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11 octobre : Ciné-club Patrick Dewaere : Coup de tête (1979) – Série noire (1979)

COUP DE TETE

– 19h : Coup de tête (Jean-Jacques Annaud – 1979 – 88 minutes)

avec Patrick Dewaere, Corinne marchand, France Dougnac, Dorothée Jemma, Maurice Barrier, Paul Le Person, Michel Aumont, Jean Bouise

Un joueur de football d’une petite ville est renvoyé de l’équipe et de son travail, et accusé d’un crime qu’il n’a pas commis. Il va chercher à se défendre et se venger.

Le second film de Jean-Jacques Annaud est le seul à se passer dans la société contemporaine. Il est écrit par Francis Veber, prolifique scénariste (Le Grand blond avec une chaussure noire, L’Emmerdeur, Le Magnifique), et réalisateur (La Chèvre, Les Fugitifs, Le Dîner de cons) à succès. Coup de tête est une comédie dramatique, une satire sociale hilarante et féroce aux dialogues excellents sur l’hypocrisie d’une petite ville, l’injustice qui touche un pauvre type et la vengeance qu’il leur réserve. Patrick Dewaere est comme d’habitude très à l’aise dans son rôle et particulièrement succulent. L’équipe de football est jouée par les véritables joueurs de l’AJ Auxerre et du Troyes AC, tournés pendant la mi-temps de leur derby, avec Guy Roux comme conseiller technique et sportif ! Les seconds rôles sont majoritairement d’illustres comédiens de doublages, à qui l’on doit les voix de Michael Douglas, Robin Williams, Robert De Niro, Mel Gibson, Jennifer Aniston, Danny DeVito, Harvey Keitel, Clark Gable ou le Grand Schtroumpf ! Jean Bouise a par ailleurs reçu le César du meilleur second rôle. Coup de tête est un des meilleurs films sur le football et l’envers de son décor, à base de copinages et basses magouilles commerciales.

 SERIE NOIRE

– 21h : Série noire (Alain Corneau – 1979 – 116 minutes)

avec Patrick Dewaere, Myriam Boyer, Marie Trintignant, Bernard Blier, Jeanne Herviale, Andreas Katsulas

Un vendeur à domicile rencontre une adolescente exploitée par sa vieille tante. Elle lui suggère de s’emparer de son magot…

Adapté d’un polar de Jim Thompson (Guet-apens de Sam Peckinpah), Série noire a été adapté dans un contexte bien plus français et banlieusard par l’écrivain d’avant-garde Georges Perec (La vie mode d’emploi), qui en signe aussi les dialogues fleuris (« qu’est-ce qu’on se marre à kesh » !). Alain Corneau, grand amoureux des films noirs, signe ici une œuvre d’une noirceur abyssale, désespérée et poignante, tourné avec peu de budget en cinq semaines, caméra à l’épaule, avec une formidable osmose de son équipe et des acteurs. Le film repose avant tout sur les épaules de Patrick Dewaere, qui livre une interprétation absolument titanesque. Sa performance de Frank Poupart, looser à la folie innocente et attachante, le hisse au panthéon des acteurs français et contribue au mythe de l’acteur écorché vif parti trop tôt – c’était d’ailleurs son rôle préféré. Bernard Blier, Myriam Boyer et la jeune Marie Trintignant sont eux aussi impeccables. Présenté au Festival de Cannes et nommé à cinq Césars (meilleurs acteurs pour Patrick Dewaere et Bernard Blier, meilleur actrice pour Myriam Boyer, meilleur scénario et meilleur montage), Série noire n’en remporta aucun mais est devenu un film culte extravagant et cauchemardesque, un grand classique vertigineux du film noir et du cinéma français.

30 août : Ciné-club banlieue avec Vincent Cassel : Lascars (2009) – La Haine (1995)

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– 19h : Lascars (Albert Pereira-Lazaro & Emmanuel Klotz – 2009 – 96 minutes)

avec Vincent Cassel, IZM, Diane Kruger, Omar Sy, Fred Testot, Gilles Lelouche, Frédéric Bel, Diam’s, Vincent Desagnat, François Levantal, Eric Judor, Katsuni

A Condé-sur-Ginette, Tony Merguez et José Frelate se font arnaquer et leurs vacances tombent à l’eau. Ils essaient de rebondir par la débrouille…

Lascars est à la base une série d’animation humoristique sur les banlieues françaises de trente épisodes d’une minute, créée par un collectif d’artistes issus de la street culture, diffusée sur Canal+ en 1998. Sa popularité persistante sur internet (plus de vingt millions de visionnages) fut telle qu’une seconde saison fut lancée en 2007, ainsi que deux bandes dessinées et surtout ce film d’animation sorti au cinéma, réalisé par deux anciens étudiants de la prestigieuse Ecole des Gobelins, présenté au Festival de Cannes dans la Semaine de la Critique ! Fidèle à l’esprit de la série mais en format bien plus long et plus riche (en galères !), avec sa culture hip-hop et un graphisme soigné issu de l’esthétique des graffitis, le film s’avère particulièrement hilarant et rocambolesque, notamment grâce à son écriture brillante qui sent bon le flow du rap et le verlan. A noter le judicieux casting des voix de doublage, par autant d’amoureux des cités comme Vincent Cassel, Omar et Fred ou Diam’s. Enfin l’histoire ne s’arrête pas là puisqu’une série télévisée (avec vrais acteurs cette fois) a diffusée en 2012 pendant deux saisons.

 LA HAINE

– 21h : La Haine (Mathieu Kassovitz – 1995 – 96 minutes)

avec Vincent Cassel, Hubert Koundé, Saïd Taghmaoui, Solo, Sergi Lopez, Benoit Magimel

Au lendemain d’une nuit d’émeutes entre des jeunes et la police dans une cité du 78 suite à une bavure policière, trois jeunes vont vivre la journée la plus importante de leur vie.

Le premier film de Mathieu Kassovitz porte sur un fait réel : le meurtre d’une balle dans la tête d’un jeune zaïrois par la police lors d’une garde à vue en 1993. Il tourne autour de la haine (réciproque) que les jeunes de banlieue vouent envers la police, leurs bavures et leur impunité, et les différentes réactions qui en découlent, entre le désir de vengeance et l’appel à la raison. Le noir et blanc de la pellicule restitue le malaise de leur quotidien morose et sans espoir – le film fut d’ailleurs le premier à traiter du sujet brulant des banlieues et à donner voix à une frange de la population d’ordinaire si peu représentée. Œuvre générationnelle, La Haine fut un triomphe public et critique : Prix de la mise en scène au Festival de Cannes, trois Césars (et huit nominations) dont celui du meilleur film, tandis que Vincent Cassel (nommé aux Césars du meilleur espoir et du meilleur acteur) fut révélé au grand public. Mais La Haine fut aussi l’objet d’une polémique politico-médiatique autour de la représentation de la violence et de la haine policière, et de l’influence que cela pourrait avoir sur les jeunes de cités. Un débat qui continua longtemps avec le rap français (le ministre de l’intérieur de l’époque Jean-Louis Debré porta d’ailleurs plainte contre une chanson d’un album inspiré par le film).