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Ciné-club Ultra-violence : Funny Games U.S. (2007) – Orange Mécanique (1971)

Unknown

– 19h : Funny Games U.S. (Michael Haneke – 2007 – 111 minutes)

Avec Naomi Watts, Tim Roth, Michael Pitt, Brady Corbet, Devon Gearhart

Une famille américaine en vacances dans leur maison de campagne est malmenée par deux charmants jeunes hommes un peu trop joueurs.

Après sa trilogie de la glaciation émotionnelle, Michael Haneke avait réalisé en Autriche en 1997 un film choc, Funny Games. Dix ans plus tard, il réalise lui-même un remake, Funny Games U.S., avec exactement le même scénario, les mêmes dialogues, les mêmes plans de caméra, avec pour seule différence les décors et les acteurs. Pourquoi une initiative aussi étrange ? Il faut savoir que Funny Games était tout sauf un film de violence gratuite (qui est de toute façon et avant tout psychologique), mais une rude mise à l’épreuve du spectateur, visant à lui faire comprendre que la violence qu’on lui a habitué à voir au cinéma et à la télévision depuis des décennies était fausse, édulcorée, in fine toujours lavée dans la morale, la justice et le happy end, par la police ou de valeureux héros. En réalité, la véritable violence, telle qu’elle est vécue dans le monde réel n’a rien à voir avec celle de la fiction : elle est radicale, crue, douloureuse, et souvent sans secours. Le film avait beau avoir fait scandale lors de sa présentation au cinquantième Festival de Cannes, le film autrichien était passée complètement inaperçue aux Etats-Unis, qui est le pays même de la violence, à la fois réelle et fictionnelle, à travers son imposante industrie du divertissement audiovisuel qui vend de la violence (sous forme de scènes de fusillades ou de meurtres sanglants) comme des popcorns pour presque tous les publics. C’est pourquoi Haneke adopte une nouvelle stratégie, et décide de porter son discours cinématographique sur la violence non plus par la petite case des films indépendants en langue allemande importés d’Europe, mais avec un nouveau film en anglais produit par des capitaux internationaux, avec des stars américaines (Naomi Watts et Tim Roth) dans un cadre de vie américain à Long Island, afin qu’il ait une meilleure exposition sur les écrans nationaux. Le film s’avère être un échec au box-office, mais qu’importe, il demeure une des dénonciations définitives sur la violence de divertissement, grâce à son mécanisme psychologiques tout à fait machiavélique et rigoureux. En somme, l’Orange Mécanique des années 2000.

 ORANGE MECANIQUE

– 21h : Orange Mécanique (Stanley Kubrick – 1971 – 137 minutes)

Avec Malcolm McDowell, Patrick Magee, Michael Bates, Warren Clarke, Adrienne Corri, David Prowse

« Il y avait moi, c’est à dire Alex et mes trois droogies, c’est à dire Pete, Georgie et Dim. Nous étions installés au Korova Milk Bar à nous creuser le rassoudok pour savoir où passer la soirée. Au Korova on sert du Lait Plus, Lait Plus Velocet ou Synthemesc ou Drinkrom. Nous, on en était au Drinkrom, ça vous affute l’esprit et ça vous met en train pour une bonne petite fête d’ultra violence. »

En 1962 Anthony Burgess écrit le livre L’Orange mécanique, inspiré par le viol de sa femme. En 1971, Stanley Kubrick, auréolé du triomphe de 2001, l’Odyssée de l’espace (1968), l’adapte au cinéma (en se basant sur l’édition américaine du livre, qui omet le chapitre final où Alex murit et renonce à la violence, ce qui rend la fin du film plus cynique et pessimiste). C’est un film de science-fiction qui pose le problème politique de la violence dans une époque de crise économique à l’horizon social sombre, en montrant le conflit entre le libre arbitre de l’individu et le contrôle totalitaire de l’Etat (ce qui est encore d’actualité, et sans doute pour longtemps). Après la sortie de films violents en 1971 comme Les Chiens de paille (Sam Peckinpah) ou Les Diables (Ken Russel), la polémique éclate dans les médias, Orange mécanique est classé X au cinéma. Suite à quelques actes de délinquances influencés par le film, ainsi que des lettres de protestation et de menaces contre sa famille, Kubrick (résident britannique) choisit d’interdire le film au Royaume-Uni. Il y restera donc officiellement invisible pendant vingt-sept ans, jusqu’à sa mort, ce qui a grandement contribué à en faire un film culte, qu’on ne pouvait réussir à voir qu’en copie pirate de mauvaise qualité. Mais au-delà de son aura sulfureuse, les qualités d’Orange mécanique résident évidemment dans son esthétique unique, visuellement futuriste et volontairement kitsch, en accentuant la mode psychédélique de l’époque. Les scènes de violence stylisée n’ont pas d’équivalent dans l’histoire du cinéma, magnifiée par la musique expérimentale de Wendy Carlos, du Beethoven, Purcell et Rossini joué sur synthétiseur Moog ! Malcolm McDowell (repéré dans If… en 1968) joue ici le rôle de sa vie, Alex DeLarge et son fameux langage nadsat (mélange d’argot anglais et de russe), devenu un symbole du jeune subversif et charismatique. L’influence et l’importance culturelle du film est immense, tant dans le cinéma (Quentin Tarantino, Gaspar Noé) que dans l’esthétique ou les paroles de groupe de musique (Led Zeppelin, David Bowie, Siouxsie and the Banshees, Blur), parmi bien d’autres clins d’œil audiovisuels (Simpson, South Park). Entre 2001 et Barry Lyndon, Orange mécanique est un des chefs d’œuvre qui ont fait de Stanley Kubrick est un des plus grands réalisateurs du cinéma.

Ciné-club compositeurs : Ludwig van B. (1994) – Amadeus (1984)

Le lendemain de la Fête de la Musique, rien de tels que deux biopics sur les plus grands compositeurs de tous les temps !

LUDWIG VAN B

– 19h : Ludwig van B. (Bernard Rose – 1994 – 120 minutes)

avec Gary Oldman, Jeroen Krabbé, Isabella Rossellini, Johanna Ter Steege, Valeria Golino

Beethoven meurt en léguant ses biens à son « éternel bien aimée ». Son secrétaire va se mettre en quête de cette mystérieuse inconnue, et ce faisant revisiter sa vie amoureuse et musicale.

Avec Mozart, Beethoven est sans conteste le compositeur le plus universel et le plus cité dans la culture populaire. Dix ans après Amadeus, il lui fallait donc un biopic. Après le film d’horreur Candyman (1992), et avant un autre film à costumes (Anna Karénine, 1997), Bernard Rose le réalise, non pas de manière chronologique, mais sous forme d’enquête à la Citizen Kane : en commençant par sa mort, ce sont ceux qui l’ont connu qui vont raconter les événements marquants de sa vie. Ici le Rosebud est son énigmatique « immortal beloved » (titre original du film), qui a tracassé tant de biographes. Les flash-backs se concentrent donc sur sa vie amoureuse avec certaines maîtresses, mais aussi sur ses créations et interprétations musicales, son caractère tumultueux et colérique, ses rapports avec son neveu qu’il a arraché à sa belle-sœur, et surtout sa fameuse surdité, si déchirante pour un tel génie musical, et qui obligeait son entourage à communiquer par écrit avec une ardoise. Elle est astucieusement bien rendue par un bourdonnement étouffé de la musique et de son environnement, restituant ce qu’aurait été sa perception auditive. C’est l’acteur caméléon Gary Oldman qui interprète le compositeur, après avoir incarné Sid Vicious (Sid et Nancy) et Lee Harvey Oswald (JFK), tandis qu’Isabella Rossellini est superbe et magnétique. Filmé à Prague, les décors et les costumes du film sont tout à fait soignés et resplendissants. Inutile enfin de préciser que la bande-son, interprétée par la London Symphony Orchestra, est de haute volée.

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– 21h : Amadeus (Miloš Forman – 1984 – 180 minutes)

avec F. Murray Abraham, Tom Hulce, Elizabeth Berridge, Simon Callow, Roy Dotrice, Christine Ebersole, Jeffrey Jones, Charles Kay, Kenneth McMillan

A Vienne, le compositeur de la Cour Antonio Salieri raconte la rivalité et l’admiration qu’il a eues pour Mozart, doté du génie musical qu’il souhaitait avoir pour lui-même.

Adapté de la pièce de Peter Shaffer (qui écrit le scénario du film), elle-même inspirée d’une nouvelle de Pouchkine (Mozart et Salieri), Amadeus (« aimé de Dieu ») dépeint la rivalité de Wolfgang Amadeus Mozart, au génie insolent et au comportement fantasque et vulgaire, et du jaloux et machiavélique Antonio Salieri, qui usera de son influence auprès de l’empereur pour nuire en secret à sa carrière et sa vie, sans pour autant s’empêcher d’être son premier admirateur. Quelques libertés sont prises avec la vérité historique (surtout sur sa fin), mais qu’importe : non seulement le destin de Mozart n’en est que plus exact, mais surtout Amadeus est bien plus qu’un simple biopic, c’est un film total, ambitieux, complexe, spectaculaire et magistral. A travers la personnalité de Mozart et les déboires de sa carrière musicale, ce sont une époque, une société, une cour, des classes sociales, les rapports des musiciens et courtisans avec le pouvoir, la loi et l’argent, ainsi que le génie de la création qui sont dépeints avec finesse et brio, aisance et profondeur – à l’instar des partitions mozartiennes. Le tournage eut lieu derrière le Rideau de fer dans la Tchécoslovaquie natale de Forman, au sein de décors pragois magnifiques (et parfois historiquement authentiques), éclairés en lumière naturelle (comme Barry Lyndon de Kubrick). La distribution est parfaite – F. Murray a remporté l’Oscar du meilleur acteur, tandis que Tom Hulce s’entraînait quatre heures par jour au piano pour son rôle de Mozart. Le film est un triomphe mondial critique et public, raflant huit Oscars sur onze nominations (meilleurs film, réalisateur, scénario, acteur, direction artistique, costumes, maquillage et son), et plus globalement quarante prix sur cinquante-trois nominations dans le monde (dont César du meilleur film étranger). Enfin, le chef d’œuvre est ressorti en 2002 en director’s cut avec vingt minutes de splendeurs supplémentaires.