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18 octobre : Ciné-club mutinerie : Ouragan sur le Caine (1954) – Les Révoltés du Bounty (1962)

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– 19h : Ouragan sur le Caine (Edward Dmytryk – 1954 – 124 minutes)

avec Humphrey Bogart, José Ferrer, Van Johnson, Fred MacMurray, Robert Francis, May Wynn, Tom Tully, Lee Marvin

Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’équipage d’un bateau de guerre a du mal à se plier aux méthodes de son nouveau capitaine et à son commandement douteux.

Ouragan sur le Caine est tiré d’un livre récompensé par le Prix Pulitzer, et l’on comprend pourquoi : le scénario et les dialogues sont tout à fait solides, maîtrisés et subtils, parvenant à maintenir la tension psychologique et la progression dramatique. Il faut savoir que l’œuvre est imprégné du maccarthysme et de sa chasse aux sorcières : Edward Dmytryk en a été victime et a dû sous la pression dénoncer de nombreux confrères communistes, ce qui le discréditera durablement. Ainsi l’histoire reflète ce climat de suspicion, de remise en cause du patriotisme et du rôle ambigu des intellectuels, jusqu’à l’hypocrisie et la lâcheté. Humphrey Bogart, en capitaine autoritaire, paranoïaque et fragile, livre rien de moins qu’un de ses meilleurs rôles. Les autres acteurs sont tout aussi brillants, à commencer par Fred MacMurray (Assurance sur la mort, La Garçonnière). Grand succès en salles et nommé à sept Oscars (dont meilleurs film, scénario, et acteurs pour Bogart et Tom Tully), Ouragan sur le Caine est un classique des fifties comme on n’en fait plus, où tout est impeccable, juste et passionnant. Pour l’anecdote, l’acteur anglais Michael Caine y trouva l’inspiration pour son pseudonyme !

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– 21h : Les Révoltés du Bounty (Lewis Milestone – 1962 – 185 minutes)

avec Marlon Brando, Trevor Howard, Richard Harris, Hugh Griffith, Richard Haydn, Tarita, Percy Herbert

En 1789, le navire anglais Bounty s’embarque pour plusieurs mois de navigation en direction de Tahiti pour récolter des arbres à pain, vitaux pour nourrir les esclaves de la couronne britannique. Mais son capitaine se montre tyrannique et cruel avec l’équipage…

Inspiré d’une histoire vraie, Les Révoltés du Bounty narre la plus célèbre mutinerie de l’histoire navale. Raconté par Jules Verne ou Lord Byron, déjà adapté au cinéma en 1933 (avec Errol Flynn) et en 1935 (avec Clark Gable et Charles Laughton, oscarisés) – puis plus tard en 1984 (avec Mel Gibson et Anthony Hopkins) -, le mythe continue de passionner, et cette version de Lewis Milestone (A l’Ouest, rien de nouveau, L’Inconnu de Las Vegas) n’est pas en reste. En effet le budget est titanesque, mainte fois dépassé, au point de mettre le studio MGM au bord de la faillite ! Un véritable navire a été spécialement construit à l’identique à partir des plans originaux, le tournage a un lieu jusqu’en Polynésie française avec des milliers de figurants locaux. Brando aussi a donné de sa personne : il grossissait pendant le tournage au point que les costumiers devaient reprendre ses costumes régulièrement, il a attrapé une maladie vénérienne, son interprète tahitienne est devenue sa troisième femme, et il a acheté une petite île voisine de Tahiti. Malgré les évidentes qualités esthétiques, de mise en scène, de casting (Trevor Howard ne pouvait être plus délicieusement détestable) et d’ambiance (les irrésistibles et langoureuses séquences à Tahiti) du film, confirmées par sa nomination à sept Oscars (meilleurs film, décors, photographie, effets visuels, montage, musique, chanson), il fut un échec financier (trop coûteux à rembourser). Mais Les Révoltés du Bounty est quand même resté un classique spectaculaire en Technicolor, épique et exotique, témoin d’un certain âge d’or d’Hollywood avec de grandes histoires, de grands acteurs et de grands moyens, sans surenchère commerciale débilitante.

Ciné-club Ballet : Black Swan (2010) – Les Chaussons Rouges (1948)

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– 19h : Black Swan (Darren Aronofsky – 2010 – 108 minutes)

avec Natalie Portman, Vincent Cassel, Mila Kunis, Barbara Hershey, Winona Ryder, Benjamin Millepied

Au sein de la troupe du New York City Ballet, Nina tente de décrocher le rôle principal du Lac des Cygnes, dirigé par l’ambigu Thomas.

Après les quasi-expérimentaux Pi et Requiem for a dream, Darren Aronofsky est revenu à des formes plus accessibles dans The Fountain et The Wrestler (Lion d’or à la Mostra de Venise), sans toutefois se vider de sa singularité filmique. Black Swan continue dans cette lancée : derrière ce film de danseuse du ballet Le Lac des cygnes qui évolue entre rivalités externes et luttes internes de confiance en soi, se cache une œuvre ambivalente, hallucinatoire et schizophrénique. Natalie Portman (Star Wars I, II et III) joue enfin le grand rôle de sa carrière, fragile et tourmentée, récompensée par l’Oscar de la meilleure actrice. Mais son bonheur ne s’arrête pas là, puisque le chorégraphe du film Benjamin Millepied (aujourd’hui directeur du ballet de l’Opéra national de Paris), qui joue aussi son partenaire de ballet, va rapidement devenir à la ville son mari et père de son enfant ! Autre français au casting, Vincent Cassel dans un rôle ambigu de maître de ballet, oscillant entre direction artistique, séduction et manipulation. De même que Le Lac des cygnes alterne cygne blanc et cygne noire, Black Swan met en scène la perfection contre le lâcher prise, la pureté contre la sensualité, la réalité contre les fantasmes, le rêve contre le cauchemar, le combat contre les autres et contre soi-même, ce qui concourt évidemment à brouiller les pistes et les frontières tout le long du film. Le thème du double est ainsi au cœur de la narration, les divers personnages féminins du film pouvant être vus comme des projections idéales, ratées, sexuelles ou rivales de l’héroïne, jusqu’à son propre doublement intérieur. Le Lac des cygnes devient ainsi le corps et le cœur de Black Swan, thriller gracieux et paranoïaque où l’héroïne fait trop corps jusqu’à la folie avec le personnage qu’elle doit interpréter.

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– 21h : Les Chaussons rouges (Michael Powell, Emeric Pressburger – 1948 – 135 minutes)

avec Moira Shearer, Anton Walbrook, Marius Goring, Leonide Massine, Robert Helpmann, Albert Basserman, Esmond Knight, Ludmilla Tchérina

La danseuse Victoria Page souhaite intégrer la célèbre compagnie de ballet du tyrannique directeur Boris Lermontov, qui exige que l’on sacrifie tout pour l’art.

Michael Powell et Emeric Pressburger sont parmi les plus importants artistes du cinéma anglais. Si le premier est réalisateur et le second scénariste, ils signeront sans distinction toutes leurs œuvres communes (Colonel Blimp, Le Narcisse noir), associés au sein de Archers Films Production. Reprenant un ancien scénario de Pressburger pour un projet sans suite, Les Chaussons rouges est un film de ballet adapté d’un conte d’Andersen, avec pour une fois d’authentiques professionnels du métier : Moira Shearer était une étoile montante du ballet britannique, Leonide Massine et Robert Helpmann des prestigieux danseurs et chorégraphes. Les Ballets russes de Serge Diaghilev portent une ombre évidente sur le film, d’une part à travers le personnage fascinant et glaçant du directeur Lermontov joué par Anton Walbrook qui s’en inspire directement, et aussi via Massine qui avait remplacé le légendaire Vaslav Nijinski dans les Ballets russes. Le film culmine à son milieu dans une inoubliable et irréelle scène de ballet de 17 minutes avec 53 danseurs, une des plus incroyables de l’histoire du cinéma. Mais Les Chaussons rouges n’est pas qu’un film de danse, bien qu’il en soit le plus beau : c’est aussi et surtout un film sur la création artistique et le sacrifice qu’il exige, comme un pacte méphistophélique qui fait renoncer à l’amour et à la vie. Totalement boudé par les producteurs anglais de l’époque qui ne l’ont projeté qu’à minuit et sans même en réaliser une affiche, Les Chaussons rouges, avec son Technicolor à tomber par terre, s’est imposé comme une œuvre d’art totale, esthétique, visuelle, scénographique et musicale, qui remporta les Oscars de meilleures direction artistique et musique et fut nommé à ceux de meilleurs film, scénario et montage. Féérique et vertigineuse, une référence absolue de la cinéphilie, comptant parmi ses plus fervents admirateurs Martin Scorsese (qui a financé sa restauration), Brian De Palma (qui le connait par cœur image par image, et qui s’en inspirera pour son Phantom of the Paradise) ou Francis Ford Coppola, et qui perdure encore récemment avec Black Swan.