona Junior (Joel Coen – 1987 – 94 minutes)

avec Nicolas Cage, Holly Hunter, John Goodman, Trey Wilson, William Forsythe, Sam McMurray, Frances McDormand, Randall “Tex” Cobb, M. Emmet Walsh

Un cambrioleur, dont la femme est stérile, décide de voler un des récents quintuplés d’une riche famille, afin de l’élever comme son fils.

Pour leur second film, les frères Coen abandonnent le polar noir de Sang pour sang et passent à la comédie déjantée, franchement inspiré par les cartoons. On retrouve déjà les bases de leur univers, en explorant l’Amérique profonde à travers les péripéties de marginaux à moitié loosers, ici un ancien cambrioleur (Nicolas Cage) et sa femme policière (Holly Hunter). Leur kidnapping du bébé et la rançon promise par sa famille va donner lieu à une cavalcade délirante, avec à ses trousses des bandits et un motard digne de Mad Max. Parmi les seconds rôles, John Goodman, Frances McDormand et Warren Keith deviendront des habitués des réalisateurs. Avec ses couleurs flashys, ses personnages guignolesques et ses courses-poursuites hystériques, Arizona Junior installe durablement les frères Coen dans le paysage cinématographique américain, avec de nombreux classiques à venir (Barton Fink, The Big Lebowsky, Fargo).

ARIZONA DREAM

– 21h : Arizona Dream (Emir Kusturica – 1993 – 140 minutes)

avec Johnny Depp, Jerry Lewis, Faye Dunaway, Lili Taylor, Vincent Gallo, Paulina Porizkova

Un vendeur de poissons, orphelin et rempli de rêves, est invité par son oncle en Arizona pour son mariage. Il rencontre une veuve farfelue qui rêve de voler, et va l’aider à l’accomplir.

Après trois films yougoslaves récompensés aux festivals de Berlin et de Cannes, Emir Kusturica s’en va tourner aux Etats-Unis pour une production française-américaine. C’est l’occasion pour lui de filmer ses fantasmes et désillusions sur le pays, avec ses mythiques Cadillac, ses régions et son patrimoine cinématographique. Il tourne ainsi avec deux légendes (Jerry Lewis et Faye Dunaway) tout en faisant émerger des talents montants (Johnny Depp, Vincent Gallo, Lili Taylor). Comme souvent, Kusturica partage ses obsessions en intégrant des extraits du Parrain 2, de Raging Bull et de La Mort aux trousses, qui seront rejoués par le personnage de Vincent Gallo. Arizona Dream est un ode à l’onirisme, avec une galerie de personnages fantasques qui tentent de s’évader par et dans leurs rêves, sans en soupçonner le prix. La réalisation souligne à merveille cette liberté surréaliste, passant régulièrement du rire au tragique dans la même scène, ce qui lui vaudra d’être primé à Berlin par l’Ours d’argent (Prix Spécial du Jury).

16 juillet 2017 : Ciné-club espace : Space Adventure Cobra : le film (1982) – Les Ailes d’Honnéamise (1987)

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– 19h : Space Adventure Cobra : le film (Osamu Dezaki – 1982 – 99 minutes)

Cobra le pirate de l’espace croise la route d’une chasseuse de prime, Jane, qui est avec ses deux autres sœurs la dernière descendante de la planète Milos. Une prophétie annonce qu’elles doivent tomber amoureuse du même homme pour espérer redonner vie à leur planète…

Avant de devenir une fameuse série animée de trente-et-un épisodes, la première adaptation du manga de Buichi Terasawa est un film d’animation, produit en 1982 par Tokyo Movie Shinsha avec un budget conséquent. On retrouve cependant la même équipe qui travaillera quelques mois plus tard sur la série, le duo Osamu Dezaki (réalisation) et Akio Sugino (dessins), qui a l’habitude de travailler ensemble (Lady Oscar, Rémi sans famille, L’Ile au trésor, Ashita no Joe). Le style graphique et la direction artistique futuriste sont donc déjà présents, donnant vie à un univers mélangeant space opera, règlements de compte à la western spaghetti, espionnage et séduction à la James Bond et érotisme psychédélique à la Barbarella. Rappelons que Cobra est officiellement inspiré par Jean-Paul Belmondo, aussi bien dans son visage que dans sa décontraction naturelle ! Particulièrement réussi et soigné, le film se distingue du manga et de la série en donnant une vraie profondeur émotionnelle aux personnages, devenant ainsi plus dramatique et onirique, tout en gardant ses séquences d’aventure et d’action. Après la série télévisée de 1982-1983, Cobra reviendra dans six OAV en 2008 et une nouvelle série en 2010. Alexandra Aja avait annoncé travailler à l’adaptation en film live, mais le projet semble abandonné. Cependant une nouvelle série animée est annoncée pour 2018, Return of Joe Gillian (un reboot de la saga du rugball).

LES AILES D'HONNEAMISE

– 21h : Les Ailes d’Honnéamise (Hiroyuki Yamaga – 1987 – 121 minutes)

Dans le royaume fictif Honnéamise, un programme militaire ambitionne d’envoyer pour la première fois un humain dans l’orbite spatiale. Mais le pays traverse une crise économique et politique…

Après deux court-métrage, le jeune (et futur mythique) studio d’animation Gainax se lance dans son premier long-métrage, une épopée de la conquête spatiale tout à fait rigoureuse et minutieuse, à la L’Etoffe des héros de Philip Kaufman. Le studio réalise d’abord un court-métrage pilote de cinq minutes pour trouver des financements, et séduit Bandai. Produit pour 360 millions de yens, Les Ailes d’Honnéamise est un des films d’animation les plus coûteux du Japon. Son ambition est à la hauteur : l’animation est d’une impressionnante fluidité, les décors sont fascinants de détails, la narration et la mise en scène n’ont rien à envier au cinéma traditionnel. La direction artistique est des plus singulières, car elle a cherché à réinventer nombre d’objets quotidiens de ce monde alternatif : les pièces de monnaie deviennent des barrettes, les télévisions sont rondes, etc. L’excellente bande-son a été confiée au grand musicien et compositeur Ryuichi Sakamoto (Furyo, Le Dernier Empereur, Talons aiguilles, The Revenant). Riche de sa poésie, de son humanisme et de son pacifisme, Les Ailes d’Honnéamise est un véritable joyau de l’animation japonaise, et est le premier d’une longue lignée de classiques signés Gainax : Gunbuster, Nadia et le secret de l’eau bleue, et l’incontournable Neon Genesis Evangelion, pierre angulaire du genre.

11 juin 2017 : Ciné-club Folles histoires de Mel Brooks : La Folle histoire du monde (1981) – La Folle histoire de l’espace (1987)

LA FOLLE HISTOIRE DU MONDE

– 19h : La Folle histoire du monde (Mel Brooks – 1981 – 92 minutes)

avec Mel Brooks, Dom DeLuise, Madeline Kahn, Harvey Korman, Cloris Leachman, Ron Carey, Gregory Hines, Pamela Stephenson, Andreas Voutsinas, Shecky Greene, Sid Caesar, Mary-Margaret Humes, Orson Welles

Les différents âges de l’humanité revus et corrigés !

Entre Woody Allen et les Monty Python, Mel Brooks est un des grands trublions américains, à l’humour juif new-yorkais – parfois excessif ! Après la série télévisée Max la menace, il tourne plusieurs comédies cultes avec son acteur fétiche Gene Wilder, comme Les Producteurs, Le Shérif est en prison ou Frankenstein Junior. Dans La Folle histoire du monde, il revisite de manière déjantée plusieurs époques de l’Histoire (avec comme narrateur Orson Welles) : l’âge de pierre (parodiant 2001 l’Odyssée de l’espace), les périodes biblique et romaine (rappelant La Vie de Brian des Monty Python), l’Inquisition espagnole (une comédie musicale) et la Révolution française (avec sa partie d’échecs grandeur nature). Le film se termine par la fausse bande-annonce de La Folle histoire du monde II, avec Hitler on ice ou les juifs dans l’espace ! A noter que la chanson « It’s Good To Be The King Rap » (dite par Louis XVI) est sortie en single et est devenue un gros succès, atteignant la seconde place du hit-parade en France !

LA FOLLE HISTOIRE DE L'ESPACE

– 21h : La Folle histoire de l’espace (Mel Brooks – 1987 – 96 minutes)

avec Mel Brooks, John Candy, Rock Moranis, Bill Pullman, Daphne Zuniga, Dick Van Patten, George Wyner, Joan Rivers, John Hurt

Yop Solo et Gerbe vont sauver la princesse Vespa du redoutable Lord Casque Noir afin de toucher la prime et rembourser l’argent qu’ils doivent à Pizza the Hutt.

La Folle histoire du monde se terminait dans l’espace. Pour son film suivant, dix ans après la sortie de Star Wars, Mel Brooks signe une parodie délirante de la célèbre trilogie de science-fiction, en reprenant sa trame principale et ses personnages. Yop Solo cumule les rôles de Han Solo et Luke Skywalker, Gerbe est un chiomme (mi-homme mi-chien), Jabba the Hutt devient une pizza, Dark Vador (joué par Rick Moranis) est flanqué d’un énorme casque qui génère de nombreux gags, tandis que Yaourt apprend à utiliser la Schwartz (et non la Force !) et se moque du merchandising ! Mel Brooks a même embauché l’équipe technique de Star Wars pour réaliser les effets spéciaux et la maquette du vaisseau SpaceBall One. Mais la parodie ne se limite pas à la saga de George Lucas, Mel Brooks glisse des références à bien d’autres classiques de science-fiction tels que Star Trek, Alien (avec même une apparition de John Hurt !), Transformers, La Planète des singes, ou même Rambo, Indiana Jones, Blanche Neige et les sept nains, Le Pont de la rivière Kwai. Succès commercial, La Folle histoire de l’espace a d’ailleurs connu une adaptation en série animée pas plus tard qu’en 2008.

19 février 2017 : Ciné-club Entraînement militaire : Full Metal Jacket (1987) – Le Maître de guerre (1986)

FULL METAL JACKET

– 19h : Full Metal Jacket (Stanley Kubrick – 1987 – 117 minutes)

avec Matthew Modine, Arliss Howard, Adam Baldwin, Vincent D’Onofrio, Ronald Lee Ermey, Kevyn Major Howard, Dorian Harewood, Ed O’Ross, John Terry

Dans les années 60, de jeunes recrues américaines sont entraînées par un instructeur impitoyable afin d’être envoyées au front de la guerre du Vietnam.

Sept ans après Shining, Stanley Kubrick (dont le rythme de réalisation se ralentit de plus en plus) sort un nouveau film magistral et percutant. Adapté de The Short Timers (Le Merdier en français) de Gustav Hasford et Dispatches (traduit en Putain de mort) de Michael Herr (ancien correspondant de guerre au Vietnam), Full Metal Jacket n’est pas tant un film sur le Vietnam ou même de guerre qu’un film sur la guerre en général. Le vétéran Ronald Lee Ermey, d’abord simple conseiller technique sur le film, à force de faire passer les auditions aux acteurs finit par décrocher le rôle du sergent Hartman (pourtant déjà attribué à un autre acteur !), sans conteste l’instructeur militaire le plus connu du cinéma, aux innombrables insultes fleuries et improvisées. Son autorité effroyable métamorphosera les recrues en machine à tuer (« born to kill ») anonymes (surnommées et non plus appelées par leurs noms). Cette entreprise de déshumanisation en vue de la destruction finit fatalement par émousser leur sens du bien et du mal, à commencer par la recrue Baleine (qui a pris 32 kilos pour le rôle) sur qui Hartman s’acharnait. La seconde partie se passe au Vietnam, mais a pourtant été entièrement tournée dans les environs de Londres, avec des palmiers importés, Kubrick détestant voyager ! A travers le regard humaniste du journaliste de guerre Joker, Kubrick montre habilement toute l’absurdité de la guerre, son thème le plus traité dès Fear and desire en 1953. Après Voyage au bout de l’enfer, Apocalypse Now ou le récent Platoon, le public n’a pas fait un triomphe commercial à Full Metal Jacket, mais il reste par son réalisme, son esthétique et son intelligence un des constats cinématographiques définitifs sur le sujet.

Le_Maitre_de_guerre

– 21h : Le Maître de guerre (Clint Eastwood – 1986 – 130 minutes)

avec Clint Eastwood, Marsha Mason, Mario Van Peebles, Everett McGill, Moses Gunn, Eileen Heckart, Bo Svenson, Boyrd Gaines

Tom Highway, un marine dur à cuir médaillé des guerres de Corée et du Vietnam, doit entraîner de nouvelles recrues paresseuses, indisciplinées et bagarreuses.

Clint Eastwood n’a pas joué que des cowboys (la trilogie du dollar) ou des policiers (L’Inspecteur Harry), il avait déjà été militaire pour Brian G. Hutton (Quand les aigles attaquent, De l’or pour les braves). Mais c’est la première fois qu’il réalise et produit un film de guerre, dans lequel il tient impeccablement et solidement son rôle archétypal à peine modifié : un héros viril à l’impressionnant palmarès militaire qui mitraille d’insultes musclées (cultes et hilarantes !), se bat dans les bars ou tient tête à sa hiérarchie. Il va user de toute son autorité et de son expérience pour transformer des jeunes bleus désobéissants (dont le turbulent et rockeur Mario Van Peebles, le fils du réalisateur Melvin Van Peebles) en marines aguerris, dans des séquences qui précédent Full Metal Jacket. Cependant, s’il excelle sur le champ de bataille, il piétine avec son ex-femme qu’il veut reconquérir. A l’image de son personnage principal, Le Maître de guerre est relativement contrasté et ambigu, alternant patriotisme américain et critique de la hiérarchie militaire et administrative, le tout ponctué de dialogues humoristiques. Il s’inscrit cependant dans le cadre historique de l’invasion de l’île de la Grenade en 1983, pour libérer des otages américains et renverser le gouvernement communiste, où le premier degré reprend le dessus. Très professionnel, rythmé et efficace, Le Maître de guerre a été un bon succès commercial, et Eastwood reviendra bien plus tard au film de guerre avec Mémoires de nos pères, Lettres d’Iwo Jima et American Sniper.

18 décembre : Ciné-club Ciné-Bazar / Science-fiction par Paul Verhoeven : Robocop (1987) – Starship Troopers (1997)

Soirée spéciale à l’occasion de la sortie du quatrième numéro de la revue Ciné-Bazar, qui consacre un dossier à Paul Verhoeven. Des exemplaires seront en vente, en présence du rédacteur en chef Thomas Revay.

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– 19h : Robocop (Paul Verhoeven – 1987 – 102 minutes)

avec Peter Weller, Nancy Allen, Daniel O’Herlihy, Ronny Cox, Kurtwood Smith, Miguel Ferrer, Paul McCrane, Ray Wise, Robert DoQui

A Detroit, face à une criminalité explosive, la sécurité civile est en train d’être privatisée à l’entreprise OCP. Elle met au point Robocop, un policier mort au service transformé en puissant robot.

Steven Spielberg conseillait depuis longtemps au néerlandais Paul Verhoeven d’émigrer aux Etats-Unis, pour sa plus grande facilité de financement de films. C’est ainsi que la femme du cinéaste lui suggère de réaliser Robocop, beaucoup refusé dans le milieu à cause de son apparence simpliste et commerciale, à commencer par le titre. Mais le fourbe Verhoeven a plus d’une idée en tête pour le détourner et ajouter des niveaux de lecture plus subtils, critiques et subversifs. Le film est en réalité une féroce satire sociale et politique des années Reagan comme seul un européen pouvait la faire : vulgaires, superficielles et proto-fascistes où règnent l’argent, le pouvoir et la corruption, constamment tournée en dérision. Il donne une vision cynique et objective de la violence, explosive et sanglante, exagérée jusqu’au grotesque pour à la fois faire passer la pilule tout en réveillant les consciences endormies par les blockbusters d’action. Inspirée autant par Metropolis que par Le Jour où la Terre s’arrêta, le personnage de Robocop – à l’évidente symbolique christique de mort et résurrection pour sauver son prochain – est devenu un des grands héros de la pop culture, dont le design et l’armure ont été élaborés par le fameux prothésiste et maquilleur Rob Bottin (Fog, Hurlements, The Thing, Total Recall). Peter Weller (Le Festin Nu) a su lui donner une présence et une démarche si caractéristiques, en dépit de la pénibilité de son costume (si lourd et si chaud qu’il en a perdu des kilos !). Le tournage fut désastreux, difficile et conflictuel, dépassant son budget son planning, mais cela n’a pas empêché Robocop de devenir un des grands succès des années 80, qui sera décliné en deux suites, deux dessins animés, une série télévisée, quatre téléfilms et un remake. Verhoeven considère encore qu’il s’agit de son meilleur film américain.

– 21h : Starship Troopers (Paul Verhoeven – 1997 – 129 minutes)

avec Casper Van Dien, Dina Meyer, Denise Richards, Jake Busey, Neil Patrick Harris, Patrick Muldoon, Michael Ironside, Clancy Brown, Seth Gilliam

Des jeunes diplômés s’engagent dans un service militaire de deux ans, donnant droit au statut de Citoyen, alors que la Terre mène une guerre intergalactique contre des insectes extra-terrestres géants. Johnny Rico le fait pour plaire à sa petite amie et se retrouve dans l’infanterie, tandis que celle-ci s’est engagée dans la marine spatiale avec le rival de Rico.

Au bout de dix ans de carrière à Hollywood (Totall Recall, Basic Instinct, Showgirls), Paul Verhoeven se lance dans une nouvelle farce politique d’une ampleur et d’une violence inégalées, en adaptant librement un livre de science-fiction de 1959 (il en prend d’ailleurs le contre-pied). Rarement Hollywood n’aura accouché d’un film aussi subversif, qui plus est à ses dépens ! Car Starship Troopers se révèle être en fait une parodie de blockbuster, une satire contre le militarisme, le patriotisme aveugle et la propagande manipulatrice du Bien. Mais avec son budget d’une centaine de millions de dollars, ses effets spéciaux saisissants (nommés à l’Oscar), ses acteurs beaux et niais comme dans des sitcoms (Casper Van Dien et Dina Meyer viennent de Beverley Hills 90210, Denise Richards et Patrick Muldoon de Melrose Place, et Neil Patrick Harris de Docteur Doogie, des années avant How I met you mother !) et ses séquences spectaculaires de navigation spatiale et de guerres sanglantes, les critiques de l’époque l’ont pris au premier degré et l’a descendu comme un film fasciste – ce qu’il entendait précisément dénoncer… Ce n’est pourtant pas faute de Verhoeven d’avoir oublié son humour burlesque dans les dialogues, les explosions de têtes et ses flashs d’informations grotesques (dans la droite lignée de ceux de Robocop). Mais le temps a fini par réparer son erreur et a réévalué Starship Troopers comme un chef d’œuvre titanesque et complexe, entre Star Wars et Full Metal Jacket. Trois suites sortiront directement en vidéo, preuve de leur intérêt négligeable, ainsi qu’une série télévisée en images de synthèse.

27 mars : Ciné-club Supernanar : Superman et les Nains de l’enfer (1951) – Superman IV : Le Face à face (1987)

SUPERMAN ET LES NAINS DE L'ENFER

– 19h : Superman et les Nains de l’enfer (Lee Sholem – 1951 – 58 minutes)

avec George Reeves, Phyllis Coates, Jeff Corey, Walter Reed, J. Farrell MacDonald, Stanley Andrews, Ray Walker, Billy Curtis

Les journalistes Clark Kent et Lois Lane vont faire un reportage sur le plus profond puit de pétrole du monde. Mais il atteint une zone souterraine où vivent des petits êtres qui vont remonter à la surface et effrayer la ville.

Né en 1938 dans Action Comics, Superman a évidemment connu bien des adaptations audiovisuelles : deux séries de dessins animés (1941 et 1942) et deux serials (19548 et 1950), diffusés au cinéma avant des films (les séances avaient beaucoup plus de contenus qu’aujourd’hui !). Le premier long-métrage du super-héros n’en est un qu’à moitié, puisqu’il ne dure que cinquante-huit minutes, et qu’il s’agit en fait d’un pilote pour une nouvelle série télévisée, Les Aventures de Superman, qui durera six saisons et 104 épisodes, de 1952 à 1958. Tourné en douze jours, Superman et les Nains de l’enfer a donc le budget d’une série de l’époque, et cela se voit ! Le rayon-laser des nains de l’enfer est ainsi fabriqué à partir d’un… aspirateur ! On peut dire que la première adaptation du grand héros de la pop culture américaine est un rendez-vous manqué, tant l’histoire et les moyens manquent d’envergure. Il en résulte une atmosphère surréaliste tout à fait nanardesque, et tout de même un plaidoyer pour la tolérance et l’acceptation de l’autre, loin d’être anecdotique aux Etats-Unis avant les Droits Civiques de 1964. Si la série télévisée est un succès, il faudra attendre 1978 pour voir une production faire honneur à Superman et ses super-pouvoirs au cinéma.

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Vu la courte durée du film, divers épisodes bonus d’époque seront projetés, dont surtout The Adventures of Superpup, le pilote (22 minutes) d’une série télévisée de 1958 qui n’a jamais vu le jour, et on comprend pourquoi : il ne s’agit rien de moins que d’un chien super-héros revêtant le costume de Superman dans un monde de chiens ! Les personnages sont tous joués par des nains, Superpup étant interprété par Billy Curis, qui jouait déjà un des Nains de l’enfer !

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– 21h : Superman IV : Le Face à face (Sidney J. Furie – 1987 – 90 minutes)

avec Christopher Reeve, Gene Hackman, Jackie Cooper, Marc McClure, Jon Cryer, Sam Wanamaker, Park Pillow, Mariel Hemingway, Margot Kidder

Lex Luthor tente de voler un cheveu de Superman pour créer Nuclear Man, un être aussi puissant que lui.

Après la déception critique de Superman III, Christopher Reeve ne voulait plus enfiler le pyjama bleu à cape rouge. Mais les productions Cannon (spécialisés en série B, avec Chuck Norris, Sylvester Stallone ou Jean-Claude Van Damme) a réussi à le convaincre, en échange de lui faire tourner un projet qui lui tenait à cœur (La Rue). Une fois le contrat signé, les ennuis commencent : le budget du film est réduit de moitié, ce qui impacte gravement la qualité des effets spéciaux. Quarante-quatre minutes de film ont même été coupées, en vue de les inclure dans une suite – qui ne verra jamais le jour à cause de l’échec commercial de Superman IV. Il est facile à comprendre, entre les séquences embarrassantes (Clark Kent à un cours d’aérobic), inutiles (l’interview de Superman par Clark Kent en présence de Lois Lane), ridicules (Superman à l’ONU promettant d’éradiquer les armes nucléaires) ou incohérentes (une otage humaine respire dans l’espace), méchants agaçants, duel décevants et effets spéciaux bas de gamme. Ce sera donc le dernier Superman avec Christopher Reeve, malgré les multiples projets différents d’un Superman V, et il faudra attendre 2006 pour voir Superman Returns. Si certains critiques ou magazines vont jusqu’à parler de Superman IV comme l’un des pires films réalisés, force est de reconnaître qu’il constitue un nanar aussi consternant qu’amusant ! Et pour approfondir, une demi-heure de scènes coupées sera diffusée en bonus à la fin !

4 octobre : Ciné-club arme fatale : L’Arme Fatale (1987) – L’Arme Fatale 2 (1989)

L'ARME FATALE

– 19h : L’Arme Fatale (Richard Donner – 1987 – 110 minutes)

avec Mel Gibson, Danny Glover, Gary Busey, Tom Atkins, Darlene Love, Traci Wolfe

Un flic de cinquante ans doit faire équipe avec un vétéran du Vietnam imprévisible pour démanteler un réseau de trafic de drogue.

L’Arme Fatale est sans doute le plus grand représentant du genre buddy movie. Initié par Walter Hill dans 48 heures (1983), il met en scène le tandem de deux personnages aux tempéraments opposés, promettant un savant dosage d’humour et d’action. Mel Gibson sort de la trilogie Mad Max pour construire son personnage de justicier urbain, achevant son statut de superstar internationale. Danny Glover a tourné dans Witness, Silverado et surtout La Couleur pourpre de Steven Spielberg. Derrière la caméra, Richard Donner met tout son professionnalisme (La Malédiction, Superman, Les Goonies) au service d’une comédie d’action policière musclée et pyrotechnique. A noter que la bande originale est co-signée par Eric Clapton, forcément bluesy. Pour un budget de 15 millions de dollars, L’Arme Fatale en remporte 120 millions, faisant de lui un des gros succès de la décennie, et la matrice d’autres filons du genre comme Tango et Cash, Bad Boys, Rush Hour ou Men In Black.

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– 21h : L’Arme Fatale 2 (Richard Donner – 1989 – 115 minutes)

avec Mel Gibson, Danny Glover, Joe Pesci, Joss Ackland, Derrick O’Connor, Patsy Kensit, Darlene Love, Traci Wolfe

Riggs et Murtaugh sont chargés de protéger un témoin sensible dans une affaire de blanchiment d’argent international.

Après le succès international du premier, une suite est rapidement mise en chantier avec la même équipe. Elle y ajoute le personnage déjanté de Leo Getz, joué par Joe Pesci, habitué des films plus sérieux de Martin Scorsese (Raging Bull, Les Affranchis, Casino), qui apporte un ressort comique supplémentaire au duo (et restera pour les suites). Le budget étant évidemment plus confortable, le film propose encore plus de courses-poursuites, fusillades, destructions de maisons et autres cascades spectaculaires, toujours sur fond d’humour (encore mieux écrit et dosé que dans le premier). Avec un succès commercial supérieur au premier, L’Arme Fatale s’impose comme un des grandes sagas du cinéma d’action, qui s’allongera de deux suites supplémentaires dans les années 90. La franchise sera parodiée dans L’Alarme Fatale (1933) avec Samuel L. Jackson, tandis que Donner et Gibson tourneront ensembles Maverick (1994) et Complots (1996).

Ciné-club Nanar 2 en 1 : Clash of the ninjas (1986) – Ninja in action (1987)

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– 19h : Clash of the ninjas (Wallace Chan – 1986 – 82 minutes)

avec Paulo Tocha, Louis Roth, Eric Neff, Joe Redner, James Mutch Crockett

Deux anciens disciples ninjas, l’un devenu agent des services secrets, l’autre mercenaire, vont voir leurs chemins se rejoindre à la suite d’assassinats.

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– 21h : Ninja in action (Tommy Cheng – 1987 – 85 minutes)

avec Stuart Smith, Louis Roth, Christine O’Hara, Kent Poon, Julie Luk

Un gang de ninjas dérobe des pierres précieuses. Leur chef élimine tous les hommes, sauf un qui cherche à se venger.

Les films de ninjas asiatiques sont un des piliers de la production nanar. Wallace Chan et Tommy Cheng semblent être des pseudonymes de Godfrey Ho (ce qu’il nie, mais son style unique ne trompe pas), sans doute le plus fameux réalisateur du genre. Avec les producteurs Joseph Lai (IFD Films), ou comme pour ces deux films Tomas Tang (Filmark), ils se sont spécialisés dans l’incroyable technique dite du 2 en 1 : l’essentiel du film est constitué de scènes d’un (ou parfois plusieurs) films préexistants (tout à fait illégalement bien sûr), auxquels sont ajoutées quelques scènes fraichement tournées avec des acteurs occidentaux semi-amateurs expatriés à Hong Kong (qui cabotinent très souvent). Le tout est remonté et doublé avec de nouveaux dialogues pour faire croire que tout le monde participe à la même histoire (souvent bancale). Ainsi la magie du montage donne l’impression que les acteurs de plusieurs films distincts se parlent ou se téléphonent entre eux ! Avec un budget ridicule, le producteur se retrouve avec un nouveau film prêt à inonder les salles occidentales. Et les tandems Ho/Lai et Ho/Tang en ont produit des dizaines, en pleine mode ninja, avec des titres aussi évocateurs et répétitifs que Ninja Terminator, Flic ou ninja, Golden ninja warrior, Full metal ninja, Black ninja, Ninja exterminator, parmi d’autres ! Ajoutons qu’on retrouve souvent dans la bande-son des morceaux de Pink Floyd, Joy Division, Tangerine Dream et bien d’autres, toujours sans les droits d’utilisation, évidemment ! N’oublions pas que la moitié de l’humour de ces nanars provient comme d’habitude du doublage français surréaliste, oscillant entre le jeu exagéré ou somnambule. Enfin, après 115 films, l’Ed Wood du cinéma hongkongais ne réalise plus mais est aujourd’hui professeur de cinéma à la Hong Kong Film Academy. Des cours magistraux assurément précieux !