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2 avril 2017 : Ciné-club Boxe : When We Were Kings (1996) – Million Dollar Baby (2004)

WHEN WE WERE KINGS

– 19h : When We Were Kings (Leon Gast – 1996 – 85 minutes)

avec Mohamed Ali, George Foreman, Don King, James Brown, BB King, Norman Mailer, George Plimpton, Spike Lee, The Crusaders, The Spinners

Suite à son refus d’incorporer l’armée américaine pour aller combattre au Vietnam en 1967, Mohamed Ali est déchu de son titre de champion du monde de boxe poids lourds. En 1974, le promoteur Don King parvient à négocier un match de championnat du monde entre Ali et George Foreman – pour cinq millions de dollars chacun, financé par le dictateur Mobutu, pour faire la promotion du Zaïre, où la rencontre aura lieu. Foreman, le tenant du titre, est le grand favori : plus jeune et plus fort, ayant écrasé des adversaires qu’Ali avait eu du mal à battre. Ce dernier entreprend alors une intense campagne médiatique d’intimidation psychologique, mettant en valeur son charisme, son humour et ses talents de showman hors-normes pour ridiculiser son adversaire ou même politiser l’événement chaque fois que l’occasion se présente. When We Were Kings suit ainsi l’histoire de ce match historique, de l’entraînement sous tension des champions à Kinshasa à leur montée sur le ring devant cent mille spectateurs, en passant par son organisation ou les réactions de la population locale. Des stars de la musique noire américaine comme James Brown, BB King, les Crusaders et les Spinners firent aussi le voyage pour des concerts, faisant de cet événement une sorte de Woodstock afro-américain. Leon Gast mettra vingt-deux ans pour développer et monter les cent mille mètres de pellicule. Il insère des interviews récentes de Norman Mailer (auteur du livre Le Combat du siècle) ou du réalisateur Spike Lee. When We Were Kings recevra l’Oscar du meilleur documentaire, sans doute le meilleur sur ce sport ainsi que pour comprendre pourquoi Mohamed Ali l’un des sportifs et des icônes culturelles les plus puissantes. Lors de la cérémonie de remise de prix, Foreman aidera Ali (malade de Parkinson) à monter les marches, en signe de réconciliation.

MILLION DOLLAR BABY

– 21h : Million Dollar Baby (Clint Eastwood – 2004 – 132 minutes)

avec Clint Eastwood, Hilary Swank, Morgan Freeman, Jay Baruchel, Mike Colter, Lucia Rijker

Une passionnée de boxe tente par tous les moyens de se faire entraîner par un dur vétéran du sport, dans l’espoir de devenir championne.

Inspiré de plusieurs nouvelles semi-autobiographiques de Jerry Boyd, un ancien soigneur de la boxe professionnelle qui en connait parfaitement bien l’univers et ses codes, Million Dollar Baby est loin d’être un film à la Rocky vantant l’effort, la force et le succès. Il va en effet plus loin que la simple histoire d’une passion ou du prix de la réussite, puisqu’il repose avant tout sur les liens complexes unissant les trois personnages principaux (la boxeuse, l’entraîneur et son assistant, un ancien boxeur qu’il soignait dans sa jeunesse), des nœuds familiaux à leur transfert, de la culpabilité à la transmission, de la foi à l’euthanasie. Le fait d’entraîner une boxeuse évapore ainsi les clichés virils du genre, et la dernière partie du film prend de toute façon une tournure inattendue. Hilary Swank a suivi un entraînement sportif de trois mois pour lequel elle a pris dix kilos, coachée par l’entraîneur de plusieurs champions, boxant avec la quadruple championne du monde Lucia Rijker (qui joue aussi son adversaire). La réalisation d’Eastwood est comme toujours d’une sobriété et d’un classicisme impeccable, immersive dans les combats, grave dans les drames. Il a en outre composé lui-même la musique. Onze ans après Impitoyable, Eastwood refait un triomphe aux Oscars : meilleurs film, réalisateur, actrice (Hilary Swank) et second rôle (Morgan Freeman), et nominations à ceux de meilleur acteur (Clint Eastwood), scénario adapté et montage.

20 novembre : Ciné-club Afrique : Johnny Mad Dog (2008) – Hatari ! (1962)

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– 19h : Johnny Mad Dog (Jean-Stéphane Sauvaire – 2008 – 100 minutes)

avec Christopher Minie, Daisy Victoria Vandy, Dagbeh Tweh, Barry Chernoh, Mohammed Sesay, Leo Boyeneh Kote, Prince Kotie, Nathaniel, J. Kapeyou, Eric Cole, Joseph Duo

En Afrique, des adolescents sont enrôlés de force dans un commando d’enfants soldats pour combattre dans une guerre civile.

L’écrivain Emmanuel Dongala décrivait en 2002 l’enfer des enfants soldats de son pays en guerre dans son roman Johnny Chien Méchant. Le documentariste Jean-Stéphane Sauvaire, aidé à la production par Mathieu Kassovitz, souhaitait l’adapter pour son premier long-métrage, et ils ont du mal à trouver un pays africain où le tourner. Choisissant finalement le Liberia, ils n’ont engagé que d’authentiques anciens soldats (parfois très jeunes) de ses deux guerres civiles (1989-1997 et 1999-2003). Ces derniers ont travaillé pendant un an pour répéter, improviser, apprendre les techniques d’acteurs, influençant même le scénario et les dialogues quand leurs propres expériences du conflit étaient bien plus réalistes que le script. Johnny Mad Dog est ainsi un film on ne peut plus cru et authentique sur l’enfer de la guerre dans un pays africain – non précisé à l’écran. Ces adolescents, aux surnoms et déguisements extravagants, tuent, pillent, violent, ivres de drogues, de violence et de superstitions, manipulés par les maîtres de guerre aux idéologies arbitraires et lointaines. Le film est magnifiquement tourné (pendant six semaines) et photographié dans de longs plans séquences à la steady cam, tandis que les acteurs, revivant par catharsis leurs exactions passées, jouent admirablement et intensément. Le tournage du film a contribué à réconcilier les anciennes factions ennemies du pays, et la Fondation Johnny Mad Dog a par ailleurs été créée pour aider aussi bien les acteurs que les anciens enfants soldats, scolarisés pour la première fois. Johnny Mad Dog reste une expérience forte sur un sujet et une région peu documentée au cinéma, et a été récompensé du Prix de l’espoir dans la catégorie Un Certain Regard du Festival de Cannes.

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– 21h : Hatari ! (Howard Hawks – 1962 – 158 minutes)

avec John Wayne, Hardy Krüger, Elsa Martinelli, Red Buttons, Gérard Blain, Michèle Girardon, Bruce Cabot, Valentin De Vargas, Eduard Franz

Au Tanganyika, une bande de chasseurs d’animaux sauvages pour zoos voit son joyeux équilibre chamboulé par l’arrivée d’un français et d’une photographe italienne.

Howard Hawks excelle dans les genres les plus différents : comédie (L’Impossible Monsieur Bébé), gangster (Scarface), science-fiction (La Chose d’un autre monde, dont Carpenter tirera un remake avec The Thing), film noir (Le Grand sommeil), ou western (La Captive aux yeux clairs). Il souhaitait depuis longtemps réaliser un film de chasse en Afrique, mais les studios lui refusaient le budget, trop élevé. Mais le succès colossal de Rio Bravo, grand classique du western avec John Wayne (avec qui il avait déjà tourné La Rivière Rouge), lui permet de décrocher le budget nécessaire à son projet. Il part donc tourner en Tanganyika (aujourd’hui Tanzanie) pendant cinq mois avec sa vedette John Wayne, ainsi que Hardy Krüger (Un Taxi pour Toubrouk), la gracieuse Elsa Martinelli (La Rivière de nos amours d’André De Toth) ou le comique de télévision Red Buttons. Deux français sont au casting, mais leurs rôles furent considérablement réécrits et réduits en cours de route – Gérard Blain (Le Beau Serge et Les Cousins de Chabrol) ayant des querelles politiques avec Wayne, et Michèle Girardon (La Mort en ce jardin de Buñuel) refusant les avances de Hawks… A noter qu’aucun acteur n’est doublé pendant les scènes de chasse ou de ligotage d’animaux, Wayne et Krüger devenant même de véritables chasseurs ! Hatari ! (qui signifie « danger » en swahili) n’est pourtant pas un film d’aventure comme le souhaitait les studios Paramount, car il n’a pas de tension dramatique ni d’ennemi – si ce n’est les dangereux animaux à capturer, mais que les chasseurs n’essaient pas de tuer. C’est bien plutôt un film de personnages, alternant légèreté, exotisme, romance, comédie, séquences spectaculaires de chasses motorisées, animaux attachants et beaux paysages en Technicolor – le tout sur une partition du grand Henry Mancini (La Panthère rose). Une déconstruction et modernité de la narration qui vaudra à Hawks l’admiration de la Nouvelle Vague française.

22 février 2015 : ciné-club Nature sauvage avec Robert Redford / Sydney Pollack

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– 19h : Jeremiah Johnson (Sydney Pollack – 1972 – 116 minutes)

avec Robert Redford, Will Geer, Allyn Ann McLerie, Stefan Gierasch, Charles Tyner, Delle Bolton

Au XIXème siècle, un ancien militaire décide de fuir la civilisation et de vivre comme trappeur dans les montagnes Rocheuses américaines.

Deuxième des sept films que Robert Redford et Sydney Pollack tourneront ensemble, Jeremiah Johnson est inspiré d’une histoire vraie, celle du célèbre mountain man John Johnson (1824-1900), surnommé « Johnson le mangeur de foie ». Trappeur et chasseur ayant vécu dans les montagnes Rocheuses américaines, il doit son surnom à sa guerre personnelle contre les indiens Corbeaux, qui ont assassiné sa femme amérindienne, et dont il aurait mangé les foies de leurs cadavres pour se venger. Entièrement tourné dans l’Utah, le film est avant tout un vibrant hommage aux superbes, purs et infinis paysages montagneux américains, souvent enneigés. Ce western naturaliste, contemplatif et hivernal est aussi une quête existentielle et transcendantale, revisitant les codes du genre. Révélé dans le western Butch Cassidy et le Kid (1969), Robert Redford interprète cette fois-ci un personnage bien différent : notre trappeur a beau fuir la société et sa violence pour revenir à la rude nature et sa solitude, il retrouvera malgré lui les compromis des humains et fatalement leur violence. Premier western présenté en compétition du Festival de Cannes, Jeremiah Johnson a été un grand succès critique et commercial à sa sortie. Il est enfin à noter que le film a fourni plusieurs séquences mémorables de La Classe américaine, le cultissime Grand Détournement de Michel Hazanavicius et Dominique Mézerette à partir de dizaines de films de la Warner, diffusé sur Canal Plus en 1993.

 OUT OF AFRICA

– 21h : Out of Africa (Sydney Pollack – 1985 – 161 minutes)

avec Robert Redford, Meryl Streep, Klaus Maria Brandauer, Michael Kitchen, Michael Gough

Une jeune et riche danoise part vivre au Kenya pour diriger une plantation de café. Elle croise la route d’un aventurier charismatique et solitaire.

Pour son avant-dernière collaboration avec Robert Redford, Sydney Pollack adapte le livre autobiographique de la danoise Karen Blixen La Ferme africaine, femme moderne et indépendante qui raconte son amour pour l’Afrique (où elle a séjourné pendant dix-sept ans) et pour un aventurier insaisissable. L’histoire se passant au début du XXème siècle, elle fut donc une observatrice privilégiée des transformations du continent sous le colonialisme occidental, de sa pureté originelle et de ses traditions autochtones, bientôt effritées par le développement économique et technologique, les débuts des safaris commerciaux – bref le passage de l’homme sur une terre d’animaux et de tribus qui ne peut que faire penser au jardin d’Eden. Grand classique de la romance, le film dépeint autant des sentiments contrariés autour de la possessivité et de la liberté, que des somptueux paysages à perte de vue. Grand triomphe commercial, Out of Africa a été récompensé par les Oscars de meilleurs film, réalisateur, scénario adapté, photographie, direction artistique, musique (John Barry) et son, tandis qu’il a été aussi nommé à ceux de meilleurs costumes, montage et acteurs pour Meryl Streep (Voyage au bout de l’enfer, Sur la route de Madison) et Klaus Maria Brandauer (Jamais plus jamais, Tetro). Son histoire d’amour a fait couler les larmes de bien des spectatrices, tandis que l’intensité des images en fait le parent de films de paysages et de cultures tels que Le Fleuve, Lawrence d’Arabie ou Danse avec les loups.