Archives du mot-clé Bernard Herrmann

Ciné-club science-fiction par Robert Wise : Le Jour où la Terre s’arrêta (1951) – Star Trek, le film (1979)

LE JOUR OU LA TERRE S'ARRETA

– 19h : Le Jour où la Terre s’arrêta (Robert Wise – 1951 – 92 minutes)

avec Michael Rennie, Patricia Neal, Hugh Marlowe, Sam Jaffe, Billy Gray, Frances Bavier

Une soucoupe volante atterrit à Washington, avec à son bord un extra-terrestre et un puissant robot, venant apporter à l’humanité un message crucial.

Adapté d’une nouvelle d’Harry Bates, Le Jour où la Terre s’arrêta a marqué les esprits à sa sortie comme une des premières œuvres de science-fiction réaliste, passionnante et profonde. Le film s’inscrit en pleine guerre froide où régnait la peur d’une guerre nucléaire, en délivrant un message éthique, pacifique et antimilitariste, porté par un extra-terrestre au symbolisme christique. Tourné en studio et dans les rues de Washington, il est magistralement réalisé (avec de superbes jeux d’ombres) et idéalement rythmé. Il montre très bien, de manière quasi-documentaire, la panique de la population mondiale face à l’arrivée d’une soucoupe volante – allant jusqu’à engageant de véritables présentateurs pour tourner les scènes de journaux télévisés ! La musique de Bernard Herrmann (compositeur majeur d’Hitchcock, Scorsese, Welles, Truffaut, De Palma, etc.) contribue à l’aura du film, son utilisation inédite du thérémine donnant une impression de menace extra-terrestre est depuis devenu un cliché de la science-fiction old-school. La phrase extra-terrestre du film, « Klaatu barado nikto », s’est retrouvée gravée dans la pop culture : elle donne son nom à des personnages de Star Wars, tandis qu’elle est réutilisée avec humour dans Evil Dead 3 pour invoquer l’armée des ténèbres. Le Jour où la Terre s’arrêta est un des grands classiques de la science-fiction, copié par beaucoup (Les Soucoupes volantes attaquent), cité (Rocky Horror Picture Show, Tron), parodié (l’ex-Beatles Ringo Starr pose avec le costume de Klaatu devant la soucoupe volante et le robot sur la pochette de son quatrième album solo, Goodnight Vienna), mais égalé par peu (et sûrement pas par son insipide remake de 2008 avec Keanu Reeves).

 STAR TREK LE FILM

– 21h : Star Trek, le film (Robert Wise – 1979 – 132 minutes)

Avec William Shatner, Leonard Nimoy, DeForest Kelly, Persis Khambatta, Stephen Collins, James Doohan, George Takei, Walter Koenig, Nichelle Nicholls, Majel Barrett,

Le capitaine Kirk retrouve le commandement du vaisseau USS Enterprise pour aller empêcher une mystérieuse, gigantesque et surpuissante entité spatiale qui détruit tout sur son passage et se dirige vers la Terre.

Star Trek est aujourd’hui une série culte, un des grands noms de l’histoire de la science-fiction, mais le succès ne fut pas immédiat, et la première série ne dura que trois saisons, de 1966 à 1969. Néanmoins la Paramount réfléchit à une nouvelle série, Phase II. Avec le succès colossal de Star Wars en 1977, le projet de pilote de cette série (qui ne verra jamais le jour) devient ce film, réalisé par l’éclectique et multi-Oscarisé Robert Wise (West Side Story, Le Coup de l’escalier, La Mélodie du bonheur), au scénario aussi complexe et philosophique que ceux de la série. L’ensemble du casting d’origine répond présent, avec des personnages emblématiques comme le capitaine Kirk, le fameux vulcain aux oreilles pointues Spock (malgré la réticence initiale de l’acteur) ou le docteur McCoy. Les mêmes décors furent réutilisés et modernisés, tandis qu’une maquette de 2,70 mètres du vaisseau USS Enterprise fut construit. Les effets spéciaux, impressionnants et psychédéliques, sont dus au pionnier Douglas Trumbull, qui avait supervisé ceux de 2001, l’Odyssée de l’espace (notamment la légendaire séquence de la porte des étoiles), Rencontres du troisième type ou Blade Runner, et fut une nominés aux Oscars (ainsi que la musique et la direction artistique). Le succès fut immense, et cela marqua surtout le point de départ d’une nouvelle vie pour la franchise Star Trek, avec cinq autres films avec le casting original, quatre nouvelles séries télévisées et six autres films (les deux derniers ont été réalisés par J. J. Abrams, le créateur de la série Lost, qui vient d’être engagé pour Star Wars VII) – et un nouveau doit sortir en 2016 !

Ciné-club effets spéciaux par Ray Harryhausen : Le 7ème Voyage de Sinbad (1958) – Le Choc des Titans (1981)

Ray Harryhausen (1920-2013) est un génie des effets spéciaux très respecté dans le milieu du cinéma (les nombreux squelettes animés d’Evil Dead III de Sam Raimi sont un hommage parmi bien d’autres). Il s’est donc logiquement spécialisé dans les films de science-fiction (Les Soucoupes volantes attaquent, 1956) ou fantastique (Jason et les Argonautes, 1963). L’originalité et la qualité de son travail en ont souvent fait le véritable réalisateur officieux des films sur lesquels il a travaillé, tant leur scénario et leur mise en scène sont construits autour de ses séquences d’animation de monstres sans équivalents.

 Dimanche 16 février 2014 :

1312899230

– 19h : Le 7ème Voyage de Sinbad (Nathan Juran – 1958 – 88 minutes)

avec Kerwin Mathews, Torin Thatcher, Kathryn Grant, Richard Eyer, Alec Mango

Sinbad part sur une île aux cyclopes pour tenter de sauver sa fiancée dont un magicien a réduit la taille à quelques centimètres.

Tourné en Espagne, Le 7ème voyage de Sinbad est une féérie comme on n’en fait plus. Il doit en effet sa postérité aux effets spéciaux révolutionnaires de Ray Harryhausen, qui ont enchanté et marqué à vie plusieurs générations de spectateurs, réalisateurs et techniciens. Bien avant l’apparition d’images de synthèse au cinéma, Harryhausen (également producteur de ses films) a permis de donner vie aux monstres les plus divers tels que cyclopes, squelettes, dragons, femme-serpent et oiseaux à deux têtes grâce à la technique stop-motion, animation image par image, popularisée depuis Le Monde perdu (1925) et King Kong (1933) et plus récemment dans les films en pâte à modeler du studio Aardman (Wallace et Gromit, Chicken Run) ou L’Etrange Noël de Monsieur Jack (écrit par Tim Burton). Les monstres sont filmés séparément image par image, puis un autre calque de pellicule avec les acteurs est ajouté par-dessus pour donner l’illusion que monstres et acteurs se font face. L’esthétique de conte oriental très colorée est ouvertement inspirée du Voleur de Bagdad (1940), autre grand classique tiré des Mille et une nuits. A noter que la magnifique et épique bande-son est signée Bernard Herrmann, compositeur habituel d’Alfred Hitchcock. Après l’énorme succès du film, le producteur Edward Small réutilisa les mêmes réalisateur, héros et méchant dans Jack le tueur de géants (1962), en copiant honteusement le travail d’Harryhausen qui n’a pas été engagé. Enfin, Le 7ème voyage de Sinbad connaitra deux suites : Le Voyage fantastique de Sinbad en 1974 et Sinbad et l’œil du tigre en 1977, avec Harryhausen aux effets spéciaux et à la production.

4inb14

– 21h : Le Choc des Titans (Desmond Davis – 1981 – 118 minutes)

avec Harry Hamlin, Judi Bowker, Laurence Olivier, Burgess Meredith, Maggie Smith, Ursula Andress

Persée, fils de Zeus avec une mortelle, part sauver Andromède de la menace du Kraken qui doit la dévorer.

Le Choc des Titans est le seizième et dernier film de Ray Harryhausen. Comme d’habitude co-producteur, il anime pour la dernière fois des monstres mythiques tels que la Méduse, Pégase, l’immense Kraken, un chien à deux tête, des scorpions géants et d’autres qui nécessiteront en tout dix-huit mois de travail. Tourné en extérieur en Espagne, Italie et Malte, et en studio en Angleterre, le film est un chant du cygne pour un pan du cinéma fantastique qui appartient désormais au passé, dont la mode est désormais remplacée par un renouveau du space opera depuis Star Wars. Cependant le budget est très important pour l’époque, et le scénario adapte cette fois-ci le mythe grec de Persée en faisant la part belle à son fameux bestiaire (l’affrontement de Persée contre la Méduse dans son sombre sanctuaire est particulièrement remarquable). Le casting compte des acteurs de choix tels que Laurence Olivier en Zeus, Ursula Andress en Aphrodite (qui avait d’ailleurs à ce moment une liaison et un enfant avec Harry Hamlin, l’acteur de Persée) ou Burgess Meredith (plus connu dans le rôle du Pingouin dans la série Batman et le film de 1966, ou comme l’entraineur de Rocky). Le film est un grand succès au box-office et a contribué à populariser la mythologie grecque pour une génération d’américains. Un remake du même nom a été réalisé en 2010 (avec Liam Neeson, Ralph Fiennes, Mads Mikkelsen), blockbuster en 3D rempli d’images de synthèse, bien loin de l’orfèvrerie artisanale d’Harryhausen, et dont le succès a généré une suite en 2012 (La Colère des Titans).

8 septembre : Ciné-club James Stewart / Alfred Hitchcock : Fenêtre sur cour (1954) – Sueurs Froides (1958)

Soirée spéciale consacrée au maître du suspens, Alfred Hitchcock, avec à l’écran un de ses acteurs les plus emblématiques, James Stewart. A l’égal de Cary Grant, il a contribué à certains des films les plus marquants du réalisateur et du cinéma américain.

 1239551_544619322260150_444546670_n

– 19h : Fenêtre sur cour (Alfred Hitchcock – 1954 – 112 minutes)
avec James Stewart, Grace Kelly, Thelma Ritter, Wendell Corey, Raymond Burr

Un photographe, en chaise roulante à la suite d’un accident, passe son temps à observer ses voisins, et commence à soupçonner l’un d’eux de meurtre.

Un des scénarios les plus fameux d’Hitchcock, Fenêtre sur cour réalise le tour de force de situer l’intégralité du film dans un huis clos, entre la chambre de James Stewart et en face un immeuble de 31 appartements (construit en studio !), à l’aide d’incessants champs/contre-champs en guise de caméra subjective. Qui plus est, James Stewart est totalement immobilisé sur sa chaise roulante, mais le film n’en est pas moins palpitant avec son flot d’observations, suspicions et déductions. Son voyeurisme nous questionne d’ailleurs sur le nôtre, aussi bien en tant que citoyen qu’en tant que spectateur cinématographique. Hitchcock trouva lui-même le slogan du film : « Si vous n’éprouvez pas ce sentiment de douce frayeur en voyant ce film, pincez-vous – vous êtes très probablement mort ». Enfin, ironie de l’histoire, l’acteur jouant le voisin suspect, Raymond Burr, a connu son plus grand succès dans la série L’homme de fer, en tant que policier sur chaise roulante ! La fin de sa vie est moins amusante, car son cancer du colon l’y contraindra réellement.

 1175203_544619015593514_920003975_n

– 21h : Sueurs Froides (Alfred Hitchcock – 1958 – 128 minutes)
avec James Stewart, Kim Novak, Barbara Bel Geddes

Un ancien policier, ayant abandonné son métier à cause de son vertige, est chargé de suivre la femme d’un ami, semblant avoir une double personnalité.

Adapté d’un roman français (de Pierre Boileau et Thomas Narcejac), Sueurs Froides (Vertigo en VO) caracole régulièrement dans le peloton de tête des classements de plus grands films de l’histoire du cinéma. On ne compte plus les faits d’armes qui l’ont fait passer à la postérité et citer dans d’innombrables œuvres ultérieures (Brian De Palma, David Lynch, Terry Gilliam, etc.), comme son légendaire générique d’introduction animé. Pour restituer l’impression subjective de vertige, Hitchcock invente le célèbre et saisissant effet de travelling compensé (consistant simultanément en un zoom avant et un travelling arrière), où l’image semble déformée, comme si la profondeur s’allongeait. Doté d’un des scénarios les plus déroutants et les plus marquants qui soient, Sueurs Froides est surtout le récit une passion amoureuse inouïe, sans équivalent et profondément troublante. Le film est d’ailleurs truffé d’une subtile symbolique sexuelle, dont le vertige est le pendant manifeste de l’impuissance au sein des chastes années 50 américaines. C’est enfin un des plus beaux films d’Hitchcock, dans le fond comme dans la forme, où tout n’est pas qu’un prétexte aux surprises scénaristiques et aux pièges pour le public comme trop souvent chez lui ; la musique de Bernard Herrmann et la photographie en Technicolor sont à tomber par terre, et Kim Novak, bien sûr, est inoubliable.