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9 juillet 2017 : Ciné-club mathématiques : Pi (1998) – Will Hunting (1997)

PI

– 19h : Pi (Darren Aronosky – 1998 – 84 minutes)

avec Sean Gullette, Mark Margolis, Ben Shenkman, Samia Shoaib, Pamela Hart, Ajay Naidu, Joanne Gordon, Stephen Pearlman

Un mathématicien solitaire et obsessionnel cherche le nombre d’or qui régirait l’univers. Il est harcelé par des gens de Wall Street ou des juifs orthodoxes.

Le premier de film de Darren Aronofsky est un thriller psychologique et paranoïaque où le monde entier peut être réduit en chiffre et en séquence, tournant autour de la quête du nombre d’or qui serait la clef aussi bien de l’univers, de l’ADN, des marchés financiers ou de la Torah. Malgré un budget ridicule (68.000 dollars), il développe une esthétique expérimentale et singulière, à base de noir et blanc granuleux et contrasté, de  montage rapide et elliptique, servant adéquatement une histoire urbaine, cosmique et métaphysique. Pi se vit comme un brillant trip psychédélique, labyrinthique et chaotique, que l’on déchiffre le scénario ou non, porté par une bande son électronique inquiétante ou frénétique (Aphex Twin, Autechre, Massive Attack). Avec ce film culte, Aronofsky décroche le prix de la mise en scène au festival de Sundance, et il est en compétition officielle au festival de Deauville. Il persévèrera dans la mise en scène expérimentale avec Requiem for a dream et The Fountain, avant d’aller vers des réalisations plus traditionnelles (The Wrestler, Black Swan, Noé).

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– 21h : Will Hunting (Gus Van Sant – 1997 – 126 minutes)

avec Robin Williams, Matt Damon, Ben Affleck, Stellan Skarsgard, Minnie Driver, Casey Affleck, Cole Hauser

Un professeur de l’université MIT découvre qu’un des balayeurs est un génie des mathématiques. Mais celui-ci fait face à des blocages psychologiques qui lui font gâcher son potentiel.

Alors étudiant à Harvard, Matt Damon a entamé l’écriture d’un scénario, poursuivi avec Ben Affleck. Gus Van Sant a réalisé le film, et les deux acteurs ont joué les rôles principaux, ce qui a lancé leurs carrières jusqu’à devenir d’immenses stars aujourd’hui. Sous des allures de comédie dramatique, l’histoire traite des marginaux, des problèmes familiaux d’un orphelin qui a peur d’être de souffrir et préfère boire des bières avec ses amis plutôt que de faire face à son génie et son destin. Mais c’est sa relation avec un psychologue en plein deuil qui va lui permettre de se confronter à lui-même. Robin Williams est d’une sobriété rare par rapport à sa filmographie, et en sera récompensé de l’Oscar du meilleur second rôle – Matt Damon remportant l’Ours d’argent. La bande originale est composée par Danny Elfman (compositeur de Tim Burton), entrecoupée de chansons d’Elliott Smith. Will Hunting a connu un grand succès critique et commercial, décrochant l’Oscar du meilleur scénario original et nommé à sept autres, parmi d’autres récompenses internationales.

Ciné-club L’imaginarium de Terry Gilliam : Las Vegas Parano (1998) – L’imaginarium de Terry Gilliam (1988)

LAS VEGAS PARANO

– 19h : Las Vegas Parano (Terry Gilliam – 1998 – 118 minutes)

avec Johnny Depp, Benicio del Toro, Tobey Maguire, Christina Ricci, Cameron Diaz

Un journaliste et son avocat partent sont envoyés en reportage à Las Vegas, remplis de drogues.

Hunter S. Thompson (1937-2005) est éternellement associé au gonzo (journalisme ultra-subjectif mélangeant enquête et fiction), bien qu’inventé par Bill Carodos (dont il était ami). Après avoir intégré et suivi les Hell’s Angels en 1966, et avant de relater la campagne de réélection de Richard Nixon de 1972 pour le magazine Rolling Stone, il s’attaque dans Las Vegas Parano aux sixties psychédéliques post-Altamont, quand le rêve se meurt et que la gueule de bois des seventies guette. Les protagonistes s’attaquent au mythe américain, incarné par Las Vegas, ville de toutes les outrances, les poches remplies de drogues. Terry Gilliam (Brazil) l’adapte au cinéma en 1998 avec Johnny Depp (admirateur de Thompson qui jouera dans Rhum Express) et Benicio del Toro dans le rôle de deux défoncés qui saccagent les chambres d’hôtels et font flipper les gentils auto-stoppeurs (Tobey Maguire, futur Spiderman). L’inventivité visuelle de l’auteur des collages animés des Monty Python n’était pas de trop pour restituer leurs incessantes hallucinations et crises de paranoïa, à coup de déformations de visages, attaque de chauve-souris au volant, tapis animé ou transformation en reptile, le tout évidemment sous une bande-son sixties de rigueur (Jefferson Airplane, Janis Joplin & Big Brother, Yardbirds, Bob Dylan, Buffalo Springfield, Tom Jones, etc.). Au-delà du trip graphique, on retrouve sans surprise le thème habituel de Gilliam, le mythe de Don Quichote dont l’imaginaire s’attaque à trop gros pour lui – le double du réalisateur en quelque sorte. Ce sera d’ailleurs son projet suivant, dont l’échec donnera lieu à un fameux documentaire (Lost in la Mancha, 2002).

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– 21h : Les Aventures du Baron de Munchausen (Terry Gilliam – 1988 – 126 minutes)

avec John Neville, Eric Idle, Sarah Polley, Oliver Reed, Uma Thurman, Jonathan Pryce, Robin Williams

Le fantasque baron de Munchausen part à la recherche de ses anciens compagnons pour délivrer sa ville assiégée par les Turcs.

Le Baron de Munchausen est un des contes les plus populaires de la littérature allemande, inspiré d’un officier du même nom au XVIIIème siècle qui racontait qu’il était allé sur la Lune et avait dansé avec Vénus ! Ce personnage exubérant défendant l’imagination contre la raison, le merveilleux contre le réel ne pouvait que fasciner Terry Gilliam, dont ce sont depuis toujours les thèmes de prédilection ! Auréolé du succès de Brazil (1985), il met en place une superproduction de 23 millions de dollars dont les déboires sont devenus légendaires : avec ses constructions de décors pharaoniques, le budget est dépassé avant même le début du tournage, qui s’étend sur six mois entre Rome, l’Espagne et l’Angleterre, atteignant finalement 50 millions de dollars, et n’en récoltant que 8 millions à sa sortie. Même si cet échec cuisant a scellé une partie de la carrière de Gilliam en l’empêchant de trouver des investisseurs qui lui feraient confiance, le résultat à l’écran est magnifique, avec des décors poétiques inspirés des peintures de l’époque, des effets spéciaux traditionnels à la Méliès. Cette beauté visuelle de tous les instants a valu au film d’être nominé aux Oscars des meilleurs effets visuels, direction artistique, costumes et maquillages. Accompagné de son casting de stars (dont l’ancien Monty Python Eric Idle), Les Aventures du Baron de Munchausen est un conte spectaculaire, visuellement fascinant, naïf et utopique, qui définit assez bien le talent et la carrière de Terry Gilliam, dont les ambitions et les échecs semblent si intimement liés.

22 septembre : Ciné-club Frères Coen : Fargo (1996) – The Big Lebowski (1998)

Joel et Ethan Coen ont tissé une rare collaboration fraternelle dans le monde du cinéma, le premier réalisant, le second produisant, les deux s’occupant de l’écriture et du montage (ils partageront par la suite l’ensemble des crédits de leurs films). A travers une mise en scène et un scénario régulièrement impeccables, leur filmographie offre deux facettes principales : comédies absurdes (souvent cruelles), et thrillers sanglants. Fargo et The Big Lebowski, deux films consécutifs (1966 et 1998) parmi leurs plus fameux, présentent à merveille ces deux visages indissociables de leur œuvre.

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– 19h : Fargo (Joel Coen – 1996 – 98 minutes)
avec William H. Macy, Frances McDormand, Steve Buscemi, Peter Stormare, Harve Presnell

Un vendeur de voiture engage deux bandits minables pour kidnapper sa femme, afin de récupérer la rançon payée par son riche beau-père.

Tourné dans les décors enneigés du Minnesota (dont sont originaires les frères Coen), du Dakota et du Canada, Fargo s’annonce comme une histoire vraie – alors qu’en réalité, ce film noir s’inspire de plusieurs faits divers sordides, mais est présenté ainsi pour augmenter l’implication du public. Qu’importe, la trame policière est parfaitement bien menée, montrant des gens ordinaires de la middle class du nord américain hivernal (tout le casting est remarquable) confrontés à une cascade d’évènements que plus personne ne contrôle, oscillant sans surprise entre la violence sanglante et l’humour noir. Fargo a remporté de nombreuses distinctions, telles que le Prix de la mise en scène au Festival de Cannes, l’Oscar du meilleur scénario et celui de la meilleure actrice pour Frances McDormand (d’ailleurs mariée à Joel Coen).

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– 21h : The Big Lebowski (Joel Coen – 1998 – 117 minutes)
avec Jeff Bridges, John Goodman, Julianne Moore, Steve Buscemi

Le Dude, paresseux joueur de bowling, se fait passer à tabac par des malfrats qui l’ont confondu avec son homonyme millionnaire. Il entreprend donc d’aller lui demander réparation.

Avec son scénario labyrinthique et embrouillé, The Big Lebowski a l’apparence d’un film noir inspiré par le classique Grand Sommeil (roman de Raymond Chandler, adapté par Howard Hawks en 1946 avec Humphrey Bogart). Mais c’est en réalité un pastiche délirant, qui a rapidement gagné son statut de film culte. Avec une riche bande originale résolument 60s-70s (Bob Dylan, Captain Beefheart, Creedence Clearwater Revival, Nina Simone, Elvis Costello, Santana, Eagles, …), ce film dévoile une avalanches de gags, de dialogues et de situations burlesques, des séquences oniriques hallucinantes et surtout une galerie de personnages hors-normes, à commencer par le légendaire Dude, antihéros icône d’une vie à la cool, à base de nonchalance, bowling et russes blancs. Son aura est telle que des fans ont créé le dudeisme, parodie de religion portant aux nues sa philosophie et son style de vie, comptant plus de 150 000 prêtres ! On pourrait aussi parler des rôles hilarants de John Goodman, John Turturro ou Steve Buscemi, mais soit on les connait déjà par cœur, soit il faut voir de toute urgence ce film tellement culte qu’il donne lieu à plusieurs festivals annuels aux Etats-Unis et à Londres qui lui sont exclusivement consacrés !