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Ciné-club Sam Peckinpah : Le Guet-Apens (1972) – La Horde sauvage (1969)

Dimanche 11 mai 2014 :

GUET APENS (1972)

19h : Le Guet-Apens (Sam Peckinpah – 1972 – 118 minutes)

avec Steve McQueen, Ali MacGraw, Ben Johnson, Al Lettieri, Sally Struthers, Bo Hopkins

Le prisonnier Doc McCoy est libéré de prison par un avocat influent en échange d’un hold-up qu’il doit commettre pour lui.

Comme souvent au cinéma, la pré-production de Guet-Apens est tumultueuse. Sam Peckinpah essayait depuis des années d’acheter les droits du livre de Jim Thompson (dialoguiste de L’Ultime Razzia et scénariste des Sentiers de la gloire), mais c’est finalement le producteur Robert Evans qui les obtient. Il impose alors sa femme, Ali MacGraw, star de Love Story (1970), drame romantique au succès colossal pour lequel elle a été nominée à l’Oscar de la meilleure actrice. Puis les droits sont revendus à l’agent de Steve McQueen, qui se retrouve engagé. Peter Bogdanovich est pressenti à la réalisation, mais la Warner l’oblige contractuellement à tourner immédiatement On s’fait la valise, Doc. Steve McQueen venait de jouer Junior Bonner (1972) pour Sam Peckinpah, et le ramène donc sur ce nouveau projet. Au passage, Steve McQueen entame une liaison avec Ali MacGraw, qui deviendra sa femme, comme à l’écran. Enfin l’acteur n’apprécie pas la musique du fidèle compositeur de Peckinpah, Jerry Fielding, et oblige à la remplacer par celle de Quincy Jones, plus jazz seventies et nominée au Golden Globe de la meilleure musique. Quelques années après le culte Bonny & Clyde (1967), Le Guet-Apens est un autre film de hold-up et de couple en cavale à travers le Texas jusqu’au Mexique, palpitant de bout en bout, avec un suspense particulièrement bien dosé. Sam Peckinpah fait preuve une fois de plus de sa grande maîtrise technique, avec une réalisation virtuose, une stylisation de la violence et de multiples scènes mémorables, notamment de fusillades, qui en fait un précurseur de Tarantino. Le casting est excellent, avec une bonne galerie de seconds couteaux et un Steve McQueen comme d’habitude impérial. Le Guet-Apens est un excellent polar aux allures de western urbain, ce qui n’est pas une grande surprise de la part du maître du genre Peckinpah, dont ce sera le plus grand succès commercial. Un remake sera réalisé en 1994, avec encore un couple à l’écran et à la ville, Kim Basinger et Alec Baldwin.

 La_Horde_sauvage

21h : La Horde sauvage (Sam Peckinpah – 1969 – 145 minutes)

avec William Holden, Ernest Borgnine, Robert Ryan, Edmon O’Brien, Warren Oates, Jaime Sanchez, Ben Johnson, Bo Hopkins

Une horde de hors-la-loi, poursuivis par des chasseurs de primes, accepte de voler des armes et munitions transportées en train, pour le général mexicain Mapache.

Réalisateur prometteur avec Coups de feu dans la Sierra (1962), Sam Peckinpah déçoit dès son troisième film, Major Dundee (1965) dont les producteurs avaient coupé trente minutes au montage. Une traversée du désert commence alors pour le réalisateur : viré du Kid de Cincinnati (1965), il ne tourne rien pendant trois ans. Mais un ami de la Warner parvient à le remettre en selle en lui faisant réaliser La Horde sauvage. Et Peckinpah rentre alors dans la légende du cinéma en signant l’un des plus grands westerns de tous les temps, sur le podium aux côtés des meilleurs John Ford et Sergio Leone. Réponse américaine aux westerns spaghetti, La Horde sauvage est particulièrement violent, et par la même moderne et actuel : Peckinpah veut en effet déconstruire la mythologie hollywoodienne du western, à base de manichéisme des personnages et de romantisme de la violence. Il révèle la mauvaise conscience de l’Amérique et la fin d’une époque, où ses héros truands, reliés par un code de l’honneur, ne font que progresser vers la mort, dans un monde qui n’est déjà plus pour eux, la conquête de l’Ouest étant achevée et la modernité commençant. C’est donc par réalisme que le film est violent, cru et crépusculaire, où l’appât du gain et des plaisirs des prostitués dominent, où personne n’est à sauver – même les femmes et enfants ne font pas exception. Le film ne comporte que des séquences inoubliables, à commencer par les fusillades, notamment celles d’ouverture et de fermeture. Cette dernière est une des grandes scènes du cinéma américain : tournée en 12 jours (sur les 80 jours du tournage au total), elle nécessita 90.000 balles à blanc et plus de morts à l’écran que de figurants, ces derniers se relevant et se faisant recoudre leur costume pour retourner mourir à la prise suivante. La photographie est grandiose et renversante, le montage hors-norme et pénétrant, la durée du film totalement insensible, les acteurs excellents et plus vrais que nature. La musique de Jerry Fielding a été nominée aux Oscars, comme le scénario. On pourrait déverser les superlatifs à l’envie pour La Horde sauvage, concluons donc simplement qu’en plus d’un film clef du cinéma américain bien au-delà du genre western, il s’agit aussi et surtout d’une grande date dans la vie d’un cinéphile.