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7 janvier 2018 : Ciné-club James Stewart / Alfred Hitchcock : La Corde (1948) – L’Homme qui en savait trop (1956)

– 19h : La Corde (Alfred Hitchcock – 1948 – 80 minutes)

avec James Stewart, Farley Granger, John Dall, Cédric Hardwicke, Constance Collier, Douglas Dick

Pour impressionner leur professeur qui postule un droit des êtres supérieurs à tuer les êtres inférieurs, deux étudiants étranglent un de leurs camarades avec une corde. Ils organisent cyniquement sur les lieux du crime un dîner en présence de leur professeur, de la famille de la victime et du cadavre caché dans le salon.

Premier film tourné en couleurs d’Hitchcock, La Corde est l’adaptation d’une pièce du théâtre, basé sur un célèbre fait divers qui effraya l’Amérique en 1924 : deux jeunes garçons de l’élite américaine commettent un crime de sang froid par pur cynisme intellectuel, fascinés par le concept de surhomme de Nietzsche (cela engendrera aussi le film Le Génie du mal, avec Orson Welles). L’histoire se passe entièrement en huis clos, composé intégralement de dix longs plans séquences (une pellicule ne durant que dix minutes) qui s’enchaînent astucieusement les uns dans les autres, pour donner l’illusion que le film a été tourné en seule prise comme au théâtre. Mais au-delà de la prouesse technique, La Corde est un thriller passionnant, intense et provocateur, porté par d’excellents acteurs (Stewart, Granger), un des meilleurs du maître.

– 21h : L’Homme qui en savait trop (Alfred Hitchcock – 1956 – 120 minutes)

avec James Stewart, Doris Day, Daniel Gélin, Brenda de Banzie, Bernard Miles, Yves Brainville, Ralph Truman, Reggie Nalder

Une famille américaine en vacances au Maroc est témoin d’un meurtre. La victime leur révèle un secret, qu’ils ne doivent surtout pas révéler s’ils veulent retrouver leur fils enlevé…

Hitchcock avait réalisé un premier L’Homme qui en savait trop en Angleterre en 1934, avec l’immense Peter Lorre. Mais il voulait l’adapter au public américain, ce qu’il le fit en 1956 avec beaucoup plus de moyens, dirigeant le fidèle James Stewart (Fenêtre sur cour, et bientôt Sueurs froides) et la chanteuse Doris Day (qui y interprète ce qui va devenir un standard de la chanson, « Que Sera, Sera », Oscar de la meilleure chanson). Le début de l’histoire est transposé au Maroc, où l’on retrouve l’acteur français Daniel Gélin. L’action culmine dans une mythique séquence de concert au Royal Albert Hall (douze minutes de tension sans dialogue), où le compositeur habituel d’Hitchcock, Bernard Herrmann, interprète le rôle du chef d’orchestre. Sans être le thriller le plus spectaculaire (La Mort aux trousses) ou le plus complexe (Vertigo) d’Hitchcock, L’Homme qui en savait trop en est certainement un des plus efficaces, palpitants et maîtrisés – le réalisateur déclara à Truffaut que si la première version était l’œuvre d’un amateur, la seconde était celle d’un professionnel.

Ciné-club meurtre avec Anthony Perkins : Psychose (1960) – Le Glaive et la balance (1963)

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– 19h : Psychose (Alfred Hitchcock – 1960 – 109 minutes)

avec Anthony Perkins, Janet Leigh, Vera Miles, John Gavin, Martin Balsam, John McIntire, Simon Oakland, Patricia Hitchcock, Vaughn Taylor

Une femme s’enfuit de son travail en ayant volé 40.000 dollars. Elle trouve refuge dans un hôtel vide avec un réceptionniste tourmenté…

Avec son adaptation du roman de Robert Bloch (inspiré de l’histoire vraie d’Ed Gein), Alfred Hitchcock signe son plus grand succès commercial (40 millions de dollars, pour un budget de 800.000 dollars) et son troisième chef d’œuvre d’affilée, après Sueurs froides et La Mort aux trousses. Après bien des films de suspense, Psychose est son premier film de véritable terreur, manipulant perfidement le spectateur en n’hésitant pas à faire mourir son personnage principal (joué par Janet Leigh) à la moitié du film (du jamais vu pour l’époque, interdisant même aux exploitants de salles de faire rentrer des spectateurs en retard) dans une légendaire scène de douche (sept jours de tournage, soixante-dix plans, la plus étudiée par les étudiants de cinéma) sur la musique stridente et iconique de Bernard Herrmann. Hitchcock invente rien de moins que le genre slasher, d’une influence considérable dans l’histoire du cinéma, inspirant directement des classiques comme Massacre à la tronçonneuse ou Halloween (avec d’ailleurs Jamie Lee Curtis, la fille de Janet Leigh !). Brian De Palma, éternel admirateur du maître, en fera une variation avec Pulsions (1980). Anthony Perkins signe une performance inquiétante et torturée d’un personnage rentré dans les annales du cinéma, dont il ne parviendra jamais vraiment à se détacher au cours du reste de sa carrière, se résignant à tourner dans trois suites dans les années 80, réalisant d’ailleurs le troisième volet, tandis que le quatrième n’est qu’un téléfilm (de Mick Garris)…  Enfin, Gus Van Sant fit une remake du film plan pour plan en 1998.

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– 21h : Le Glaive et la balance (André Cayatte – 1963 – 138 minutes)

avec Anthony Perkins, Jean-Claude Brialy, Renato Salvatori, Pascale Audret, Marie Déa, Elina Labourdette, Fernand Ledoux, Jacques Monod, Anne Tonietti, Lou Bennett

Deux individus coupables de kidnapping et de meurtre sont poursuivis par la police, mais ils sont arrêtés avec une troisième personne en même temps, sans que l’on sache lequel est innocent.

Ancien avocat, les films d’André Cayatte sont souvent à thèse, engagés comme des pamphlets cinématographiques, et il en avait déjà consacré quatre dans les années 50 sur la justice (Justice est faite, Nous sommes tous des assassins, Avant le déluge, Le Dossier noir). Si Le Glaive et la balance commence comme un film de kidnapping (rappelant la première partie du grandiose Entre le ciel et l’enfer d’Akira Kurosawa, en réalité sorti un mois plus tard !), il bascule ensuite en film judiciaire, d’abord entre les mains de la police, avec l’enquête psychologique pour fouiller le passé et les motivations des accusés, puis au tribunal, plus particulièrement avec le cas de conscience des jurés (se rapprochant cette fois-ci du fameux Douze hommes en colère de Sydney Lumet, en 1957). Le dilemme central du film porte sur l’intime conviction qui doit conduire à la condamnation, jusqu’à la peine de mort : vaut-il mieux prendre le risque de condamner un innocent ou de relâcher un meurtrier ? Le film tranchera de manière surprenante, avec une fin qui marquera le spectateur, intimement impliqué comme s’il était un des jurés. En plus de son brillant scénario et d’une réalisation impeccable, le film est porté par d’excellents acteurs aux styles différents : Anthony Perkins (qui joue et chante en français – sa chanson « Dreaming of you » sortira même en 45 tours !), Jean-Claude Brialy (Le Beau Serge de Claude Chabrol, Arsène Lupin contre Arsène Lupin) et Renato Salvatori (Rocco et ses frères), dans le cadre langoureux, jazzy ou festif de la Côte d’Azur.

6 novembre : Ciné-club Famille : Complot de famille (1976) – Voyage à Tokyo (1953)

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– 19h : Complot de famille (Alfred Hitchcock – 1976 – 120 minutes)

avec Karen Black, Bruce Dern, William Devane, Barabara Harris, Ed Lauter, Cathleen Nesbitt, Katherine Helmond

Une riche vieille dame engage une jeune voyante pour retrouver son héritier disparu.

Complot de famille est le tout dernier film de la longue carrière cinématographique – cinquante-trois films – d’Alfred Htichock, qui décèdera quatre ans plus tard alors qu’il préparait un autre film. Prix Edgar Poe du meilleur scénario, Complot de famille est un thriller avec des touches d’humour intercalant les péripéties de deux couples. Après avoir mis des scènes de nu dans Frenzy, Hitchcock continue de coller aux années 70 en insérant de nombreuses allusions sexuelles dans les dialogues. Comme dans son précédent film, il n’emploie plus de grandes stars, comme au temps de Cary Grant, James Stewart ou Grace Kelly. Néanmoins les acteurs ne sont pas secondaires, puisque Karen Black a tourné dans presque deux cent films dont Easy Rider ou Nashville (avec d’ailleurs aussi Barbara Harris), Bruce Dern (père de Laura Dern) travaillera avec Walter Hill, Francis Ford Coppola ou Joe Dante, et William Devane jouera dans des classiques comme Marathon Man ou Rolling Thunder (et bien sûr la série Côte Ouest !). A noter enfin qu’Hitchcock ne travaille plus avec son mythique compositeur habituel, Bernard Herrmann, avec lequel il s’était brouillé, mais avec John Williams (Les Dents de la mer, Star Wars, Superman, Indiana Jones). Complot de famille se révélera être le second plus grand succès commercial du maître du suspense.

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– 21h : Voyage à Tokyo (Yasujiro Ozu – 1953 – 137 minutes)

avec Chishu Ryu, Chieko Higashiyama, Setsuko Hara, Haruko Sugimura, So Yamamura, Kuniko Miyake, Kyoko Kagawa, Eijiro Tono, Nobuo Nakamura, Shira Osaka

Un couple de retraités vient rendre visite à leurs enfants et petits-enfants à Tokyo. Mais ces derniers ne sont pas si chaleureux que prévus…

Moins international que Kurosawa, Yasujiro Ozu est un des grands maîtres du cinéma japonais. Le thème majeur de ses cinquante-quatre films est la famille, dont les relations sont triturées dans tous les sens d’un film à l’autre, mais sans ficelles spectaculaires, avec une sobriété exemplaire. Voyage à Tokyo constitue la quintessence de son œuvre, en cristallisant l’ensemble de ses préoccupations et de ses codes stylistiques. A travers le désintérêt que les enfants adultes portent à la visite de leurs parents, qui trouveront paradoxalement le plus de proximité avec leur belle-fille, Ozu expose la désintégration du système familial traditionnel japonais, en pleine reconstruction du pays et occidentalisation de la société. A travers un rythme lent mais réel et la rigueur géométrique de cadres construits à la perfection, Ozu ne porte pas de jugement mais montre les relations telles qu’elles sont, donnant un sentiment d’existence et même de zen bouddhiste : le phénomène de la vie et du temps qui passe, entre éphémère et éternité, s’exprime de lui-même à travers Voyage à Tokyo. On retrouve l’actrice fétiche d’Ozu, Setsuko Hara, et probable maîtresse – elle arrêta brutalement sa riche carrière cinématographique à la mort du maître et partir se retirer à proximité du lieu où ses cendres reposent. Inconnu en France de son vivant, le réalisateur ne vit son œuvre arriver sur les écrans qu’en 1978 à travers ce film, aux côtés du Goût du saké et Fin d’automne. Il est régulièrement classé dans le peloton de tête des meilleurs films de tous les temps.

12 juin : Ciné-club Farley Granger : L’Inconnu du Nord-Express (1951) – Senso (1954)

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– 19h : L’Inconnu du Nord-Express (Alfred Hitchcock – 1951 – 101 minutes)

avec Farley Granger, Ruth Roman, Robert Walker, Marion Lorne, Leo G. Carroll, Patricia Hitchcock, Laura Elliott

Un joueur de tennis en instance de divorce est abordé dans un train par un homme qui le reconnait. Ce dernier lui propose un macabre marché : chacun assassine une personne de l’entourage de l’autre, afin que personne ne soit soupçonné d’un meurtre sans mobile…

Alfred Hitchcock découvre Farley Granger dans Les Amants de la nuit de Nicholas Ray, film culte sur un couple en cavale qui préfigure Bonnie & Clyde. Il l’embauche alors dans La Corde, avec James Stewart. Trois ans plus tard, il en fait l’acteur principal de L’Inconnu du Nord-Express, un de ses meilleurs thrillers, adapté du roman de Patricia Highsmith, auteur de polars maintes fois portés à l’écran avec succès (Plein Soleil de René Clément, L’Ami américain de Wim Wenders, Carol de Todd Haynes). Comme souvent chez Hitchcock, le héros est un individu normal entraîné dans une suite d’événements qui le dépassent et l’enferment, mais la machination est encore plus perfide car elle joue sur la tentation de faire assassiner sa femme et de respecter la contrepartie du contrat pour ne pas voir sa vie s’effondrer. Robert Walker livre la meilleure performante de sa carrière, machiavélique et glaçante. Malheureusement ce sera son avant-dernier film : alcoolique, il succombera à seulement trente-deux ans à un mélange d’alcool et de barbituriques. A noter que la fille unique du réalisateur, Patricia Hitchcock, joue un second rôle (comme dans Le Grand alibi et Psychose), ici la sœur de la fiancée du héros. Parfaitement rythmé, avec un sous-texte homosexuel, des prouesses visuelles (nomination à l’Oscar de la meilleure photographie) et un final haletant, L’Inconnu du Nord-Express est un grand classique du suspense et un des meilleurs archétypes de son réalisateur, qui connaitra encore deux autres adaptations au cinéma et en téléfilm.

SENSO

– 21h : Senso (Luchino Visconti – 1954 – 117 minutes)

avec Alida Valli, Farley Granger, Massimo Girotti, Heinz Moog, Rina Morelli, Marcella Mariani, Christian Marquand, Sergio Fantoni

Au XIXème siècle à Venise, une comtesse italienne tombe amoureuse d’un officier autrichien. Mais la guerre entre l’Italie et l’Autriche éclate et les sépare.

Après trois films néo-réalistes, Luchino Visconti réalise son premier en couleurs, qui sera un tournant majeur de son style et de sa carrière. Adapté d’un roman italien du XIXème siècle, Senso initie une nouvelle esthétique, aux décors et costumes d’époques somptueux, entremêlant l’intime et l’Histoire, peignant le déclin d’un monde, ici l’aristocratie à l’époque des mouvements révolutionnaires visant l’unification de l’Italie (Visconti étant d’ailleurs le descendant d’une des plus grandes familles de l’aristocratie italienne), et exprimant la violence de la passion amoureuse. Le réalisateur voulait Marlon Brando et Ingrid Bergman, en vain. L’immense Alida Valli (plus de cent films, dont Le Troisième homme, Le Cri, Les Yeux sans visage, Œdipe Roi) joue une comtesse vénitienne qui a failli ne pas connaître l’amour, et qui s’y abandonne éperdument, n’hésitant pas à risquer sa réputation et à trahir son pays. Farley Granger, dans son premier rôle européen (et sans doute le meilleur de sa carrière) interprète un bel officier autrichien, qui se révèlera bien plus ambivalent et moins plaisant que prévu. Le tournage était prévu pour trois mois, il en dura six de plus. Trois des assistants devinrent réalisateurs (Francesco Rosi, Franco Zeffirelli, Jean-Pierre Mocky), et par moins de trois directeurs de la photographie se succédèrent (le troisième, Giuseppe Rotunno, devint aussi réalisateur). Les autorités italiennes censurèrent le film pour ne pas réveiller les humiliations de l’histoire passés et récentes. Les critiques de l’époque reprochèrent (à tort) à Visconti d’avoir abandonné son cinéma marxiste pour un mélodrame bourgeois. Présenté à la Mostra de Venise, le film vit ses défenseurs se battre avec ceux de La Strada de Fellini ! Avec ses milliers de figurants en costumes et son sublime Technicolor, Senso déploie une inlassable féérie visuelle et dramatique, et inaugure une série de chefs d’œuvre du cinéma italien que rejoindront Le Guépard, Les Damnés, Mort à Venise et quelques autres.

17 mai : Ciné-club thriller noir avec Joseph Cotten

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– 19h : Niagara (Henry Hathaway – 1953 – 98 minutes)

avec Joseph Cotten, Marilyn Monroe, Jean Peters, Casey Adams, Denis O’Dea, Richard Allan, Don Wilson, Lurene Tuttle, Russel Collins, Will Wright

En vacances aux chutes du Niagara, un couple sympathise avec un autre bien étrange : le mari est perturbé, son épouse est une femme fatale qui attire beaucoup les regards et les désirs.

Niagara est un classique du film noir, célèbre pour arborer deux merveilles de la nature : les chutes du Niagara et Marilyn Monroe. La jeune actrice en pleine ascension n’a alors eu que des rôles secondaires, mais ce film va représenter un tournant dans sa carrière, puisque c’est à la fois son premier rôle principal dramatique ainsi la naissance du plus grand sex-symbol féminin du cinéma, avec son personnage de femme fatale, son déhanché redoutable, ses histoires d’adultère, de mensonges et de meurtres. Son film suivant continuera à l’imposer comme icône, dans un registre plus léger : Les Hommes préfèrent les blondes (Howard Hawks, 1953). Joseph Cotten quant à lui interprète un ancien militaire traumatisé et instable, aussi sombre qu’il a l’habitude de l’être dans sa carrière. Enfin les chutes du Niagara sont l’autre personnage principal du film, quasiment omniprésent, même indirectement. Lieu privilégié de lune de miel et du tourisme, il incarne toute la force irrésistible de la nature, des sentiments, mais aussi le danger et la mort. Niagara est donc un film pessimiste, passionnel et mythique.

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– 21h : L’Ombre d’un doute (Alfred Hitchcock – 1943 – 108 minutes)

avec Joseph Cotten, Teresa Wright, Macdonald Carey, Henry Travers, Patricia Cillinge, Hume Cronyn, Wallace Ford

Un homme s’installe dans la famille de sa sœur après des années d’absence. Mais sa nièce dont il est très proche commence à avoir des soupçons sur lui et son passé.

L’Ombre d’un doute est le film préféré qu’Alfred Hitchcock ait réalisé dans sa très longue filmographie. De la part du maître du suspense ce n’est pas anecdotique, et L’Ombre d’un doute est aussi maîtrisé et efficace que ce qu’on pouvait en attendre. Joseph Cotten était lui-même fier d’y avoir joué dans le film préféré du maître, ajoutant qu’il avait aussi joué dans le film préféré d’Orson Welles, Citizen Kane (1941), et de Carol Reed, Le Troisième homme (1949). Le film repose quasiment entièrement sur ses épaules pour lui donner toute son ambiguïté et sa noirceur. Son personnage charismatique, mystérieux et sombre est d’autant mieux mis en relief qu’il contraste avec une gentille et banale famille d’une ville américaine, et surtout avec l’admiration que lui porte sa nièce tourmentée par l’adolescence dans un environnement désespérément trop normal. C’est donc le genre de film où le mal fascine bien plus que le bien. Avec son scénario nommé à l’Oscar, L’Ombre d’un doute est ainsi en très bonne place dans les riches filmographies d’Hitchcock et de Cotten. Un remake en sera tiré par Harry Keller en 1958.

Ciné-club Grace Kelly / Alfred Hitchcock : Le Crime était presque parfait (1954) – La Main au collet (1955)

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– 19h : Le Crime était presque parfait (Alfred Hitchcock – 1954 – 106 minutes)

avec Ray Milland, Grace Kelly, Robert Cummings, John Williams

Après avoir découvert que sa femme a un amant, le mari décide de mettre en scène un assassinat.

Adapté d’une pièce de théâtre à succès de Frederick Knott, Le Crime était presque parfait est un des films policiers les plus machiavéliques (dans la veine de La Corde avec James Stewart, du même réalisateur). Dans un tournage de trente-six jours, Alfred Hitchcock conserve l’unité de lieu, la quasi-intégralité des scènes se passant dans un appartement (comme son film suivant, Fenêtre sur cour), à l’exception d’une courte scène dans un club anglais ou d’un procès sur fond neutre. Il s’agit de la première collaboration avec Grace Kelly, qui deviendra une des blondes les plus emblématiques et préférées du réalisateur. A ses côtés l’élégant Ray Milland (Les Naufrageurs des mers du sud, Le Poison), quasi-sosie de Cary Grant, physiquement et stylistiquement. Fait surprenant pour beaucoup, le film a été tourné en 3D ! Bien avant Avatar (2009), le spectateur devait mettre des lunettes stéréoscopiques pour voir l’action en relief, comme ce fut le cas pour certains autres films de l’époque (L’Etrange créature du lac noir, L’Homme au masque de cire). Malheureusement le procédé est rapidement passé de mode, et le film à sa sortie ne fut projeté qu’en 2D (sa version 3D a été réédité par la suite au cinéma et blu-ray). On ne va pas révéler les multiples ressorts de l’intrigue dont les surprises en ont fait un classique du cinéma policier, mais faites confiance à Hitchcock (et à l’auteur de la pièce) pour explorer cliniquement toutes les hypothèses afin de construire le crime parfait, ainsi que pour le démasquer durant l’enquête qui en découle. L’histoire a d’ailleurs énormément influencé le genre, que ce soit dans de multiples épisodes de Columbo ou dans un remake avec Michael Douglas, Gwyneth Paltrow et Vigo Mortensen (Meurtre parfait, 1998).

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– 21h : La Main au collet (Alfred Hitchcock – 1955 – 106 minutes)

avec Cary Grant, Grace Kelly, Jessie Royce Landis, John Williams

Accusé de la disparition de bijoux auprès de la haute bourgeoisie de la Côte d’Azur, un ancien voleur à la retraite se voit obliger de démasquer lui-même le voleur qui se fait passer pour lui.

Après Le Crime était presque parfait et Fenêtre sur cour (1954), deux huis clos dans un appartement avec Grace Kelly, Alfred Hitchcock enchaîne sur un film faisant la part belle aux extérieurs radieux, aux superbes paysages et maisons de la Côte d’Azur, aux plages ensoleillées, à la vitesse des voitures, aux acrobaties sur les toits, aux feux d’artifice, le tout tourné avec les superbes couleurs du format Vistavision. Bref tout respire la légèreté, la séduction et l’élégance dans ce film de cambriolage et de bijoux, avec un soupçon de mystère. Hitchcock reprend deux de ses acteurs fétiches, Cary Grant et Grace Kelly : lui est une sorte d’Arsène Lupin américain installé en France, elle une riche héritière malicieuse, et tous les deux sont plus glamours que jamais. Les dialogues sont léchés, avec de nombreux doubles sens érotiques, tandis que le raffinement et l’humour émaillent chaque scène. S’il ne concourt pas parmi les habituels films à suspense d’Hitchcock, La Main au collet est une des plus délicieuses carte-postales de la Riviera (Oscar de la meilleure photographie, nomination aux meilleurs décors et costumes), avec un certain parfum de James Bond sans les gadgets. Enfin, la légende veut que c’est durant le tournage que Grace Kelly aurait rencontré son futur mari le prince Rainier, abandonnant sa carrière d’actrice pour devenir reine – mais l’histoire est fausse, ils ne se rencontreront qu’un an plus tard au Festival de Cannes.

Ciné-club Thrillers par Brian De Palma : Pulsions (1980) – Blow Out (1981)

Dimanche 13 avril 2014 :

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– 19h : Pulsions (Brian De Palma – 1980 – 105 minutes)

avec Michael Caine, Angie Dickinson, Nancy Allen, Keith Gordon, Dennis Franz

Une femme mûre insatisfaite sexuellement de son mari suit une psychothérapie. Lors d’une visite dans un musée elle rencontre un bel inconnu.

Pulsions est un thriller sanglant, sexuel et psychanalytique, qui reflète à plus d’un titre les diverses obsessions de Brian De Palma. Tout d’abord, adolescent, il avait espionné et démasqué son père soupçonné d’adultère. En outre il a suivi une psychothérapie. D’autre part, il cherchait à réaliser un thriller se passant dans la communauté gay basé sur un livre dont il ne put obtenir les droits –mais que William Friedkin (French Connection, L’Exorciste) achètera et réalisera dans La Chasse (1980) avec Al Pacino. De Palma en réutilisera tout de même certains éléments pour Pulsions. Enfin il est une fois de plus hanté par le cinéma de son maître, Alfred Hitchcock, et Pulsions revisite quelques-uns de ses scènes cultes, comme celle de la douche dans Psychose (1960) ou celle du musée dans Sueurs froides (1958). Les acteurs sont parfaits: le rôle de psychiatre froid de Michael Caine (L’Homme qui voulut être roi) relancera sa carrière à l’époque en creux ; Angie Dickinson (Rio Bravo, L’Inconnu de Las Vegas) considère que ce rôle de femme mûre en proie à ses fantasmes est le meilleur de sa carrière ; quant à Nancy Allen (Golden Globes de la révélation féminine de l’année), il s’agit de son troisième film avec De Palma (après Carrie au bal du diable et Home Movies), avec qui elle était mariée à l’époque. Avec ses plans particulièrement sophistiqués qui sont sa marque de fabrique, et sa violence qui lui valut quelques censures à l’époque mais qui parait bien banale selon les standards actuels, De Palma signe un thriller mémorable.

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– 21h : Blow Out (Brian De Palma – 1981 – 108 minutes)

avec John Travolta, Nancy Allen, Johhn Lithgow, Dennis Franz

Un preneur de son enregistre par hasard l’accident de voiture qui coûte la vie à un gouverneur, favori à la présidentielle. Mais la bande-son révèle que l’on a tiré sur la voiture.

Après Hitchcock, cette fois-ci les inspirations de Brian De Palma se trouvent dans Conversation secrète (1974) de Francis Ford Coppola et surtout Blow-Up (1967) de Michelangelo Antonioni, où un photographe capture par accident la preuve d’un meurtre ;  ici l’image suspecte est remplacée par la bande-son. Outre l’hommage astucieux, Blow Out s’attache à montrer dans le détail le travail de preneur de son, essentiel au cinéma mais méconnu – c’est durant le mixage son de Pulsions que De Palma eut l’idée du film. D’autre part, le film a un contexte politique plus marqué, s’inscrivant dans l’assassinat de John F. Kennedy, l’accident de voiture de Ted Kennedy qui brisa ses ambitions présidentielles ou le scandale des écoutes du Watergate. John Travolta retrouve De Palma après Carrie au bal du diable (1976), tandis que Nancy Allen tourne son quatrième et dernier film avec son mari réalisateur (ils divorceront en 1984). Malgré une enquête passionnante, un suspens constant et de bonnes critiques, le bouche à oreille sur la fin frustrante du film cassa ses performances au box-office. Mais Blow Out est depuis devenu un film culte, un des meilleurs thrillers des années 80 et un incontournable de la carrière de De Palma – c’est d’ailleurs le préféré de Tarantino, et cela le poussa à engager Travolta pour Pulp Fiction (1994).

Ciné-club Cary Grant : Elle et lui (1957) – La Mort aux trousses (1959)

Dimanche 6 avril 2014 :

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– 19h : Elle et lui (Leo McCarey – 1957 – 114 minutes)

Avec Cary Grant, Deborah Kerr, Richard Denning

Un playboy mondialement connu et une chanteuse de cabaret, chacun en couple, se rencontrent sur un luxueux paquebot de croisière. Ils se donnent rendez-vous au sommet de l’Empire State Building dans six mois.

Comme Hitchcock l’a fait pour L’Homme qui en savait trop (1934 et 1956), Elle et lui fait partie des rares cas où un réalisateur réalise lui-même un remake d’un de ses précédents films, en l’occurrence Love Affair (1939). Mais la couleur et le format Cinemascope donne une toute autre envergure à cette nouvelle version, visuellement superbe et aux cadrages impeccables. S’il est considéré comme un des plus grands films d’amour selon l’American Film Institute, il ne s’agit en aucun cas d’un mièvre mélodrame, mais d’une comédie romantique très piquante, drôle et rythmée, porté par deux immenses stars de l’époque, Cary Grant et Deborah Kerr. Ils ont formé quatre fois ensemble un couple hautement glamour, et ils apportent au film toute sa grâce, sa légèreté et son humour par leur jeu subtil. Cary Grant tourne d’ailleurs pour la troisième (et dernière fois) fois avec Leo McCarey (réalisateur des Laurel et Hardy et Marx Brothers), après le classique Cette Sacrée vérité (1937) et Lune de miel mouvementée (1942). Ici, son image de séducteur et d’élégance fait comme d’habitude mouche à chaque scène, chaque réplique. Nominé quatre fois aux Oscars (meilleure photographie, costumes, musique et chanson originale), Elle et lui reste une des grandes réussites des carrières de Leo McCarey et Cary Grant, souvent citées dans l’histoire du cinéma (Nuits blanches à Seattle, Au plus près du paradis, MANN).

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– 21h : La Mort aux trousses (Alfred Hitchcock – 1959 – 131 minutes)

Avec Cary Grant, Eva Marie Saint, James Mason, Jessie Royce Landis, Martin Landau, Edward Platt

Un publicitaire est confondu avec un espion et est enlevé à New York. Il tente de fuir ses kidnappeurs et de s’innocenter en recherchant l’espion pour lequel on le prend.

Cary Grant était réticent à tourner son quatrième film avec Hitchcock, pensant avoir pris sa retraite et être trop vieux pour ce film d’aventure et de course-poursuites. Mais après l’insistance du réalisateur, puis le succès du film, Grant se prosterna devant lui en public à la cafeteria de la MGM pour le remercier de lui avoir le plus grand rôle de sa vie. Car La Mort aux trousses est un monument absolu de l’histoire du cinéma. Vaguement inspiré de l’affaire Galindez (un professeur enlevé en plein New York), le scénario est époustouflant de suspens et de surprises. Hitchcock réalise une fois encore un film sur un homme ordinaire pris dans un engrenage extraordinaire (Les 39 Marches, L’Homme qui en savait trop, etc.), mais La Mort aux trousses en est l’apothéose, l’identification avec le personnage principal est totale. De plus il regorge de scènes d’anthologie qui font partie des plus célèbres d’Hitchcock et du cinéma américain, comme la course-poursuite avec un avion dans le Midwest ou sur le mont Rushmore. La distribution est parfaite : la sensuelle Eva Marie Saint (Sur les quais), James Mason (Lolita), Martin Landau (Mission Impossible, Ed Wood). Bref, un classique d’entre les classiques (au programme du baccalauréat), que l’on pense ranger négligemment parmi les nombreux bons films de ses souvenirs, mais qui à chaque visionnage laisse le souffle coupé par tant de maîtrise et d’efficacité.