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Ciné-club Poker : Le Kid de Cincinnati (1965) – Maverick (1994)

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– 19h : Le Kid de Cincinnati (Norman Jewison – 1965 – 103 minutes)

Avec Steve McQueen, Edward G. Robinson, Ann-Margret, Karl Malden, Tuesday Weld, Joan Blondell, Rip Torn, Jack Weston, Cab Calloway

Un as du poker, le Kid de Cincinnati, souhaite se confronter au légendaire joueur Lancey Howard.

A l’origine, Le Kid de Cincinnati devait être réalisé par le mythique Sam Peckinpah (La Horde sauvage), avec Sharon Tate (future madame Polanski, avant d’être sauvagement assassinée par la Manson Family) dans le rôle principal féminin. Mais parce qu’il avait commencé à tourner en noir et blanc au lieu de la couleur (pour coller à l’atmosphère de la Grande Dépression) et qu’il improvisa des scènes érotiques non prévues dans le script, les producteurs le renvoyèrent et le remplacèrent par Norman Jewison, qui recommença le tournage en couleurs (pour mieux voir les couleurs des carte de poker), avec la star suédoise Ann-Margret (future mère de Tommy, l’opéra-rock des Who adapté au cinéma en 1975) à la place de Sharon Tate. Le reste du casting n’est pas en reste, avec Steve McQueen, excellent de tension et de charisme comme d’habitude, Edward G. Robinson, impérial dans un de ses derniers rôles après une longue carrière de gangster (Le Petit César), et Karl Malden, à la gueule typique reconnaissable dans bien des seconds rôles (Un Tramway nommé désir, Sur les quais). Le Kid de Cincinnati est un des grands films sur le poker (ici joué en Stud à cinq cartes, plus tard appelé « Cincinnati Kid » !), bien qu’on lui trouve quelques similitudes avec le fameux L’Arnaqueur (1961), brillant film sur le billard de Robert Rossen avec Paul Newman. En tout cas, la partie finale est d’une grande intensité, la confrontation McQueen/Robinson étant à la hauteur des attentes accumulées tout le long du film. Enfin, tourné à la Nouvelle-Orléans, Le Kid de Cincinnati a une touche de mélancolie apportée par la musique blues de la ville – le chanteur de jazz Cab Calloway joued’ailleurs un des joueurs de poker, et Ray Charles chante le thème du film.

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– 21h : Maverick (Richard Donner – 1994 – 127 minutes)

avec Mel Gibson, Jodie Foster, James Garner, Graham Green, James Coburn, Alfred Molina

Le joueur professionnel Bret Maverick tente de trouver les 3.000 dollars qui lui manquent pour s’inscrire à un tournoi de poker où il pourrait gagner 500.000 dollars.

Maverick était une série télévisée de 124 épisodes, diffusée entre 1957 et 1962, sur une famille de joueurs de poker à travers le Far West, avec James Garner, Jack Kelly et Roger Moore. Un remake en est tiré en 1994 par Richard Donner, réalisateur à succès de La Malédiction (1976), du tout premier film de Superman (1978) au succès colossal, des Goonies (1985) et de la saga L’Arme fatale avec Mel Gibson et Danny Glover. Autant dire qu’il s’y connait en film hollywoodien ! Il reprend James Garner pour un rôle de shérif d’âge mur, et y ajoute sa star Mel Gibson pour jouer Bret Maverick (personnage qu’incarnait James Garner dans la série originale). A noter que Danny Glover fait un petit cameo sous la forme d’un voleur de banque, que Gibson semble reconnaître dans le film, et lance même sa fameuse réplique de L’Arme fatale « je suis trop vieux pour ce genre de conneries » avec le thème musical de la saga ! Jodie Foster joue une tricheuse et voleuse, tandis que James Coburn (Les Sept mercenaires, La Grande Evasion, Il était une fois la révolution) est l’organisateur du tournoi de poker. A ce casting léché s’ajoute nombre d’acteurs de western ou chanteurs de country dans des petits rôles ou en figuration. Le ton de Maverick est clairement porté sur l’humour et le grand spectacle, mais avec un dosage bien équilibré dû au professionnalisme de Richard Donner, qui ne tire jamais le film vers la bouffonnerie ou l’action musclée et balourde. Il faut dire que le scénario est signé par William Goldman (Butch Cassidy et le Kid, 1969), ce qui permet au film de rester stimulant et rythmé, sans se prendre au sérieux. Le succès est plus qu’au rendez-vous, puisque pour un budget de 75 millions de dollars, il récolte 183 millions de recettes.

Ciné-club compositeurs : Ludwig van B. (1994) – Amadeus (1984)

Le lendemain de la Fête de la Musique, rien de tels que deux biopics sur les plus grands compositeurs de tous les temps !

LUDWIG VAN B

– 19h : Ludwig van B. (Bernard Rose – 1994 – 120 minutes)

avec Gary Oldman, Jeroen Krabbé, Isabella Rossellini, Johanna Ter Steege, Valeria Golino

Beethoven meurt en léguant ses biens à son « éternel bien aimée ». Son secrétaire va se mettre en quête de cette mystérieuse inconnue, et ce faisant revisiter sa vie amoureuse et musicale.

Avec Mozart, Beethoven est sans conteste le compositeur le plus universel et le plus cité dans la culture populaire. Dix ans après Amadeus, il lui fallait donc un biopic. Après le film d’horreur Candyman (1992), et avant un autre film à costumes (Anna Karénine, 1997), Bernard Rose le réalise, non pas de manière chronologique, mais sous forme d’enquête à la Citizen Kane : en commençant par sa mort, ce sont ceux qui l’ont connu qui vont raconter les événements marquants de sa vie. Ici le Rosebud est son énigmatique « immortal beloved » (titre original du film), qui a tracassé tant de biographes. Les flash-backs se concentrent donc sur sa vie amoureuse avec certaines maîtresses, mais aussi sur ses créations et interprétations musicales, son caractère tumultueux et colérique, ses rapports avec son neveu qu’il a arraché à sa belle-sœur, et surtout sa fameuse surdité, si déchirante pour un tel génie musical, et qui obligeait son entourage à communiquer par écrit avec une ardoise. Elle est astucieusement bien rendue par un bourdonnement étouffé de la musique et de son environnement, restituant ce qu’aurait été sa perception auditive. C’est l’acteur caméléon Gary Oldman qui interprète le compositeur, après avoir incarné Sid Vicious (Sid et Nancy) et Lee Harvey Oswald (JFK), tandis qu’Isabella Rossellini est superbe et magnétique. Filmé à Prague, les décors et les costumes du film sont tout à fait soignés et resplendissants. Inutile enfin de préciser que la bande-son, interprétée par la London Symphony Orchestra, est de haute volée.

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– 21h : Amadeus (Miloš Forman – 1984 – 180 minutes)

avec F. Murray Abraham, Tom Hulce, Elizabeth Berridge, Simon Callow, Roy Dotrice, Christine Ebersole, Jeffrey Jones, Charles Kay, Kenneth McMillan

A Vienne, le compositeur de la Cour Antonio Salieri raconte la rivalité et l’admiration qu’il a eues pour Mozart, doté du génie musical qu’il souhaitait avoir pour lui-même.

Adapté de la pièce de Peter Shaffer (qui écrit le scénario du film), elle-même inspirée d’une nouvelle de Pouchkine (Mozart et Salieri), Amadeus (« aimé de Dieu ») dépeint la rivalité de Wolfgang Amadeus Mozart, au génie insolent et au comportement fantasque et vulgaire, et du jaloux et machiavélique Antonio Salieri, qui usera de son influence auprès de l’empereur pour nuire en secret à sa carrière et sa vie, sans pour autant s’empêcher d’être son premier admirateur. Quelques libertés sont prises avec la vérité historique (surtout sur sa fin), mais qu’importe : non seulement le destin de Mozart n’en est que plus exact, mais surtout Amadeus est bien plus qu’un simple biopic, c’est un film total, ambitieux, complexe, spectaculaire et magistral. A travers la personnalité de Mozart et les déboires de sa carrière musicale, ce sont une époque, une société, une cour, des classes sociales, les rapports des musiciens et courtisans avec le pouvoir, la loi et l’argent, ainsi que le génie de la création qui sont dépeints avec finesse et brio, aisance et profondeur – à l’instar des partitions mozartiennes. Le tournage eut lieu derrière le Rideau de fer dans la Tchécoslovaquie natale de Forman, au sein de décors pragois magnifiques (et parfois historiquement authentiques), éclairés en lumière naturelle (comme Barry Lyndon de Kubrick). La distribution est parfaite – F. Murray a remporté l’Oscar du meilleur acteur, tandis que Tom Hulce s’entraînait quatre heures par jour au piano pour son rôle de Mozart. Le film est un triomphe mondial critique et public, raflant huit Oscars sur onze nominations (meilleurs film, réalisateur, scénario, acteur, direction artistique, costumes, maquillage et son), et plus globalement quarante prix sur cinquante-trois nominations dans le monde (dont César du meilleur film étranger). Enfin, le chef d’œuvre est ressorti en 2002 en director’s cut avec vingt minutes de splendeurs supplémentaires.

Ciné-club John Travolta sur la piste de danse ! La Fièvre du samedi soir (1977) – Pulp Fiction (1994)

On ne sait pas ce qu’il serait advenu de la carrière de John Travolta s’il ne l’avait pas commencé avec deux films de danse aux succès foudroyants : La Fièvre du samedi soir et Grease. Après un passage à vide, Quentin Tarantino lui offre le premier rôle de son film culte Pulp Fiction, et ne pouvait pas ne pas lui donner une malicieuse scène de danse, bien sûr beaucoup moins athlétique et fortement parodique.

La soirée sera complétée de chansons des Bee Gees (qui faisaient de la pop baroque à leurs débuts), disco et surf !

 Dimanche 5 janvier 2014 :

LA FIEVRE DU SAMEDI SOIR

– 19h : La Fièvre du samedi soir (John Badham – 1977 – 119 minutes)

avec John Travolta, Karen Lynn Gorney

Un jeune new-yorkais d’origine italienne ne vit que pour la danse du samedi soir en boîte.

Pour son premier rôle principal, John Travolta accède immédiatement à la consécration internationale. En effet, La Fièvre du samedi soir est un succès colossal au box-office, et devient emblématique d’une génération désabusée, en quête de plaisirs faciles entre deux boulots minables et avant l’apparition du sida. Car contrairement aux clichés qu’il véhicule, le film ne traite pas que de danse, de sorties en boîte ni d’amour : il analyse le contexte social (notamment professionnel et familial, mais aussi le racisme) dans lequel les jeunes tentent de trouver une direction à leur vie. D’autre part, le film doit évidemment beaucoup à sa bande-son disco (vendue à 40 millions d’exemplaires) qui popularisa dans le monde entier ce nouveau genre musical, pour le meilleur et pour le pire : surtout les Bee Gees bien sûr avec Stayin’ Alive, mais aussi Kool & the Gang ou KC and the Sunshine Band. La musique participe au kitsch du film, présent aussi dans les scènes de danse, costumes, dialogues et certaines situations, qui ont font un film régulièrement surprenant et savoureux ! John Travolta fut nominé à l’Oscar du meilleur acteur, et accentuera son statut d’acteur-danseur dans Grease l’année suivante – à noter qu’il reprendra son rôle dans la suite de La Fièvre du samedi soir en 1983, Staying Alive, réalisée par Sylvester Stallone !

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– 21h : Pulp Fiction (Quentin Tarantino – 1994 – 154 minutes)

avec John Travolta, Samuel L. Jackson, Bruce Willis, Uma Thurman, Harvey Keitel, Tim Roth, Rosana Arquette, Christopher Walken

Les destins croisés de plusieurs petits malfrats de Los Angeles.

Après des années d’errance, John Travolta revient sur le devant de la scène avec l’un des films cultes des années 90, Pulp Fiction. Avec son casting de luxe, Quentin Tarantino prend un malin plaisir à utiliser ses stars dans des rôles à contre-emploi. Travolta se retrouve ainsi piètre danseur avec Uma Thurman sur You Never Can Tell de Chuck Berry. La bande originale de Pulp Fiction est d’ailleurs une des plus riches et des plus fameuses du cinéma moderne, puisant dans le répertoire surf, rock’n’roll, pop et soul, avec une originalité qui fait partie de la marque de fabrique de Tarantino – à ranger aux côtés de son goût des dialogues stylisés, décalés et interminables, ses histoires à tiroirs et rebondissements qui s’entremêlent, une esthétisation de la violence proche du burlesque, et surtout une réappropriation personnelle de la culture populaire et de la mythologie hollywoodienne, mi-hommage mi-parodique. Pulp Fiction a remporté la Palme d’Or du Festival des Cannes, a été nominé à six Oscars (et remporta celui du meilleur scénario). Il a relancé la carrière de Travolta et imposé Tarantino dans la cinéphilie mondiale.