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22 janvier 2017 : Ciné-club adaptations de bandes dessinées : Quai d’Orsay (2013) – La Vie d’Adèle (2013)

QUAI D'ORSAY (2013)

– 19h : Quai d’Orsay (Bertrand Tavernier – 2013 – 114 minutes)

avec Thierry Lhermitte, Raphael Personnaz, Niels Arestrup, Bruno Raffaeli, Julie Gayet, Anaïs Demoustier, Thomas Chabrol, Thierry Frémont

Un jeune énarque est embauché au ministère des affaires étrangères comme chargé de langage pour le ministre, personnage exubérant et hors-norme, pour lequel il doit rédiger son discours à l’ONU.

Abel Lanzac a été conseiller de Dominique de Villepin au Ministère des affaires étrangères. Il tire de cette expérience un scénario avec Christophe Blain de bande dessiné, que ce dernier dessine, publiant en 2010 Quai d’Orsay. Le second tome obtient d’ailleurs le prix du meilleur album au Festival d’Angoulême. Après avoir l’avoir découverte, Bertrand Tavernier (L’Horloger de Saint-Paul, Le Juge et l’assassin) décide immédiatement d’en acheter les droits d’adaptation, pour en faire sa première comédie. Thierry Lhermitte incarne ainsi officieusement sous un nom modifié le fameux ministre, retranscrivant à la perfection son comportement fantasque, inspiré et intenable, sans pour autant tomber dans la caricature, renouant avec une énergie et une subtilité digne de ses années du Splendid. Niels Arestrup joue le directeur de cabinet, épuisé et sur lequel tout repose, sans que jamais le grand public apprenne un jour son rôle essentiel dans les succès du ministère dans le monde – une performance récompensée du César du meilleur second rôle. Merveilleusement vif et rythmé, Quai d’Orsay nous montre une pépinière constamment au travail dans une organisation presque kafkaïenne, remplie de personnages  variés et très bien campés. Une plongée hilarante et passionnante dans les coulisses improbables du pouvoir, où les grandes dossiers diplomatiques internationaux sont traités et résolus par la comédie humaine.

LA VIE D'ADELE - CHAPITRE 1&2 (2013)

– 21h : La Vie d’Adèle – chapitres 1 & 2 (Abdellatif Kechiche – 2013 – 180 minutes)

avec Léa Seydoux, Adèle Exarchopoulos, Salim Kechiouche, Aurélien Recoing, Catherine Salée, Benjamin Siksou, Mona Walravens, Jérémie Laheurte, Alma Jodorowsky, Sandor Funtek

Adèle, une adolescente, s’ennuie avec son copain. Un jour elle croise une intrigante femme aux cheveux bleus qui va la hanter et transformer son identité.

Abdellatif Kechiche adapte librement le roman graphique Le bleu est une couleur chaude de Julie Maroh, pour en faire un film aussi personnel que ses précédents (L’Esquive, La Graine et le mulet, tous deux Césars du meilleur film, meilleur réalisateur et meilleur scénario). Dans une même veine naturaliste, il filme la jeune Adèle  dans son cheminement existentiel, ses doutes, ses expériences, ses désirs, ses amours, ses vertiges et ses douleurs, à travers la rencontre déterminante d’une lesbienne aux cheveux bleus. Avec un art impressionnant de l’ellipse, La Vie d’Adèle – chapitres 1 & 2, est incroyablement bien filmé, réalisé et monté, une magnifique expérience immersive avec des acteurs d’un naturel désarmant – au prix d’un éprouvant tournage (sept cent cinquante heures de rush !) pour les acteurs comme pour les techniciens, ce qui éclata en polémique médiatique au moment de sa projection au Festival de Cannes. Certains champions de la vertu s’indignèrent aussi des scènes de rapports sexuels, longues et explicites, sans vouloir voir qu’elles n’étaient qu’une représentation d’un amour et d’un désir d’une intensité sans pareil. Qu’importe, le film est couronné de la Palme d’Or, de dizaines de récompenses internationales et nommé à huit Césars – les votants ont l’air d’avoir boudé le grand favori, ne décernant que le César du meilleur espoir féminin pour Adèle Exarchopoulos. Loin des scandales, La Vie d’Adèle est tout simplement une des plus belles, des plus véridiques et des plus bouleversantes histoires d’amour, qui résonne avec nos propres vécus.

11 septembre : Ciné-club Triangle amoureux par François Truffaut : Jules et Jim (1962) – Le Dernier Métro (1980)

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– 19h : Jules et Jim (François Truffaut – 1962 – 105 minutes)

avec Jeanne Moreau, Oskar Werner, Henri Serre, Marie Dubois, Boris Bassiak, Danielle Bassiak, Sabine Haudepin, Michel Subor

Au début du siècle, une femme libre fait tourner la tête et le cœur de deux amis inséparables.

François Truffaut découvre le livre d’Henri-Pierre Roché en 1955 et en tombe sous le charme – il en fait même l’éloge dans un de ses articles. Il entame une correspondance amicale avec l’auteur, mais ce dernier meurt avant que Truffaut ne commence son adaptation, en 1962, pour son troisième film. Relativement littéraire par ses dialogues et sa voix off, Jules et Jim est un tourbillon de vie et d’amour autour d’une femme libre, décidée à réinventer l’amour, alternant entre deux amis inséparables, un français et un allemand. Jeanne Moreau domine ce film insolent et virevoltant, d’une grande modernité de ton pour la France des années 60 qui entamait sa révolution sexuelle, en cela typiquement Nouvelle Vague. Hymne à l’amour et à la vie, passant de la légèreté comique à la gravité dramatique, le film a reçu une pluie de récompenses critiques internationales, et reste iconique du réalisateur et de l’époque. Truffaut retrouvera Oskar Werner pour Farenheit 451 (1966) et Jeanne Moreau pour La Mariée était en noir (1967), tandis qu’il adaptera un autre roman d’Henri-Pierre Roché en 1971, Les Deux Anglaises et le continent.

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– 21h : Le Dernier Métro (François Truffaut – 1980 – 137 minutes)

avec Catherine Deneuve, Gérard Depardieu, Jean Poiret, André Ferréol, Paulette Dubost, Jean-Louis Richard, Sabine Haudepin, Maurice Risch, Heinz Bennent

Pendant l’Occupation à Paris, une femme reprend la direction du théâtre Montmartre que son mari, juif, a dû abandonner. Une pièce de son mari est cependant mise en scène, mais l’acteur principal est amoureux d’elle.

L’Occupation a engendré bien des classiques du cinéma français, tantôt comique avec La Grande Vadrouille, tendre avec Jeux Interdits, trouble avec Le Corbeau ou glacial avec L’Armée des ombres. François Truffaut souhaitait depuis longtemps revenir sur cette sombre période de l’Histoire française, notamment la vie à Paris bouleversée par la présence des Nazis, les lois contre les Juifs, la création artistique sous la censure. Par ailleurs, comme dans La Nuit Américaine, Le Dernier Métro utilise la mise en abyme, cette fois-ci une pièce de théâtre au centre du film, de sorte que la fiction et le réel, l’art et la vie se rejoignent au-delà des contingences et aléas, les rôles ne se terminent pas à la sortie de scène. Autour d’un scénario remarquable et minutieux, Catherine Deneuve et Gérard Depardieu sont prodigieux. Ironiquement, sa perfection classique range le film dans le registre de la Qualité Française, genre cinématographique d’après-guerre caractérisé par le scénario et le tournage en studio, si durement (et injustement) attaqué par Truffaut en personne quand il était critique, que la Nouvelle Vague a entrepris de remplacer. Le Dernier Métro est le dernier triomphe de Truffaut, couronné de dix Césars, dont ceux de meilleurs film, réalisateur, acteur, actrice et scénario, un record seulement égalé par Cyrano de Bergerac. Le réalisateur ne tournera plus que deux films supplémentaires, dont La Femme d’à côté (1981) avec Gérard Depardieu.

29 novembre : Ciné-club Las Vegas : Coup de cœur (1982) – Casino (1995)

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– 19h : Coup de cœur (Francis Ford Coppola – 1982 – 98 minutes)

avec Frederic Forrest, Teri Garr, Nastassja Kinski, Raul Julia, Harry Dean Stanton, Tom Waits

Après cinq ans de vie commune à Las Vegas, la routine et la lassitude se sont installées entre Frannie et Hank. Au cours d’une nuit, ils s’en vont chacun de leur côté et faire des rencontres.

Que faire après avoir signé un des plus grands films cultes, Apocalypse Now (1979), Palme d’or du Festival de Cannes ? Coppola s’est posé la question pendant trois ans, avant de finalement se lancer dans un film d’amour et de crise de couple. Mais tout sauf banal : il recréé entièrement en studio de fausses rues et commerces de Las Vegas, brillant de mille néons de pacotille. Les décors sont particulièrement soignées, parfois théâtraux quand le changement d’éclairage dévoile un autre lieu installé sur le même plateau de tournage. Le tout est enfin magnifiquement mis en valeur par des plans séquences virtuoses et des mouvements de caméras impressionnants. Le casting cache des seconds rôles de haut niveau, comme le flamboyant Raul Julia (Présumé innocent, La Famille Adams), l’envoutante Nastassja Kinski (Tess, Paris, Texas) ou l’attachant Harry Dean Stanton (Paris, Texas). Tom Waits signe toute la BO, composée de chansons bluesy dont les paroles décrivent l’état sentimental du couple et des personnages durant leurs errances oniriques, qui prennent parfois des airs de comédie musicale. Film peu connu de son auteur, dans l’ombre de ses chefs d’œuvres, Coup de cœur n’en déborde pas moins d’ambition spectaculaire et d’audace formelle et visuelle, tout en n’oubliant pas l’émotion.

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– 21h : Casino (Martin Scorsese – 1995 – 180 minutes)

avec Robert De Niro, Sharon Stone, Joe Pesci, James Woods

Dans les années 70, Ace Rothstein règne sur Las Vegas avec son casino. Mais il doit faire face à une arnaqueuse qui lui tape dans l’œil et à son ami d’enfance, tueur violent et ambitieux.

Après une incursion dans le film d’époque en costumes (Le Temps de l’innocence), Scorsese revient à ses premières amours : non seulement la mafia (Les Affranchis) avec une histoire vraie dans la ville du jeu, de l’argent et du vice, mais plus globalement l’ascension et la chute, la lutte entre le pêché et la rédemption. Scorsese est en pleine possession de son art et réalise son magnum opus, à base de séquences d’anthologie (ne serait-ce que l’ouverture), d’explosions de violence, d’entremêlements inexorables de destins croisés qui n’échapperont pas aux catastrophes, d’anecdotes croustillantes pour cerner un personnage. Robert De Niro est comme d’habitude est impeccable, Joe Pesci plus terrifiant que jamais, et Sharon Stone (nommée à l’Oscar) tient son meilleur rôle avec Basic Instinct. Comme souvent, la bande-son est rempli de rock et soul des années 60-70, comme les Rolling Stones, Moody Blues, Roxy Music, Otis Redding, Cream et bien d’autres. Les costumes impressionnent avec un million de dollars de budget : soixante-dix pour De Niro, quarante pour Stone. Film majeur du cinéma américain récent, c’est sans doute le dernier chef d’œuvre de Scorsese, et le plus grand.

15 novembre : Ciné-club Cléopâtre (1963)

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– 19h : Cléopâtre (Joseph L. Mankiewicz – 1963 – 249 minutes)

avec Elizabeth Taylor, Richard Burton, Rex Harrison, Martin Laudau, Roddy McDowall

L’histoire de Cléopâtre, reine d’Egypte à la beauté légendaire, et ses relations avec Jules César et Marc-Antoine pour faire alliance avec Rome.

Le film Cléopâtre est une légende à lui tout seul, à l’égal de son sujet. Alors que le président de la 20th Century Fox voulait au départ faire un simple remake à petit budget du film muet Cléopâtre de 1917, en voulant s’inspirer des superproductions à la mode à la Ben-Hur le projet deviendra le film le plus coûteux de l’histoire du cinéma, avec ses 44 millions de dollars (soit en terme relatif 300 millions de dollars actuels).

Deux ans de tournage, des décors coûteux construits en Angleterre abandonnés à cause du climat non raccord avec le cadre égyptien, un premier réalisateur renvoyé (Rouben Mamoulian) et remplacé en cours de route par le maître Joseph L. Mankiewicz (L’Aventure de Mme Muir, Eve, La Comtesse aux pieds nus) qui doit tourner de jour et continuer d’écrire le scénario la nuit, une star mondiale (Elizabeth Taylor) payée un million de dollars (record de l’époque… sans compter les frais de dépassement de calendrier) qui manque de mourir d’une pneumonie et qui ne peut tourner pendant un an, les deux acteurs masculins principaux qui sont remplacés par Rex Harrison et Richard Burton et doivent retourner leurs scènes, une liaison scandaleuse et ultra-médiatisée entre Taylor et Burton (tous deux mariés) condamnée par le Pape en personne. Ainsi que 79 plateaux de tournages, quatre batailles épiques, 26 000 costumes (195 000 dollars rien que pour les 65 costumes de Taylor, dont une robe en or de 24 carats), des kilomètres de figurants, presque une centaine d’heures de scènes tournées. Dépassé par les événements incontrôlables, Mankiewicz reniera le film – il souhaitait en sortir deux films de trois heures, mais le studio fit son propre montage de quatre heures.

Malgré ses quatre Oscars (meilleurs costumes, effets visuels, photographie et direction artistique) sur neuf nominations, le film faillit faire couler la 20th Century Fox, et mit des années à se rembourser. Derrière la fascinante histoire de cette production pharaonique, on en oublierait presque que le film est un sublime spectacle visuel, une tragédie intimiste shakespearienne alternant romance, politique et Histoire.