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11 décembre : Ciné-club Chine impériale par Tsui Hark : Détective Dee : le mystère de la flamme fantôme (2010) – Détective Dee 2 : la légende du dragon des mers (2014)

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– 19h : Détective Dee : le mystère de la flamme fantôme (Tsui Hark – 2010 – 123 minutes)

avec Andy Lau, Carina Lau, Li Bingbing, Tony Leung Ka-fai, Deng Chao, Richard Ng, Teddy Robin, Yao Lu, Liu Jinshan

En 690, alors que Wu Zetian s’apprête à devenir la première impératrice de Chine, des morts mystérieuses par combustion spontanée compromettent sa cérémonie de couronnement. Elle libère alors le juge Dee de prison pour le charger de l’enquête.

Le juge Di Renjie est un personnage historique (deux fois chancelier de l’impératrice), devenu héros de romans policiers chinois, et réapparu au dans les années 1950 sous la plume du diplomate et orientaliste néerlandais Robert van Gulik pendant seize romans. Au bout de dix ans de travail sur le scénario original (n’adaptant aucun livre), sa transposition au cinéma est réalisée par le maître Tsui Hark (Il était une fois en Chine qui révéla Jet Li), spécialiste hongkongais des films d’arts martiaux et de sabres sous la Chine impériale (genre appelé « wu xia pian ») aussi incontournable dans son pays que John Woo ou Wong Kar-wai. Il nous gratifie comme à son habitude des chorégraphies spectaculaires et irréalistes comme le veut le genre, avec des acteurs reliés par câbles. Détective Dee : le mystère de la flamme fantôme est une superproduction qui ne se refuse rien, et ça se voit : dix mois de travail sur les croquis du bouddha géant, deux ans de tournage, six mille figurants, cinq mille costumes créés par John Galiano et Alexander McQueen, des milliers de litres d’eau pour le décor du marché fantôme et un budget effet spéciaux visuels musclé. Il mélange les genres à foison, passant du suspense au polar, du film d’horreur au film catastrophe, avec beaucoup d’action sophistiquée au milieu, dans une atmosphère oscillant entre le réalisme et le fantastique. De Sherlock Holmes au kung-fu, Detective Dee dépoussière le film historique avec ses personnages fouillés et ses intrigues folkloriques et politiques, et donne un nouvel essor au wu xia pian.

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– 21h : Détective Dee 2 : la légende du dragon des mers (Tsui Hark – 2014 – 134 minutes)

avec Mark Chao, Feng Shaofeng, Lin Gengxin, Bum Kim, Angelababy, Carina Lau, Chen Kun, Dong Hu

Des navires allant aider un allié de la Chine sont attaqués par un mystérieux monstre marin.  Le jeune juge Dee va se retrouver à mener l’enquête sur ce qui ressemble à un complot.

Après l’immense succès de Détective Dee, la décision est prise de lui offrir non plus une suite mais une préquelle. Du coup le budget se trouve multiplié, ce qui permet de construire encore plus de décors somptueux (une soixantaine !) et des effets spéciaux numériques encore plus marqués (trop ?), rendant le film encore plus spectaculaire et vertigineux comme les plus imposants blockbusters américains, en plus exotique et décomplexé. Les acteurs manient de véritables armes, et les combats acrobatiques et virevoltants aux chorégraphies virtuoses sont marqués du sceau des quatre éléments, terre, mer (sur navire ou sous l’eau), air (contre une paroi) et feu. Détective Dee 2 : la légende du dragon des mers est plus porté sur l’aventure avec  son scénarios à tiroirs, ses rebondissements gargantuesques et ses changements de lieux variés, mais les intrigues policières, politiques, historiques et folkloriques frôlant le fantastique font toujours partie de la signature de la saga, avec moins de réalisme mais un peu d’humour.

1er mai : Ciné-club Rock star : Lemmy (2010) – The Doors (1991)

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Dans le cadre de la Paris Beer Week, la bière Sex, Ale & Rock’n’roll (IPA de la brasserie alsacienne Sainte Cru) sera spécialement en pression pour l’occasion !

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– 19h : Lemmy (Greg Olliver & Wes Orshoski – 2010 – 110 minutes)

Les documentaristes Greg Olliver et Wes Orshoski ont suivi pendant deux ans le légendaire Ian « Lemmy » Kilmister dans son quotidien, entre Los Angeles et les tournées. Roadie de Jimi Hendrix, bassiste du groupe space-rock Hawkwind dont il a été viré quand la douane l’a emprisonné pour possession de drogue, et enfin leader de son groupe de heavy metal Motörhead, le sexagénaire passe ses journées au bar Rainbow et se passionne pour les machines à sous électroniques. Il revient sur sa vie musicale et sur la route, ses fameuses consommations d’alcool et de drogue et ses exploits sexuels. Il nous montre son petit deux pièces à Hollywood rempli de collections d’objets improbables, comme des réductions pour Domino’s Pizza, des armes de guerre ou des souvenirs nazis. Entre sessions en studio, bus de tournée, en concert, backstage, rencontres avec les fans ou conduisant un tank, notre homme se voit encensé par les témoignages admiratifs de pointures du métier tels que Dave Grohl (Nirvana, Foo Fighters), Metallica (avec qui on le voit jouer sur scène), Slash & Duff (Guns ‘n Roses, Velvet Revolver), Ozzy Osbourne (Black Sabbath), Alice Cooper, Ice T, Jarvis Cocker (Pulp) ou Peter Hook (Joy Division, New Order). Loin de ses frasques de la grande époque, Lemmy est resté égal à lui-même et à la hauteur de son mythe, simple et attachant, sans esbroufe mais authentiquement rock’n’roll, n’ayant rien à prouver à personne. Mais à la stupeur générale, Lemmy a fait mentir la légende et s’est révélé être mortel, emporté par un cancer de la prostate deux jours après son diagnostic en décembre 2015. « Killed by death » !

 LES DOORS

– 21h : The Doors (Oliver Stone – 1991 – 140 minutes)

avec Val Kilmer, Meg Ryan, Kyle MacLachlan, Frank Whaley, Kevin Dillon, Kathleen Quinlan, Michael Wincott, Michael Madsen

La vie de Jim Morrison, légendaire chanteur des Doors, depuis ses études de cinéma à Los Angeles jusqu’aux excès du succès et des sixties.

Oliver Stone était un grand amateur des Doors, qu’il écoutait alors qu’il était envoyé comme soldat au Vietnam. Après Platoon ou Wall Street, il continue d’analyser l’Amérique avec un film sur ce groupe si emblématique des sixties, de ses espoirs, illusions et échecs, à travers la trajectoire météorique de leur chanteur Jim Morrison. Etudiant en cinéma, poète, séducteur et shaman moderne, il eut le temps de devenir en seulement six albums une des icônes du rock, par son charisme, sa présence scénique et son destin tragique. Car cette carrière qui commence avec les premiers trips psychédéliques en plein flower power et le succès commercial naissant se meut en descente aux enfers, entre alcoolisme autodestructeur, répression policière, procès pour attentat à la pudeur et dépression. Avec un budget de quarante millions de dollars, il restitue les atmosphères intenses et fiévreuses des concerts avec le public en transe, et reproduit jusqu’aux véritables décors, costumes ou accessoires les plus pointilleux. The Doors a été un grand succès commercial, qui relança le mythe auprès d’une nouvelle génération. Cependant les membres du groupe et les fans de la première heure l’accueillirent sèchement, Oliver Stone (co-auteur du scénario) ayant pris de nombreuses libertés avec la vérité historique et donné une image romancée, manichéenne et guignolesque du chanteur.

12 juillet : Ciné-club Tokyo

LOST IN TRANSLATION

– 19h : Lost in Translation (Sofia Coppola – 2003 – 102 minutes)

avec Bill Murray, Scarlett Johansson, Giovanni Ribissi, Anna Faris

Un acteur américain sur le déclin va à Tokyo tourner une publicité pour un whisky. Perdu et déphasé, il se lie avec une jeune étudiante américaine dans le même état que lui.

Deuxième film de la fille de Francis Ford Coppola (également producteur exécutif de ses films), Lost in Translation confirme la maîtrise filmique de Sofia Coppola quatre ans après la sensation Virgin Suicides. Le malaise adolescent laisse place au malaise touristique, plus particulièrement au malaise japonais. Les deux protagonistes sont en effet plongés dans une société tokyoïte particulièrement codifiée et décalée, où derrière les sourires figés et les néons modernes se tiennent des fossés séparant les individus de toute communication véritable, affection ou compréhension. Non sans cliché, le film restitue avec humour et légèreté le déphasage que peut procurer cette culture si différente, qui au fond ne fait que refléter les impasses et questionnements existentielles des personnages occidentaux perdus à l’autre bout de la planète. Bill Murray est toujours aussi pince sans rire et désabusé, tandis que la jeune Scarlett Johansson est révélée pour la première fois dans un rôle de premier plan, avant d’exploser avec Match Point de Woody Allen deux ans plus tard. Succès public et critique, Lost in Translation a gagné une trentaine de récompenses internationales, notamment l’Oscar du meilleur scénario original et le César du meilleur film étranger.

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– 21h : Enter the Void (Gaspar Noé – 2010 – 143 minutes)

avec Nathaniel Brown, Paz de la Huerta, Cyril Roy, Olly Alexander

Oscar et sa sœur Linda survivent comme ils peuvent à Tokyo : l’un est dealer, l’autre strip-teaseuse. Unis par un amour indéfectible, ils se sont jurés protection et fidélité. Et lorsqu’Oscar est touché par balle, son esprit refuse de quitter le monde des vivants pour honorer la promesse faite à sa sœur.

Huit ans après le scandale d’Irréversible, Gaspar Noé ambitionne, de son propre aveu, de « faire son 2001, l’Odyssée de l’espace« . Point de science-fiction ni d’espace pour autant, mais un film entièrement tourné en caméra subjective, aux déplacements aériens infinis et couleurs fluo psychédéliques, sur fond de livre des morts tibétain. Avec les effets visuels de BUF Compagnie (Matrix) et les effets sonores de la moitié de Daft Punk (Thomas Bangalter), Enter The Void est tout simplement une expérience cinématographique totale et unique, plongeant le spectateur dans un voyage esthétique, hypnotique et ésotérique au sein d’un Tokyo nocturne, décadent et coloré. A la hauteur de son ambition mais sans équivalent, le film fait déjà date et confirme Gaspar Noé, au-delà des controverses, comme un réalisateur majeur. A l’occasion de la sortie de son nouveau film tout aussi sulfureux, Love, Enter the Void est rediffusé en montage alternatif.

Ciné-club Raoul Ruiz : Mystères de Lisbonne (2010)

MYSTERES DE LISBONNE

– 19h : Mystères de Lisbonne (Raoul Ruiz – 2010 – 266 minutes)

avec Adriano Luz, Maria Joao Bastos, Ricardo Pereira, Clotilde Hesme, Léa Seydoux, Melvil Poupaud, Malik Zidi

Au XIXème siècle, un orphelin dans un collège religieux va remonter le fil de ses origines et découvrir qu’il est mêlé à plusieurs destins romanesques.

Raoul Ruiz (1941-2011) était un réalisateur chilien à la filmographie longue et impressionnante (Le Temps retrouvé). Cependant cette co-production internationale portugo-franco-brésilienne a été tournée non pas en espagnol mais en portugais, français et anglais (en fonction des acteurs). A la base, Mystères de Lisbonne est une série télévisée de six épisodes d’une heure, dont une version cinéma de 4h26 a été tirée. Ce n’est pas de trop pour raconter cette riche, passionnante et tentaculaire histoire comme on n’en fait plus ! Adapté d’un roman de Camilo Castelo Branco, c’est un véritable et permanent tourbillon romanesque, faite d’amour, de jalousie, de rivalité, de secrets, de révélations, de vengeance, de voyages entre le Portugal, la France, l’Italie et du Brésil, où l’on croise un orphelin, un prêtre, un aristocrate libertin, une comtesse, un pirate homme d’affaire et bien d’autres personnages hauts en couleurs. Le film a été remporté quantité de récompenses internationales telles que le prix Louis-Delluc du meilleur film français, prix de la critique au Festival de Sao Paulo, prix du meilleur réalisateur au Festival de San Sebastian ou Satellite Awards du meilleur film étranger. Que ceux qui s’inquiètent de la durée du film se rassurent : l’histoire est tellement prenante et rythmée que l’on ne voit pas le temps passer – on regrette même qu’elle se termine !

Ciné-club Formule 1 : Senna (2010) – Grand Prix (1966)

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– 19h : Senna (Asif Kapadia – 2010 – 105 minutes)

Dans ce documentaire sur la vie et la carrière météorique d’Ayrton Senna (1960-1994), nous avons la chance de voir à la fois des vidéos embarquées dans sa propre voiture, permettant de revivre spectaculairement les courses telles qu’ils les réalisaient, ainsi que des vidéos amateurs de sa vie privée fournies par la famille Senna, entre autres archives de télévision ou conférences de presse. Le destin fulgurant du pilote brésilien est parfaitement restitué, émaillé d’interviews de pilotes et de Senna lui-même, depuis ses débuts en kart, son arrivée en Formule 1 chez Toleman, son ascension chez Lotus et bien évidemment sa légendaire rivalité chez McLaren avec Alain Prost (surnommé « Le Professeur »), qu’il nourrira jusqu’à la fin de sa vie. Le triple champion du monde qui se croyait élu par Dieu est mort tragiquement sur le circuit de Saint-Marin en 1994, mais est resté depuis une idole absolue au Brésil et un des plus grands pilotes de tous les temps. Ce documentaire passionnant et intense a remporté a remporté plusieurs prix, dont celui du meilleur documentaire au Festival de Sundance.

 GRAND PRIX

– 21h : Grand Prix (John Frankenheimer – 1966 – 176 minutes)

avec James Garner, Yves Montand, Eva Marie Saint, Toshirô Mifune, Brian Bedford, Jessica Walter, Antonio Sabàto, Françoise Hardy

Des coureurs automobiles s’affrontent à travers une saison de championnat pour gagner le grand prix de Formule 1.

Sur les multiples tentatives d’Hollywood de faire des films de Formule 1, Grand Prix s’impose comme la référence absolue depuis plusieurs décennies. John Frankenheimer (Seconds, French Connection II, Ronin) a mis la barre haut niveau réalisme en filmant les voitures en partie pendant de véritables courses de championnat, dont le fameux circuit de Monaco au cœur de la ville. Tourné sans doublures (les acteurs pilotaient vraiment après des mois d’entraînement), le film est parvenu à embaucher des champions de Formule 1 de l’époque (Phil Hill, Graham Hill, Jack Brabham, etc.). Grand Prix est ainsi le premier film à utiliser des caméras embarquées pour filmer les courses à 200 km/h (sans aucune accélération au montage), ce qui met littéralement le spectateur dans la voiture. Ces images inédites ont ensuite été merveilleusement mises en valeur par la réalisation saisissante de Frankenheimer, avec des effets d’écrans partagés ou de mosaïque. Entre les courses, la vie privée des pilotes et leurs romances sont exposées, soulignant l’étrangeté de leur vie entre insouciance et gravité, et les risques inouïs qu’ils prennent (ce sport était en effet bien plus dangereux à l’époque qu’aujourd’hui, causant régulièrement de nombreux morts). Le film se pare d’un casting international : James Garner (Maverick), Yves Montand (César et Rosalie), Eva Marie Saint (La Mort aux trousses), Toshirô Mifune (l’acteur fétiche de Kurosawa, notamment dans Les Sept samouraïs) – avec pour l’occasion un des quelques rôles à l’écran de la jeune chanteuse Françoise Hardy ! Entre documentaire et fiction, Grand Prix a été un des plus gros succès de 1966, a remporté trois Oscars (meilleurs montage, son et effets sonores), et a inspiré de nombreux rivaux, depuis Le Mans (1971) avec Steve McQueen (grand amateur et coureur automobile, pressenti au début pour jouer dans Grand Prix) jusqu’au plus récent Rush (2013), en passant par la série des Fast & Furious.

Ciné-club Danny Boyle : 127 heures (2010) – Slumdog Millionnaire (2008)

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– 19h : 127 heures (Danny Boyle – 2010 – 94 minutes)
avec James Franco, Clémence Poésy, Kate Mara, Amber Tamblyn, Lizzy Caplan, Treat Williams, Kate Burton, Pieter Jan Brugge

Un randonneur-alpiniste américain se retrouve par accident coincé au fond d’un canyon dans l’Utah.

Inspiré d’une histoire vraie survenue à Aron Ralston en 2003, transcrite en 2006 dans le livre Plus fort qu’un roc, cela faisait quatre ans que Danny Boyle souhaitait réaliser un film sur lui. L’alpiniste était d’ailleurs réticent au début, préférant réaliser lui-même un documentaire avec sa propre voix off. Mais c’est suite au succès mondial de Slumdog Millionaire qu’il changea d’avis. 127 heures reprend d’ailleurs certaines pointures oscarisées de ce film : Simon Beaufroy est de retour au scénario, ainsi que A. R. Rahman à la musique (Dido co-compose et interprète la chanson « If I Rise », nominée aux Oscars)). Tourné en partie dans le vrai canyon du drame et en partie en studio après avoir reproduit avec exactitude le relief de la crevasse, ce film de survie est un véritable défi narratif, puisqu’il est centré pendant presque une heure et demie sur un homme coincé dans la nature, à un endroit inaccessible, et parvient quand même à être stimulant, rythmé et impliquant pour le spectateur. Il repose donc en grande partie sur la performance de James Franco, seul à l’écran durant la majorité du film, alternant entre instinct de survie, monologues, désespoir, hallucinations et flashbacks. 127 heures a reçu cent vingt-cinq nominations, dont trois aux Golden Globes et six aux Oscars (dont meilleurs film, acteur, scénario, montage et musique), et remporte vingt-deux prix, dont celui de meilleur film selon l’American Film Institute.

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– 21h : Slumdog Millionaire (Danny Boyle – 2008 – 120 minutes)
avec Dev Patel, Freida Pinto, Anil Kapoor, Irfan Khan, Ayush Mahesh Khedekar, Azharuddin Mohammed Ismail, Rubina Ali

Un jeune indien des bidonvilles est accusé de triche au jeu télévisé Qui veut gagner des millions ?

Adaptation du roman indien de Vikas Swarup, Slumdog Millionaire prend place en Inde, dans la face cachée de sa prodigieuse croissance économique. L’interrogatoire de la police concernant la série suspecte de bonnes réponses provenant d’un jeune « pouilleux » (« slumdog ») sans éducation au célèbre jeu télévisé est un prétexte à des flashbacks sur des épisodes clefs de sa vie dans la pauvreté urbaine, à l’ombre du développement et de la modernisation du pays, au contact de la vie locale, de la mafia, de la mendicité, du vol, des petits boulots et de la débrouille quotidienne. Certaines scènes sont d’ailleurs tournées en temps réel dans les rues des bidonvilles de Bombay, en se mêlant à la foule avec de l’équipement léger et discret sans se faire remarquer. Mais loin d’être une peinture glauque de la misère, le film est un véritable conte de fées coloré et grouillant, une histoire d’amour prenante et rythmée, magistralement réalisée et efficacement scénarisée par Simon Beaufroy (The Full Monty). Si les deux acteurs principaux sont débutants au cinéma (Dev Patel était certes au casting de la série Skins), Anil Kapoor (le présentateur du jeu) a joué dans une centaine de films indiens (son nom est d’ailleurs proposé parmi les réponses possibles à une question du jeu !). Pour l’anecdote, le jeu Qui veut gagner des millions ? fait aussi partie d’un autre film, français, Mon Meilleur ami (2006, de Patrice Leconte), avec Jean-Pierre Foucault au casting dans son propre rôle ! Slumdog Millionaire a été un véritable triomphe public et critique, remportant quatre Golden Globes, sept BAFTA et huits Oscars (ceux de meilleurs film, réalisateur, scénario, montage, photographie, musique, chanson et mixage). Si certaines critiques ont créé la controverse en dénonçant une vision occidentale et tiers-mondiste des inégalités profondes et dramatiques de l’Inde moderne, Slumdog Millionaire reste avant tout un grand film populaire où tout fonctionne admirablement, un spectacle naïf et imparable digne des grandes heures d’Hollywood.

Ciné-club dégustation Machete : Machete (2010) – Machete kills (2013)

Dans le cadre de la Paris Beer Week, le Festin Nu organise une grande soirée Machete, avec non seulement les deux films de Robert Rodriguez, mais en plus la bière artisanale Machete Double IPA à la pression, de la brasserie Birrificio del Ducato !

Dimanche 25 mai 2014 :

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– 19h : Machete (Robert Rodriguez & Ethan Maniquis – 2010 – 105 minutes)

avec Danny Trejo, Michelle Rodriguez, Jessica Alba, Robert de Niro, Steven Seagal, Lindsay Lohan, Tom Savini

Un ancien agent fédéral est engagé pour tuer un politicien. Mais il s’agit d’un piège…

Pour le projet de films de série B vintage des années 70 Grindhouse (2007), Quentin Tarantino et Robert Rodriguez intercalent des fausses bandes annonces entre Boulevard de la mort et Planète terreur, telles que Thanksgiving, Hobo with a shotgun ou Werewolf Women of the SS. L’une des plus populaires est Machete, réalisée par Rodriguez. Devant l’insistance des fans, il finit par mettre en chantier un véritable long-métrage sur le personnage, avec Ethan Maniquis (monteur sur Planète terreur). Il réussit à réunir un improbable casting de stars (dont la plupart ont déjà tourné avec Rodriguez) : Danny Trejo (cousin de Rodriguez !), habité des seconds rôles (Desperado, Une Nuit en enfer ou la saga Spy Kids) ; Robert de Niro, excellent en politicien véreux d’extrême-droite ; Steven Seagal, dont il s’agit du premier rôle de méchant, et qui fait ici son come-back au cinéma après n’avoir tourné que des films direct-to-video depuis des années ; Tom Savini (Une Nuit en enfer, Planète terreur), légendaire maquilleur de zombies pour George Romero. La distribution féminine n’est pas en reste, avec les pulpeuses Jessica Alba (Sin City), Michelle Rodriguez et Lindsay Lohan. Le film a un cadre politique : l’immigration clandestine des mexicains au Texas, sujet rarement traité au cinéma. Mais en réalité Rodriguez s’en sert de prétexte pour faire un film de série B latino grand public, à l’instar de John Woo avec les films de genre asiatiques. Au programme, beaucoup de fusillades, de sang, de morts, de filles sexy et surtout beaucoup d’humour et de parodie.

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– 21h : Machete kills (Robert Rodriguez – 2013 – 108 minutes)

avec Danny Trejo, Michelle Rodriguez, Mel Gibson, Demián Bichir, Charlie Sheen, Lady Gaga, Antonio Banderas, Cuba Gooding Jr., Tom Savini, Jessica Alba

Machete doit empêcher le chef d’un cartel mexicain d’envoyer vers les Etats-Unis un missile nucléaire.

Avec le succès du premier film, Rodriguez rempile avec beaucoup plus de budget, mais toujours la même formule de violence, de sexe et de parodie, pour Machete kills. Outre Danny Trejo, Michelle Rodriguez ou Tom Savini qui rempilent, Mel Gibson (le grand méchant), Charlie Sheen (succulent président américain !), Lady Gaga ou Antonio Banderas font partie des guest-stars du casting. L’histoire est encore plus délirante, ne se refusant rien, et on note des références savoureuses à Star Wars ou James Bond. Le troisième opus est en route, Machete kills again… in space, dont on voit deux bandes annonces avant et après Machete kills.

Ciné-club hôpital psychiatrique : Vol au-dessus d’un Nid de coucou (1975) – Shutter Island (2010)

Dimanche 10 novembre 2013 :

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– 19h : Vol Au-dessus d’un Nid de Coucou (Milos Forman – 1975 – 133 minutes)

avec Jack Nicholson, Louise Fletcher, Will Sampson, Danny DeVito, Christopher Lloyd

 Randall McMurphy se fait interner dans un hôpital psychiatrique. Il est soupçonné de simuler la folie pour échapper à la prison. Il se heurte aux règles rigides de l’infirmière en chef de l’établissement, tandis qu’à son contact les autres internés vont prendre conscience de la liberté qu’on leur refuse.

 Vol au-dessus d’un Nid de Coucou est adapté d’un roman de Ken Kesey – qui cependant détestera les choix d’adaptation scénaristique au point d’attaquer en justice la production et de refuser de voir le film ! Kirk Douglas joua le rôle principal au théâtre à Broadway en 1963, en acheta les droits d’adaptation cinématographique et les donna à son fils Michael pour qu’il produise le film. Il a été tourné dans un véritable hôpital psychiatrique dans l’Oregon – avec d’authentiques patients pour figurants ! Ce drame autour de l’aliénation propre au fonctionnement du système médico-psychiatrique est un des classiques du cinéma américain, et est porté par un excellent casting de seconds rôles dont la carrière débute ici : Danny DeVito (qui interprétera comme Nicholson un ennemi de Batman pour Tim Burton), Christohper Lloyd, Brad Dourif, Will Sampson, Dean R. Brooks, Scatman Crothers (que Nicholson retrouvera sur Shinning). Jack Nicholson quant à lui y interprète le rôle le plus iconique de sa longue filmographie (avec Shinning), qui lui valut l’Oscar du meilleur acteur, tout comme Louise Fletcher pour celui de meilleure actrice. Le film remporte aussi ceux de meilleur film, meilleur réalisateur pour Milos Forman et meilleur scénario adapté, ce qui en fait un des rares films avec New York-Miami (de Frank Capra) et Le Silence des Agneaux à obtenir au palmarès les cinq principaux Oscars. A noter enfin que Bernard Tapie exerça un de ses nombreux talents en jouant le rôle principal au théâtre en 2000 !

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– 21h : Shutter Island (Martin Scorsese – 2010 – 138 minutes)

avec Leonardo DiCaprio, Mark Ruffalo, Ben Kinsgley, Max von Sydow, Michelle Williams

 En 1954, le marshal Teddy Daniels est envoyé sur Shutter Island dans un hôpital psychiatrique réservés aux criminels dangereux, pour enquêter sur la disparition mystérieuse d’une patiente.

 Adapté du roman de Dennis Lehane (dont deux autres romans ont aussi été adaptés au cinéma : Gone Baby Gone par Ben Affleck, et Mystic River par Clint Eastwood), ce thriller psychologique, tourné dans un hôpital psychiatrique désaffecté du Massachussetts, se situe dans les années 50 avec pour toile de fond à la fois l’horreur des camps nazis ainsi que le conflit du milieu psychiatrique entre les soins médicamenteux et les interventions chirurgicales (lobotomie…) pour soigner les malades mentaux. Sans rien dévoiler de l’intrigue à rebondissement, on dira simplement que c’est le genre de film à plusieurs niveaux de lecture qui gagne à être revu pour changer de perspective narrative. C’est la quatrième collaboration de Martin Scorsese avec son nouvel acteur fétiche Leonardo DiCaprio, entouré d’autres excellents acteurs tels que Ben Kingsley (Gandhi, La Liste de Schindler) ou Max von Sydow (Le Septième Sceau, L’Exorciste). A noter que la BO n’est constituée que d’anciens morceaux de différents compositeurs sélectionnés son ami Robbie Robertson, ancien leader de The Band, dont Martin Scorsese avait filmé le dernier concert en 1976 (The Last Waltz, sorti au cinéma en 1978).