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24 juin 2018 : Ciné-club Espace : Les Evadés de l’espace (1978) – Solaris (1972)

– 19h : Les Evadés de l’espace (Kinji Fukasaku – 1978 – 105 minutes)

avec Sonny Chiba, Vic Morrow, Philip Casnoff, Etsuko Shihomi, Tetsura Tamba, Mikio Narita, Hiroyuki Sanada

En l’an 5001, la planète Jillucia a été envahie par les terribles soldats Gavanas et devient sous la coupe de leurs dirigeants, Rockseia 12 et Mother Dark. Cependant, une légende raconte que huit courageux héros viendront un jour libérer Jillucia…

En 1977, l’immense succès de Star Wars aux Etats-Unis a inspiré de nombreux copieurs, comme souvent au cinéma. C’est ainsi  que la Toei Company a réussi à obtenir du gouvernement le report de la sortie japonaise de Star Wars pour lui permettre de tourner rapidement son propre film de science-fiction. Les Evadés de l’espace sort donc en 1978, cinq mois avant Star Wars au Japon, et aura encore de succès que lui ! Avec ses six millions de dollars de budget, c’est le film le plus cher de l’histoire du cinéma japonais, mais c’est tout de même la moitié de celui de Star Wars, ce qui ne passe pas inaperçu à l’écran. Il garde néanmoins un indéniable charme kitsch, pour ne pas dire nanar. Des spécialistes considèrent même que certains plans et mises en scène des Evadés de l’espace se retrouveront dans les futurs L’Empire contre-attaque et Le Retour du Jedi – ce qui n’est pas improbable, quand on connait l’inspiration japonaise de George Lucas (à commencer par Kurosawa). Le réalisateur, Kinji Fukasaku, signera plus tard Battle Royale (2000) et sa suite (2003). L’acteur Sonny Chiba, star des arts martiaux, tournera non seulement dans la série X-Or, mais aussi dans Kill Bill, Tarantino n’ayant jamais caché son admiration pour Les Evadés de l’espace. Enfin, pour capitaliser sur le succès du film et rentabiliser les vaisseaux, costumes et décors, Toei Company produira une série télévisé dérivée, qui sortira en France sous le nom de… San Ku Kaï !

– 21h : Solaris (Andreï Tarkovski – 1972 – 167 minutes)

avec Donatas Banionis, Natalia Bondartchouk, Jüri Järvet, Anatoli Solonitsyne, Nikolaï Grinko, Alexandre Micharine, Julian Semenov

Un savant soviétique est envoyé sur la station gravitant dans l’orbite de la mystérieuse planète Solaris, où d’étranges phénomènes se produisent : un physicien s’est suicidé, et deux autres sont dans un état nerveux perturbant. La planète Solaris semble en effet les confronter à une part refoulée d’eux-mêmes…

Troisième film d’Andrei Tarkovski (Andreï Roublev), Solaris est adapté du roman du polonais Stanislas Lem. Souvent considéré comme le 2001 : l’Odyssée de l’espace soviétique, les deux films sont pourtant bien différents, comme leurs auteurs évidemment. Tarkovski avait horreur des films de science-fiction, les démonstrations technologiques ne l’intéressent pas du tout, il n’avait pas vu préalablement le film de Kubrick (qu’il trouvera plus tard stérile !). Il se sert donc de Solaris pour réaliser, comme d’habitude, une méditation éthique sur la condition de l’homme face à ses désirs, l’immensité universelle, l’inexplicable absolu. Sa lenteur participe à une fascination esthétique irrésistible, seul point commun avec 2001. C’est l’actrice Natalia Bondartchouk qui avait fait découvrir à Tarkovski le roman original quand ils étaient étudiants en cinéma ; son interprétation a fait dire à ce dernier qu’elle avait éclipsé tout le monde à l’écran. Malgré 48 coupures imposées par la censure soviétique (ce qui était souvent anticipé et déjoué par les réalisateurs, en faisant exprès d’inclure des séquences à couper pour en préserver d’autres plus subtiles et essentielles à l’œuvre), Solaris remporte le Grand Prix du Festival de Cannes. Comme souvent dans l’histoire du cinéma, un prétentieux a cru bon, à la stupéfaction générale, de commettre en 2002 un remake de ce chef d’œuvre intemporel. Sans surprise, Steven Soderbergh et George Clooney n’en sont pas sortis grandis.