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20 novembre : Ciné-club Afrique : Johnny Mad Dog (2008) – Hatari ! (1962)

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– 19h : Johnny Mad Dog (Jean-Stéphane Sauvaire – 2008 – 100 minutes)

avec Christopher Minie, Daisy Victoria Vandy, Dagbeh Tweh, Barry Chernoh, Mohammed Sesay, Leo Boyeneh Kote, Prince Kotie, Nathaniel, J. Kapeyou, Eric Cole, Joseph Duo

En Afrique, des adolescents sont enrôlés de force dans un commando d’enfants soldats pour combattre dans une guerre civile.

L’écrivain Emmanuel Dongala décrivait en 2002 l’enfer des enfants soldats de son pays en guerre dans son roman Johnny Chien Méchant. Le documentariste Jean-Stéphane Sauvaire, aidé à la production par Mathieu Kassovitz, souhaitait l’adapter pour son premier long-métrage, et ils ont du mal à trouver un pays africain où le tourner. Choisissant finalement le Liberia, ils n’ont engagé que d’authentiques anciens soldats (parfois très jeunes) de ses deux guerres civiles (1989-1997 et 1999-2003). Ces derniers ont travaillé pendant un an pour répéter, improviser, apprendre les techniques d’acteurs, influençant même le scénario et les dialogues quand leurs propres expériences du conflit étaient bien plus réalistes que le script. Johnny Mad Dog est ainsi un film on ne peut plus cru et authentique sur l’enfer de la guerre dans un pays africain – non précisé à l’écran. Ces adolescents, aux surnoms et déguisements extravagants, tuent, pillent, violent, ivres de drogues, de violence et de superstitions, manipulés par les maîtres de guerre aux idéologies arbitraires et lointaines. Le film est magnifiquement tourné (pendant six semaines) et photographié dans de longs plans séquences à la steady cam, tandis que les acteurs, revivant par catharsis leurs exactions passées, jouent admirablement et intensément. Le tournage du film a contribué à réconcilier les anciennes factions ennemies du pays, et la Fondation Johnny Mad Dog a par ailleurs été créée pour aider aussi bien les acteurs que les anciens enfants soldats, scolarisés pour la première fois. Johnny Mad Dog reste une expérience forte sur un sujet et une région peu documentée au cinéma, et a été récompensé du Prix de l’espoir dans la catégorie Un Certain Regard du Festival de Cannes.

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– 21h : Hatari ! (Howard Hawks – 1962 – 158 minutes)

avec John Wayne, Hardy Krüger, Elsa Martinelli, Red Buttons, Gérard Blain, Michèle Girardon, Bruce Cabot, Valentin De Vargas, Eduard Franz

Au Tanganyika, une bande de chasseurs d’animaux sauvages pour zoos voit son joyeux équilibre chamboulé par l’arrivée d’un français et d’une photographe italienne.

Howard Hawks excelle dans les genres les plus différents : comédie (L’Impossible Monsieur Bébé), gangster (Scarface), science-fiction (La Chose d’un autre monde, dont Carpenter tirera un remake avec The Thing), film noir (Le Grand sommeil), ou western (La Captive aux yeux clairs). Il souhaitait depuis longtemps réaliser un film de chasse en Afrique, mais les studios lui refusaient le budget, trop élevé. Mais le succès colossal de Rio Bravo, grand classique du western avec John Wayne (avec qui il avait déjà tourné La Rivière Rouge), lui permet de décrocher le budget nécessaire à son projet. Il part donc tourner en Tanganyika (aujourd’hui Tanzanie) pendant cinq mois avec sa vedette John Wayne, ainsi que Hardy Krüger (Un Taxi pour Toubrouk), la gracieuse Elsa Martinelli (La Rivière de nos amours d’André De Toth) ou le comique de télévision Red Buttons. Deux français sont au casting, mais leurs rôles furent considérablement réécrits et réduits en cours de route – Gérard Blain (Le Beau Serge et Les Cousins de Chabrol) ayant des querelles politiques avec Wayne, et Michèle Girardon (La Mort en ce jardin de Buñuel) refusant les avances de Hawks… A noter qu’aucun acteur n’est doublé pendant les scènes de chasse ou de ligotage d’animaux, Wayne et Krüger devenant même de véritables chasseurs ! Hatari ! (qui signifie « danger » en swahili) n’est pourtant pas un film d’aventure comme le souhaitait les studios Paramount, car il n’a pas de tension dramatique ni d’ennemi – si ce n’est les dangereux animaux à capturer, mais que les chasseurs n’essaient pas de tuer. C’est bien plutôt un film de personnages, alternant légèreté, exotisme, romance, comédie, séquences spectaculaires de chasses motorisées, animaux attachants et beaux paysages en Technicolor – le tout sur une partition du grand Henry Mancini (La Panthère rose). Une déconstruction et modernité de la narration qui vaudra à Hawks l’admiration de la Nouvelle Vague française.

31 juillet : Ciné-club Che, 1ère partie : L’Argentin & 2ème partie : Guerilla (2008)

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– 19h : Che, 1ère partie : L’Argentin (Steven Soderbergh – 2008 – 126 minutes)

avec Benicio Del Toro, Demian Bichir, Santiago Cabrera, Elvira Minguez, Jorge Perugorria, Edgar Ramirez, Vladimir Cruz, Julia Ormond, Victor Rasuk

En 1955, le médecin Ernesto « Che » Guevara rencontre au Mexique Fidel Castro et son groupuscule de révolutionnaires cubains, exilés pour avoir tenté de renverser le dictateur Batista.

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– 21h15 : Che, 2ème partie : Guerilla (Steven Soderbergh – 2008 – 127 minutes)

avec Benicio Del Toro, Franka Potente, Joaquim de Almedia, Demian Bichir, Lou Diamond Philips, Marc-André Grondin, Oscar Jaenada

En 1967, Che Guevara disparaît mystérieusement de Cuba. Il réapparait secrètement en Bolivie, afin de mener une guérilla pour renverser le pouvoir et étendre la révolution marxiste en Amérique Latine.

Présenté au Festival de Cannes, Che était initialement un seul film de plus de quatre heures, découpé ensuite en deux parties symétriques lors de sa sortie en salles. Il adapte deux livres de Che Guevara, Souvenirs de la guerre révolutionnaire et Journal de Bolivie. Benicio Del Toro, également co-producteur, est d’une parfaite ressemblance avec le héros marxiste, dans son treillis, sa barbe hirsute et sa havane en bouche. Il avait d’ailleurs déjà joué pour Steven Soderbergh dans Traffic, ce qui lui avait valu l’Oscar du meilleur second rôle. La première partie est consacrée à la révolution cubaine, entrecoupée de flash-forwards d’une interview du Che par une journaliste américaine en 1964 une fois le pouvoir renversé, permettant de mettre en parallèle le discours théorique et l’âpre quotidien des révolutionnaires tapis dans la jungle, piétinant pour avancer ses pions lentement et durement face à l’armée. La seconde partie est entièrement consacrée à la guérilla bolivienne, bien plus asphyxiante et désespérée, dans une immersion quasi-documentaire. Ces deux parties tranchent singulièrement avec la mode hollywoodienne des biopics glorieux, voyeurs et sensationnels : le film Che est d’une sobriété totale, ne cédant à aucune accumulation biographique ou anecdotique pour se concentrer sur la lutte collective en vue de la révolution. Même les combats sont réalistes, avec des bruits discrets d’armes et de balles que l’on n’entendrait jamais dans un blockbuster ou un jeu vidéo. Le même souci est poussé jusqu’à ne filmer les scènes qu’à la lumière naturelle lors du tournage (en Espagne, Porto Rico et Mexique, mais aussi au Conseil de Sécurité de l’ONU, pour recréer son fameux discours anti-impérialiste !). Sans esbroufe, Benicio Del Toro incarne discrètement son personnage légendaire, dont la seule présence et quelques mots suffisent à motiver ses troupes épuisées à continuer la révolution, quel qu’en soit le prix – une performance récompensée par le Prix d’interprétation masculine à Cannes.

25 octobre : Ciné-club IRA : Hunger (2008) – Au Nom du père (1993)

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– 19h : Hunger (Steve McQueen – 2008 – 92 minutes)

avec Michael Fassbender, Liam Cunningham, Stuart Graham, Liam McMahon

En 1981 en Irlande du Nord, les prisonniers de l’Armée Républicaine Irlandaise provisoire (IRA) entament une grève de l’hygiène puis de la faim pour réclamer leur statut de prisonnier politique à l’Angleterre.

L’artiste plasticien britannique Steve McQueen, exposé dans le monde entier, se met au cinéma avec ce premier film sur l’histoire vraie du militant irlandais Bobby Sands, terroriste pour les uns, martyre pour les autres. Hunger est un ainsi un film visuellement sophistiqué, extrêmement plastique, presque formel, quasiment sans dialogue. Il tourne déjà avec son acteur fétiche Michael Fassbender (qui a perdu 14 kg pour ce rôle), qu’il retrouvera sur Shame (2011) et Twelve Years a Slave (2013). Rien n’est épargné au spectateur : murs couverts d’excréments, urine coulant dans les couloirs, maltraitance des prisonniers, malaise des gardes de la prison, agonie de Bobby Sands. Le film brille malgré tout d’un époustouflant plan-séquence en caméra fixe de vingt-deux minutes entre Bobby Sands et un prêtre atypique qui tente de le dissuader de faire grève. Le brio visuel et esthétique du film a été salué par la Caméra d’Or au Festival de Cannes, parmi d’autres récompenses internationales.

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– 21h : Au Nom du père (Jim Sheridan – 1993 – 132 minutes)

avec Daniel Day-Lewis, Emma Thompson, Pete Postlethwaite, John Lynch, Beatie Edney, Mark Sheppard, Corin Redgrave

En 1974, un jeune délinquant irlandais est accusé à tort d’un attentat de l’IRA à Londres.

Après My Left Foot (1989), Jim Sheridan retrouve Daniel Day-Lewis (qui en avait gagné l’Oscar du meilleur rôle), tous deux irlandais, pour un sujet hautement plus sensible et engagé concernant leur pays, une histoire vraie qui plus est, adaptée de l’autobiographie de la victime d’une des plus grandes injustices judiciaires. Tellement scandaleuse de la part des autorités anglaises que personne n’aurait osé l’imaginer en fiction sans cela ! Déjà Daniel Day-Lewis s’impose une préparation excentrique et spartiate, ici de vivre quelques semaines dans une cellule, réveillé tous les quart d’heures par les gardiens, pour mieux vivre son rôle. La descente aux enfers du personnage et de sa famille est absolument bouleversante et intense, sans manichéisme ni démagogie, mais avec pudeur et subtilité. Au Nom du père, passionnant et terrifiant, est couronné de l’Ours du meilleur film au Festival de Berlin, ainsi que d’une pluie de nominations internationales aux Oscars (dont meilleurs film, réalisateur, scénario et acteurs), Golden Globes ou BAFTA. Daniel Day-Lewis ne remporte rien malgré sa prestation plus vraie que nature, mais se rattrapera plus tard avec deux autres Oscars (There Will Be Blood et Lincoln). Il retrouvera même Sheridan dans The Boxer, sur la réinsertion d’un boxeur emprisonné à tort pour un attentat de l’IRA qu’il n’a pas commis !

Ciné-club Danny Boyle : 127 heures (2010) – Slumdog Millionnaire (2008)

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– 19h : 127 heures (Danny Boyle – 2010 – 94 minutes)
avec James Franco, Clémence Poésy, Kate Mara, Amber Tamblyn, Lizzy Caplan, Treat Williams, Kate Burton, Pieter Jan Brugge

Un randonneur-alpiniste américain se retrouve par accident coincé au fond d’un canyon dans l’Utah.

Inspiré d’une histoire vraie survenue à Aron Ralston en 2003, transcrite en 2006 dans le livre Plus fort qu’un roc, cela faisait quatre ans que Danny Boyle souhaitait réaliser un film sur lui. L’alpiniste était d’ailleurs réticent au début, préférant réaliser lui-même un documentaire avec sa propre voix off. Mais c’est suite au succès mondial de Slumdog Millionaire qu’il changea d’avis. 127 heures reprend d’ailleurs certaines pointures oscarisées de ce film : Simon Beaufroy est de retour au scénario, ainsi que A. R. Rahman à la musique (Dido co-compose et interprète la chanson « If I Rise », nominée aux Oscars)). Tourné en partie dans le vrai canyon du drame et en partie en studio après avoir reproduit avec exactitude le relief de la crevasse, ce film de survie est un véritable défi narratif, puisqu’il est centré pendant presque une heure et demie sur un homme coincé dans la nature, à un endroit inaccessible, et parvient quand même à être stimulant, rythmé et impliquant pour le spectateur. Il repose donc en grande partie sur la performance de James Franco, seul à l’écran durant la majorité du film, alternant entre instinct de survie, monologues, désespoir, hallucinations et flashbacks. 127 heures a reçu cent vingt-cinq nominations, dont trois aux Golden Globes et six aux Oscars (dont meilleurs film, acteur, scénario, montage et musique), et remporte vingt-deux prix, dont celui de meilleur film selon l’American Film Institute.

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– 21h : Slumdog Millionaire (Danny Boyle – 2008 – 120 minutes)
avec Dev Patel, Freida Pinto, Anil Kapoor, Irfan Khan, Ayush Mahesh Khedekar, Azharuddin Mohammed Ismail, Rubina Ali

Un jeune indien des bidonvilles est accusé de triche au jeu télévisé Qui veut gagner des millions ?

Adaptation du roman indien de Vikas Swarup, Slumdog Millionaire prend place en Inde, dans la face cachée de sa prodigieuse croissance économique. L’interrogatoire de la police concernant la série suspecte de bonnes réponses provenant d’un jeune « pouilleux » (« slumdog ») sans éducation au célèbre jeu télévisé est un prétexte à des flashbacks sur des épisodes clefs de sa vie dans la pauvreté urbaine, à l’ombre du développement et de la modernisation du pays, au contact de la vie locale, de la mafia, de la mendicité, du vol, des petits boulots et de la débrouille quotidienne. Certaines scènes sont d’ailleurs tournées en temps réel dans les rues des bidonvilles de Bombay, en se mêlant à la foule avec de l’équipement léger et discret sans se faire remarquer. Mais loin d’être une peinture glauque de la misère, le film est un véritable conte de fées coloré et grouillant, une histoire d’amour prenante et rythmée, magistralement réalisée et efficacement scénarisée par Simon Beaufroy (The Full Monty). Si les deux acteurs principaux sont débutants au cinéma (Dev Patel était certes au casting de la série Skins), Anil Kapoor (le présentateur du jeu) a joué dans une centaine de films indiens (son nom est d’ailleurs proposé parmi les réponses possibles à une question du jeu !). Pour l’anecdote, le jeu Qui veut gagner des millions ? fait aussi partie d’un autre film, français, Mon Meilleur ami (2006, de Patrice Leconte), avec Jean-Pierre Foucault au casting dans son propre rôle ! Slumdog Millionaire a été un véritable triomphe public et critique, remportant quatre Golden Globes, sept BAFTA et huits Oscars (ceux de meilleurs film, réalisateur, scénario, montage, photographie, musique, chanson et mixage). Si certaines critiques ont créé la controverse en dénonçant une vision occidentale et tiers-mondiste des inégalités profondes et dramatiques de l’Inde moderne, Slumdog Millionaire reste avant tout un grand film populaire où tout fonctionne admirablement, un spectacle naïf et imparable digne des grandes heures d’Hollywood.

Ciné-club Michel Gondry : Eternal Sunshine of the Spotless Mind (2004) – Soyez sympas, rembobinez (2008)

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– 19h : Eternal Sunshine of the Spotless Mind (Michel Gondry – 2004 – 107 minutes)

avec Jim Carrey, Kate Winslet, Kirsten Dunst, Mark Ruffalo, Elijah Wood, Tom Wilkinson

Joel est amoureux de Clémentine, mais ne comprend pas pourquoi un jour elle ne se souvient plus du tout de lui.

Le scénario (primé aux Oscars et aux BAFTA) de ce film très original est signé du brillant Charlie Kaufman (Dans la peau de John Malkovich de Spike Jonze), qui avait déjà travaillé avec Michel Gondry pour Human Nature (2001). L’histoire est inspirée de deux romans de Boris Vian, L’Herbe rouge et L’Arrache-cœur (rappelons que Gondry a récemment réalisé l’adaptation de L’Ecume des jours de Vian). Le titre (éclat éternel de l’esprit immaculé) est quant à lui tiré d’un poème d’Alexander Pope (poète anglais du XVIIIème siècle), Epitre d’Héloïse à Abélard. Le film est tourné à New York et dans le New Jersey, en laissant beaucoup d’improvisation aux acteurs. Les principaux sont d’ailleurs utilisés à contre-emploi de leur style habituel : Jim Carrey est tout à fait sobre, intériorisé et dramatique, dans la lignée de The Truman Show (1998), tandis que c’est Kate Winslet qui a un jeu agité, grimaçant et gesticulant (qui lui valut une nomination à l’Oscar de la meilleure actrice) – ce qui a fait dire à cette dernière qu’elle jouait le rôle habituel de Jim Carrey, tandis que lui jouait le genre de rôle qu’on lui propose à elle ! La bande-son pop permet d’entendre Beck, Polyphonic Spree (composé de vingt musiciens !), The Willoz ou des chansons de Bollywood. Il est difficile de parler du film sans dévoiler son tour de force scénaristique, présenté comme un poème d’images avec un montage audacieux, complexe et non-chronologique, mais disons simplement qu’il s’agit d’une histoire d’amour profonde et touchante, un voyage kaléidoscopique dans le passé, où la mémoire du cœur prime sur celle du cerveau. Eternal Sunshine of the Spotless Mind a reçu un excellent accueil critique dans le monde entier, a été nominé comme meilleur film aux Césars et aux BAFTA anglais, et témoigne de l’inventivité inépuisable de Gondry.

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– 21h : Soyez sympas, rembobinez (Michel Gondry – 2008 – 101 minutes)

Avec Jack Black, Mos Def, Danny Glover, Mia Farrow, Melonie Diaz, Sigourney Weaver

Toutes les bandes VHS d’un vidéoclub ayant été effacées par accident, son employé et un ami se mettent à tourner en amateur des remakes des films pour les remplacer.

Soyez sympas, rembobinez (qui était un slogan utilisé dans les vidéoclubs américains) est une comédie artisanale sur l’amour de l’artisanal. Gondry a en effet fui New York pour Passaic, une petite ville du New Jersey, et tourné avec des acteurs et figurants locaux amateurs (jusqu’à 300 !). Le corps du film est constitué de nombreux remakes de grands succès hollywoodiens tels que S.O.S. Fantômes, Rush Hour 2, RoboCop, 2001 l’Odyssée de l’espace, Le Roi lion, When we were kings, Carrie au bal du diable, Miss Daisy et son chauffeur ou Boyz N the Hood, fabriqués sans budget, caméra au poing, avec des bouts de ficelle, des trucages voyants, des costumes improvisés, mais faisant preuve d’une inventivité amusante et touchante. Avec cet esprit do it yourself, Gondry a inventé le genre des films « suédés » (remakes ouvertement amateurs), qui connaitra une belle postérité sur internet où des milliers de personnes publient leurs vidéos personnelles. Gondry avait d’ailleurs lancé un concours de suédage sur Dailymotion, et a même réalisé sa propre version suédée de Soyez sympas, rembobinez ! Derrière les pitreries de Jack Black et Mos Def se cache un film nostalgique des VHS et vidéoclubs, tout à fait obsolètes aujourd’hui avec les DVD, blu-ray, DivX et autres sites de téléchargement et de streaming, et surtout bien sûr un formidable hommage aux films fauchés, bricolés par des adolescents ou étudiants, et à une époque lointaine du cinéma à la Méliès qui savait être créatif et révolutionnaire sans ordinateur, à mi-chemin entre l’art et les tours de magie.