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Ciné-club meurtre avec Anthony Perkins : Psychose (1960) – Le Glaive et la balance (1963)

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– 19h : Psychose (Alfred Hitchcock – 1960 – 109 minutes)

avec Anthony Perkins, Janet Leigh, Vera Miles, John Gavin, Martin Balsam, John McIntire, Simon Oakland, Patricia Hitchcock, Vaughn Taylor

Une femme s’enfuit de son travail en ayant volé 40.000 dollars. Elle trouve refuge dans un hôtel vide avec un réceptionniste tourmenté…

Avec son adaptation du roman de Robert Bloch (inspiré de l’histoire vraie d’Ed Gein), Alfred Hitchcock signe son plus grand succès commercial (40 millions de dollars, pour un budget de 800.000 dollars) et son troisième chef d’œuvre d’affilée, après Sueurs froides et La Mort aux trousses. Après bien des films de suspense, Psychose est son premier film de véritable terreur, manipulant perfidement le spectateur en n’hésitant pas à faire mourir son personnage principal (joué par Janet Leigh) à la moitié du film (du jamais vu pour l’époque, interdisant même aux exploitants de salles de faire rentrer des spectateurs en retard) dans une légendaire scène de douche (sept jours de tournage, soixante-dix plans, la plus étudiée par les étudiants de cinéma) sur la musique stridente et iconique de Bernard Herrmann. Hitchcock invente rien de moins que le genre slasher, d’une influence considérable dans l’histoire du cinéma, inspirant directement des classiques comme Massacre à la tronçonneuse ou Halloween (avec d’ailleurs Jamie Lee Curtis, la fille de Janet Leigh !). Brian De Palma, éternel admirateur du maître, en fera une variation avec Pulsions (1980). Anthony Perkins signe une performance inquiétante et torturée d’un personnage rentré dans les annales du cinéma, dont il ne parviendra jamais vraiment à se détacher au cours du reste de sa carrière, se résignant à tourner dans trois suites dans les années 80, réalisant d’ailleurs le troisième volet, tandis que le quatrième n’est qu’un téléfilm (de Mick Garris)…  Enfin, Gus Van Sant fit une remake du film plan pour plan en 1998.

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– 21h : Le Glaive et la balance (André Cayatte – 1963 – 138 minutes)

avec Anthony Perkins, Jean-Claude Brialy, Renato Salvatori, Pascale Audret, Marie Déa, Elina Labourdette, Fernand Ledoux, Jacques Monod, Anne Tonietti, Lou Bennett

Deux individus coupables de kidnapping et de meurtre sont poursuivis par la police, mais ils sont arrêtés avec une troisième personne en même temps, sans que l’on sache lequel est innocent.

Ancien avocat, les films d’André Cayatte sont souvent à thèse, engagés comme des pamphlets cinématographiques, et il en avait déjà consacré quatre dans les années 50 sur la justice (Justice est faite, Nous sommes tous des assassins, Avant le déluge, Le Dossier noir). Si Le Glaive et la balance commence comme un film de kidnapping (rappelant la première partie du grandiose Entre le ciel et l’enfer d’Akira Kurosawa, en réalité sorti un mois plus tard !), il bascule ensuite en film judiciaire, d’abord entre les mains de la police, avec l’enquête psychologique pour fouiller le passé et les motivations des accusés, puis au tribunal, plus particulièrement avec le cas de conscience des jurés (se rapprochant cette fois-ci du fameux Douze hommes en colère de Sydney Lumet, en 1957). Le dilemme central du film porte sur l’intime conviction qui doit conduire à la condamnation, jusqu’à la peine de mort : vaut-il mieux prendre le risque de condamner un innocent ou de relâcher un meurtrier ? Le film tranchera de manière surprenante, avec une fin qui marquera le spectateur, intimement impliqué comme s’il était un des jurés. En plus de son brillant scénario et d’une réalisation impeccable, le film est porté par d’excellents acteurs aux styles différents : Anthony Perkins (qui joue et chante en français – sa chanson « Dreaming of you » sortira même en 45 tours !), Jean-Claude Brialy (Le Beau Serge de Claude Chabrol, Arsène Lupin contre Arsène Lupin) et Renato Salvatori (Rocco et ses frères), dans le cadre langoureux, jazzy ou festif de la Côte d’Azur.

Ciné-club Jean-Pierre Cassel / Philippe de Broca : Les Jeux de l’amour (1959) – Le Farceur (1961)

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– 19h : Les Jeux de l’amour (Philippe de Broca – 1959 – 85 minutes)

avec Jean-Pierre Cassel, Geneviève Cluny, Jean-Louis Maury

Une jeune antiquaire souhaite se marier et un enfant avec son compagnon, mais celui-ci refuse. En revanche, leur voisin amoureux se propose d’y remédier.

Philippe de Broca a commencé sa carrière au bon endroit : assistant-réalisateur de Claude Chabrol sur Le Beau Serge, Les Cousins et A Double tour (1959), et de François Truffaut sur Les Quatre cents coups (1959). Dans cette période d’ébullition créatrice et de tournages à tout va, c’est tout naturellement que Philippe de Broca réalise son premier long-métrage, Les Jeux de l’amour, produit par Claude Chabrol (qui y fait d’ailleurs une route apparition) et écrit avec Daniel Boulanger (avec qui il collaborera toute sa carrière) sur une idée de Geneviève Cluny (l’actrice principale) – idée que Jean-Luc Godard reprendra pour Une femme est une femme (1961). De Broca trouve son premier acteur fétiche, Jean-Pierre Cassel (père de Vincent), alter ego du réalisateur, toujours dans un mouvement perpétuel, bondissant, bavard et charmeur ; sa présence et son dynamisme en font rétrospectivement un rival du jeune Jean-Paul Belmondo (qui tournera beaucoup avec de Broca, notamment L’Homme de Rio ou Le Magnifique). Le film repose en grande partie sur ses épaules, lui donnant une folie douce et une poésie qui rappellent les marivaudages de Musset. Si le film n’est pas strictement de la Nouvelle Vague, il n’en est pas loin non plus, avec ses tournages en extérieur, incarnant une certaine modernité à l’aube des années 60, avec la jeunesse française insouciante tâchant d’oublier les contraintes de la société, sortant dans les boîtes de nuit en cave de Saint-Germain-des-Prés, en quête de rencontres et plaisirs éphémères. Il se dégage même une inspiration des comédies américaines loufoques d’avant-guerre, type screwball comedy. Une bouffée d’air frais dans le cinéma français qui sera récompensée de l’Ours d’argent du Festival de Berlin, et qui lancera la carrière de De Broca et de Cassel.

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– 21h : Le Farceur (Philippe de Broca – 1961 – 87 minutes)

avec Jean-Pierre Cassel, Anouk Aimée, George Wilson, Geneviève Cluny, Pierre Palau, Anne Tonietti, François Maistre, Jean-Pierre Rambal

Un jeune séducteur extravagant tombe amoureux d’une belle bourgeoise mariée à un industriel ennuyeux.

De Broca continue sur sa lancée avec Le Farceur, affinant son style dans la même trajectoire. Chabrol est toujours producteur, Boulanger co-scénariste, George Delerue à la partition (il en signera dix-sept pour de Broca). Jean-Pierre Cassel persévère dans son personnage d’insatisfait ne tenant jamais en place, libertaire sur ressort, chantant et criant. Geneviève Cluny est aussi du casting, mais en second rôle, puisque c’est la belle, raffinée et mythique Anouk Aimée (La Dolce Vita, Lola, Huit et demi, Un Homme et une femme) qui incarne l’objet de l’amour obsessionnel du héros. Le Farceur a plus de budget et cela se voit : d’un trio on passe à une famille d’excentriques, les décors sont plus variés et plus spacieux, tout en conservant un goût du bazar, de l’accumulation et du détail. Ne se confinant plus dans un quartier, Jean-Pierre Cassel arpente à présent Paris, ses rues et, ses toits, à pied, à vélo ou en voiture. Le film est cependant plus profond qu’il n’y paraît : derrière son intrigue classique à la Marivaux on perçoit une mélancolie latente, un hédonisme dont la fuite en avant mène droit à une impasse et aux déceptions, un aveuglement qui révèle une immaturité et une inadaptation fondamentale aux codes de la société banale et policée. En tout cas l’écriture est plus subtile et vaudra au film de recevoir le Prix du meilleur scénario du Festival de Locarno. De Broca continuera presque exclusivement dans ses films optimistes, légers et sautillants, en finissant avec L’Amant de cinq jours (1961) sa trilogie avec Cassel, et connaîtra le triomphe public avec Belmondo avec Cartouche (1962) et surtout L’Homme de Rio (1964).

En bonus seront projetés deux court-métrages de Philippe de Broca : « La Gourmandise » (avec George Wilson et Paul Préboist, extrait du film à sketch Les Sept Péchés capitaux, 1962, 19 minutes) et « Mademoiselle Mimi » (avec Jean-Claude Brialy et Jeanne Moreau, extrait de Le plus vieux métier du monde, 1968, 18 minutes).